‹ Le costume historique (volume 3)Chapitre 135 sur 173 · PORTUGAL · texte numérisé non relu

PORTUGAL

LA JOAILLERIE POPULAIRE. — UNE PAYSANNE PARÉE. LE SOULIER FÉMININ. — ÉTUDE RÉTROSPECTIVE ET CONTEMPORAINE.

Les paysannes portugaises se parent de bijoux nombreux et variés , dont les dames de la bourgeoisie eb même celles du plus haut rang ont longtemps fait usage en certaines circonsbances, ce qui donne à ces joyaux populaires un caractère national. Cette bijouterie dans laquelle l’art du lapidaire ne se montre qu’exceptionnellement, consiste surtout en une orfèvrerie d’or ou d’argent, généralement filigranée, et d’un genre plus ou moins oriental, mauresque. La nature de ces fabrications, dont Porto et Lisbonne ont conservé le monopole, est le résultat de la présence des Maures en Portugal pendant le moyen âge, eb aussi du voisinage des côtes barbaresques ; mais le luxe des paysannes est, en quelque sorte issu du sol même du pays.

Les Romains connaissaient les richesses minérales de l'Hispania ou Ibérie ; et l'or roulé en abondance par le Tage et le Douro, était célèbre chez eux, ainsi que l'argent des mines de la Ipéninsule, avant même qu’ils n’eussent une connaissance exacte de ces contrées, c’est-à-dire lavant l’époque de l'invasion romaine dans la seconde guerre punique. Strabon dit que, dès la plus haute antiquité, on mettait en œuvre sur place les pépites d’or recueillies dans l'eau du ITage et sur les sables de ses rives ; l’industrie locale qui s’est maintenue remonte donc à ces Hointaines origines, que le géographe arabe Edrisi, observant les orpailleurs d’Almada , vers l'embouchure du Tage, a confirmées, en reconnaissant combien leur profession devait être ancienne. Telle était encore l’abondance des paillettes métalliques roulées par le fleuve, vers le commencement du seizième siècle, que Marineo Siculo parle d’un sceptre et d’une couronne portés par D. Manoel, et provenant tous deux de l’or du Tage.

La connaissance du travail des métaux fut probablement apportée à cette extrémité de la Wicille Europe par les Phéniciens, les Carthaginois. A leur défaut, elle l'aurait été par les Cel- Fibériens.

La matière recueillie sur place, eb ne prenant surtout de valeur que par le travail, il est facile de comprendre que les parures d’or ou d'argent se soient généralisées parmi la population, eb qu’elles s’y soient maintenues en raison de traditions constantes. En l’absence des prescriptions somptuaires qui ont pu être édictées en Porbugal comme dans toute l’Europe du moyen. âge, et dont nous n’avons point connaissance, on peut douter que l'emploi des matières pré- ; cieuses y ait été interdit aux classes populaires, comme on n’y manquait point tout autre parb.4 Dans tous les cas, l'extrême richesse du Portugal du seizième siècle aurait facilement permis de revenir aux vicilles coutumes, et il n’était plus besoin de l’or du Tage aux époques où l’on rapportait les butins immenses recueillis dans l'extrême Orient, à Malacca, à Goa, etc.

Cest l’énormité de ces butins, aux nomenclatures fabuleuses, qui explique le nombre des 4 artisans qui eurent à mettre en œuvre les métaux conquis aux Indes par Vasco de Gama cb È les héros qui lui ont succédé, en allant à leur tour arracher l'or des temples indous pour l’en-4 voyer à leur patrie, agissant tous avec cette bravoure, tranquille et communicative au milieu des plus grands périls, qui fit dire un jour à Ctama, alors que son navire était soulevé par un tremblement de terre sous-marin « c’est la mer qui tremble devant nous » ; c’est, disons-nous ;4 | la quantité de l'or et de l'argent importés en Portugal à cette époque, qui explique comment dans le « Tableau des gens de métier, existant à Lisbonne de 1550 à 1551, eb dont la liste figure dans le livre de Rodriguez de Oliveyra, le nombre des orfèvres est de quatre cent trente, c'est-à-dire autant de maîtrises de fabrication et de débit spéciales, parmi lesquelles on doit comprendre la joaillerie, mais non la Japidairerie, car les lapidaires, au nombre de trente-deux,

sont comptés à part.

L'importance de ce chiffre de 430 orfèvres dans une seule ville ressort d'autant plus que l'on rapproche l’orfèvrerie des autres « offices mécaniques » comme les appelle de Oliveyra: En nous en tenant à ce qui concerne exclusivement les choses de l'habillement et de la parure, # on comptait alors dans cette même Lisbonne 10 brodeurs, 133 passementiers, 159 tailleurs,; 173 chaussiers, 15 bonnetiers vendant bonnets, 14 bonnetiers vendant capuchons, 119 fripiers, sans spécialisation, 24 fripiers tenant les pourpoints, 6 coiffeurs, 20 boutonniers, 206 chapeliers, etc. Dans cette curieuse statistique, ordonnée par l’archevêque, on voit encore que douze individus avaient pour unique office de chercher l’or sur le rivage. Huit femmes étaient oc= cupées à parfumer les gants ; douze autres à fabriquer uniquement des cosmétiques. Il y avait six maîtres d’atours, en regard de sept maîtres de grammaire ; et on ne comptait que deux femmes ayant pour office d’enseigner la lecture aux jeunes filles; mais cette insuffisance Ctaitfs réparée par le fonctionnement de douze écrivains publics, sans cesse occupés à la rédaction des messages. Toute la vieille civilisation de Lisbonne est là, dit M. Ferdinand Denis, auquel nous empruntons ces renseignements.

La légèreté de l'orfèvrerie en diminue naturellement la valeur intrinsèque, eb cette économief était nécessaire pour le populaire, habitué d’ailleurs et de longue date à la sincérité du métal,

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} L’original du n° 7,

Les filigranes, et les reliefs en fins feuilletés, comme on les voit aux saillies des n°° 3 et 11, particulièrement, où les boutons d'orfèvrerie affectent l'apparence de l’artichaut épanoui, ont été les expédients auxquels recoururent des négociants qui voulaient conserver leurs débouchés, en servant leur clientèle selon ses goûts, et en lui procurant une joaillerie brillante, de nature à lui paraître la plus belle du monde, les délicatesses et les adresses de métier égalant, au moins, aux yeux du vulgaire les productions artistiques dont la sobriété ou le cachet personnel font le mérite. Ce qui rend intéressant la joaillerie populaire des Portugais, c’est son caractère

} national, et c’est tout ce que nous ferons remarquer au sujet de cette bijouterie branlante,

ajourée, délicatement filigranée, d’un orientalisme si prononcé sous les formes de ses croix et de ses médaillons en cœur, reliquaires de la fiancée et de la mère, dont la figure est si fréquente

| parmi les joyaux villageois de l’Europe, là même où la jeannette et le médaillon composent | tout l’écrin de la paysanne, comme en Bretagne,

La réduction uniforme de ces bijoux est dans la proportion de huit pour quatorze environ. ° 7, par exemple, mesure en hauteur un peu plus de 13 cent. 1/2 ; notre ré-

duction a 8 cent.

BIJOUX D'OR, Nos 7 et 24,

Grande croïx à boutons très saïllants, ornée de pendentifs mobiles, et pendant d'oreille, même parure.

Nos 11 et 19.

Pendant d'oreille et broche en pendeloque, composés de pièces articulées, d’un genre très typique, et le plus riche de cet écrin ; quelques pierres fines brillent parmi les filigranes de ces deux joyaux, appartenant à la même parure.

Nos 12 et 27,

Croix de suspension, dont l’une a la forme rayonnante ou astrale.

No7 et 20:

No, : Den va Pendants d'oreille, à pièces intérieures en pendeloques.

Fragment d’un collier pourla suspension des médaillons ou des pendeloques, N° 25,

Broche, avec pendentifs à l'extérieur, et perles en poire mobiles dans l’ajouré de la pièce.

No°2,

Broche, avec pendentifs mobiles; type d’une parure dont la boucle d’oreille et le bijou de suspension sont

: IJOUX D'ARGENT.

semblables, en variant de grandeur. s. dé Lun

N° 5 et 15,

Médaillons en forme de cœur, avec leur anneau de sus-

pension. Ils sont de dimensions variables, allant jusqu’à 15 et 20 cent. de longueur, et servent alors de médaillon ouvrant,

Pendant d'oreille, dont les trois croissants mobiles sont * indépendants les uns des autres.

N°5 8,3 biset 4.

Collier de corsage, dont les boutons en forme d’artichaut vont en rapetissant. Le n° 3 bis en montre la saillie, Le n° 4 est le bracelet de la même parure, qui se complète par l’épingle de tête, se terminant par un de ces boutons, ainsi que le pendant d'oreille.

Pendeloque de collier, dont la suspension indique l’em-

ploi du cordon de velours noir, où celui de la chaîne N°5 13 et 16.

en maillons du n° 10. Re Pendant d'oreille et broche, composant une parure.

N°5 9 et 10.

Pendeloque de la forme du cœur, mais régulière, suspendue au collier; le pendant d'oreille, du même caractère, appartient à cette parure,

Pendeloque de collier.

Nos 21 et 26.

Pendeloque de collier et pendant d'oreille, même pas Pendant d'oreille, à intérieur mobile, | rure,.

La paysanne endimanchée que l’on voit ici parée de cette joaillerie branlante, comme pour

répondre par son doux bruissement aux clochettes des animaux et aux sonnettes des troupeaux, #

a une physionomie des plus intéressantes. Cette agréable rustique est la Portugaise par excel-

lence, dans un pays où les 706,000 habitants des villes se trouvent en regard d’une population! rurale de 3,580,000 individus, et son type est celui de la paysanne de la partie sud du Por-1 tugal, formée des deux provinces de l’Alemtejo et de l’Algarve, la plus chaude et la plus sèches

des quatre régions agricoles du pays. Cette villageoïise appartient au district de Vianna, dont la ville principale est Béjà, le chef-lieu administratif, Porto. Cette figure est doublement in-

téressante, car elle est celle d’une femme dont l’industrie européenne est bien près de supprimer #

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