LE SAINT-ESPRIT
ouR représenter la troisième Personne, le moyen âge n'a jamais employé que la coî^â^'iv lombe, adoptée par la primitive Église. L'oiseau, symbole de TEsprit-Saint , se rencontre dans l'imagerie de la Trinité; il figure dans les principaux événements de la vie du Christ, on le trouve surtout dans l'Annonciation.
Posée sur l'épaule du Père, la colombe se penche vers la tête du divin crucifié dans le type de Sainte- Sophie au jardin de l'abbaye de Saint-Médard de Soissons, en i3o3. Entourée d'une auréole de rayons,
LES TROIS PERSONNES DIVINES 359
elle plane entre le Père et le Fils au-dessus d'un monde crucifère, dans le type d'Antoine de Crevant, abbé de la Trinité de Vendôme, en i523.
Dans certaines Annonciations, l'Esprit-Saint vole vers Marie, tantôt sortant d'un nuage, tantôt porté par un faisceau de lumière. D'autres fois il est entouré d'une auréole radiée ou flamboyante. On peut consulter à ce sujet les types de Guillaume de Montagu, sergent de l'abbaye de Savigny, en 142 1, — de Pierre de Pintaflour, de Jean de Venduille ( fig. 455), de Michel d'Esnes, évêques de Tournay, en 1576, iSBq et 1610.
Il a déjà été parlé de la salutation angélique figurée sur le sceau de Jean de Certes , archidiacre dans réglise de Bordeaux, en 1474, dans laquelle la colombe se joue dans un faisceau lumineux rayonnant de Dieu le Père à la Vierge.
Les descriptions du baptême du Christ nous ont également fourni l'occasion de remarquer l'Esprit- Saint présidant à ce grand fait évangélique, et de citer plus spécialement le sceau de l'abbaye de Saint-Jean de Chocques, en i3i5 (fig. 417), où la colombe descend tenant à son bec l'ampoule qui doit servir à baptiser le Sauveur.
Nous l'avons vue encore, dans les types de Saint- Pierre de Lille (fig. 419), en 1426 et en i5og, voletant entre deux étoiles pendant que le divin Maître lave les pieds de son disciple saisi d'étonnement.
36o LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX
Les sceaux n'ont pas manqué de reproduire TEsprit- Saint descendant sur les apôtres, tantôt accompagné de langues de feu, tantôt soufflant sur la tête de chacun d'eux des rayons enflammés, les ailes à demi pliées dans le type de Tabbaye du Mont-de-Sion à Jérusalem, en 1289, — tout à fait étendues dans le type cVAnnibal, cardinal du titre des Douze-Apôtres, en 1270.
Les généraux des frères Mineurs, au seizième siècle, avaient fait graver sur leurs sceaux la Vierge entourée des douze apôtres. En haut plane la colombe, la tète élevée, émettant des rayons flamboyants.
En 1423, le type d\m concile de FÉglise de France nous off're les membres de la docte réunion éclairés par le Saint-Esprit. La colombe, les ailes étendues, la tète relevée, est suivie des bustes accoles du Père et du Fils sortant d\m nuage. Le Père est barbu, le Fils imberbe. Indépendamment des rayons qu'envoie cette Trinité, des flammes semblables à des vagues descendent de la poitrine de la colombe, enveloppant dans leurs tourbillons les prélats et les religieux assemblés. On doit noter cette curieuse disposition des trois Personnes divines dans laquelle TEsprit-Saint occupe le premier rang et remplit la fonction principale.
Il est une autre colombe qu'on a nommée colombe inspiratrice et que les sceaux représentent conseillant les saints évêques, soutenant les martyrs, assistant les docteurs.
LES TROIS l'KRSONNES DIVINES 36i
Dans le type de Pierre de Richebourg, moine de Marchiennes, en 1224, l'Esprit -Saint s'approche des lèvres de la Vierge qui présente un scapulaire à un religieux à genoux. La colombe encourage saint Quentin qu'une main armée décapite, dans le type de Tabbayc de Joycnval, en 1244. Dans le type des frères Mineurs de la province de Flandre, en 1287, la colombe nimbée, comme le Fils, du nimbe crucifère, plane sur un livre qu'un religieux écrit.
Nous voyons TEsprit-Saint descendre sur la tète de saint Euverte, qui fut évêque d'Orléans vers 340, sur le sceau de Tabbaye de ce nom, au douzième siècle (fîg. 448). La légende raconte que la volonté divine se manifesta dans l'élection du prélat : une colombe se posa sur la tète du saint pendant que le peuple réuni procédait au choix d'un évèque.
La colombe descend sur la tète de Barnabe , évèque d'Osma, en 134.6. — ■ Elle repose sur la tête de Pierre de Colmieu, prévôt du chapitre de Saint- Omcr, en 1236, — sur l'épaule de Michel, archidiacre d'Auxerre, en 1278. — Portant un phylactère à son bec, Foiseau divin descend sur un personnage nimbé, recevant un livre des mains d'un prélat, sur le sceau des frères Mineurs d'Arras, en i3o3, et cette attribution pourrait faire donner le nom de saint François au personnage nimbé.
Nous avons dit tout ce que les sceaux nous apprennent de l'iconographie de la troisième Personne. La
colombe tenant le rameau cVolivier est un symbole de paix. Elle trouvera sa place clans le cours d'un autre travail. Nous la mentionnons ici parce qu'elle peut à la rigueur rappeler les premières paroles du Christ en abordant ses disciples : Pax robis.
Fig. 448.
D'après le sceau de l'abbaje de Saint-Euveite d'Orléans, xu» siècle.
Ornement tiré du manuscrit français n" 26(3, n la Bibliotlièque nationale, xv* siècle.
LES ANGES
Initiale du XV^ -siècle, tirée du manuscrit français w* 2647, à la Biblîoth. nationale.
os recherches dans le domaine divin nous conduisent à examiner le groupe de la hiérarchie céleste, les séraphins, les archanges , les anges , milice obéissante d'un Dieu terrible ou miséricordieux, intelligences chargées d'exécuter les ordres d'en haut , ailés pour accomplir leur mandat avec rapidité, toujours jeunes et beaux parce qu'ils sont immortels.
Les séraphins sont l'ordre le plus élevé des chœurs célestes que nous offrent les sceaux. Ils sont représentés avec six ailes, selon la vision d'Isaïe (vi, i et 2) :
Vidi Domimim sedentem super solium excelsum
Seraphim stabant super illud; sex alœ uni et sex alœ
■Vu
LE COSTUMR D'APRF.S LES SCEAUX
alteri; duabiis velabaut faciem cjits et diiabus relabant
pedes ejiis et duabits volabaut. Sous trois paires
d'ailes qui constituent, à la vérité, presque
un vêtement, le corps des séraphins est nu,
'^M^^''\ ^^'^^"'''^'"C, par exemple, dans les types cVHum-
(l!lÂ% bert II, dauphin de Viennois, patriarche
y( d'Alexandrie, en i354, et de Tabbaye du
Fig. 449. Saint -Sépulcre de Cambrai, en i32o et
D'après
le contre-sceau i5c}j. Un niuibc cntoure leur tète.
de l'abbaye du
Saint- Sépulcre Si parmi les trois archanges canoniques
de Cambrai,
i32o. il en est un, Raphaël, que les graveurs de sceaux ne nous ont encore jamais présenté , en revanche l'occasion de prodiguer les images de saint Michel et de Gabriel ne leur a pas fait défaut. Saint Michel surtout a été figuré par eux sous différents aspects : tantôt seul et sans attributs spéciaux, tantôt pesant les âmes, le plus souvent combattant le dragon.
Représenté seul, saint Michel tient un sceptre fleuronné et un globe conformément à la tradition byzantine, ou bien une palme, la main droite restée libre se ])ortant en avant par un geste oratoire ou de bénédiction. L'habillement comprend le manteau des philosophes grecs
de la ville de Bruxelles. i3'Sg.
[j;s .\N(îi:S 365
ou une chape recouvrant une tunique fermée par une riche ceinture. Ainsi qu'il convient à un archange, saint Michel est toujours ailé. Ces détails trouvent leur confirmation dans l'examen des sceaux de Richard, abbé du Mont-Saint-Michel, au douzième siècle, — de Michel, prieur de Sainte-Geneviève, en 1206, — de la ville de Bruxelles, en i33g (fig. 45o).
Dès 12 10, une pierre gravée d'une basse époque, formant le sceau de Chrétien, chanoine d'Amiens, représente saint Michel pesant une àme. A ses pieds, le défunt assis semble attendre le résultat de l'épreuve. — En 1297, sur le sceau de l'officialité d'Albert, archidiacre de Reims, saint Michel debout, ailé, en costume philosophique, tient d'une main un livre et de l'autre une balance. Il pèse une petite àme. A ses pieds, à droite, le diable accroupi allonge ses mains crochues, prêt à saisir sa proie. Au moyen âge, la figure du diable a remplacé le défunt. — Dans le type de Manuel de Galbis, juge au concile de Bàle, en 1438, l'archange, revêtu d'une chape, tient la balance et de la main droite brandit l'épée qui lui servit à combattre les anges rebelles; mais on ne distingue ici ni àme ni démon.
Saint Michel combat le dragon debout, les deux pieds posés sur le dos du monstre. Dans un type de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, datant du douzième siècle et que l'on retrouve encore en usage au quatorzième, le chef de la milice céleste frappe le
LE COSTUME D'APKi^S LES SCEAUX
.dragon dans la gueule, du manche d'une croix stationale, tandis que la main droite bénit.
Le saint Michel du chapitre de Beauvais, peutêtre aussi ancien que le précédent et d'un emploi tout aussi persistant, offre uhe action différente. Armé d'un
Fig. 45i.
D'aprcs le sceau du chapitre de Saint-Michel de lîeauvai<, xu* siècle.
bouclier, il brandit Tépée qui doit exterminer la bête diabolique.
Entre ces deux armes, la croix ou l'épée, le moyen âge donna la préférence à la première. L'épée reprend un peu de faveur à la Renaissance; nous la rencontrons sur les sceaux de l'abbé de Saint-Michel de Tonnerre, en 1467-1494, — de l'abbaye du Mont- Saint-Michel, en i520. Mais l'attribut de la croix a toujours été le plus fréquemment usité, soit que l'archange frappe des deux bras, soit que brisant la gueule du dragon d'un coup porté par une seule main,
LES ANGES
il emploie Tautre à se couvrir crun ccu. Des exemples de saint Michel frappant des deux mains avec le fut de la croix se remarquent sur les sceaux de Godefroi, doyen du chapitre de Gand, en 122g, — du prieur de Saint-Michel de Basteborc, en i255, — d'Aubri, doyen de Dijon, en 1269.
Lorsque saint Michel tient un écu , son arme défensive est marquée d'ordinaire d'une croix, que remplacent quelquefois les armoiries propres à rétablissement ou au personnage possesseur du sceau. Ainsi le doyen de Saint-Pierre de Saintes, en 1275,
— Robert, abbé de Lire, en 1276,
— kl ville de Gaillac, en i3o8, scellent d'un saint Michel armé d'un bouclier chargé d'une croix.
L'archange porte un écu clievronné sur le sceau d'Etienne, abbé de Saint-Maixent, en 1275 ; — un écu chargé de trois coquilles sur le sceau de la baronnie du Mont-Saint- Michelà Genêts, en iSgS, de trois coquilles au chef de France sur les sceaux de la baronnie de la môme abbaye à Ardevon, en 1432, à Saint-Pair, en 1462; — ■ un écu écartelé de lions, sur le sceau de la ville de Bruxelles, en 1471.
Saint Michel combattant le dragon revêt d'ordinaire le costume traditionnel des philosophes grecs; alors les pieds sont nus.
Fig. 452.
D'après le sceau
do la baroTinie de Saint-Pai
Toutefois, au quinzième siècle, on le rencontre enfermé dans Tarmure du temps. Dès 141 6, le sceau d'Arnoul, curé de Grez, représente Tarchange coiffé du petit bassinet. Les types des baronnies d'Ardevon et de Saint-Pair, cités plus haut, figurent saint Michel couvert de Tarmure complète. Sur le sceau de Georges Pot, abbé de Saint - Michel de Tonnerre, en 1467- 1494, Tarchange porte également Fhabillement chevaleresque. Mais à part l'exemple de la coiffure de guerre, du bassinet^ que nous venons de mentionner, la tète est nue et presque toujours nimbée.
Gabriel, Farchange de TAnnonciation, le messager céleste envoyé vers Marie, parait sur tous les sceaux représentant la Salutation angélique. Interprétant diversement sa posture, les graveurs nous le montrent à genoux, ou debout dans une attitude fléchie, avec un geste tantôt impératif, tantôt persuasif; une fois assis, une autre fois à mi-corps descendant du ciel dans un nuage. Même dans certains cas il est seul, sans autre signe distinctif que Tinscription qui Tentoure.
On ne rencontre Tarchanoe aoenouillé devant la Vierge que dans le cours du quinzième siècle. Les sceaux de Jacques de Metz-Guichard, doyen du chapitre de Cambrai, auditeur du sacré palais, en 1421, — de Guillaume, évèque de Paris, en 1453, en fournissent des exemples.
Saint Gabriel debout, dans une attitude fléchie, se voit aux sceaux du |)rovincial des Irères Prêcheurs en
LES ANGES
France, en iSyi, — du chapitre de Noyon, en
Le geste semble impératif sur les sceaux d'Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, en 1256, — de Guillaume de Flavacourt, son successeur, en 1296, — de Tabbaye de Longchamps, en 1379.
L'archange prend une pose persuasive dans les types du chapitre de Chartres, en 1207, — de l'hôpital Comtesse à Lille, en 1248, — du prieur des Chartreux de Macourt, près Valenciennes, en i353. On peut encore faire entrer dans cette der-
Fig. 433.
D'après le sceau
de l'hôpital Comtesse,
à Lille, 1348.
nière catéo-orie les an^es mouvementés de la Renaissance comme on en rencontre sur les sceaux des évêques de Tournay : Charles de Croy, en 1564, — ■ Pierre Pintaflour, en 1576, — Jean de ti Venduille, en 1589 (fig. 455).
Le type de Renaud Michel, archiprêtre de Maguelone, en 1269, offre le rare exemple d'un saint Gabriel assis.
L'archange descend du ciel dans un nuage sur la tète de la Vierge, au sceau
Fig. 454- ^ ^ '
D'après le sceau ç[q Fabbave de Molesme, en 124.5.
de l'abbaye ■' ' ^
de Molesme, 1245. Parmi Ics types reproduisant Tar-
change seul, sans autre signe distinctif que la légende,
Syo LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX
nous citerons les sceaux du prieuré de la Chanté, en i2o3 et en 1209.
Considéré sous le rapport de Thabillement , saint Gabriel revêt tantôt une dalmatique, tantôt la chape, mais le plus souvent il porte le costume des philosophes grecs. On reconnaît la dalmatique, sur le sceau de Jacques de Metz-Guichard déjà mentionné; la chape, sur le contre-sceau d'Eudes Rigaud, en i256, et dans un type des Célestins de Paris, en i5o5.
La tête est toujours nue, quelquefois nimbée. Le caractère de la nudité des pieds existe ici comme chez l'archange saint Michel. Les ailes affectent des poses et des mouvements variés selon le caprice de l'artiste ou la place dont il pouvait disposer. Elles sont abaissées, élevées, déployées, l'une basse, l'autre haute, etc.
Les attributs ordinaires de l'archange Gabriel consistent en un phylactère portant les premiers mots de la salutation ave maria, un sceptre fleur.onné, un fleuron, une palme, une croix.
Presque toujours, un pot de fleurs d'où s'élève un lis, symbole de virginité, se trouve placé entre Fange et Marie. Des phylactères que l'archange tient à la main et qui, droits d'abord, se développent avec des courbes plus gracieuses à mesure qu'on approche de la Renaissance, nous ne parlerons pas en détail. Il suffira de rappeler le sceau de Jacques de Metz- Guichard, sur lequel le phylactère part de la bouche de l'ange pour aboutir à Toreille de la Vierge.
LES ANGES
Gabriel porte à la main gauche un sceptre fleuronnc dans le type du chapitre de Chartres, en 1207, — de Tarchiprêtre de Maguelone, en 1269, — et au seizième siècle chez les évoques de Tournay déjà cités. Le sceau du prieuré de la Charité, en i2o3, représente Gabriel un fleuron à la main. L'attribut de la palme se remarque au type du provincial des frères Prêcheurs en France, en i3o3 et en iSyi. Enfin la croix
.^^mm^mÉ.
Fig. 453. — D'après le sceau de Jean de Venduille, évêque de Tournay, iStig.
élevée par Farchange se voit sur le sceau de Guillaume, prieur de Corneliano (?), en i258.
Nos petits monuments offrent encore des anges, personnages indéterminés formant quelquefois seuls le sujet du sceau, quelquefois acteurs dans une scène ou bien entrant simplement comme accessoires dans une composition principale.
On a représenté les anges seuls avec des attributs variés. Ils tiennent un encensoir, soufflent dans une trompette, montrent la croix, écrivent, etc.
L'ange à Tencensoir dans les types de Gui , cha-
pelain de la comtesse d'Alençon, en 1291, — de Gilles, abbé d'Auchy, en i3ii, rappelle la vision de saint Jean, l'ange de TApocalypse, devant l'autel, un encensoir d'or à la main.
Sur les sceaux du prieur des frères Prêcheurs de Paris en i320 et en iSyi , d'Amiens en iSSj ,
l'ange embouchant là trompette nous ramène à l'idée du jugement dernier. Le sceau des frères Prêcheurs de Rouen, en 1243, représente un ange assis devant un pupitre et écrivant, et Ton remarque aux sceaux de Tabbaye du Saint -Sépulcre de Cambrai, au douzième siècle et en i223, un
D'après le sceau de l'abbaye.
du Saint-Sépulcre de Cambrai
XII» siècle.
ange assis au tombeau du Christ
ressuscite.
Quelquefois la composition comprend deux anges concourant à un même but. Ainsi deux anges, tenant chacun un encensoir, élèvent la couronne d'épines dans le type des frères Prêcheurs d'Amiens, en 1387. Ou bien agenouillés, ils soutiennent la croix et l'adorent comme sur le sceau de Pierre de Corbigny, chanoine d'Aire, en 1285 (fig. 437).
Parmi les sujets qui comportent la participation d'un ange, nous mentionnerons surtout :
La venue du Sauveur annoncée aux bergers, sur le sceau des Clarisses d'Aix, au quatorzième siècle ;
LES ANGES 373
Saint Pierre délivré clans sa prison, au type du cardinal Julien de la Rovère, en 1481;
Les saintes femmes au tombeau du Christ, sur les sceaux de Guillaume, patriarche de Jérusalem, en iiSy, — du prieuré du Saint-Sépulcre, en 1240;
Saint Just et saint Pasteur couronnés par un ange, sur le sceau de Gilles Aycelin, archevêque de Narbonne, en i3o6.
La vision de sainte Bathilde, reine de France et religieuse à Chelles, au septième siècle, a été retracée sur le sceau d'Adèle, abbesse de Chelles, en i3oi. Près de mourir, la femme de Clovis II aperçoit devant son lit, sur une échelle, un ange l'invitant à venir partager le séjour des bienheureux.
Lorsque dans une composition les anges sont employés comme auxiliaires ou à titre de serviteurs, c'est habituellement par paires et avec une sorte de symétrie architecturale. Alors ils adorent, encensent, portent des cierges, jouent des instruments.
Deux anges encensent le Christ sortant de son tombeau, sur le sceau de l'abbaye du Saint-Sépulcre de Cambrai, en i32o (fig. 428). Un couple semblable encense la Vierge, au sceau de la Nation de Picardie, en iSgS.
On remarque dans le type d'Humbert II, dauphin de \'iennois, patriarche d'Alexandrie, en i354, deux anges en adoration devant la Vierge.
Le sceau du prieur des hermites de Saint-Jean-
Baptiste, au treizième siècle, figure le Christ dans sa gloire, accompagné de deux anges sonnant de la trompette; au bas, un mort sortant de son tombeau rappelle le jour du jugement, La même idée se trouve répétée sur le sceau de la Faculté de théologie, en i3g8; le Christ dans sa gloire est accosté de deux anges portant les instruments de la Passion.
La viole, le psalterium, entre les mains des anges, n'ont plus la terrible signification de la trompette.
Leur but au contraire est de peindre et de nous faire désirer les voluptés du séjour des bienheureux. Deux anges jouant de ces instruments se rencontrent sur le sceau de Guillaume de Chanac, cardinal du titre de Saint-Vital, en 1275.
Citons encore les deux anges portant des cierges, qui accompagnent la Vierge, dans le type cU Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, en i256, — sainte Agnès, dans le type de Tabbaye de Lourcine, en iSyg; — les deux anges servant la Trinité, sur un sceau de Jean de le Batterie, abbé d'Anchin, en 1429; — et enfin le sceau de la chambrerie de Louis de Beaumont, évêque de Paris, en 1480, représentant la Vierge transportée au ciel par quatre anges, deux à deux.
Le costume des anges est le même que celui des
Fig. 457.
D'après le sceau d'Eudes Rigaud.
archev'cque de Rouen, i256.
LES ANGES SyS
archanges; on les revêt de Taube ou de la dalmatique, et le plus souvent du costume traditionnel des philosophes grecs. Ils sont nimbés, ailés, la tête et les pieds nus.
■? N regard des esprits de lumière, des intelligences célestes, plaçons Tarchange rebelle, le diable, qui joue un si grand rôle au moyen âge, et les démons, ses auxiliaires malfaisants.
Voici d'abord le plus ancien type du tentateur, le serpent des premiers temps bibliques. Quelques personnages du nom d'Adam, tels que le clerc artésien Adam de Vimy, seigneur de Baudimont, en 1257, — Adam, doyen du chapitre de Lens, en 1254, ont choisi pour sujet de leur sceau Adam et Eve au moment de leur faute, alors que le serpent, enroulé autour de Farbre de science, les entraine à leur chute.
Le diable, sous une forme humaine ou plutôt simiesque, avec des ailes de chauve-souris, apparaît ensuite, en 1297, sur le sceau de Tofficialité d'Albert, archidiacre de Reims. Accroupi sous la balance de saint Michel, il guette l'àme reconnue trop légère et frappée d'indignité.
Un démon, que sainte Catherine semble éloigner, se voit au sceau de Jean II, abbé de Sainte-Geneviève, en i3i2. Il est debout comme un homme, ailé, couvert
de poils, armé de griffes, le corps terminé par une queue touffue, semblable à celle d'un loup.
Le sceau du prieuré du Val-des-Ecoliers à Paris, en iSyS, représente sainte Catherine disputant avec les docteurs. Au-dessus de ces derniers, le démon qui les inspire, un démon à face humaine , les oreilles larges, la bouche démesurément grande et montrant des dents aiguës , semble argumenter aussi avec la sainte.
Dans le sujet choisi par la Nation de Normandie, en 1398, le diable, sous des traits humains, couvert de poils, cornu, sans ailes, les extrémités armées de griffes aiguës, s'efforce de submerger une nef où se trouve un religieux que la Vierge secourt. Un diable à peu près semblable au précédent se remarque dès 1337 sur un sceau des communes de Frise. Il tient une bourse, et deux personnages armés chacun d'une épée l'ont renversé et le frappent.
Quelques compositions fournissent des exemples de deux démons associés dans un même but. Ainsi l'on croit voir sur le sceau de Pierre de Charny, archevêque de Sens , en 1 269 , deux démons habillés en docteurs, coiffes du bonnet pointu, debout et disputant avec un saint assis. — Deux autres démons figurent sur le sceau du Val-des-EcoHers de Laon, en 1307. Ceux-
Fig. 45s.
D'après le sceau
de l'Université de Paris,
nation de Normandie, i^gS.
LES ANGES 377
cl, en forme de dragons ailés, cornus, à quatre pattes, s'attachent à faire sombrer une barque portant trois mariniers. L'un des démons secoue Tavant du bateau ; l'autre, grimpé sur la vergue, joint ses efforts à ceux de son compagnon. Saint Nicolas préserve la nef du naufrage.
Dans un type du Val-des-Ecoliers de Paris, en i385, ce ne sont plus des démons qui tourmentent sainte Catherine ; mais deux démoniaques, la tête en bas et les pieds en Fair, se dressent de chaque côté de la sainte.
Les scènes d'exorcisme permettent d'étudier encore les figures du démon. De la bouche du possédé sort d'ordinaire un petit homme cornu à ailes de chauve-souris. C'est principalement dans les types des religieux Trinitaires que l'on rencontre ces sortes de représentations. Chacun sait que saint Mathurin, apôtre du Gàtinais, était invoqué pour les démoniaques et surtout pour les méchantes femmes. On pourra consulter à ce sujet le sceau des Mathurins de Paris, en 1327, et de leurs ministres (fig. 45g).
Dragons ailés , hommes velus , cornus , avec ou sans appendice caudal, à figure grimaçante, tels sont les types de démon que l'on rencontre sur les sceaux. Ils ne sont pas nombreux et, l'on doit le reconnaître, ne témoignent pas d'une grande richesse d'imagination. Les graveurs n'ont pas déployé, dans leurs
diables d'une laideur trop naïve, les qualités que nous
avons reconnues ailleurs. Ils ont voulu nous effrayer sans y réussir.
Nous avons borné là notre étude du diable, mais si Ton veut considérer le dragon comme une expression de Satan, on devra rechercher les types de saint Michel, saint Georges, saint Vigor, saint Marcel, etc., etc., sans compter les sceaux reproduisant le dragon seul.
Fig. 459.
D'après le sceau des Mathurins de Paris, 1327.
Ornement tiré d'un manuscrit fr.tnçais de la Bibliothèque nationale, xv" siècle.
LA VIERGE ET LES SAINTS
Initiale du xv'= siècle, tiiée du nis. fr. n" 2é.|3, Biblioth. nat
'iconographie des sceaux religieux offre de nombreuses figures de saints, les uns revêtus seulement de leur costume professionnel, les autres dans leur martyre ou dans leur triomphe, la plupart accompagnés des attributs qui leur sont propres.
Sans tenir compte des questions de prééminence, nous examinerons les Saints dans Tordre qui parait offrir aux recherches plus de facilité.
Nous ne pouvons nous dispenser toutefois de donner la première place à la mère du Christ.
Les personnages dont Thabillement a été décrit dans les chapitres précédents seront Tobjet d'une analyse rapide. Mais il nous sera permis d'insister sur
38o LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX
les types offrant une caractéristique utile à Fartiste comme à Tarchéologue.