‹ Le costume au moyen âge d'après les sceaux (volume 2)Chapitre 21 sur 77 · TYPE DE MAJESTE · texte numérisé non relu

TYPE DE MAJESTE

Sous un dais d'architecture, le roi, assis sur un pliant orné de têtes de dauphins et recouvert d'une draperie, tient le sceptre et le bâton de justice. Charles* V est représenté couronné, revêtu d'une dalmatique d'apparat et du manteau royal. Ses pieds reposent sur deux lions couchés.

La légende signifie: Charles, par la grâce de Dieu, roi des Français.

iCoMcction des Archives nationales.)

lmp. Lemercicr & CIC Paris

comme dessus (de satin vermeil), fermant sur les deux espaulles à quatre gros boutons de grossettes perles, et en chascun d'iceulx, a ung chaston d'un ballay d'Orient ou mylîeu. »

A partir de Charles VIII, le costume royal s'enrichit d'un camail d'hermine posé sur le manteau.

Enfin, sous Louîs XII, François I" et Henri II, les manches de la dalmatîque se raccourcissent et ne dépassent pas le milieu du bras.

Malgré l'usage si fréquent au moyen âge de porter des.

agrafes, des fermaux précieux, des bijoux artistement travailles, le costume de nos rois a gardé, sur les sceaux, une grande sévérité. Le type de majesté de Charles VII présente seul un ornement particulier. On distingue sur la poitrine du souverain un joyau en forme de quintefeuille ou d'étoile à pointes arrondies.

La couronne. — La couronne royale est ouverte et rehaussée de quatre fleurons ou fleurs de lys. Très simple chez Robert, Henri I", elle s'enrichit ensuite de perles, de pierreries ou d'un travail plus précieux chez Philippe I", Louis VI, Louis VII, Philippe- Auguste, saint Louis, etc. Dans la couronne de

Fig. ai. — Saint Lauts, 1140.

Philippe le Long, les fleurons sont séparés chacun par un appendice muni d'une perle; quatre fleurons plus petits, au lieu de perles, accompagnent les quatre grands fleurons de la couronne de Charles V.

En l'absence du grand sceau, les souverains ont employé un sceau plus petit, où la couronne royale

se trouve reproduite dans des proportions plus grandes et avec des détails d'ornementation que Ton ne rencontre pas dans les types de majesté. C'est sur le sceau de ré-

Fig. 26. — Sceau de régence.

Deuxième croisade gence qui servait pendant la

de saint Louis, 1270. .,

deuxième croisade de saint Louis qu'est figurée la couronne dont nous donnons ici le croquis.

Le sceau de régence de Philippe le Hardi représente également en plus grand la couronne de France. Dans un type de Louis XI, pour servir en l'absence du type de majesté, la couronne est rehaussée de huit fleurs de lys, séparées chacune par un élégant appendice trifolié, tandis que sur les autres sceaux du roi la couronne comporte seulement quatre fleurons, accompagnés chacun d'un fleuron plus petit.

Sous Henri II la couronne royale est fermée.

Les images fournies par les sceaux ne peuvent nous donner que des idées d'ensemble. La petite dimension de ces monuments n'a pas permis aux graveurs de reproduire en détail l'orfèvrerie et les bijoux

qui décoraient la couronne de nos souverains. Heureusement, les comptes sont plus explicites; quelquefois même ils réussissent à satisfaire entièrement notre curiosité. Tel est l'Inventaire des meubles de Charles V, de l'an i38o, dont nous extrayons ce qui suit :

I La très grant, très belle et la meilleure couronne du Roy, laquelle il a fait faire. En laquelle a quatre grans florons et quatre pctiz, garniz de pierrerie. Et en chacun des grans florons, c'est assavoir : au maistre floron, endroit le chappel, a ung très grant ballay carré, acosté de deux grans saphirs, et aux quatre coings du dit ballay carré a, en chascun, une très grosse perle; et au dessus du dit ballay, a ung autre ballay carré au dessus duquel a deux perles et ung dyamant ou mylieu, et au dessus, ung autre ballay long sur le ront, où au dessus a pareillement deux perles et ung dyamant. Et ou mylieu du dit floron, a un grant saphir à huit costés, au dessus duquel a ung dyamant. Et ou chef du dit floron, a ung gros ballay cabouchon et, aux deux costez, deux balays carrez à Tenviron desquels a quatre grosses perles. Et aux costez du dit saphir, a en chascun costé, troys balays à ung dyamant et troys perles entre deux. Et en chacune pointe de dessoubz, la dicte fleur de lys a une troche de troys perles et ung dyamant ou mylieu. Et ou chef du dit floron, a une troche de cinq très grosses perles et ung dyamant ou mylieu. Et ou petit floron de la dicte couronne, a au

chappel ung très grant saphir acosté de quatre balays, au dessus duquel saphir a ung ballay carré, et ou mylieu du dit floron, ung gros ballay cabouchon à l'en tour duquel a troys saphirs et quatre perles. Et au chef du dit floron, a une troche de troys perles et ung dyamant ou mylieu. Et ainsi se poursuivent tous les dits florons en nombre de pierrerie. Et oultre, a au chappel huit bastonnetz dont en chacun a quatre grosses perles.

« Et est l'aumuce de la dicte couronne de veluiau azuré, sur laquelle a une croisiée d'or garnie de pierrerie, c'est assavoir : de huit balays, huit saphirs et de trente six perles. Et au dessus, a un très grant et très gros saphir où dessus a rivé une très grosse perle. Et sur le veluiau de la dicte aumuce, a douze fleurs de lys d'or cousues. »

Le sceptre et le bâton de justice. — Le roi Robert n'a pas de sceptre, à moins qu'on ne veuille donner ce nom au double fleuron qu'il tient de la main droite; le sceptre de Henri Ier consiste en un bâton surmonté d'une croix.

Philippe Ier et Louis VI tiennent un sceptre fleuronné; sur les sceaux de Louis VII, de Philippe- Auguste et de Louis VIII, il est terminé par un petit fleuron enchâssé dans un losange orné d'une pommette à chacun de ses angles. A partir de saint Louis, le sceptre redevient fleuronné, c'est-à-dire se termine par un fleuron libre, fleuron de fantaisie variant dans ses

détails et dans sa proportion. Cette dernière forme va continuer ainsi pendant une longue série de rois. Seulement, dès le sceau de Louis le Hutin, le sceptre aura pour pendant le bâton de justice. Tandis que les

rois précédents tenaient, dans la main qui ne portait pas le sceptre, un monde, un trident à pointes surmontées de troches de perles, un fleuron ou une fleur de lys, Louis le Hutin et ses successeurs auront le bâton de justice.

Parmi les habits et joyaux ordonnés pour le sacre

des rois de France et remis en garde à l'abbaye de Saint-Denis par le roi Charles V, le 7 mai i38o, on remarque « ung ceptre d'or pour tenir en la main du Roy, pesant environ neuf marcs, dont le baston est taillé à compas de neus et de fleurs de lys; et est la pomme du dit baston, taillée de haulte taille d'estore de Charlemaigne, garny de troys ballays, trois saphirs,

troys troches, dont en l'une a quatre grosses perles et ung dyamant ou mylieu. Et au dessus et au dessoubz de la dicte pomme, a sezes perles et sur la dicte pomme, a un lys esmaillé d'esmail blanc, sur lequel lys est assis en une chayère d'or saint Charles qui fut empereur de Romme. Et sur le devant de sa couronne, a ung petit Fig. «8. - Henri i-Mo35. ^y d'Orient, et le fruitelet de la

dicte couronne est d'une grosse perle. Et est le dit ceptre en ung estui brodé de veluiau azuré semé de fleurs de lys et garny d'argent doré. »

Le trône. — L'imagerie des trônes commence en io35. A cette date, le sceau de Henri I* représente ce roi sur un trône d'architecture, sorte de banc garni d'un coussin, muni d'un dossier triangulaire et d'un marchepied.

Ce modèle n'a eu qu'une fort courte durée. Dès 1082, sous Philippe Ier, le trône consiste en un siège

pliant, en forme d'X, à têtes et à pieds d'animaux ; les pieds du roi reposent sur un tapis ou sur un escabeau treillissé à fleurs. Telle est en général la manière dont le trône est figuré sur les sceaux royaux

Fig. 29. — Louis XII, 1498.

jusqu'à Charles VII, sauf quelques modifications ou embellissements qui vont être mentionnés. Ainsi, les bras du pliant royal sont ordinairement décorés de tètes de lion, mais on rencontre des têtes de chien, de dragon, dans les trônes de saint Louis, de Philippe le Hardi. Pour le siège d'apparat du roi Jean, on a employé des aigles, sans doute par allusion à l'aigle

de saint Jean. Des têtes de dauphin ornent le pliant de Charles V, celui de Charles VII. Le trône de Charles VI a des bras terminés par une fleur de lys sortant de la corolle d'un lis naturel. Sous Philippe le Bel, le siège se couvre d'une draperie, d'un poêle,

Fig. 3o. — Charles Vil, 1444.

et il en sera désormais toujours recouvert. Une tapisserie à compartiments fleurdelysés est tendue derrière les trônes de Philippe le Long et de Philippe de Valois. Dès le roi Jean, deux lions couchés, sur lesquels reposent les pieds du souverain, remplacent l'escabeau ; un petit dais d'architecture est placé audessus de sa tête. La tenture, semée de France, que l'on a vue commencer avec Philippe le Long, vient,

sous Charles VII, rejoindre le dais et former ainsi un pavillon qui, sous Louis XII (fig. 29) et Henri II, sera soutenu par deux anges.

A partir de Louis XI, le pliant à têtes d'animaux disparaît. Les bras du trône présentent l'aspect de

deux bornes recou exception que l'on forme de stalle coi côtés par une boii pleine, tantôt à colc particulièrement sur du grand sceau de dans les types de < et de Charles VIII.

c me draperie. C'est par

quelquefois un banc en

dais, fermé de trois

ment sculptée, tantôt

îttes à jour. Ces trônes figurent

x ordonnés en l'absence

On pourra les étudier

/H (fig. 3o), de Louis XI

Ornement tii

os. n* 64 de U Bibl. de Soissons, XIII" siècle.

Ornement tiré du Psautier de saint Louis, manuscrit du xili" siècle, à la Bibliothèque

nationale.

VÊTEiV

x FÉMININ

Initiale du Psautier de saint Lot manuscrit du xui" siècle, à la Bibl thèque nationale.

sceaux des dames appartenant

à la noblesse fournissent seuls

s notions sur le vêtement fé-

i. Le type qu'ils représen-

le même pour tous les

ys, depuis la souveraine jus-

ï la femme du simple gentil-

tnme, se rapporte à la tenue

tre aura donc pour objet le

modifications.

figurées ordinairement debout,

de cérémonie. Ce costume d'apparat e Les dames sont quelquefois à cheval, très rarement assises, vêtues de deux robes ou, pour parler plus exactement, de deux tuniques et d'un manteau, coiffées à la mode du temps, gantées, tenant une fleur à la main ou un oiseau de vol sur le poing. Les reines, toujours debout, portent

la couronne et le sceptre; c'est leur seul caractère distinctif.

Les deux Tuniques. — Les deux tuniques se passaient Tune sur l'autre ; la tunique de dessous, par

conséquent, ne paraît que lorsque la façon de la tunique de dessus le permet.

Dans les plus anciens types, de 1140 à i23o, la tunique de dessus est un bliaud très étroit, ajusté à la forme de la poitrine, des hanches et des bras. Une ceinture le retient quelquefois à la taille ; sa jupe retombe jusqu'à terre. Les manches, à partir du poignet, se continuent en une longue pièce d'étoffe descendant presque aussi bas que la jupe. La tunique de dessous, le chainse^ est complètement cachée.

Ainsi est habillée Mahaut, comtesse d'Évreux, en 1140-1180, — Elisabeth, comtesse de Flandre, en 1170,

— Éléonore de Vermandois, comtesse de Beaumont, en 1177, — Adèle de Champagne, troisième femme de Louis le Jeune, en 11 90, — Marie de France, veuve de Henri Ier, comte de Champagne, en 1193,

— Héla, vicomtesse de Châtellerault, en 1220. — On remarquera les manches de la comtesse d'Évreux,

Fig. 3i.

Adèle de Champagne,

troisième femme de Louis le Jeune, 1190.

VÊTEMENT FÉMININ

dont les extrémités sont relevées en anse de nœud

coulant.

Vers i23o, le bliaud est remplacé par le surcot,

vêtement sans manches, fendu de chaque

côté pour laisser passer les bras, et fermant sur les épaules par des boutons.

Le surcot n'a pas de ceinture. Sa jupe

tombe jusqu'à mi-jambes et laisse voir,

à partir de là, une tunique de dessous,

appelée cotte, très ample et fort longue,

mais à manches étroites. Marie, comtesse

de Ponthieu, en i23o, — Mahaut, comtesse de Boulogne, en 1236, — et Alix,

comtesse de Duras, en 1261, — ont porté

cet habillement, dont on ne trouve plus de traces sur les sceaux à partir de 1275.

Dès 1233, une nouvelle mode commence. Le surcot devient plus étoffé du corsage et de la jupe, ses manches plates s'arrêtent au poignet sans le dépasser ; une ceinture le noue à la taille. Le nouveau surcot cache entièrement la tunique de dessous. Il se montre pour la première fois dans le type d'Alix, comtesse de Mâcon, —

continue avec Mahaut, comtesse de Boulogne, en 1239,

Fig. 32. — Mahaut,

comtesse d'Evreux,

Fig. 33. — Marie, comtesse de Ponthieu, 1 23o.

— Laurette de Dampierre, fille du duc de Lorraine, en 1256, — Marie de Brabant, deuxième femme de Philippe le Hardi, en 1278, — et disparaît en 1290.

A cette dernière date, un autre changement s'opère. Les dames revêtent deux surcots, et celui de dessus, tout en restant ajusté des épaules, devient ample et flottant du bas. La jupe tombe librement sans ceinture

et traîne jusqu'à terre. Ses manches larges ne dépassent pas le coude, tandis que les manches étroites du surcot de dessous viennent aboutir au poignet.

C'est la cotardie, que l'on voit sur les sceaux de Jeanne de Châtillon, veuve de Pierre d'Alençon, en 1290, — d'Isabelle de Pacy, en i3i3, — d'Alix de Nesle, femme de Jean de Chalon, en i3i4, — de Blanche de Navarre, deuxième femme de Philippe de Valois, en i368.

Au milieu du quatorzième siècle, les manches de la cotardie deviennent pendantes à partir du coude, tantôt très longues, tantôt finissant au-dessus du genou (fig. 36). Dans certains modèles, la jupe prenant encore plus d'ampleur, les dames relèvent ses plis d'une main ou les portent sous leur bras, et ce geste communique à leur maintien une noblesse élégante. Le costume de Jeanne de France, duchesse de Bourgogne, en 1340, — de Jeanne de Bourgogne, première femme de Philippe de

Fig. 34.

Alix de Nesle, femme de Jean de Chalon, 1314.

VÊTEMENT FÉMININ

Valois, en 1344, — d'Yolande de Flandre, duchesse de Bar, en i3j3, — appartient à ce genre d'habillement. Ajoutons que, selon l'usage général au moyen âge, ces cotardies se doublaient de menu vair et se bordaient de fourrures plus précieuses.

Mais un autre si produit à la même è du treizième siècle, sage des bras, puis ser voir la riche c< la cotte, ne suffis; féminine. Les dam voulurent montrer 1 ture. La fente de le

éch

1 ent s était

i du surcot

1 au pasfaçon à laisre qui se portait sur à la coquetterie quatorzième siècle t plus que la ceincot devint une large e par où l'on pouvait aper- >n re très ajusté et dessi- Les avec exactitude. La supérieure du surcot ainsi

Yolande de

Flandre, duchesse de

Bar, 1373.

cev nat pai \

ent yert se recouvrait d'une petite ma te de fourrure fendue sur les côtés. Ce: ails se remarquent sur les

sceiux de Jeanne de France, duchesse de mrgogne, en 1340, et de Jeanne de Clermont, comtesse d'Auvergne, en i386.

Ces deux formes de vêtement durent jusqu'à la fin du quatorzième siècle, moment où les dames qui ne sont pas souveraines cessent d'être figurées sur les sceaux.

Fig. 30.

Yolande de Flandre,

duchesse de Bar, 1373.

Fig. 37.

Marguerite.

vicomtesse de

Thouars. 1237.

L'ouverture de la tunique autour du cou, l'encolure, est d'ordinaire taillée en rond, quelquefois ouverte en cœur comme sur les sceaux de Blanche de Navarre, en 1210, — d'Yolande de Bretagne, en 1259, — de Jeanne de Thocy, femme de Thibaud II, comte de Bar, en 1267, — ou coupée en carré comme dans le type de Jeanne de France, reine de Navarre et comtesse d'Évreux, en i336. C'était sur le devant de l'encolure et pour fermer la fente du corsage que les dames plaçaient le bijou appelé fermai l ou afiche, sorte de broche incrustée de

pierreries dont les types de Marguerite, vicomtesse de Thouars, en 1 227, — de Mathilde, femme d' Alfonse, comte de Boulogne, en 1239, vj — de la reine Blanche, mère de saint Louis, en 1248, — de Jeanne de Châtillon, comtesse d'Alençon, en 1271, offrent des exemples variés.

Les sceaux ne comportent pas les détails qui nous indiqueraient la nature des tissus, leur qualité et leur ornementation. Mais ils nous montrent certains surcots

Fig. 38.

Marguerite de Qaincy,

comtesse de Winchester, ia33.

d'apparat brodés d'armoiries. En 1233, Marguerite de Quincy, comtesse de Winchester, revêt un surcot armorié de mâcles; Marie de Crécy,

VÊTEMENT FÉMININ

femme de Milon de Noyers, s'habille, en 1284, d'un surcot chargé d'une aigle; Isabelle de Beaumont, en 1290, est vêtue aux armes de sa famille : le giromiê au lambel ; Jacqueline, femme de' Gui le Bouteiller, en 1297, porte les armes de son mari et les si : un écartelà plein,

parti de trois band< au lambel.

Quant aux autres is moins spé-

ciales, elles sont fot is ne pouvons

... . Gui le Bou-

citer qu un corsage enrichi de broderies, celui nttlw.Mg?, de la femme de Gui urne de Pierre-Pertuse, en 1240.

La Ceinture. - ' n âge comme de nos

jours, la ceinture a1 ir but de serrer la tunique

à la Mais, à cette époque, l'uti-

îccessoire et la ceinture J5^? r> servi 11 t de prétexte au déploieplus grand luxe, à l'étalage rtune. Dans son testament de faveur des carmes de Paris, la n 2 de France Jeanne mentionne : « N .tre ceinture en laquelle nous fumt s sacrée, toute de balais et esmeraudes et à perles ». Les sceaux reproduisent fort simplement ce riche détail du costume féminin. On remarque cependant dans le type de Mahaut, femme d'Alfonse, comte de Boulogne, en 1239, la

f-'ig, Ifil — MilllUJt,

ecmlejK de Boulogne,

ceinture brodée d'une serpentine et dont l'extrémité retombe jusqu'au bord de la jupe. L'aumônière de la comtesse y est suspendue sur la hanche gauche. On y accrochait aussi d'ordinaire les patenôtres, transformées alors en bijoux à la mode.

Le Manteau. — Jusqu'à la fin du douzième siècle, les dames portent la chape, manteau attaché devant

la poitrine où une agrafe maintient les deux bords rapprochés.

Il est plus court que le reste de l'habillement. Seule, Adèle de Soissons, en 1186, revêt l'ancienne chlamyde, attachée sur l'épaule à la façon des hommes.

A partir de 12 10, les bords du manteau, distants l'un de l'autre, sont retenus par un cordon assez lâche que la dame tend d'une main. L'attache qui sert à maintenir le manteau de Marguerite de Valois, comtesse de Blois, en i3i6, est arrêtée au bord de l'étoffe par une fleur d'orfèvrerie qui rappelle le nom de la comtesse, une marguerite. La longueur de ce manteau égale celle de la tunique. On voit que cette chape ne rappelle plus que de loin le vêtement ecclésiastique dont elle tire pourtant son nom et son origine.

L'usage est encore au quatorzième siècle de porter,

Adèle, comtesse de Soissons, 1186.

VÊTEMENT FÉMININ

sur le surcot échancré, un manteau formé de deux pièces : Tune sur le devant, très petite, descendant un peu plus bas que la poitrine; l'autre, plus longue, tombant par derrière. Les deux

pièces se réunissent laissant le bras toi vert. La duchesse c France, en 1340, > comtesse d'Auvergn rées de cette peti!

le corset fendu.

Les manteaux él souvent de menu 1

sur chaque épaule, et découle, Jeanne de Clermont,

e ent pâmante qu'on appelait

de fourrure, le plus ;mi d'hermine. Celle-ci e plus particulièrement chez de Bretagne, désireuses de dans leur costume les armes '■■. On croît déjà recon- 1 vair à la doublure du mande France, en 1 187; il est et à partir de 1226. Perrede Maubuisson (1247), en écartant le pan de son manteau, semble vouloir nous montrer le vair qui le double.

Fig. +3.

Yolande de Bretagne fille de Pierre Mande!

Les Gants. — Les sceaux représentent les dames gantées. Le gant, indispensable surtout pour la main qui portait l'oiseau, était, d'après les comptes, où il est appelé gant

IOO

d'oiseau, gant fauconnier, de peau résistante, de chamois ou de daim. Il montait presque jusqu'au coude. On en rencontre des exemples très nets sur les sceaux dTolande de Bretagne, fille de Pierre Mauclerc (fig. 43), en 1259, — de Marguerite des Barres, femme de Jean Chabot, en 1289, — d'Isabelle de Beaumont, en 1290.

La Coiffure. — Dans les types les plus anciens, dès 1140, les dames portent leurs cheveux séparés sur

le milieu du front et tombant le long des épaules en deux grosses tresses, une de chaque côté. Telle est la coiffure d'Eléonore de Vermandois, en 1 177, dont les tresses descendent jusqu'à mi-jambes, — d'Héla, vicomtesse de Châtellerault, en 1220, — de Béatrix, comtesse de Chalon, en 1223. — Ce genre de coiffure a duré jusqu'en 1240, mais il s'est continué dans les types des reines. Marguerite de Provence, veuve de saint Louis, porte en 1294 deux tresses pendantes sous une couronne à quatre fleurons.

L'artiste qui voudra reproduire une scène de cette époque ne devra pas perdre de vue que les femmes n'avaient pas le droit, au moyen âge, d'entrer la tête nue dans une basilique; elles devaient la couvrir du pan de leur manteau ou d'un voile. La coiffure en cheveux n'est donc en usage que dans le monde. Il

Fig. 44. — Béatrix.

comtesse de Chalon,

VÊTEMENT FÉMININ

est bon d'ajouter encore que, jusqu'au moment de leur mariage, les jeunes filles laissent leurs cheveux flotter en liberté sur les épaules.

Dès 1214, les dames se coiffent d'une petite toque ou mortier garni d'un ruban qui passe sous le menton.

C'est le chapeau; t

t élargi du à cannelur un bonnei

. , d'abord su:

AdM ies cheveu

ic Nanteml,

■138. chignons, un seul chignon pa couverte d'une résil fixait à la coiffe au les privilégiées de 1 précieuses. La rei , Charles 1

teVa dans son

es bas et très plat, tantôt

dquefoïs élevé et «rm^,

rons comme ujà

On le pose /fp^

es tresses. Mais bientôt Fig.46.

Mahaut,

s relevés en deux 'orn<e5Si: J»

Bourgogne,

le que côté, ou en ****• ■e, et pris dans une coiffe nommée crépine. La crépine se lyen d'un tressoir enrichi, pour rtune, de perles et de pierres Jeanne d'Evreux, femme de Bel, s'exprime ainsi y — y tament : « Nos très- %2r //^~3\ sons d'or rené qui sont de rubis *%^vk Fis.47- d'Alexand e, d'esmeraudes et de F'*~ *"*

Jemne, dame , , Jeanne,

de Château- perles. » -s modèles varies du "»"<w

1361.' chapeau se voient sur les sceaux tl6~d'Elisabeth, comtesse de Flandre, en 1170, — d'Elisabeth, comtesse de Chartres, en 1218, — d'Alix, comtesse d'Eu, en 1219, — d'Adèle de Nanteuil, en 1228, — de Mahaut, comtesse de Bourgogne, en 1237, — d'Alix, comtesse de Duras, — de Jeanne de Châ-

Fig. 49.

Marguerite de

Constantinople,

comtesse de Flandre. 1244.

teauvillain, en 126 1, — et de Jeanne de Thocy, comtesse de Bar (fig. 48), en 1267.

Le chapeau est porté pendant tout le treizième siècle, soit seul, soit combiné avec un voile qu'on appelait le couvre-chef.

La coiffure en voile commence à paraître sur les sceaux en 1224. Elle consiste en une pièce d'étoffe

légère, posée sur la tête et tombant en plis sur les épaules. Cette mode existe encore en 1376. On en remarque de bons spécimens dans le type de Marguerite de Constantinople, comtesse de Flandre, en 1244, et dans celui de Laurette de Dampierre, en 1256.

Voici des exemples de coiffure où le couvre-chef se combine avec le chapeau : Alix de Bretagne, en 1257, — Jeanne de Vierzon, en 1274, — Marguerite des

Barres, en 1289, — Sédille, dame de Chevreuse, en 1290, — Marguerite de Sicile, en 1296, portent ce voile posé sur le chapeau.

Nous ne quitterons pas le treizième siècle sans parler d'un arrangement qui semble particulier aux dames veuves. Il consiste en ce que la pièce de linge qui couvre les épaules, entoure le cou et encadre le visage des veuves, la guimpe, vient se rattacher de chaque côté de la coiffure, d'où quelquefois ses extrémités retombent en voile sur chaque

Fig. 5o.

Alix

de Bretagne,

VETEMENT FEMININ

épaule. Cette particularité se remarque sur les sceaux de Marguerite, veuve de Simon de Verncuil, en 1277, — de Jeanne de Chàtillon, veuve de Pierre d'Alençon, en 1290. $C^B

Enfin, dans les mauvais temps, le cha- ï^H pcron était appelé à protéger les différentes „ . coiffures qui viennent d'être énumérées. J.2ÏÏÏÏL. A cet effet, on munissait certains surcots veud^° ™°TIC d'un chaperon. Le surcot ainsi additionné ljy0, s'appelait une lwque.

Les sceaux du quatorzième siècle présentent, à sa seconde moitié surtout, une coiffure figurée par un simple diadème orné de perles ou de bijoux. C'est le chapeau d'orfèvrerie, le chappel d'or qui se portait déjà du temps de saint Louis.

11 se met d'abord par-dessus le couvre-chef, comme dans le type de Jeanne de France, duchesse de Bourgogne, en 1340. Puis, de Cknwot, lorsque les dames prennent, vers d'Auvergne la fin de ce siècle, la mode de i*m natter leurs cheveux sur les joues en les relevant derrière l'oreille, le chapeau d'orfèvrerie se pose sur la coiffure en cheveux. C'est ainsi qu'est représentée Jeanne de Clermont, comtesse d'Auvergne et de Boulogne, en i38(3.

Nous lisons dans les comptes d'argenterie du roi « à Jean Luissier pour la vente d'un chappel

de Frmce.

ducheisc

de Llourgognc,

Jean :

io4 LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX

d'or, garni de douze balais, de vingt esmeraudes, de seize diamans et de quarante grosses perles, i,56o livres; à Benoît Girard pour la vente d'un cercle d'or garni de pierreries, 4,000 escus. »

Les reines gardent toujours sur les sceaux la couronne et le sceptre. Déjà nous avons eu l'occasion d'étudier, au chapitre des rois, ces attributs du rang suprême. Les couronnes et les sceptres des souveraines n'ont rien à leur envier en richesse. On en jugera par la description que nous a laissée dans son testament la reine Jeanne d'Evreux : « C'est assavoir : une couronne à cinc grans florons et à cinc petiz; ou cors de chascun grant floron, a une grosse esmeraude et quatre balais entour et quatre dyamans, et au dessus ou floron, a quatre balais et cinc esmeraudes, et huit perles et deux dyamans ou pié du dit floron. Et en chacun des petiz florons., a entour deus grans balais et quatre esmeraudes et douze perles en trois, et dessus, a deus balais et quatre esmeraudes, et trois perles dessus en haut. Et y a sur le tout, soixante balais, soixante dix esmeraudes que grans que petites, trente dyamans et cent et quinze perles. Et poise la dite couronne sur le tout, or et pierreries : cinc mars, quinze estellins. — Item : nostre fleur de lys d'or (c'est le fleuron du sceptre) que nous eusmes à noz noces et à nostre couronnement, où il a seize balais,

quatorze esmeraudes et vint et cinc perles. »

L'imagerie des sceaux représentant les femmes

VÊTEMENT FÉMININ

io5

avec des vêtements qui tombent sur les pieds, il nous serait difficile de nous rendre un compte exact de leur chaussure, si nous ne savions par d'autres témoignages qu'elles chaussaient un soulier léger, découvert d'empeigne, et dont le quartier élevé présentait deux appendices qui venaient s'attacher sur le cou-de-pied.

Elles portaient aussi des bottes, comme nous l'apprennent les comptes de la reine Isabeau de Bavière, en i38g : « pour avoir fourré de rays des bottes de cuir blanc ».

Vers la fin du treizième siècle, les tailleurs de sceaux ont figuré les dames debout sous un léger édifice gothique.

Cet encadrement, composé, dès le principe, de deux colonnettes soutenant un arc brisé en trèfle, s'est ensuite compliqué d'élégants motifs empruntés à l'architecture du temps. Aux simples colonnettes ont succédé des édicules de fantaisie, composés de plusieurs étages et quelquefois habités par des anges. Le sceau de Jeanne de France, reine de Navarre et comtesse d'Évreux, en i336,

Fig. 54. — Jeanne de France, reine de Navarre et comtesse d'Evreux,

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donnera une idée de ce riche et délicat travail de

gravure.

Le type des dames assises n'offre rien de particulier; on ne le rencontre plus passé le douzième

siècle.

Les dames à cheval sont vêtues comme les dames

debout, mais le costume est plus court. Elles montent

une haquenée dressée à cette allure qu'on appelle l'amble ; un chien de chasse les accompagne.

Le sceau d'Alix, comtesse de Duras, en 1261, nous offre un des types les plus complets de dame à cheval. Coiffée d'un chapeau à mentonnière, les cheveux relevés en chi-

Fig. 55. — Alix, duchesse de Brabant, 1260.

gnon, la comtesse est revêtue d'une cotte et d'un surcot à jupe courte, fendu à la place des manches. De la main droite elle tient les rênes, et de la gauche, gantée, donne l'essor à son faucon vers un oiseau qui s'envole. Le cheval, au poitrail orné de pendeloques, marche un amble allongé ; la couverture de la selle est découpée en lanières qui flottent. Sous le cheval, un lévrier poursuit un lièvre. Le sceau d'Alix, duchesse de Brabant, vers 1 260, tout en donnant les détails figurés dans le type de la comtesse de Duras, présente un

VÊTEMENT FÉMININ

meilleur ensemble et plus d'action. Nous préférons le reproduire ici. On remarquera que la duchesse de Brabant porte la huque, sorte de surcot garni d'un chaperon.

Nous ne devons pas garder le silence sur une selle de femme qi e nous n'avons encore rencontrée qu'une fois sur les iux. Une sambue en forme de gaine, fendue sur devant et

soutenant par den 5 le dos et

les épaules, emprisom hanches le bas d ce dame de Pierre-Pe Les représentât de dames durent d'années, de 1172 à 1 ne reparaissent plu triche, au quinzièm

taux de la stres taine Elles les archiduchesses d'Au-

La dame de Pierre- Pertusc,

On ne saurait r de brillantes facult< détails avec une fi leur valeur relative

x graveurs du moyen âge j ution. Ils savent traiter les îsse exquise, tout en conservant ont encore l'action, le mouvement, le sentiment du geste précis qui convient aux personnages.

Quelques-uns, mieux doués, semblent avoir entrevu un art plus élevé. Préoccupés par -dessus tout de l'ensemble et de ses justes proportions, ceux-ci ont recherché l'harmon î des contours, la grâce et la souplesse de la pose, qualités presque inconnues à leur

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époque. Le lecteur jugera d'après ce dernier croquis si Fauteur anonyme du sceau de Jeanne de Sainte- Croix, en 1286, appartient à ce groupe d'artistes privilégiés.

Fig. 57.

Jeanne, dame de Sainte-Croix. 12S6.

Ornement tiré du Psautier de saint Louis, manuscrit du XIIIe siècle, à la Bibliothèque nationale.

HABILLEME

:hevaleresque

es pages qui v< de guerre et c terriens avaien

Une l'ho l'Ar

Initiale du xill' s., d'après la Vie it saint Dtnis, manuscrit latin n" 1098, k la Bibliothèque nationale.

man seiz mer exai

parties de l'habille longue période ; a ailette, heaume ou offensives : épée, h du cheval.

Mais, avant d' inutile de rappeler

e ont pour objet le costume

sous lequel les seigneurs

ibitude de se faire représenter.

e de sceaux qui reproduisent

ie d'armes depuis la conquête de

rre, par Guillaume de Nor-

j, jusqu'aux premières années du

siècle, nous fournira les élé-

> de ce travail. Nous allons donc

r successivement les diverses

10 chevaleresque pendant cette

s défensives : armure de corps,

casque, bouclier, éperons ; armes

ce ; sans oublier le harnachement

trer en matière, il ne sera pas le but que nous nous sommes

no LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX

proposé. Quelque variés et nombreux que soient les renseignements apportés par les sceaux, nous ne prétendons nullement donner ici une histoire complète de l'habillement. Notre ambition tend surtout à faire entrer dans le domaine de l'archéologie, au moyen de monuments figurés à date certaine, de nouveaux éléments d'étude et de critique.

D'autres pourront tirer de ces recherches des conséquences plus générales ; pour nous, renfermé dans la sigillographie, notre rôle se bornera à enregistrer ce qu'elle enseigne.

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