CHAPITRE V
Le haubert avait sans doute de grands avantages sur la brogne car cette dernière fut délaissée au milieu du xii^ siècle, tandis que le haubert était encore en usage au milieu du xiv«.
L'homme de pied, qui n'a pas le droit de combattre à cheval, n'a pas non plus le droit de porter la brogne, le haubert ni Técu. Ses seules défenses sont la targe, un bouclier rond, et une ou plusieurs cottes rembourrées, comme celles de certains légionnaires romains. On l'arme d'une lance, d'une épée longue et mince, d'une hache ou d'un arc. Il ressemble encore sous cet armement au soldat légionnaire que nous décrivions page 43.
Il est un vêtement commun à l'habit civil et à l'habit militaire qui nous servira de transition, le bliaud (ou bliaude, d'où blouse). C'est une chemise de dessous, en laine ou en soie, fendue sur les côtés. Le bliaud est souvent figuré sur les sceaux comme dépassant le haubert en longueur, surtout au xii" siècle. Primitivement, à l'époque où nous sommes, il rejoignait tout juste les braies dans le costume civil. Dans le costume féminin, il jouait le rôle de robe de dessous; dans ce cas, il était muni de larges et longues manches, mais il fut porté sous cette forme par les chevaliers eux-mêmes (Demay, p. 43). D'ailleurs, la chainse de toile venait généralement doubler ce vêtement, et les manches étroites et plissées de cette dernière paraissaient dans l'évasement des manches du premier. Les braies étaient libres, comme des culottes flottantes. Les anciennes garnitures sont employées à la décoration de ces dessous. Le manteau-voile des femmes n'a plus la vogue;
le simple voile antique, enroulé autour de la tête et du cou, Ta supplanté : on le trouve mentionné sous le nom de nnmple [guimpe]. Le grand manteau-chlamyde leur est désormais réservé. Une ceinture retient souvent le bliaud féminin.
Avec les premiers Capétiens apparaît sur les sceaux le type dit de majesté. Les rois y figurent revêtus des deux tuniques, le manteau royal agrafé sur Tépaule, couronne en tête et sceptre en main. Les premiers de la dynastie portent toute la barbe. Les cheveux, au contraire, se portaient ras, soit sur toute la tête, soit sur le devant seulement, soit au contraire sur le derrière.
Le monde du xi' siècle avait dans sa diversité un principe commun de vie, la religion, une forme commune, féodale et guerrière. Une guerre religieuse pouvait seule Punir. L'Europe, dit Michelet, ne pouvait se croire une et le devenir, qu'en se voyant en face de PAsie. Les croisades furent Pœuvre de la France et Papogée de la chevalerie. La féodalité s'organisa en Syrie et en Palestine, sous une forme plus sévère qu'en Occident. L'armure chevaleresque, timbrée de la croix, brilla, sans avoir modifié aucune de ses formes, de la Grande-Bretagne au golfe Persique.
Iconographie. ■ — Nous reproduisons, d'après l'excellent ouvrage de M. Demay, un sceau du xi« siècle qui montre Gui de Laval vêtu d'une brogne sans couture et sans manches. Mais nous avons emprunté toutes nos illustrations à la célèbre tenture de Bayeux. On se rappelle ce qu'en a dit, dans notre collection même, M. Eug. Miintz (la Tapisse7~ie). Il nous suffira de rap-