‹ Le costume historique (volume 3)Chapitre 12 sur 173 · Tous les n% de la planche BT · texte numérisé non relu

Tous les n% de la planche BT

Nous en donnons ci-dessous la nomenclature complète qui facilitera la consultation et les rapprochements,

N° 13 et 14. Lapons du Nordlandens norvégien; deux !

époux. Costumes d'été.

N°5 15, 16 et 17, Femmes de la Laponie suédoise.

N° 40. Homme de Kaitum. Lappmark.

N° 41. L'akkja, le bateau de neige, attelé.

N°5 43 et 44, Costume de mariage de Karasjok, dans le Finmark. Le mossan, l'homme n° 44 ; la mossa, la femme n° 43.

N° 45. La mère s’occupant, dans la tente, de l'enfant au berceau, le Xatkem, suspendu aux solives, Lappmark,

N° 46. Le Fjall-läpp, le Lapon montagnard, armé du spaggok, le grand épieu à ours. District de Laule, Lappmark.

N° 47. Une mère portant l'enfant au berceau, et tenant la houlette en forme de bêche, la Hakka de Arvidsjaur, district de Lule.

N° 62. Lie Lapon chaussé des suksi, les raquettes ou longs patins. Kaitum.

N° 68. Pipe en métal, dont le tuyau est prolongé par un bout en corne,

N° 96. La njalla, le garde-manger des solitudes,

N° 97 et 98. Le molk-kagge, tonnelet portatif avec sa cuiller, On y renferme la provision de lait, et, pour suspendre la boîte, on passe un cordon par les deux œillets. Le lait de renne est la base de la nourriture des Lapons, Il y à deux manières de l’assaisonner,

on l’arrange selon la saison ; l'été on le fait cailler et l’on y mélange une sorte d’oseille, |

N°% 99, 101, 102 et 104. Gravures des manches de couteau en corne de renne.

N°% 100 et 113. Le suksi, et le long bâton du pâtineur, La raquette mesure 2 m. 76 cent,

N° 106. Le Ænif, le couteau dans sa gaîne.

N° 108. La monture de la kata, la tente laponne,

N° 105. La Æakka, fragment de la houlette en forme de bêche. — Cette pelle en bois est incrustée de corne de renne et grayée des deux côtés: Celui qui est représenté montre un renne; l’autre, au sommet d'un bouleau, un coq de bruyère,

N° 107. Le quinno-balte, la ceinture de femme, avec tout l'appareil pour coudre, une pelote à aiguilles, dés poinçons, des ciseaux, etc. Les n°s 110, 111 et 120, complètent cet exemple; l'un est la rondelle ajourée par laquelle passent les cordons de suspension; les autres sont des agrafes qui ferment la ceinture, terminée à l’autre bout par un anneau, Ces agrafes et rondelles sont tantôt en come de renne gravée, tantôt en métal,

N°5 108 et 123. Skedars, petites cuillers en corne de renne, — Elles sont peu creuses; on les sculpte et on les grave.

N° 109. Femme du district de Lule portant le #ladd e espèce de grand capuce enserrant le visage, main-

tenu sur la tête par le bonnet noué. On voit la tresse des cheveux qui dépasse.

N° 112. Le pulke, traîneau d’hiver, de 1,42 de longueur, aménagé pour le transport d’un homme et d’un colis : l’un et l’autre s’incorporant en quelque sorte au véhicule par des courroies transversales. Le kerres, de même nature, ne reçoit que des marchandises à découvert sous les courroies. Le lakkek est recouvert, hermétiquement fermé.

N° 114. Orslef, cure-oreilles en corne de renne de 0,08 cent. de longueur, Des anneaux métalliques et mobiles y résonnent. La come est gravée, et ajourée ; on y remarque un cœur, En certains endroits, les Laponnes portent ce cure-oreille dans leurs tresses ; les hommes dans une bourse, ou attaché avec d'autres petits objets.

Nos 115 et 116. Lerpipa et tobaksdosa, pipe d’une espèce de terre-glaise et blague en forme d’étui en bois, ayant une chaînette pour la suspension, et portant le débourre-pipe. Le porte-pipe, en bois coquettement travaillé s'ouvre comme ceux dela Hollande.

N° 117. Le kor-kapp, le bâton du cocher du traîneau, dont il se sert pour gouverner l’unique guide du renne, la faisant passer de la gauche à la droite de l'animal, et dice-versa en la soulevant à l’aide de ce bâton. La partie supérieure est en corne de renne, ornée de quelques gravures.

N° 118. Fille de la Laponie suédoise, dont les cheveux, nattés en une tresse unique, sont, selon la coutume ramenés sur le devant,

N° 119. Vinter-skor, bottes d'hiver, dont les cordons s’entrelacent en tresses. Forme tartare, chinoise.

N°121. Kokse af bjork, cuiller à soupe en bois de bou-

leau; le manche paré par une applique en corne de renne, ornée de dessins.

No 122. Lapon du district de Lule.

Le seite ou bonnet varie beaucoup ; les noms sont

à l'infini, et depuis le vinter-vantar en fourrure, allant en se rétrécissant ou, au contraire, en s’évasant, porté dans le district de Lule, on en voit de toutes sortes, les uns mous, la plupart rigides ; en général de forme élevée. Kalla passe-vare, kalla dem Passe, saivo-aimo, saino-olmak, le haltia, en forme de vase, le varalde-olmai, dont le principe esb celui du Rodien. Il y a des seitars de tous les caractères ; beaucoup ont la signification de certaines affiliations religieuses, comme le turban des Orientaux; les varalde-leib ou tjatse olmak, les biagga-gallas, etc. dont nous ne pouvons d’ailleurs donner queles noms, sont signalés comme ayant particulièrement ce sens.

N° 124. Peningpungar, porte-monnaie en forme de bourse se suspendant comme une aumônière, et s’ouvrant par des cordons de tirage; en cuir brodé de soie, mesurant environ cinq centimètres. Au lieu de les suspendre à la ceinture, ces petites bourses, brodées en étain et munies de longs cordons, étaient selon la mode ancienne, suspendues au cou. Le Lapon ne porte que très peu d'argent sur lui; son trésor est enterré dans un endroit connu de lui seul. il meurt

‘ sans en avoir révélé le secret, le trésor est presque toujours perdu pour les héritiers.

No 125. Sommar skor, bottes d'été, avec les longs cordons qui s’enroulent au-dessus du cou-de-pied.

N° 126. Bague en argent doré, avec les petits anneaux mobiles qui font bruire le bijou, selon le goût asiatique.

Les tribus laponnes occupent les parties les plus septentrionales de la péninsule scandinave, terre ingrate, couverte de neige pendant neuf mois de l’année ; la chaleur y est excessive en juillet et août. Pendant six semaines le soleil ne se couche pas. Les aurores boréales sont fréquentes, eb de nature à frapper vivement les imaginations. L'hiver est rude, la tem-

pérature moyenne descendant à vingb degrés centigrades de froid.

Les Lapons, pour la plupart, se livrent à la chasse et à la pêche. Forcément nomades, vivant, en général, sous la tente, ils offrent, en Europe, le dernier exémple de populations menant une existence quasi sauvage, qui se rapproche de celles de leurs ancêtres des âges de la pierre et du bronze. Il y à cinquante ans à peine que, couramment, on rencontrait encore aux mains du Lapon des pointes d’épieu et des grattoirs en schiste et en silex, Les archéolo- .gues du nord ont dû créer, au sujet de ce peuple retardataire, un âge spécial de la pierre, dit « de la pierre arctique. »

La curiosité dont ces peuples sont l’objet depuis qu’on les connaît, s’est singulièrement ravivée de nos jours; les données de ces derniers temps ne signalent plus le nomade Lapon, comme un autochtone, repoussé des bords de la Baltique vers les zones glacées ; on croit reconnaître que les peuplades laponnes chassées du continent européen, se seraient réfugiées dans les contrées qu’elles occupent aujourd’hui.

Tes Lapons, premiers occupants de ce continent, seraient de ces gens issus de la race jaune, à la face mongolique, à la taille exiguë, les « nains » dont on retrouve les traces dans l’ancien et le nouveau monde, et qui, à des époques que nul ne peut mesurer, ont marqué leurs stationnements sur tant de points divers par l’érection des pierres levées, des monolithes juxtaposés sans ciment ni lien d'aucune sorte, et demeurés en équilibre : monuments que, par le fait de leur dispersion et de leur antériorité, il ne conviendrait plus d'appeler druidiques, les druides ne pouvant en avoir fait usage qu'en les trouvant établis. (M. A. de Gobineau, Essai sur l'inégalité des races humaines.)

L'homme qui paraît avoir été le plus ancien habitant de ces contrées , est le Fenne ou Finnois dit « de la Baltique », le Zowmi, ou Scythe d'Europe. Le Lapon, que dans leurs orandes classifications les naturalistes font provenir d’une souche commune, la famille finnoise, ouralienne ou fchoude, diffère sensiblement du Finnois pur. Au liéu de la chevelure blonde, rougeâtre ou entièrement rouge du Finnois, le Lapon a la chevelure noire, et de plus il est reconnu que ce n’est pas au climat qu'il faut attribuer l’exiguité générale de la taille des Lapons. Le Finnois des mêmes contrées, le Norvégien, le Suédois, y vivant dans des conditions analogues, ne perdent rien de leur stature, tandis que les gens de la race trapue, comme les qudmes ou quaners, dont la tribu peuple en grande partie la Laponie norvégienne, sont d’une taille encore moindre que celle de leurs pères. Ce n’est point qu’il n’yait des Lapons de stature élevée; M. X. Marmier avait pour guide un Lapon haut de six pieds « ferme et droit comme un pin; » mais ces hommes sont tellement rares parmi eux, dit M. Léopold de Buch, que sur plusieurs centaines d'individus on en yoit à peine qui aient cinq pieds quatre pouces:

La plupart des Lapons habitent la tente; certains d’entre eux se font des huttes. Les Graanlaper, littéralement Lapons de sapin, sont ceux qui vivent, particulièrement dans les parties boisées, sous des huttes faites en planches. Sédentaires, ils cultivent la terre. Souvent il leur suffit d'arbres pour construire leur édifice; le toit est fait de branches, d’écorces de bouleau cuites et pliées, parfois recouvertes de peaux, de cuirs tannés, et même de gazon sec. Lorsqu'on décampe, ces demeures restent à la disposition de qui les veut occuper.

Dans les grandes rigueurs de l'hiver, lorsque rôdent les loups rassemblés, le Graanlaper déserte la hutte pour se jucher dans les arbres mêmes; c’est un véritable nid qu’il y construit, choisissant pour cela des troncs rapprochés, et passant de fortes perches dans la bifurcation des branches. De ce perchoir, l’homme regarde la neige s’amonceler. Le Lapon cependant, au milieu des privations de toute espèce qui sembleraient devoir assombrir sa

vie, conserve un Æwmour, qui l’a toujours préservé de la consomption qui, pendant si longtemps à fait de profonds ravages chez le Suédois, surtout celui des villes; sa gaieté à peu près inaltérable, véritable trait de race, se communique jusqu’à son chien, le spitz aux oreilles pointues, à l'œil éveillé, au poil long, touffu, à la queue frétillante.

Le Lapon côtier, le Lapon montagnard, le Lapon nomade vivent sous la tente, mais avec la plus grande instabilité. Leur petite troupe, ordinairement de quatre ou cinq familles, se transporte continuellement d’un point à un autre, où, sans titre ni contrat, la seule prise de possession du sol suffisant, la tribu vivra un temps indéterminé, sans aucune contestation, avec son voisin. On sait de chaque côté ce qu’il faut d’espace pour la vie du troupeau et les limites nécessaires sont toujours respectées.

Ces mœurs semblent une survivance de cet ancien âge, appelé « d’or » par les mythologues. Dans la tribu laponne, organisée comme le clan écossais, le chef est en quelque sorte le père de tous. Lorsque deux familles, ce qui est fréquent, occupent la même hutte, la Zwme guatte, le foyer, la batterie de cuisine, sont en commun. Les rapports sont généralement des plus cordiaux ; les désaccords, les disputes, très rares.

Le n° 103 représente la charpente en bois de bouleau de la tente laponne, la kata. Le drap qu’on y tend pour l’envelopper est en deux parties jointes ensemble par des fiches de bois. L'hiver, c’est une sorte de feutre imperméable, résistant, de couleur sombre ; l'été on se contente de grosse serge. Le haut reste ouvert pour le dégagement de la fumée.

Pour établir sa tente d'hiver, le montagnard commence par écarter la neige qui, repoussée, devient une sorte de muraille circulaire entourant l'habitation. On y enfonce les pieux de fondation qui, s’infléchissant par paire, forment vers le haut une courbe conique maintenue par de la corde ; à leur sommet ces pieux sont reliés par une solive qui les soutient, et dont les bouts dépassant reposent sur une fourche formée par l’entrecroisement de deux longs pieux. Ces deux forts pieux, écartés par le bas, et obliqués des deux côtés pour joindre le sommet de manière à établir des contreforts puissants, défient la tempête, eb assurent l'édifice contre tout dévers. L’étoffe tendue sur toute la charpente en complète la solidarité.

La porte est faite d’un pan d’étoffe, que des traverses placées en forme d’échelons maintiennent assez rigide; elle est coupée en forme de pyramide. Le haut est fixé à la tente par un morceau de cuir; les côtés s’appuient sur quelques légers bâtons qui, fixés dans le sol, for- : ment comme les deux montants de la porte. La porte est si basse que le Lapon, tout petit qu'il esb, ne peut la franchir qu’en se baissant.

La kata à ordinairement six pieds de hauteur, une largeur de seize à dix-huit pieds. Le fourneau qui se trouve au milieu, au-dessous du trou de fumée, consiste en un cercle de petites pierres recueillies sur place. Le chaudron est suspendu au-dessus de l’âtre par une crémaillère dont la chaîne est fixée à la solive supérieure. L’échelle, indispensable pour monter au haut de la tente, d’un emploi journalier, mais embarrassante, se loge à une hauteur intermédiaire ; on la hisse comme on la descend, au moyen d’une corde qui y demeure fixée,

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cb passe par-dessus la haute solive faisantoffice de poulie ; des traverses la maintiennent dans une position horizontale, Le Lapon n’éteint point le feu de sa tente ; le foyer est seulement modéré pour les heures de sommeil, et comme, alors, la fumée est moins intense, on monte rétrécir l'issue de celle-ci avec une planche. Dans les ouragans de neige, il faut encore recourir à l’échelle.

Les gens s’accroupissent en rond sur des peaux de renne autour du foyer ; c’est ainsi que la famille mange. Chacun, du bout du couteau (les Lapons n’emploient pas de fourchettes), pique au plat un morceau de viande, qu’il trempe dans la graisse écumée de la marmite, puisant de temps en temps une cuillerée du bouillon qu’on y laisse, Chaque convive, lorsqu'il a soif, quitte sa place pour aller boire à la sébille de-bois.

Pour le coucher, également disposé sur des peaux de renne, les places sont réglées. Le mari et la femme occupent le fond de la tente, en face de l'entrée. Cet endroit, le plus honorable se nomme bashio-kiaeshie; les enfants couchent dans le %ask-loido, la partie du milieu, près du foyer; les domestiques du côté de l'entrée.

Tout ce qui peut être suspendu l’est à des traverses assez peu élevées et assez nombreuses pour qu’en général, sauf dans le milieu de la tente, il soit difficile de s’y tenir debout. On accroche à ces traverses des peaux de renne, des poteries, des ustensiles de ménage, des pièces de venaison, des poissons fumés ; au milieu de lambeaux de vêtements de toutes sortes, les bottes sy balancent. On y suspend aussi le berceau de l'enfant, le X£atkem, pour Jequel la mère n’a pas trop de coquetteries.

Ce berceau, de forme ovale, élégamment allongée en pointe, ressemble assez à un sabot. On le fait de diverses matières légères, le plus généralement on y emploie des racines flexibles, tressées comme notre osier: l’intérieur est tapissé de mousse et de duvet; les bords sont garnis de fourrures de martre, d’écureuil bleu, de loup blanc, dont on assortit coquettement les nuances.

L'enfant est enfoui sans langes dans ce nid, les jambes à l’abri : enveloppé de toutes parts, rétenu par des liens délicats, il n’en saurait tomber. La mère porte le berceau partout où il lui faut aller. Elle le tient accroché par une bretelle sur son dos, de manière à laisser ses mains libres. À chaque mouvement, le berceau étant orné de plaquettes et d’anneaux passés au bout de chaînettes de laiton, plaques, anneaux et chaînettes résonnent. Dans la tente on attache encore au katkem suspendu les emblèmes de la vie et ceux des travaux futurs, de petits arcs, des flèches microscopiques ; les rames et les filets du pêcheur, et, si c’est un garçon, des cornes de renne ; ou bien si c’est une fille, les pieds et les ailes, également blancs, du lagopède, symbole de la diligence et de la pureté que l’on doit toujours trouver chez la femme,

La mère porte longtemps le berceau ; quand l’enfant esb assez grand pour n’y être plus ficelé comme une petite momie, il s’y tient assis, y commençant, en quelque sorte, l’apprentissage du traîneau. Que ne voit-on pas encore dans la tente d’hiver, depuis l’eau de neige dans son vase de cuivre, depuis les tonneaux de lait caillé du renne, jusqu’à la petite hache indispensable pour briser le glaçon, lorsque ce lait, ée qui le rend meilleur, est gelé, etc., ebc. !

sans compter ce qu’on n’y saurait voir, comme, par exemple, le tambour runique, qu’on y cache et qu’en général toute grande famille garde encore dans le réduit le plus secret de son habitation, avec un soin extrême. Ce tambour n’est visible que lorsqu'on le consulte, ce que tout bon Lapon ne manque jamais de faire avant de se mettre en route pour la pêche, la chasse, ou pour toute entreprise de quelque importance, C’est le guide et le conseil dans toutes les occasions extraordinaires, la maladie, une mortalité parmi les bestiaux, etc.

La surface de ce tambour est tendue à l’ordinaire; le bois qui le cercle est chargé d’une suite d’anneaux de cuivre si rapprochés qu’ils résonnent au moindre choc. La peau est couverte de caractères peints, d'animaux mystiques formant de nombreux symboles,

Pour la consultation, on pose sur la peau un anneau libre, et d’un coup sec du petit marteau fait d’une corne de renne, on la fait vibrer. L’anneau se déplace ; selon la direction qu’il prend le présage est bon où mauvais ; c’est un oracle infaillible. On peut, dit M. Leouzon le Duc, regarder le tambour runique comme un abrégé de tout ce qu'offre la croyance des anciens Lapons.

La sorcellerie et la magie, parties en quelque sorte du culte aux temps païens, ne sont point faciles à déloger de la Laponie. Les Lapons croient à leur puissance ; on ne peut les détourner de recourir à leur efficacité. Le missionnaire chrétien passe bien de temps à autre dans la tente : lorsqu'il y couche on ne manque pas de lui céder la place d'honneur, mais le Lapon est-il malade, ses animaux lui donnent-ils quelque inquiétude, on appelle le tiéfaa, le mage ou sorcier, le puojumala, le demi-dieu, le aoaaid, l’homme de la bonne aventure, l’unique médecin du maître et du troupeau, apportant le vieux tambour runique légué par toute une lignée de magiciens (plus le tambour est vieux, mieux il vaut), sans compter les fameuses et terribles mouches ganiques renfermées dans une boîte, et que personne n’a jamais vues. Ce sont des sacrifices sur sacrifices, dont le renne, que l’on mange, fait les frais, Le sorcier se repaît, s’enivre, fume ; il grimace et hurle hideusement. Pour peu que les alarmes durent, qu’il faille renouveler les immolations, il arrive que le Lapon se trouve entièrement ruiné, dépouillé du dernier animal de son troupeau. [’échec ne le dissuadera pas; sil lui restait encore quelques ressources, immanquablement il les emploierait pour s'adresser à un

autre magicien. On peut supposer que le dernier Lapon verra encore passer dans la fumée de sa pipe la sorcière à califourchon sur un manche à balai ou sur un os de tibia, chevauchant

vers le prince de Blakulla, le satan de la « colline bleue » auquel le « nain jaune » attribue la face blanche du Germain, en l’affublant maintenant, dit-on de l’habit noir des civilisés.

Ces traces d’ironie rancunière s’affirmaient hier encore par de certains runots, comme ceux qui redisaient cette histoire fantastique du temps des Eddas, dans laquelle un homme de la “race trapue, astucieux et brave, triomphe de l’homme grand, fort et bien armé « c’est-à-dire du Scandinave, personnifié par le géant monstrueux Stallo. » Le pêcheur lapon et son trophée, la tête coupée du géant, ont égayé pendant des siècles les veillées de la tente.

Le Lapon s’est d’ailleurs fait un paradis si lapon, qu’un peu plus on pourrait supposer qu'il

s’en réserve un emploi exelusif. Semblable en ceci aux Esquimaux qui vivent dans des conditions analogues, le lieu de la délectation n’est point pour lui le ciel. Pour.le Lapon le séjour des bienheureux, de ceux qui ont accompli des actions grandes, héroïques, est dans le monde souterrain ; il y fait chaud, le gibier y est abondant. La femme, croyance d’une touchante sensibilité, la femme morte en couches y va tout droit.

Les Lapons montagnards ou côtiers ont l’habitude d'établir à quelque distance de la tente une petite cabane, juchée à une certaine distance du sol, composée d’un plancher de traverses et d’une toiture de branchages soutenus par des pieux; c’esb un magasin et un gardemanger, appelé alla. On y met des peaux de renne, des ustensiles de ménage qui ne sont point d’un besoin journalier, des vivres. Les côtiers placent cette réserve près de leur domicile, les montagnards dans les bois. La alla établie dans les solitudes y rend de touchants services : elle est à la disposition de quiconque a besoin d’y recourir. Le n° 96 représente ce gardemanger ; le tronc d'arbre qui porte la petite cabane bien close esb poli, rendu glissant, pour empêcher les fauves d'y grimper. Le passant n’a qu’à dresser l'échelle qui est au pied, la couchant lorsqu’il s'éloigne, Qui a des vivres, en met; qui en a besoin, en prend.

Le renne, au corps gros, bas et trapu, aux jambes courtes et massives, dont le pied est large, le poil épais, fauve et rude, joue un grand rôle dans la vie du Lapon. On se nourrit de son lait et de sa chair ; on s’habille de sa peau ; on tire de ses nerfs un fil solide avec lequel on coud ; de son bois on fabrique toutes sortes de menus objets ; on l’attelle ou on l’emploie comme une bête de somme, que l’on charge légèrement, avec précaution, en couvrant ses reins d’une housse, et en mettant les paquets dans des caisses étroites placées le long des flancs de l’animal. Souvent le renne docile porte ainsi deux ou trois enfants dans leurs berceaux. On le mène en file, un Lapon guidant par un licou le premier de la bande, auquel le second est attaché, et ainsi de suite, comme en usent les Arabes avec leurs chameaux. C’est le renne qui transporte la tente avec son bagage.

Le renne que l’on attelle est, de préférence, issu du renne sauvage. Dans la saison du rut on lâche les femelles privées à travers les bois ; elles en reviennent avec des produits robustes, plus vigoureux que les autres, que l’on emploie après la castration, le renne entier étant intraitable. Les Lapons prennent le renne au {az20 avec l'adresse des Gauchos; même pour la traire, la femelle choisie au milieu du troupeau est capturée ainsi, muselée par le cordon.

Le traîneau, le pulke d'hiver, de son nom particulier l’akkja, le bateau de neige, est fait de minces planches de sapin, jointes de façon à ce que l’eau n’y pénètre pas. Ainsi que pour leurs barques légères, les Lapons ne s’y servent pas de clous, mais tiennent les pièces réunies par des liens d’un bois flexible, tordus comme des cordes de chanvre; parfois les ais sont cousus comme des étoffes, avec des cordelettes en fibres de renne.

L’akkja, long de dix pieds, large de deux environ, a la quille d’une pirogue, amincie pour sillonner la neige; c’est un patin dont l'équilibre est fort instable, difficile à maintenir ; et, quoique le renne attelé ne coure véritablement jamais (sa vitesse est de deux à trois lieues à

l'heure), vu son trot sec, brusque eb soutenu, il faut au traineau un conducteur expérimenté, Quelque habile qu'il soit, d’ailleurs, on chavire souvent, mais les chutes sont sans danger.

Le harnachement ordinaire du renne attelé est des plus simples ; son collier de tirage supporte un seul trait qui, en avant comme en arrière, passe entre les jambes de l'animal, et est attaché à la proue du traîneau. On conduit avec une seule guide, une corde qui, de la corne gauche, est rejetée tantôt sur le flanc droit, tantôt sur le gauche. Pour cette évolution de la guide le cocher se sert d’un court bâton, le Xor-kapp, n° 117. La difficulté consiste à empécher les écarts de l'animal ; il faut toujours être en mesure d’opposer une résistance égale à sa force ; c’est un éveil constant ; à la moindre erreur, au moindre heurt, le traîneau se retourne. La culbute est même parfois un expédient; quand le renne mal disposé lance des ruades, le conducteur fait lui-même chavirer le traîneau.

Ce que l’on peut appeler la toilette du renne attelé, se compose d’une pièce de cuir s’ajoutant au collier de tirage, et couvrant largement le garrot. Cette pièce se trouve au n° 41 ; elle est frangée tout autour de laines de diverses couleurs. Les parures les plus riches de ce genre sont en cuir rouge brodé de dessins en fils d’étain, et frangées comme ci-dessus ; on y ajoute une grappe de clochettes qui pend au cou, et produit un son argentin. Le renne qui à traîné l’ours tué, partage la gloire du chasseur ; et, de même qu’on coud au vêtement de l’homme une petite croix d'étoffe en souvenir du trophée, on suspend une croix pareïlle au cou de l’animal. Autant d'ours tués, autant de ces croix, que l’homme porte en outre, suprême honneur, en fils de métal à son bonnet,

Lorsque, en temps de neige, le Lapon veut faire une course rapide, ce n’est point de son traîneau qu’il se sert ; il chausse ses swksi, les longs patins, eb prend le haut bâton indispen-

sable pour l'impulsion à leur donner, surtout en gravissant les côtes. Comme il à éprouvé que plus les raquettes sont grandes, plus la vitesse est certaine, les patins qu'il emploie sont parfois deux fois plus longs que l’homme.

Le suksi est une planche de bouleau large de six pouces, longue de 2 mètres à 2°,50 et plus, un peu relevée à son extrémité antérieure. Cette planche assez épaisse et taillée en biseau par dessous forme une étroite semelle, garnie d’une peau de renne à laquelle on laisse son poil. Ce poil, mis dans le sens de la marche, laisse glisser facilement le suksi dans la marche-en avant, mais aussi, par la rudesse de son contre-sens, et quelle que soit la rapidité imprimée au patin lancé, même sur un terrain en pente où cette rapidité devient vertigineuse, il permet, par la résistance du rebrousse-poil, à l’homme, évoluant du talon, en une simple demi-volte, de s'arrêter net, immobile, au bord d’un précipice.

On chausse le suksi en passant le pied dans les brides d’une sandale dont la semelle de cuir est fixée sur la planche (voir, n° 62). Le Lapon en marche porte le bâton à pique d’épieu, utile pour les mauvaises rencontres, l'ours, le loup, le glouton. Les n° 100 et 113 représentent le patin isolé, et le bâton nécessaire pour le gouverner.

Le Lapon, vivant de chair, buvant de l’huile de phoque et de baleine, activant outre mesure les fonctions de ses poumons afin de produire la somme de calorique nécessaire pour résister à une froidure excessive, possède un thorax énorme, une grande énergie musculaire, une charpente osseuse très prononcée eu égard à sa petite taille, des jambes courtes, des bras longs. Il a les pommettes saillantes et les yeux obliques du Mongol ; il en à aussi le teint jaunâtre, moins rembruni qu’il ne le paraît cependant, par suite du séjour dans la tente toujours enfumée. Les cheveux sont raides et noirs ; la barbe peu fournie, en petites touffes. La race est d’une remarquable agilité : sur les patins à neige, un Lapon atteint à la course le loup et le renard. Ces tributaires de la Suède n’ont point de politique commune. Pécheurs, chasseurs, pasteurs, ils ont tous besoin dé grands espaces pour assurer leurs moyens d'existence; chaque famille reste donc isolée des autres, absorbée par ses occupations. Ces épaves du monde préhistorique sont done un peuple qui n’a aucune espèce d’histoire dans les sociétés modernes. On à vu que le Lapon est foncièrement gai ; est-il besoin de rappeler l'amour qu’il à pour un pays où la vie est si dure, et loin duquel il lui est impossible de vivre ?

Le Lapon se préserve des rigueurs de la température par un système de clôture hermétique, s'enveloppant de doubles et triples vêtements où la fourrure et la laine se combinent de façon à ne point admettre l'air extérieur, et à concentrer autour du corps le calorique qui s'en dégage. A quelques coiffures près, l’homme et la femme portent les mêmes costumes, et l’on ne sait pourquoi la kapte des hommes, s’appelle vwo/po pour les femmes. Les uns et les autres portent également la botte-pantalon, en deux tiges indépendantes qui s’arrêtent à mi-cuisse quand elles ne montent pas jusqu'aux hanches, et que l’on met par-dessus deux autres chaussures ; les deux sexes font usage de la même blouse, et endossent la même pelisse ; également encore les pebites pièces de vêtement intime, les espèces de corps de fichu en laine, posés sur les épaules, tombant court par devant, serrés sur la poitrine par un double cordon qu’on y noue et qui vient du dos, etcette autre enveloppe qui prend le torse par-dessous les bras et l’enferme comme dans un étui. Toutes ces petites pièces sont d’un usage commun, la lingerie étant généralement invisible, par la bonne raison que bien peu en usent. Les gants, n’ayant d’autre division que celle du pouce, couvrent les mains féminines comme les autres, les mêmes bottes chaussent tous les pieds. Il nous reste à passer la revue de nos figures.

Les n°% 13 et 14 sont des époux lapons du Finmark; leur costume de laine indique la saison d'été : on y voit des cravates blanches, qui paraissent de la lingerie, ce qui est rare. Tous deux portent une blouse de même coupe, ne différant que par la couleur. Cependant celle de l’homme a un collet droit que l’on ne voit pas à l’autre. Sur les deux, par une disposition de bandes d’applique particulière, on voit se dessiner comme un grand collet rabattu à la marinière; ce collet n’est que figuré. La femme porte une coiffure que le bonnet à cimier de la mariée de Karasjok, n° 43, fera mieux comprendre; celui-ci ne cache pas entièrement les cheveux comme l’autre ni comme l’islandais du même genre. A la ceinture de la taille, en

tissu rose, finement brodée en noir, s attache une autre ceinture en châtelaine, d’où pen- ‘] , P

dent des cordons portant quelques ustensiles de la ménagère. Les chaussures sont de très .

fines bottines en peau conservant son poil : leur forme en pointe élégante est asiatique, et plutôt persane, indienne, que chinoise; les cordons qui serrent les tiges de ces bottines sur le bas de la jambe sont des tresses à dessins d’une couleur unique. Les chaussures de l’homme sont exactement du même caractère ; la ceinture également. Quant au bonnet haut, c’est absolument le bonnet carré du Polonais ; voir à ce sujet la façon dont on le soutient, n° 44.

Le n°15, est un exemple de la façon de s’accroupir, tout orientale, et de la facilité des mouvements que les Lapons conservent dans cette position; cette femme puise quelque aliment pour la coupe qu’elle tient d’une main. Peut-être est-ce du café, la boisson favorite des dames laponnes; elle ne s’occupe pas de préparations culinaires; c’est le maître qui s’en charge, en général; les femmes sont assez surchargées pour qu'on les dispense de ce souci.

Ce sont elles qui taïllent et cousent les habits, qui confectionnent les souliers et les gants. Elles fabriquent le harnais des rennes, le collier, les selles, les traits. Elles préparent les nerfs du renne, les nettoient, les font sécher, les divisent, et les filent comme le lin, les trempant dans l’huile de poisson, pour les rendre plus souples, moins cassants, La laine des brebis, le poil des lièvres blancs, c’est encore elles qui les filent et les tissent pour en faire des bonnets chauds, soyeux et doux comme le duvet des cygnes. Les rubans avec broderies et dessins dans la trame, elles les font sur un métier en os, sans compter le fil d’étain qui joue un si grand rôle ‘ dans les parures laponnes, et qu’elles ont l’adresse et la patience de tréfiler en le faisant passer successivement dans des trous de diverses dimensions pratiqués dans la corne, puis de l’évider de façon à ce qu’il reçoive le nerf qu’il doit revêtir. Alors naissent sous leur aiguille et sur les vêtements de fête, sur les gants, les souliers, comme sur le harnaïs du renne, les arabesques, les dessins géométriques, des étoiles, des fleurs, des oiseaux, des quadrupèdes, et principalement des rennes. Çà et là, au milieu des broderies, on sème de petits morceaux d’étain, aplatis avec le marteau, paillettes qui reluisent et miroitent.

Les Laponnes ne brodent jamais sur la peau ayant conservé son poil ; elles y font des compartiments avec des morceaux de laine, de coupes et de couleurs différentes.

Les n° 16 et 17, sont deux autres femmes de la Laponie suédoise, à propos desquelles il est inutile d’insister ; le si/fverkrage (voir n° 45) avec sa garniture en orfèvrerie est ici fort compréhensible. La ceinture de la mère est chargée de tout l’attirail ordinaire. Cette femme porte le berceau de son enfant, assez grand pour y être assis; de sa main libre, elle soutient sa pipe; ses gants sont attachés à ce poignet dégagé et pendent de chaque côté du bras.

Les ornements en argent doré la plupart du temps, sont d’un goût si répandu en Laponie, que les orfèvres y sont payés des prix énormes. Très fréquentes sont les ceintures d’argent, divisées en plaques que l’on fixe sur le ruban de laine, et qui se suivent en l’avoisinant au plus près, de manière à en conserver la souplesse, ou bien encore en plaques à charnières. Le

n° 4 et particulièrement le n° 18, de type très ancien, de la pl. de bijouterie BQ, sont de ces genres usités en Laponie ; le dernier, avec ses petits anneaux pendants, et il est fort possible que les Norvégiens aient emprunté ce type aux Lapons.

On ne saurait douter que les Lapons, si singulièrement adroits à sculpter le bois et la corne, à les décorer si finement et avec tant de mesure, donnant à leurs cuillers, leurs boucles, leurs manches de couteaux, etc. des formes si souvent charmantes, parfois d’une si véritable élégance, n’aient un goût beaucoup plus sûr que le paysan norvégien. Les broderies des femmes, seules, les rapprochent sous ce rapport.

Le Lapon de Kaïtum, n° 40, est en costume d’été. Bourse de laine à collet, comprimée bas par une ceinture où pendent la blouse, eb quelques menus objets. Le haut de la blouse, largement étoffée, déborde par-dessus la ceinture, et ce qui est dedans fait bouffer le vêtement, car le Lapon en fait un véritable magasin; il y fourre toutes sortes de choses, le briquet, le porte-pipe, la blague à tabac, son couteau, du fromage et autres provisions. La femme remplit cette partie de sa blouse de ses seins épandus. Cependant sa ceinture est placée plus haut, eb c’est cette ceinture qui porte tout l’attirail de la ménagère, comme on l’a vu du qgvinno-balte, n° 107. Les bonnets sont les mêmes, de forme conique.

Les nos 48 et 44, la fille et le garçon de Karasjok en costumes de mariage appartiennent à des régions où l’homme est obligé de faire un usage si ordinaire de la pelisse d'ours, que lon désigne le Lapon de ces altitudes l'ours blanc, renversant ainsi cet autre dicton qui fait appeler l'ours, Æ Lapon à la pelisse, Dans cette tenue nuptiale, il se trouve que, contrairement à ce que l’on voit chez nous, c’est l’homme qui est en blanc, et il est bien en effet un ours par excellence, avec ses gros ganos, boutonnés au vêtement pour ne point échapper, et cetbe pelisse dont l'épaisseur empêche les plis, faisant un paquet informe, malgré la ceinture de cuir, et le’collet qui ne peut s’y dessiner. Les souliers sont relevés à la chinoise. Le bonnet de laine et fourrure est d’une forme qui le rapproche du bonnet carré polonais; pour assurer sa rigidité on porte dans cet édifice un petit coussin, indépendant de la coiffure même. I/ouverture de la pelisse est fermée par un cordon. Le collet et les poignets sont ornés de quelques passements en laine rouge.

La fille est affublée dans le même genre, mais sa pelisse brune est en peau de renne; la décoration sommaire de ce vêtement est du même genre que celle de la pelisse d'ours; les gants épais sont blancs ; la ceinture est de laine de couleurs diverses ; le soulier à aussi la forme chinoise. Le bonnet, ayant la figure d’un casque surmonté du cimier, cache entièrement la chevelure; la coiffe et la crête sont en laine; c’est une variante de la coiffure islandaise portée par la fille de Reykiarik, n° 48. La brud de Karasjok tient en main un livre d’offices, ce qui donne à supposer qu’elle sait lire ; le brwdgom n’en porte pas, ce qui peut vouloir dire qu'il ne le sait pas.

Le n° 45 est une mère de la Laponie suédoise s’occupant du berceau suspendu dans la tente, Sa blouse de laine est assez largement ouverte sur la poitrine, découvrant les bords

du sifverkrage, espèce de faux col droit, à corps de fichu, noir, aux bords richement décorés de broderies métalliques, dont on fait montre en laissant la blouse ouverte, et en faisant épouser au vêtement de dessous la forme de l’ouverture; c'est ce col, brodé de fil d’étain, ou même de fil d’or dans le tour du cou, dont nous avons parlé ci-dessus. Le bonnet de cette femme n’a point la forme conique de celui de Kaïtum ; il est haut, d’une certaine rigidité; le renfoncement qu’on lui imprime lui donne par devant l’aspect d’une spatule. Le costume est d'été, le vêtement en laine.

Le n° 46 est le Lapon chasseur, armé du grand épieu, dou il paraît porter le fourreau sur son dos. Selon la loi de la superposition indiquée, il a mis par-dessus la blouse de laine une autre blouse un peu plus courte, serrée sur l’autre par une ceinture; toutefois le bonnet de feutre à haute forme et les bottes, dites d'été, annoncent que ce costume n’est que celui de la demi-saison. Les proportions de ce Lapon du district de Tule sont à observer : c'est un portrait fait d'après nature, un Fjall-Lapp, m0ssan Peter Olof Amundsson Lauta.

Le n° 47, Eva Brita Mulka, est une mossa dont le costume est de la mênie époque de l’année, et dont, probablement, le portrait a été fait en même temps. Sa pelisse est beaucoup plus longue que la blouse du chasseur ; le berceau de l'enfant est aussi d’une autre forme que le katkem suspendu, c’est presque comme un petit tonneau, où l’enfant est enfoui, sauf la tête, et ligaturé avec profusion. L’instrument que cette femme tient des deux mains esb la klakka dans son entier, dont le n° 105 ne représente que la partie supérieure.

Le n° 62 représente le Lapon du Lappmark dans son costume d’hiver, et en pleine activité. La pelisse, au poil en dedans, est assez courte ; l’homme qui mène le patin de neige a besoin d’être alerte. La pelisse, fendue latéralement à partir des hanches, ne fatigue pas les jambes. Le pantalon est de peau, les bottines, fortement serrées par le cordon en tresses enroulé de manière à former une jambière, la casquette de peau d’ours protégeant le cou, ne laissant à l’air que ce qu’il en faut pour voir et respirer ; les gros gants qui sont de ceux que l'on attache derrière l'épaule et qui ne sauraient tomber, complètent ce costume. Les peaux sont principalement celles du renne.

Les fourrures préférées sont celles des petits rennes, tués au moment où, le premier duvet tombé, un poil noir, épais, soyeux, maniable et délicat, le remplace ; on en fait les mitaines et les bottes d'hiver montant jusqu'au milieu des cuisses et bourrées de foin bien séché d’une sorte d’herbe mince, longue, particulière à la Laponie.

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