MURCIE
Voici le jugement sévère porté sur les habitants de Murcie par leurs voisins et même par quelques-uns des natifs de cette contrée : « Les gens de la chaude province de Murcie, eu contact avec une nature hostile, sont ceux qui savent le moins réagir contre le sol, l'air et le climat ; ils s’abandonnent avec un fatalisme tout oriental et prennent les choses comme elles se présentent, sans essayer d’y rien changer par leur initiative. Se plaisant beaucoup à la nonchalance, pratiquant la sieste en temps et hors de temps, on les voit toujours absorbés comme s’ils poursuivaient un rêve intérieur. Rarement gais, ils ne dansent pas, eux, les voisins des Andalous sauteurs et des Manchegos, chanteurs de seguedillas. »
Aux travaux agricoles, qui ont été de tout temps l’occupation principale des habitants, la province de Murcie, comme celle de Valence, joint aussi des travaux industriels d’une certaine importance. Les spartes ou espartos, que produisent en abondance les pentes ensoleillées d’Albacete et de Murcie, servent à la fabrication de sandales, de nattes, de paniers, ebc, — Les veines métallifères des montagnes s’y comptent par centaines. — Albacete, sur le plateau murcien, est à Espagne, ce que Châtellerault est à la France et Scheffield à l’Angleterre ; les navagas, les cuchillos, les puñales, s'y fabriquent par milliers.
N° 6 et 7. ments brodés qui annoncent le voisinage de l’Andalousie; il revêt également, comme les Valenciens, la mante de laine rayée ; celles fabriquées à Murcie ont
quelque réputation,
Riches paysans d’Albacete.
N° 6. — Chez le paysan, la tête est enveloppée d’un foulard de couleur posé en turban, sur lequel doit
reposer l’inévitable sombrero, chapeau qui règne, avec quelques modifications, dans presque toutes les provinces de l'Espagne. Large faja ou ceinture, retenant une culotte de même étoffe que la veste; ces larges ceintures bien étoffées sont d’un grand secours aux tireurs de navaja. Alpargatas maintenus au moyen de rubans croisés sur des bas bleu foncé. Le paysan, avec ces vêtements, porte habituellement une veste ornée de passementeries et d’agré-
N°7. — Dans la coiffure de cette paysanne, deux nattes rondes couvrent les tempes, comme chez les Trasteverines, et s’enroulent en chignon ayant la forme d’un huit; un petit peigne crânement posé sur le côté, et parfois un œillet rouge et un dahlia, complètent cet arrangement. Chez les femmes du peuple, la jupe courte laisse voir des bas de soie bien tirés que quelques élégantes portent couleur de chair et brodés de dessins en zigzags,
PROVINCES VASCONGADAS,
On donne le nom de provincias vascongadas où simplement celui de provincias aux trois provinces d’Alava, de Guipuzcoa et de Viscaya, qui occupent la plus grande partie de la contrée montagneuse du nord-ouest de la péninsule; elles forment le pays basque et navarrais que l’on doit considérer comme étant complètement à part dans l’ensemble de l’Espagne.
Les Basques, qui se donnent à eux-mêmes le nom d”’ « Euskaldumac » ou d’ « Euskariens », sont la race mystérieuse par excellence; « ils restent seuls au milieu de la foule des autres « hommes: on ne leur connaît point de frères », dit M. Élisée Reclus. Ce peuple a gardé son vieil idiome, ses mœurs, eb certains droits ou prérogatives politiques dont il jouit depuis des siècles.
Sans qu’il y ait de type basque proprement dit, la plupart des hommes, dans les provinces espagnoles comme dans la Navarre française, ont des traits nettement dessinés et une taille bien proportionnée ; presque toutes les femmes se distinguent par leur beauté et leur élégance naturelle, au point que, dans certains districts, la laideur constitue un véritable phénomène, On doit ajouter que, chez les Basques, la beauté de la forme s’allie à une grande dignité de maintien.
L’euskara, qui est la langue de ce peuple, semble tout à fait unique par la structure de ses mots et le mécanisme de ses phrases ; les Espagnols l’appellent vaseuence, mot qui désigne une langue obscure et confuse que personne ne peut comprendre.
N°69 10, 11Metlo; d'un mouchoir de coton, que deux longues nattes pen-
dantes. Ces paysannes modestement vêtues se distinguent par une attitude fière provenant de l’habitude qu’elles ont de placer leurs fardeaux sur la
Paysannes et paysans.
Le costume des hommes se compose du béret que l’on
porte légèrement incliné du côté de l'oreille, d’une veste rarement mise et qui s’enroule autour du bras ou se jette sur l'épaule; d'un gilet sur lequel est rabattu le large col de la chemise, et d’une large ceinture retenant un pantalon garni, dans sa longueur, de pièces de velours symétriquement disposées.
Les femmes ont des robes de drap grossier et ne montrent de leurs cheveux, coquettement couverts
tête. Elles ont généralement le cou et les épaules remarquables par la pureté des lignes, beauté bien rare chez les femmes adonnées au dur travail de la terre.
Deux de ces figures, les n° 8 et 9, montrent une paysanne et un paysan de la vallée de Loyola, endroit particulièrement célèbre par la beauté de ses habitants, hommes et femmes. On dit qu'il serait diffcile d'y trouver une jeune fille qui ne fût pas un modèle parfait.
Aquarelles de MM. Garcia et Bastinos.
Voir, pour le texte : Voyage en Espagne, par le baron Davillier. — Géographie universelle, par M. Élisée Reclus.
ESPAGNE