‹ Le costume au moyen âge d'après les sceaux (volume 2)Chapitre 20 sur 77 · ET DE LA FABRICATION DES MATRICES · texte numérisé non relu

ET DE LA FABRICATION DES MATRICES

es orfèvres du moyen âge présentent en germe dans leurs œuvres les qualités que nous admirerons quelques siècles plus tard chez les orfèvres italiens. Travailleurs consciencieux, ils s'étudiaient à acquérir les connaissances applicables aux diverses branches de leur industrie, traçant ainsi la voie à leurs successeurs de la Renaissance. Ils dessinaient, composaient, étaient fondeurs, ciseleurs, repousseurs ; ils gravaient aussi les sceaux. Dédaigneux de s'affubler de la qualité d'artistes, négligeant même

de nous transmettre les signes de leur individualité, ils se sont contentés, sous le nom modeste de tailleurs de sceaux^ de nous léguer une foule d'objets d'art pleins de goût et de finesse, et dont quelques-uns peuvent passer pour de petits chefs-d'œuvre. Ils ne possédaient pas cependant les ressources dont nos graveurs modernes disposent. Le balancier n'était pas à leur service, et tandis que les artistes de nos jours taillent leur modèle en relief d'après une maquette sculptée, les anciens tailleurs de sceaux se trouvaient réduits à graver en creux d'après un dessin de leur invention ou fourni par quelque enlumineur en renom.

C'est ainsi que Jean van Nymmegen gravait, en 1499, k sceau de Brabant sur le patron dessiné par Liévin van Lathem; que Jean van der Perre tailla les sceaux renouvelés à l'occasion de la majorité de l'archiduc, d'après les patrons de Jean van den Wyck, dit van Battel, peintre d'armoiries en renom à Ma- Unes. A la même époque, Jean de Bruxelles, peintre, fournissait des patrons pour le sceau de Charles-Quint. On lit également dans la relation du voyage d'Albert Durer à Bruxelles que ce maître fit le patron du sceau de van den Perre.

L'excellent ouvrage de M. Pinchart, Recherches sur les graveurs des Pays-Bas, auquel nous empruntons ces détails, nous donne d'autres noms de tailleurs de sceaux.

Le plus ancien de cette série, Jean de Vaux,

demeurant à Paris, exécutait, en i36i, le nouveau sceau secret de Louis de Maie.

Jean Heylen grava, de 1425 à 1436, les sceaux de Brabant, celui de la Toison d'or. C'est à Corneille de Bont que Ton doit, en 1477- 1478, les sceaux de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire : seule ou avec son mari. Les œuvres de cet artiste sont marquées d'une moucheture d'hermine, par allusion à son nom qui en flamand signifie hermine.

Gaspar de Backère est l'auteur du sceau de Philippe le Beau, en 1483.

De i5oo à i5i5, on confiait à Liévin van Lathem la gravure en étain des types de Marguerite d'Autriche, de l'archiduc Charles. En i5ig, Pierre Huzuweel taillait aussi dans l'étain deux sceaux pour l'archiduc Ferdinand d'Autriche.

Adrien Reyniers, enlumineur, fit en 1 555 le patron du sceau de Philippe II pour le Brabant; Sébastien Poyelle dessina un autre patron pour le contre-sceau, et Thomas van Gheer les grava. A la même date, l'orfèvre Gilles Horrion était en réputation à Bruxelles.

En i582, Jacques Yonghelinck exécuta le sceau du Brabant sur le dessin de Floris Borel, orfèvre et graveur de sceaux à Anvers.

Vers 1621-1622, François Caluwart fut chargé de tailler deux cachets d'acier aux armes de l'infante Isabelle.

D'autre part, M. le marquis de Laborde, dans sa

INTRODUCTION 7i

Notice des émaux du Louvre, mentionne un extrait des Comptes royaux où Jean de Tournay figure en i32Ô comme graveur de sceaux. Les comptes des ducs de Bourgogne du même auteur nous donnent les noms de Jean Mainfroy, qui fabriqua, en 141 6, le signet d'or du duc; de Robert de Gouy, qui tailla, en 1419-1420, le grand sceau et son contre-sceau; d'Ernoul Clotin, orfèvre et valet de chambre de Philippe le Bon, qui exécuta le signet d'or du duc, ainsi que la chaîne armoriée qui le retenait; de Jean de Lombèque, demeurant à Bruxelles, à qui furent commandés, en 1467- 1468, la nouvelle légende du sceau de la Toison d'or, ainsi que les sceaux, pour le Brabant, de la fille de Charles le Téméraire. Marie de Bourgogne.

Divers registres de comptes conservés aux Archives nationales nous font connaître encore d'autres noms : Jean de Saint-Mor, scelleur, grava en 1349, Pour ^e duc de Normandie, un sceau et contre-sceau à sceller les sentences de l'Échiquier; Pasquier Bonivon ou Bouvion, de Paris, exécuta en i3g8, par le commandement de la reine, deux sceaux d'argent pour le bailliage de Montargis; le registre qui renferme cette mention nous apprend de plus qu'un autre orfèvre de Paris, Mathelin Neveu, avait forgé et fourni la masse de ces deux sceaux ; Pierre Huré, orfèvre de Paris, forgea et tailla lui-même, en 1404, deux paires de sceaux d'argent aux armes de la reine, pendant chacun à une grande chaîne du même métal, pour les bail-

liages de Melun et de Crécy; Arnoul de Bremel, graveur de sceaux à Paris, livra au duc d'Orléans, en 1404-1405, trois sceaux d'argent avec les chaînes et les contre - sceaux , l'un pour les Grands- Jours, l'autre pour le bailliage de Coucy, le troisième pour le bailliage de Soissons. Le même graveur fournit, à la même date, deux sceaux et contre-sceaux de laiton pour les tabellionages de Soissons et de Ham. Les registres du Parlement mentionnent, en 141 3, J. de Dieppe, graveur de sceaux au Palais. On voit enfin par les comptes de l'Hôtel que J. l'Essayeur, orfèvre de Charles, duc d'Orléans, confectionne, en 1455-1456, un signet d'argent taillé aux armes du duc.

Nous avons pensé qu'il était convenable, avant de terminer cette introduction, de rappeler les noms trop peu connus de ces artistes modestes et tout récemment tirés de l'oubli, auxquels nous devons une des branches les plus florissantes de l'art du moyen âge.

Ornement tiré du vas. n* 70 de U Biblioth. de Laon.

xii* siècle.

Ornement tiré du manuscrit latin n» 8846, à U Bibliothèque nationale, xn* siècle.

ans les pages qui précèdent, nous avons étudié les sceaux au point de vue de la matière, de la forme, de la dimension, de la couleur.

Nous les avons considérés dans leurs rapports avec les actes. Le initûie du xm< s., d'après moment est venu d'examiner les

le ms. n* 13 de la Biblio- . 1, .

theque de uon. sujets que l on y voit figurés.

L'imagerie des sceaux affecte la plus grande variété : les uns représentent des rois, des seigneurs à cheval en costume de guerre ou de chasse, des dames, des ecclésiastiques de tout rang, séculiers ou réguliers; d'autres nous offrent des emblèmes héraldiques, des monuments, des attributs de métier, des objets mobiliers. Certains mettent sous nos yeux des légendes pieuses, des martyres ; quelques-uns portent l'empreinte de pierres gravées, anti-

jfi LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX

ques, de la décadence ou appartenant au moyen âge. Enfin, on rencontre encore, à côté d'ornements de pure fantaisie, des dessins d'animaux et de plantes, empruntés à la faune ou à la flore de ces temps éloignés.

Nous ne devons nous occuper ici que des sceaux fournissant des éléments à l'étude du costume, que des types à personnages. En les passant avec soin en revue, en mettant en lumière ce qu'ils enseignent, nous espérons montrer combien les sceaux méritent de fixer l'attention, et faire sentir qu'il n'est pas possible de donner une histoire complète du costume sans les avoir consultés. Où pourrait-on du reste trouver, ailleurs que sur les sceaux, une si grande quantité d'exemples joignant à l'exécution la plus précise et la plus délicate l'inappréciable avantage de porter avec eux une date certaine?

Ornement tiré du vos. n* 2jo de la Biblioth. de Laon,

xii* siècle.

DP: MAJESTE

* iîrovingiens. — La rcprc- ^1 sentation barbare des souverains de la première race consiste en une tète ordinairement vue de face, à longs cheveux partagés sur J le milieu du front, avec peu >■ ou point de barbe ; une croix l'accompagne de chaque côté (fig. 21).

Carolingiens. — Les Carolingiens ont imité dans leurs intailles un type très antérieur à leur époque, ou se sont servis de pierres antiques. Le type qui leur est propre nous les montre en buste de profil,

les cheveux courts, le manteau agrafé sur l'épaule, la

tête laurée. Zuentebold, roi de

Lorraine, est le seul qui ait ceint

le diadème.

Lorsque les Carolingiens ont

confié à des pierres anciennes le

soin de confirmer leurs diplômes, Fig.21.-chiidebcrti11.695.7n. ieur ch0ix ne s<est pas égaré. Ils

se sont adressés aux divinités de l'Olympe, aux empereurs romains. Charlemagne emploie la figure de

Marc-Aurèle et, après son couronnement, l'empreinte d'un Jupiter Sérapis ; Pépin Ier , roi d'Aquitaine, emprunte la tête d'Auguste ; Louis le Dé-

Fig. 22.

Charlemagne, 774.

pierre gravie .nuque bonnaire scelle avec

représentant le buste de Marc-Aurèle.

Fig. 23. — Louis

le Débonnaire, 816.

Pierre gravée antique

représentant le buste

de Commode.

un buste de Commode ; Lothaire Ier se sert de l'effigie d'Alexandre Sévère.

Capétiens. — Avec les Capétiens va paraître le type dit de majesté. A l'exception de Robert, vu seulement à mi-corps, les sceaux représentent ces rois en entier, assis de face sur un trône, revêtus de deux tuniques, le manteau royal attaché sur l'épaule, couronnés, tenant le sceptre.

La Chevelure. — Les cheveux, courts chez Robert,

Henri Ier, Philippe Ier et Louis le Gros, deviennent longs et flottants sur les épaules dans les types de Louis VII, de Philippe -Auguste, de Louis VIII. Ils diminuent ensuite de façon à ne pas dépasser la naissance du cou chez saint Louis, Philippe le Hardi, jusqu'à Henri II et ses successeurs, qui reprennent l'usage des cheveux courts.

La Barbe. — Les premiers Capétiens, Robert, Henri Pr , Philippe Ier, portent toute la barbe. Raccourcie chez Louis VI, elle paraît rasée chez Louis VII, l'est complètement chez Philippe-Auguste et tous les autres souverains, jusqu'à l'avènement de Henri II qui la remet en faveur.

L'Habillement. — L'habillement apparent des rois de la troisième race se compose d'une tunique ou robe de dessous, d'une autre tunique ou dalmatique posée sur la précédente, et d'un manteau.

Henri Ier, Philippe Ier, Louis VI portent une dalmatique à manches étroites allant jusqu'au poignet, à jupe descendant à mi-jambes et retenue par une ceinture. Elle cache entièrement la robe de dessous. Le manteau court, le sagum, est attaché sur l'épaule droite par une agrafe de perles ou de pierreries disposées quelquefois en fleuron.

Chez Louis VII, Philippe - Auguste (fig. 24) et Louis VIII, la dalmatique reste la même, seulement sa jupe est fendue sur les côtés et laisse voir la tunique de dessous qui, plus longue, descend sur les pieds.

Le manteau, devenu plus ample et bordé d'un large galon d'or qu'on appelait orfroi, est retenu sur l'épaule par un nœud de l'étoffe.

Sur les sceaux de saint Louis, de Philippe le Hardi, la dalmatique prend des manches larges, qui ne dépassent pas la moitié de l'avant-bras. La jupe, ornée

d'une riche bordure, s'arrête à mi-jambes et laisse voir la robe de dessous, dont les manches étroites atteignent le poignet, et dont le bas tombe jusqu'aux pieds. Le manteau devient la chlamyde antique. Bordé d'un large galon fleurdelysé, il est attaché sur l'épaule droite par un fermail en fleur de lys, ou par une agrafe ornée d'une grosse perle ou d'une pierre fine.

Sous les règnes suivants, la dalmatique s'allonge de telle sorte que, descendant presque aussi bas que la robe chez Philippe le Bel, elle la cache entièrement chez les successeurs de ce roi, et ne laisse voir que le bout des manches. De plus, la ceinture disparaît ; le vêtement devient ample et flottant. Voici comment est inventoriée une dalmatique du roi Charles V : « Ung dalmatique de satin azuré à fleurs de lys d'or, orfroisié à perles tout autour, et doublé

Fig. 24. — Philippe-Auguste, 11 80.

SCEAU DE CHARLES V, DIT LE SAGE (i33;-i38o)

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