APPOSITION DU SCEAU
ONSiDÉRÉs au point de vue de leur apposition, les sceaux se divisent en deux catégories : ils sont plaqués ou pendants.
Sceaux plaqués. — Les sceaux métalliques ont toujours fait partie de la seconde classe. Ceux de cire
ont d'abord été plaqués; ils occupent ordinairement la droite au bas de l'acte où ils étaient fixés de la manière suivante : on pratiquait au parchemin une incision cruciale dont on rabattait les angles afin que la cire chaude pressée par la matrice pût passer au dos de la pièce, où on la rivait en l'aplatissant. Quelquefois l'incision en croix était bridée par de petites bandes de parchemin entre-croisées pour mieux retenir la cire. Ce mode de scellé est resté en vigueur jusque sous Louis le Gros.
Les sceaux plaqués que l'on rencontre aux treizième et quatorzième siècles n'ont eu que des destinations spéciales. Ils servaient à clore des lettres missives, à des mandements royaux sur les Aides, à certaines lettres patentes , à certifier des actes émanant des gens des Comptes ou de commissaires extraordinaires, etc. La capitulation de Vitry et des forteresses voisines, en 1424, présente vingt-six sceaux plaqués, alignés sur deux rangées avec le sceau de la prévôté de Vitry posé au-dessous.
Le sceau plaqué apparaît encore aux seizième et dix-septième siècles ; c'est sa décadence. La matrice a été appliquée sur un papier sous lequel on a préalablement glissé un gâteau de cire pour soutenir l'empreinte et la rendre adhérente à l'acte. Le sceau est en papier; le papier reçoit directement l'impression, la cire est devenue l'accessoire.
Fig. i5. — Sceau plaqué de Louis le Gros. Louis Vf, en costume royal, revêtu d'un manteau court comme l'ancien sagum, assis sur un pliant à têtes de lion, tient d'une main le sceptre et. de l'autre, un fleuron en focme de trident terminé par des perles.
Sceaux pendants. — Le premier sceau pendant de nos rois se rencontre en 11 18, sous Louis le Gros. Ce n'est pas que ce nouveau système d'attache n'ait été employé avant cette époque. Richard, archevêque de Bourges, se sert d'un sceau pendant en 1067; les rois d'Angleterre en ont de plus anciens encore; mais l'usage des sceaux pendants ne se généralise en France qu'à partir de Louis le Gros et de Louis VII, son successeur.
Les sceaux pendants étaient ordinairement retenus à la charte par un lien passé dans une légère incision horizontale ou une petite ouverture pratiquée au bas du parchemin et sur son repli.
Lanières de cuir. — Pour les premières attaches, on s'est servi de doubles lanières de cuir blanc, plates ou tressées.
Fils de soie., de chaiwre, de laine; tissus. — Bientôt après Ton rencontre des fils de soie, de chanvre, de laine, en nature ou tissés. Un diplôme d'Etienne de Senlis, évêque de Paris, semble étabhr vers 11 38 la transition entre les lanières de cuir et ces nouvelles attaches ; le sceau qui l'authentique est suspendu par des lanières de cuir blanc entremêlées de fils de chanvre rouge et vert. Le sceau de Louis le Jeune, en 1139, 1145, est porté par des flocs de soie verte. Vers II 54, II 57, apparaissent les cordelettes tressées, les ganses bariolées.
Doubles queues de parchemin. — C'est dans les
3o INTRODUCTION
chartes des sires de Fougères, en ii63, de Raoul, comte de Clermont, en ii83, que se présentent les premières doubles queues de parchemin.
Simples queues. — Les simples queues commencent à se montrer aux chartes d'Eudes, duc de Bourgogne, en i2o5, de Philippe-Auguste, en 1216. Ces simples queues ne consistent plus, comme les attaches précédentes, en un lien de cuir, de fil ou de parchemin traversant Tacte et dont les deux bouts viennent se rejoindre dans le corps du sceau; elles font partie intégrante de l'acte. Pour sceller sur simple queue, on fendait le bas de la pièce horizontalement et dans une certaine longueur, de façon à détacher du parchemin une petite patte pendante, à l'extrémité libre de laquelle on apposait le sceau.
On a souvent profité des queues de parchemin pour y transcrire, en signe d'approbation, les ratures ou les surcharges contenues dans les chartes. On y répète aussi quelquefois la somme spécifiée dans un acte de vente. C'est ainsi que dans une cession d'une portion de rente, faite en i3o4 par le sire de Ghistelles, la double queue porte trois fois de suite la somme de yS livres restant à la disposition du vendeur (fig. 17).
Au commencement du treizième siècle, les lanières de cuir, tout à fait abandonnées, ont cédé la place à d'autres attaches plus légères et plus élégantes, queues de parchemin, flocs, lacs, tresses ou cordons. A partir
de cette époque le chanvre, la soie surtout, prennent les couleurs les plus brillantes et sont tissés des plus ingénieuses façons. Il nous vient d'Orient des rouges éclatants, des bleus célestes au ton chaud. Les pays du Midi traduisent sur les ganses leurs blasons d'or et de gueules. Ce sont des rubans échiquetés de bleu, de jaune, de blanc et de brun; des cordelettes blan-
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Fig. 17. — Cession d'une portion de rente par le sire de Gliistelles, scellée du sceau du Chàtelet.
ches, chinées, mouchetées ou componées. Des lacs de soie rose attachent, en 121g, le sceau de Simon, archevêque de Bourges ; la ville de Pontoise a des torsades de soie violette ; Fempereur Frédéric, le chapitre de Saint-Aignan, en 1244, emploient des flocs de soie bleue; les comtes de Flandre préfèrent les tresses de soie verte, tandis que les comtes de Toulouse recherchent les cordons de soie rouge étranglés de distance en distance par des fils d'or.
Un ruban de fil liséré de brun, componé de blanc
et de bleu, retient, en i3og, le sceau de la ville de Cahors. En 1374, le Chàtelet scelle avec de longs flocs de soie rouge, jaune et bleue; Pierre, comte d'Alençon, se sert des mêmes couleurs en torsade.
L'abbaye de Cercamp suspend les sceaux à des ganses plates de couleurs variées, tressées de fils d'or. Le duc de Saxe emploie le jaune et le noir; le marquis de Brandebourg, la soie noire tissée d'argent; Maximilien, électeur de Bavière, en 1648, la soie bleue mêlée du même métal; Fempereur Joseph II, en 1770, des cordelettes de fil d'or.
Mais l'attache la plus curieuse, découverte par M. Léopold Delisle et conservée aux Archives du Calvados, se voit au bas d\m acte de Richard Cœurde-Lion. Sur un lacs de soie verte, et tissée dans le corps même de l'étoffe, est écrite cette devise d'amour : « Jo suis druerie — ne me dunez mie — ki nostre
amur deseivre — la mort p » (Je suis un gage
d'amour, ne me donnez pas ; qui notre amour sépare, la mort p ).
Pourquoi cette devise amoureuse se trouve-t-elle au bas d'une donation en faveur du connétable de Normandie et de Gile, sa femme? C'est un fait qui, selon nous, attend encore son explication.
Sceau attaché au milieu de l'acte. — L'usage était de fixer les sceaux pendants aux bords des actes et habituellement au bord inférieur. Nous n'avons rencontré qu'une seule exception à cette pratique. Dans
une charte de iio5, conservée aux Archives de la Somme, fonds de Saint-Fuscien, le sceau de Godefroi, évêque d'Amiens, avait été suspendu au milieu du corps de la pièce.
Entre autres particularités, on pourrait encore citer celles où une double queue de parchemin porte un sceau à chacune de ses extrémités, où plusieurs sceaux ont leurs attaches passées dans la même ouverture. Il suffira de les avoir mentionnées.