‹ Le costume historique (volume 3)Chapitre 109 sur 173 · XIX° SIECLE. COSTUMES POPULAIRES DE ROME · texte numérisé non relu

XIX° SIECLE. COSTUMES POPULAIRES DE ROME

LES TRASTÉVÉRINS.

Bartolommeo Pinelli, si estimé par les artistes, graveur fécond, alerte, charmant, est, par excellence, le dessinateur populaire des choses de la basse Italie, pendant la première partie du siècle ; né dans le faubourg de Trastévère, il reste le plus exact portraitiste et le meilleur historien des Trastévérins, ces laboureurs, jardiniers ou vignerons d’au-delà du Tibre, qui se donnent comme les vrais et seuls descendants des Romains.

L'assemblée que nous reproduisons, composée de sgherri romaneschi, tapageurs rodomonts, querelleurs, prompts à s’emporter, à défier, à se battre, un peu spadassins, qui s’enrlent avec empressement pour suivre un chef ardent, hardi, un de ces capo-popoli qui, les jours de révolution, sont des Rienzi ou des Mas’Aniel, est une des cinquante-deux grandes gravures parues en 1823, où Pinelli, en illustrant le poème de Meo Patacca, une satire romaine où les scènes populaires abondent, mais qui remonte à 1695, ne s’est nullement préoccupé de l’ancienneté de l’âge, mais s’est servi des modèles qu’il avait sous les yeux et qu’il connaissait si profondément, Il Meo Patacca, un nom populaire un peu ridicule (Patacca veut dire palard, menue monnaie, pelecchia, taquin ; Meo, probablement l’abréviation de Bartolommeo) est un récit plein d'observations, où la langue, les allures locales sont retracées avec une vérité qui lui a valu un immense succès, et des plus durables parmi le peuple. Écrit par Giuseppe Bernari dans le dialecte populaire de Rome, # lingquagio romanescho, c'est ün de ces poèmes comiques (giocoso) dont le badinage n'appartient qu'aux populations assez fines, assez bien douées, pour savoir rire d’elles-mêmes, c’est-à-dire de certains excès de leur caractère, Le sujet consiste dans l’émotion causée à Rome lors de l'investissement de Vienne par les Turcs ; nouvelle aggravée de la fausse annonce que l’étendard de Mahomet flotte déjà

sur la ville assiégée, et va, infailliblement, parcourir toute l'Europe. Là-dessus, à Rome, remueménage extraordinaire, dont le principal auteur est Meo Patacca, le héros trastévérin. Il parle et agit avec une puissance d'entraînement irrésistible, fait des enrôlements, exerce ses compagnons, endosse enfin l’habit pompeux du commandement, et se trouve tout prêt à partir pour la victoire, lorsqu’arrive la nouvelle de la délivrance de Vienne par Sobieski : nouvelle qu’il a du moins l'honneur de recevoir le premier et de propager avec.le même feu inextinguible qui l'anime tout le temps. Le poème se termine par l’heureux hyménée de Patacca et de Nuccia, une de ces belles Trastévérines à l’œil fier, à l’attitude dédaigneuse, pour lesquelles l’homme aimé doit être un sujet d’orgueil.

Dans ses Tableaux de la ville éternelle (1835), M. Joseph Regnier s'exprime ainsi : « Seuls les hommes du peuple ont gardé la carmagnole de velours, la ceinture ou fascia barriolée, le haut-de-chausses pareil à la veste, les boucles larges aux genoux, incommensurables sur le soulier. D’aucuns retiennent leur épaisse chevelure dans le réseau de soie noué sur une oreille,

et campent sur l’autre un chapeau pointu, relevé d’un bord ; sur leurs épaules débraillées s’étale

une manière de cravate rouge ; la petite veste se porte alors au vent comme un dolman de

housard, et le gilet blanc ou rouge, à la napolitaine, se croise à l’aide de petites chaînes terminées par une boucle d’argent ciselé. On déboutonne la genouillère pour laisser voir un caleçon rouge qui serre le genou avec une rosette flottante, et tout cela forme un négligé galant. »

Nous joignons à la scène principale une suite de coiffures d’hommes et de femmes, toutes tirées de la même suite de planches.

N° 1. — L'un des témoins du mariage de Patacca,

avec le nœud de rubans et des pendants d'oreilles coiffé d’un bonnet lié d’un nœud de rubans, qui en-

en perle allongée.

veloppe les cheveux.

N°2. — Jeune homme, dont la chevelure en partie nattée forme un chignon, traversé par une épingle, et orné d’un petit nœud de ruban.

N°3. — Marco Pepe, le rival de Patacca, portant le bonnet enrubanné du n° 1 et par dessus, s’avançant jusque sur ses sourcils, un petit bonnet de coton à floche, qui n’occupe peut-être cette position que pour cacher le trou de la blessure que Patacca lui a faite au front en un combat singulier.

N° 4, — Nuccia, la maîtresse de Patacca; chevelure en partie nattée bien dégagée, se relevant en belle masse eb retenue par le haut peigne, marchant

N° 5. — Meo Patacca.

N° 6. — Homme du peuple, en longue résille, sous le chapeau de la famille des Bolivars. Cette grande résille est encore prolongée par deux cordons à petits glands qui pendent jusqu'à la hauteur de la ceinture,

N° 7. — Femme du peuple portant le chignon haut, surmonté du peigne habituel, et ayant la perle allongée à l'oreille.

N° 8. — Jeune homme paré d’une fleur, posée non à l’un des revers de la veste ouverte, mais dans le gilet à la base du cou.

N°S 9 et 10. — Chapeaux de modèles divers.

N° 11. — Aspect postérieur d'un chignon féminin,

Aquarelle de M. Stéphane Baron.

Voir pour le texte : M. Eugène de Montlaur, de l'Italie et de l'Espagne; Paris, 1852. — Le Magasin Pittoresque, année 1857. — Ch. de Brosses, Lettres familières écrites d'Italie en 1739 et 1740 ; avec une étude littéraire et note, par Hippolyte Babou; Paris, 1858.

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