PRÉFACE DES ÉDITEURS
u moment de faire paraître le complément de ce vaste recueil, déjà terminé pour la partie principale par l'apparition successive des vingt livraisons comprenant les 500 Planches avec leurs Notices , nous ne saurions prendre congé de nos souscripteurs sans les remercier une fois de plus de leur fidèle et persévérant concours.
Ils ont compris que, s'il a fallu plus de temps que nous lavions d'abord supposé pour élever le monument dont nous posons aujourd'hui la dernière pierre, c'est au profit de la qualité et de V utilité de V œuvre que ce temps a été employé.
Nous avons expliqué déjà dans l'Avis aux souscripteurs , joint au dernier fascicule , par suite de quelle modification de méthode, dictée par V expérience et pratiquée dès la seconde et la troisième livraison , les notices accompagnant chaque planche, loin d'être réduites à une sèche nomenclature des documents représentés avec indication de leurs sources, sont devenues de véritables monographies, vivifiées par l'image quelles suivent pas à pas, en racontant, pour chaque époque ou chaque race, les origines, les caractères du costume et ses transformations sous les influences diverses du climat, des mœurs, des usages et du courant des idées contemporaines.
Ce système, qui rendait inutile une histoire générale, à peu près impossible à coordonner et dont le développement eût été constamment entravé par les multiples renvois a cinq cents planches rejetées loin du regard, avait pour conséquence d'obliger le directeur du recueil à pénétrer plus avant dans la
philosophie de son sujet, et à se faire écrivain , sans appel à une collaboration étrangère dont le moindre inconvénient eût été d'enlever à l'ouvrage la rare unité de vues qui le caractérise.
De quelle manière M. Racinet s'est acquitté de cette partie de sa tâche, en évitant l'écueil de la monotonie et de l'aridité, c'est ce sur quoi le suffrage du public nous dispensera d'insister. On s'est plu et on se plaira encore à reconnaître dans cette série d'études spéciales (qui ri occupe pas moins de 1800 pages dans la petite édition) non seulement une patiente érudition puisée aux meilleures sources, mais encore un intérêt de récit, une variété de ton , une finesse d'aperqus et souvent une sorte d'émotion communicative qui attachent le lecteur, même sans le secours de l'image.
Ces développements assuraient à l'ouvrage un caractère complet, dès l'apparition de la vingtième livraison; mais ce que nous offrons aujourd'hui au public , sans aucune addition de prix, rien est pas moins d'une importance réelle pour la mise en valeur du recueil, en offrant au lecteur un guide sûr pour se diriger dans l'étude des innombrables documents qu'il renferme.
Ce complément, qui formera le Tome I des six volumes dont se compose l'ensemble, comprend :
1° Une Introduction générale, dans laquelle sont esquissés à grands traits les côtés les plus saillants du sujet;
2° Des Tables analytiques des 500 Planches et Notices, classées dans un ordre définitif et suivant des divisions raison-nées, tables oii se trouve résumé le contenu de chacune d'elles;
3° Une Table des personnalités historiques représentées et une Bibliographie de la matière aussi complète que possible; bibliographie dont l'étendue seule suffirait à prouver combien cette matière du costume , si fortement liée à l'histoire dont elle présente un des aspects les plus vivants, a de tout temps préoccupé les cherch eurs ;
4° Un Glossaire des termes français et étrangers employés dans l'ouvrage, suivi lui-même d'un Index géographique et ethnographique , avec renvoi aux numéros des Planches et des Notices; instrument de maniement dont il est superflu de faire ressortir l'utilité pratique;
5° Un exposé, en douze tableaux au trait, de la forme et de la coupe des
principales pièces du vêtement, appuyées de patrons et accompagnées d'exemples de costumes portés par des figures authentiques. (Cet exposé, ou sont résumés les principes connus sur la matière, se complète par la représentation d'après nature de pièces d'un caractère national et par un aperçu comparatif' des effets de la mode en Europe, depuis V adoption par les dames du corset renforcé, des chaussures à talon par tout le monde et de V habit par les hommes)
6° Enfin l'Avis au Belieur réglant l'ordre définitif de toutes les parties de l'ouvrage et donnant le numérotage des 500 Planches et Notices mis en regard des signes conventionnels qui ont servi à les distinguer au cours de la publication; avis sur l'importance duquel nous appelons V attention toute spéciale de nos souscripteurs et dont la scrupuleuse observation est de nature à prévenir toute erreur.
Ainsi se trouve complété au point de vue pratique, et rendu de facile consultation, ce vaste recueil, véritable Dictionnaire Encyclopédique de la matière qui ne s'adresse pas seulement a nos tributaires directs (artistes de tout ordre, metteurs en scène, habilleurs de théâtre ou confectionneurs de la mode), mais aussi aux gens du monde, aux amateurs et aux studieux.
Venu à une heure doublement favorable, qui mettait à notre disposition, en plus du vieux fonds classique formé par les Montfa ucon , les Gaig n ères , les Willemin, les Ghampollion et plus tard par les Quicherat et les Viollet le Duc, le contingent si riche des photographies et des trésors réunis dans nos expositions récentes, en même temps quelle nous offrait toutes les ressources des perfectionnements modernes apportés aux moyens de reproduction, ce livre a sa place marquée dans toutes les grandes bibliothèques.
Qu'il nous soit permis, en terminant, de citer les paroles éloquentes de l'un des maîtres de l'art contemporain, M. Eugène Guillaume qui, chargé de présider l'an dernier la distribution solennelle des prix au lycée Henri IV, disait :
lime semble qu'une certaine connaissance de Part est nécessaire à V étude des lettres. Il serait difficile d'avoir, dans un lycée, une galerie historique : il faudrait trop d'espace; et d' ailleurs , un recueil de photographies et d'estampes suffirait pour chaque classe.
« Mais j'ai toujours imaginé que la rhétorique pourrait être professée au milieu de chefs-d'œuvre
choisis parmi ce que l'art antique nous a laissé de plus parfait. J'y joindrais une petite bibliothèque. Vous expliquez Homère et les tragiques, Hérodote et Thucydide; vous vous efforcez d'en pénétrer le sens; mais ce sens est très étendu. N'êtes-vous pas frappés de la puissance qu'ont les poètes et les historiens d'éveiller l 'imagination^ Ils possèdent une grande force Révocation; leur langue a comme une vertu plastique; il se dégage du texte des tableaux des figures qu'on dirait taillées dans le marbre. Ces épithètes d'Homère ont un sens formel. Peut-être n'est-il pas indiffèrent à la complète intelligence des auteurs de se rendre compte de la figure des personnages qu'ils mettent en scène et de les connaître tels que les Grecs se les représentaient. C'est le service que rendrait la bibliothèque composée d'ouvrages destinés à expliquer l'antiquité figurée.
« Je ne m'arrête point à parler des costumes. Les anciens les désignent toujours par des dénominations précises, et non par des mots vagues : or souvent ces habillements sont caractéristiques : telle divinité a un ajustement qui lui est propre , et elle ne peut en avoir d'autre; cela ne s'apprend bien que sur les monuments. »
C'est sous la protection de ces idées justes et élevées, dont la portée s'étend d'ailleurs au- delà de l'antiquité classique que nous aimons a placer une œuvre dont la précieuse sincérité offre le témoignage le plus complet qui ait été fourni jusqu'à présent sur la manière d'être de l'homme de tous les temps. Elle est le résultat de longs et consciencieux efforts, auxquels le public a déjà rendu pleine justice, en reconnaissant le caractère des choses appelées à demeurer et jusqu'à un certain peint définitives.
F1RMIN-D1D0T et Ciu