HOC NOMEN VITE ETERNE
Le Pélican. — Au douzième siècle apparut dans l'imagerie religieuse, à la suite des volucraires , un autre symbole du Rédempteur, le pélican, emblème du Christ dans sa Passion.
Le moyen âge accueiUit avec un pieux enthousiasme la nouvelle allégorie de Toiseau sauvant ses petits de la mort au prix de son sang; les poètes lui consacrèrent des pages venues jusqu'à nous. Saint Thomas d'Aquin la célébra dans une de ses hymnes en l'honneur du saint Sacrement : Pie Pelicane, Jesic Domine, — Me immundum munda tiio sanguine. Et lorsque, se sentant vieillir, la muse mondaine de Thibaud le Posthume chercha ses inspirations dans
les hautes sphères du christianisme, elle chanta le pélican.
Diex est ensi comme li pélicans, Qui fait son nid el plus haut arbre sus, Et li mauvais oiseaus qui Aient de jus, Ses oiseillons occit, tant est puans.
Li pères vient destrois et angoisseus, Dou bec s'occit, de son sanc dolercus, Vivre refait tantost ses oiseillons.
Diex fist autel, quant fut sa Passion, De son dous sanc racheta ses enfans.
Ainsi s'exprimait, vers i238, dans ses chansons religieuses, Thibaud IV, comte de Champagne et de Brie, roi de Navarre.
Parmi les sceaux qui reproduisent la touchante image, les plus anciens représentent le pélican, la tête nimbée^ perché sur le bord de son nid, se déchirant la poitrine. Audessous, ses petits reçoivent chacun dans leur bec un jet du sang qui doit les revivifier. Les ailes de Foiseau, fermées d'ordinaire, sont ouvertes dans le type de Guillaume de Mons, chanoine de Cambrai, en 1227.
Cette même composition ne comporte pas de nid, les pieds du pélican reposent sur un arcen-ciel. Par exception, Toiseau n'est pas nimbé.
Les autres exemples du pélican oflreiit tous un nid
Fig. 442.
D'après le sceau de Guillaume de Mons, ehanoine de Cambrai,
LES TROIS IMikSONNES DIVINIIS 355
construit entre deux feuilles sur une tige, à Texception du type de Gautier d'Armentières, doyen de La Bassée, vers la fin du douzième siècle, sur lequel le nid existe, mais sans arbre apparent.
Sur la plupart des sceaux on distingue trois petits tendant le cou, le bec ouvert; celui que nous venons de citer n'offre qu'un seul petit, étendu sans vie dans le nid. Le type de Guillaume de Mons nous en présente deux, Tun étendu sur le sol, Taufe debout agitant les ailes.
L'arbre n'est le plus souvent qu'un arbre de convention à feuillages d'ornement; cependant on reconnaît un chêne, symbole de foi robuste, sur les sceaux de Guillaume de Château-Landon, chanoine de Sens, en 1281, — • de Hugues, chapelain de la comtesse d'Alençon, en 1291, — de Jean Hémar, prévôt de l'abbaye du Mont-Saint-Éloi, en i365.
Les mêmes accessoires symboliques que nous avons déjà si souvent eu l'occasion de mentionner, le soleil, la lune, les étoiles, et quelquefois la main céleste, complètent les représentations du pélican. On rencontrera ces emblèmes de la puissance céleste sur les sceaux d'Elbaud, chanoine de Nivelle, en 1272, — de Baudouin de Bapaume, chanoine de Thérouanne, en i3o2, — du prieur de l'abbaye d'Aiguevive, en i3o3^ — du gardien des Frères-Mineurs de Salins, en i3o3. Une croix surmonte le pélican dans le type du gardien des Frères-Mineurs de Lens, en i323.
ZbC)
Nous devons appeler Tattention sur le sceau de Jean, curé d'Ennevelin, en 1292. La tige qui supporte le nid est placée dans un vase où s'abreuvent deux colombes, symbole eucharistique, joint au symbole de la Rédemption. Aux quinzième et seizième siècles, une synthèse analogue se trouve exprimée dans certains crucifix, où le
Fis- 443. • 1 1 /!• I 1 •
D'aprcs uid du pclicau repose au sommet de la crorx.
le sceau de
Jean, curé Le syuibole du sacrifice accompagne dans
d'Ennevelin
1202. ' ceux-ci Fimao-e du sacrifice réel.
Le Christ dans l Eucharistie. — L'Eucharistie, ce mystère dont les apôtres même ne saisirent pas d'abord le sens, fut un de ceux que la primitive Eglise dut envelopper de plus de symboles. La sigillographie nous a conservé quelques traces de ses anciens emblèmes. ^^
Le premier que nous citerons appar tient par son sujet aux temps bibliques tg /; voisms de la création. Abel, tête nue, revêtu d'une longue tunique déceinte, fléchissant le genou , élève son offrande vers le Seigneur. Cette offrande c'est l'agneau, l'Agneau divin qui doit être immolé pour le salut des hommes. En haut la main céleste bénit celui qu'une inscription désigne par les mots : ivstvs abel. Telle est l'image figurée sur le sceau de Gobert, doyen de Metz, en i3o8.
Fig- 444- D'après le sceau
de Gobert,
doven de Metz,
m:s trois personnes divines
Fig. 445.
D'après
le sceau de
Jean de Hcrinnes,
chanoine
de Cambrai,
On doit encore regarder comme un symbole eucharistique un calice dans lequel descend du ciel une colombe, motif reproduit au sceau de Jean de Hérinnes, chanoine de Cambrai, en 1228.
Deux oiseaux buvant à la même coupe sont également considérés comme présentant une signification analogue. Parmi les types nombreux répétant cette idée, il suffira de mentionner les sceaux de Pierre de Boisses, chanoine de Levroux, en 1263 ; de Foulques, chanoine de Montfaucon, en 1272. Sur le premier, deux colombes, et sur le second, deux paons, s'abreuvent à la coupe sacrée. Une disposition semblable a déjà été signalée plus haut sur le sceau du curé cVEnnevelin.
Le poisson, dont l'appellation grecque IXBYC a servi, dans les temps de persécution, à rappeler la personne du Christ, et qui signifiait aussi le baptême, a été employé comme symbole eucharistique dans l'Eglise primitive. Nous croyons, sans oser l'affirmer, voir un poisson mystique sur le sceau d'un clerc, nommé Geoff'roi de iMonceaux, en 1266. Un contre-sceau de Jacques de Dinan, archidiacre de Thérouanne, en 1240, sur lequel deux dauphins sont accompagnés d'une colombe nimbée.
Fig. 4.46.
D'après le sceau
de Pierre
de Boisses,
chanoine
de Levroux,
semble oftVir la même siofnification.
Si nous considérons les représentations eucharistiques au point de vue de l'administration du sacrement, nous remarquons la sainte hostie sur le sceau des Trinitaires de Meaux, en i3o3. Un prêtre en chasuble , tenant le saint ciboire, donne la communion à un malade assis sur son lit. En haut, une lampe suspendue éclaire la scène.
Nous avons eu déjà l'occasion de signaler la sainte hostie que le graveur a reproduite sur la face extérieure de la marmite où un juif la fit bouillir (fig. 425).
Fig. 447- D'après le sceau des Trinitaires de Meaux, i3ol^.