‹ Le costume en FranceChapitre 31 sur 117 · CHAPITRE V. 7t · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 7t

voulut devenir un tout. La fixité politique, rattachement au sol, à la propriété, ces conditions impossibles à remplir tant que durent les immigrations de races nouvelles, sont à peine remplies par les Carolingiens; elles ne le seront complètement que par la féodalité et la dynastie capétienne.

Cela se fit au milieu d'une grande misère, aux approches de Tan mil de l'Incarnation.

Le milieu du xi" siècle vit Péclosion de cette chose jusque-là inconnue, la chevalerie. C'était une conception entièrement neuve; rien d'analogue n'exista dans l'antiquité. Il faut en chercher les précédents chez les tribus franques à leur état barbare, mais elle y fut sans éclat... caruit quia vatesacro. La chevalerie fut d'abord la milice d'élite du royaume, la milice montée, comme son nom l'indique, la petite armée du castel féodal. La réunion intéressée de tous les hommes d'un clan autour de leur chef hiérarchique devint une institution si puissante et si féconde qu'on lui a prêté des ^vertus poétiques et merveilleuses. Le chevalier, redresseur de torts, champion de l'équité, personnification d'un idéal de moralité et de courtoisie qui n'existait pas auparavant, devint, dans le roman un être mythique, beau comme un envoyé de Dieu, comme le ministre de la justice supérieure. Les imaginations simples se le figurent encore sous ces éclatantes couleurs. Son costume devient le symbole de la force et de la loyauté ; chacune des pièces de son armure est consacrée.

Le seigneur, le chevalier, la nouvelle unité sociale, vassal des uns et suzerain des autres, représente une noblesse d'épée ; il accepte des devoirs et revendique des

droits spéciaux le jour de son admission dans les rangs de Paristocratie militaire ainsi fondée. La chevalerie, en même temps qu'elle dresse le code des lois de Thonneur, constitue Tétiquette. Tous ces changements, il est vrai, toutes ces conventions, passent par-dessus la tête du vilain, du serf, de celui qui ne porte pas les

Fig. 55. — Fragment de la Tapisserie de Bayeux, par J. Comte. (Rothschild, éd.)

armes ; celui-là demeure vêtu de ces pièces d'étoffes si pratiques que nous avons nommées en leur lieu, le sayon, le cueillie, les grègues ou braies à peine modifiées. Mais la plupart des hommes valides marchent à la guerre sous les ordres du propriétaire foncier. Celuici n'est pas tout de suite bien différent d'un seigneur carolingien. Il porte la brogne, le haubert, le casque; il est armé du bt~anc, qui était le glaive court des Gaulois, et de Vécu; il brandit une lance à fer court, décorée

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