‹ Le costume historique (volume 3)Chapitre 100 sur 173 · LES RUTHÈNES · texte numérisé non relu

LES RUTHÈNES

En Galicie, la vallée du San, l’un des grands tributaires orientaux de la Visbule, peut être considérée comme la zone de séparation entre le pays polonais et le pays ruthène.

Les Ruthènes où Russes rouges appartiennent au groupe russe des nations slaves : ils portent différents noms, suivant les districts : aux environs de Tarnapol, on les nomme « Podoliens » ; au sud de Lwow (Léopol, ou Lemberg), ils sont appelés « Boïkes »; et dans les Carpathes orientales, on les connaît sous la désignation de « Houzoules ».

ën Bukovine « pays des Hêtres », comme en Galicie, la population prépondérante est celle des Ruthènes, mais elle ne l'emporte que faiblement sur les Roumains.

C’est dans la Bukovine que les représentants du plus grand nombre de races se rencontrent en groupes entremêlés. Dix nations diverses se partagent les vallées supérieures du Pruth ct du Sereth, telles que des Polonais, des Székely Magyars, des Tchèques, des Allemands, des

tusses, des Arméniens, des Juifs et des Tziganes. En Bukovine, on ne pratique pas moins de huit cultes différents, mais la religion dominante est la religion grecque, celle de presque tout l'Orient slave.

Jeune fille de Wiznitz; Bukovine.

Toquet brodé, garni de fleurs coquettement posé sur le côté de la tête; de longs rubans s’en échappent en

tombant très bas par derrière. Veste de cuir brodé, au poil en dedans, et garnie de petites épaulettes de velours noir; par les ouvertures que ce vêtement laisse pour le passage des bras, apparaissent les larges manches rayées rouge de la chemise. Jupe de

RP ÉOT C ii ll tre Rescue:

te: dû à ects

velours très juste sur le corps, ornée, par devant, de longues rangées de broderies dont le dessin est répété transversalement sur le bord inférieur. Petites bottes de cuir.

Paysan ruthène de Marmaros ; Hongrie.

Ta figure énergique du paysan de Marmaros est encadrée de longs cheveux recouverts d’un chapeau de feutre plat et à larges bords. Cravate de laine. Chemisette aux manches allant en s'élargissant vers les poignets, et serrée à la taille par une large ceinture à boucles de cuivre. Pelisse sans manches, à fourrure intérieure, dont les bords et les coutures sont brodés de ziezak rouges et verts. À une large bretelle rayée pend une gibecière contenant des provisions de bouche, ainsi qu'une bouteille d’eau-de-vie de prunes (slivowitza). Large pantalon d’étoffe grossière rentré dans des bottes de cuir. Gros bâton noueux en

NO

Femme ruthène de la Bukovine.

Haut bonnet brodé, orné, par devant, d’une espèce de

cocarde enrubannée et couverte de fleurs; le fond de cette coiffure est entouré de petits faisceaux de plumes. Collier de corail à plusieurs rangs. Chemise brodée, froncée à l’encolure, et aux longues manches passant par les ouvertures d’une pelisse de velours doublée de fourrure. Large ceinture rayée, maintenant une jupe de velours noir très étroite. Petites bottes de cuir.

Sacher Masoch, dont les vivants récits surces populations sont lus en ce moment avec un si vif intérêt, montre ces femmes bottées comme les hommes et faisant du cheval un usage aussi fréquent ; cette botte féminine a son langage. Lorsque la femme qui,comme partout, semble avoir tant de peine à prononcer le mot du consentement, lors même qu’elle se sent touchée, le oui que lui demande ardemment dans le têteà-tête l’homme enamouré, c’est en lui tendant son pied pour qu’il en tire la botte qu’elle lui fait sa-

guise de canne, voir qu’elle n’a plus de résistance à lui opposer.

Les Æouzoules où Æuisules sont un rameau à part de la tige commune du peuple Ruthène. Ils se sont mêlés à celui-ci avec le temps, en embrassant la religion grecque et en adoptant en orande partie la langue ruthène, mais ils ont conservé un très grand nombre de mots que l’on ne rencontre pas dans les divers dialectes ruthènes ; d’où vient leur nom de Æutsules, on l'ignore, tout en sachant, par exemple, qu’en roumain il signifie « voleur, brigand. » Ce nom de Hutsule vient peut-être de la langue des Roumains qui en auraient flétri leurs voisins, car les Hutsules se donnent un autre nom, celui de Werchowyncé, c’est-à-dire habitants des hautes montagnes.

Au commencement de ce siècle, les Hutsules étaient connus comme des brigands émérites ; quoique leurs mœurs se soient adoucies, ils considèrent encore ce temps comme la plus brillante époque de leur passé, et ils conservent toujours une certaine propension au brigandage, qui est leur principale distinction de tous les autres Ruthènes. Montagnards comme les Kurdes, ils sont, comme ceux-ci, indomptables amateurs de chevaux et aiment à s’isoler aussi du reste du monde, Ils ont, en général, un sens fin et ingénieux de l’ornementation dont ils usent pour leurs pipes eb aussi pour des ustensiles de bois, comme des bouteilles décorées par eux avec un sbyle que l’on rapproche des produits indous.

Les Æutsules ont d’autres vêtements pour les jours de fêtes que pour les jours ouvrables.

Le Ruthène n° 5 et le Magyar n° 16, si proche du Hutsule dans tout son accoutrement de mon-

tagnard, indiquent déjà des différences ; cependant elles ne sont point complètes. Le costume

des fêtes esb composé d’une houppelande en gros drap rouge foncé, descendant jusqu'aux genoux et qui est agrémentée de cordonnets bleus et de petites houppes en laine, de couleurs voyantes, enrichies de filets de faux or.

Cette houppelande est passée par-dessus l'espèce de camisole en peau de mouton et sans manches, le poil en dedans, telle qu’on la voit n° 5. Cette camisole a surtout le caractère d’une parure, elle n’est ni fermée ni boutonnée pour se garantir du froid. Elle est bordée d’une étroite bande de peau de mouton noir et embellie de broderies en laine de couleur et d’ornements en maroquin.

Le pantalon large et de couleur rouge, toujours dans le costume habillé, est pris dans la tige des bottes fortes, ou marche avec la sandale en peau de bœuf teinte en brun. Dans ce dernier cas, le pantalon est serré au-dessus de la cheville par des courroies ou des cordons blancs. Lorsqu’il porte les sandales, le Hutsule enveloppe le pied dans une sorte de chausson de laine couleur ponceau. Sous la camisole de peau de mouton, il met pour les fêtes une chemise en toile fine qu’il a tissée lui-même ; elle descend jusqu'aux genoux et elle est bordée en bas par une étroite broderie. Les manches ne sont pas brodées,.

Aïnsi vêtu, le Hutsule porte encore en bandoulière un sac plat et large, cousu de galons ornés d’une multitude de boutons de métal ; il suspend ensuite une espèce de poire à poudre, de forme demi-circulaire lorsqu'elle est en bois, auquel cas elle est garnie de plaques de laiton et incrustée de dessins en fil de métal, ou encore d’incrustations en nacre. Autrement, cette poire à poudre, souvent fourchue, est en corne de cerf richement décorée de plaques de cuivre jaune. Le sac eb la poire à poudre sont suspendus par des courroies garnies de boucles, courroies ornées de boutons de métal et se croisant sur la poitrine. A cet accoutrement, le Hutsule riche ajoute encore un petit sac plat en peau garni de plaques d’ornements de laiton ou de boutons de métal; ce sac sert pour l’argent, et surtout pour porter la pipe en cuivre jaune, la pierre et le briquet.

Le chapeau rond, qui est la coiffure d’été, est orné d’un fin ruban de plaque de métal. En hiver, la tête est couverte par un bonnet rond, en peau de mouton. Tout Hutsule porte une large ceinture en cuir à trois ou quatre boucles, garnie de riches annçaux en cuivre jaune. Cette ceinture retient un couteau pointu semblable à un stylet, ou un étui avec un couteau et une fourchette; jadis on y logeait le pistolet, mais aujourd’hui ce dernier n’y figure plus que le jour de Pâques, dans les assemblées de noce, ou pendant les fêtes solennelles, La monture de ce pistolet est en bois orné de cuivre jaune.

Le Hutsule endimanché tient à la main une forte canne dont la pomme est remplacée par une petite hachette, tranchante ou non. L’une aussi bien que l’autre est en cuivre jaune très ornementé. Le bois est lui-même recouvert dans la partie supérieure par des plaques de cuivre jaune décorées de nombreux dessins. La hachette non tranchante est ordinairement montée sur une canne courbe ; elle servait anciennement comme un signe de distinction ; aujourd’hui

les hachettes ne sont, soi-disant, que pour la parade. En réalité elles servent souvent dans les

Page 1