PROVINCE D’ANCONE
N°S 1 et 5. — Habitants de Loreto.
Dans les environs de Rome, les vêtements pittoresques des contadini, si finement retracés par Pinelli, sont bien près de ne plus exister. Aujourd’hui, hommes et femmes de la campagne romaine, suivant en cela l'exemple des Trastévérins, ont adopté les modes modernes et s’habillent de la friperie bourgeoise rencontrée chez les brocanteurs de la ville éternelle. Dans les provinces environnantes, les costumes nationaux ne s’arborent plus guère que les jours de fête ou dans de rares occasions; c’est ainsi qu'à Rome, indépendamment des « porteurs de costumes », membres de plusieurs dynasties de modèles, on voit de temps en temps des familles entières de campagnards qui, pour le voyage indispensable qu’elles viennent faire dans la capitale, ont revêtu le costume traditionnel de leur pays.
La pièce de toile ou de tissu composant la coiffe de la plupart des contadines des environs de
ome, se porte chez les unes comme un voile, à la façon des sibylles et des vestales de l’antiquité (nos 9 et 10); chez les autres, repliée plusieurs fois de manière à former une bande plus ou moins longue ne couvrant que la partie supérieure de la tête eb retombant derrière les épaules. Ce dernier type est celui adopté par les femmes de Cervara (n°° 4 et 6), celles d’Ostie
(n° 2) dont l'extrémité de la coiffe est ramenée sous la chevelure; celles de Sonnino (n°° 3 et 7) qui emploient une pièce de tissu brodé garnie, dans la partie qui doit couvrir la tête, d’une espèce de planchette; telle est encore la coiffe des femmes de Nettuno, célèbres par leur fière beauté, L'un et l’autre de ces deux types de coiffures se rencontrent chez les Cociare (n° 8 et 10), ainsi nommées à cause de leurs cocie, chaussure des montagnards, consistant en un morceau de peau rattaché avec des bandelettes.
À Rome, les Trastévérines sortent sans coiffe, même l’hiver ; mais, comme il est interdit aux femmes de pénétrer tête nue dans les églises, pour assister aux funzioni, elles se font un voile de leur châle.
Les femmes les plus pauvres ont le goût du clinquant ; elles ne peuvent se passer de chaînes d’or, de colliers; toutes portent encore dans leurs cheveux l’épingle antique et les longues boucles d'oreilles appelées navicellu. Maïs c’est chez les femmes ombriennes que se sont le mieux conservées les traditions en ce qui concerne l’art de la bijouterie.
Les devantiers ou corsages, en usage chez les femmes romaines, affectent plusieurs formes, mais ne consistent généralement qu’en un simple corps passant sous les bras, lacé par derrière, et seulement maintenu par de minces bretelles. Cette pièce du costume laisse de l’importance à la chemise au col largement échancré, et aux longues manches bouffantes que viennent parfois enserrer, au-dessus du poignet, des brassards de même couleur que les bretelles du corsage (n° 2). Chez l’une des Cocire (n° 10) la chemise elle-même forme corsage, tandis que la paysanne de Cervara représentée sous le n° 6 cache la sienne sous un fichu croisé, eb que celle des Sonninaises (n° 3 et 7) disparaît complètement sous une petite veste de soie s’enfonçant dans un corsage très bas placé.
Dans la plupart de ces localités, la coupe de la jupe ou celle de la robe ouverte ne change que rarement. Toute l’élégance consiste plutôt à faire ressortir les couleurs dont l’une et l’autre se trouvent composées à l’aide d’un large tablier d’étoffe unie, ou, au contraire, garni de riches arabesques et de broderies éclatantes.
Les figures n°* 1 et 5 sont des habitants de la petite ville de Loreto, autrefois le pèlerinage le plus fréquenté du monde chrétien. La chevelure noire de la femme est rehaussée par une gracieuse coiffure qui consiste en une longue pièce d’étoffe encadrant la figure et repliée plusieurs fois sur les côtés ; la partie inférieure tombe très bas derrière les épaules. Le paysan est coiffé d’un de ces longs bonnets de laine rouge dont le gorro castillan est l’analogue (voir la planche M couronné, Espagne).
Les n° 2, 8, 4,6, 7, 8, 9 el 10 sont des documents photographiques.
Voir, pour le texte : M. Francis Wey, Rome. — X. de Toytot, les Romains chez eux (Correspondant, oclobre-novembre 1867). —.M. Du Bois-Melly, Voyages d'artistes en Italie; 1877.
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