‹ Le costume historique (volume 3)Chapitre 136 sur 173 · CENT 1 LL · texte numérisé non relu

CENT 1 LL

définitivement le type antique, le costume représenté étant généralement confectionné par lai

femme qui le porte.

Ces vieilles mœurs s'expliquent dans un pays où, malgré les richesses métalliques conquises au seizième siècle, le numéraire est encore relativement si rare parmi les populations rurales, que l’on voit, par exemple, la caisse d'épargne de la banque de Portugal recevoir des dépôts

de cent reis (0,55 centimes), et que l’apogée du salaire de certaines ouvrières, comme les den-$ telières de Lagos, dont l'apprentissage commence quelquefois à quatre ans, et dont toutes lesf

dentelles sont faites à la main sur le coussin à fuseaux, varie de 0,28 cent. à 0,56 cent. pan

jour; eb encore les rendeiros, hommes ou femmes se livrant au commerce des dentelles, eb pouri lesquels ces ouvrières travaillent, paient le moins possible en numéraire, le plus souvent en

comestibles ou en articles de vêtement.

A Vianna, à Horta dans l’île du Fayal, à Peniche, à Setubal et à Villa do Conde, c’est unes

industrie exclusivement réservée aux femmes que la fabrication des dentelles portugaises dus

venre honiton, imitation de guipure et de Chantilly, et qui sont ainsi toutes faites à la mains

sur le coussin à fuseaux.

Dans la province d’Algarve, c’est une industrie tout à fait domestique que celle des quatres cents métiers environ qui produisent la bure et les couvertures ; et c’est encore avec le travail

manuel d’une simplicité toute primitive que, dans la province d’Alemtejo, on tisse la laïne, et

que l’on y produit les couvertures, les étamines, les ceintures, les châles, les baïettes, le drajh ordinaire, bleu et noir, dit serguilha, les draps, dits saragoca, les draps de couleur à raies et

alTeaux ; Sans compber les tissus de coton filés, et ces tissus de soie, dont l’industrie est fort

ancienne en Portugal, où souvent on mélange à la soie l’or et l'argent. Les conditions de cette existence rustique ne sont nullement, d’ailleurs, celles de populations

aalheureuses, bien loin de là; et pour bien comprendre le caractère souriant de la villageoise le l'arrondissement de Vianna, il faut voir cette paysanne sous son ciel presque africain, sur sa terre où croît le palmier nain, le caroubier, l'olivier, le figuier, l’oranger, le riz, le millet à grappes, des blés de toutes les saisons, le rÿ0, ou blé d'hiver, le ribeëro ou blé de printemps, le | blé candial, ete. IT faut voir, sur ce sol où l’on peut cultiver le bambou, les quarante variétés du maïs, avec ses grains jaunes ou blancs, et la récolte du seigle « gallicien » ainsi que celle ; châtaignes, des oïgnons et des haricots depuis le blane, le vassoura, jusqu’à ceux de toutes les couleurs, y compris le noir.

| Sur ce sol particulier, dont les entrailles contiennent plus de marbres que de charbon mipéral, la richesse se manifeste de toutes parts. Ce sont les grands troupeaux de bœufs que l'on rencontre dans les pâturages naturels qui abondent partout ; c’est l'énorme population des Serranos, du type bordaleiro, parmi lesquels les moutons noirs sont plus nombreux que les blancs ; les chèvres à poil ras et à poil long, laitières de couleurs variées, de grande et de pebite taille, et c’est, en. aussi grand nombre, le peuple roux de ces pores de l’Alemtejo, de l’Algarve et de toute l’Estramadure aux bords du Tage que, dans le district de Vianna, on nourtit avec les pépins de raisin, ainsi, du reste, que tous les animaux de basse-cour. C’est partout l'abondance, outre l’huile d'olive et le beurre salé que l’on trouve dans toute maison, on y rencontre aussi généralement quelques jambons de Melgaço, des poissons conservés lans l'huile de sardine. On consomme les fromages de chèvre et de brebis, on relève les mets les plus ordinaires avec le vinaigre de vin du Douro, mais la paysanne a toujours une reserve d'oignons et de fruits confits, abricots, pêches, reine-claude, poires, figues, etc. Elle a jou) ours quelque marmelade à offrir, et cette bonne gourmandise, la citrouille sucrée. Enfin n retient pour la consommation sur place quelques-uns de ces vins rouges, dits verts dans le iégoce, qui ont tant d'importance dans le pays viticole de l’arrondissement de Vianna, tels jue le vin de Barbeïta, celui du Campo da Agonia, ete., jusqu’au cZairet de Masudo, si agréable jrec les noix, | | C'est surtout dans les milieux où la culture de la vigne donne aux paysages leur tournure à plus caractéristique qu’il faut placer la jolie et souriante figure représentée, avec son cosmme aux couleurs pimpantes et sa joaillerie des jours de fête, Les vins désignés particulièrehent sous le nom de « vins verts » sont fabriqués avec des raisins récoltés sur des Aaufains ju sur des treillages en forme de contre-espalier qui garnissent les champs destinés aux réjoltes céréales, sarclées, fourragées. La vigne qui forme la clôture de ces champs est principament mariée à des châtaigniers et à des érables sur lesquels on taille chaque année ses sar-

ents. Tel est le pays où l’on fabrique encore dti vin d'orange, et qui, avec ses nombreux hevaux, ses mulets eb ses ânes, bêtes de charge eb bêtes de selle, justifie pleinement le sur-

xs

tétanie

nom que les anciens, considérant le nombre exceptionnel de ses fleuves eb de ses rivière avaient donné à la Lusitanie, celui de la Terre bienheureuse.

Le lenço qui couvre la tête de cette paysanne, est un mouchoir de laine posé à plat, selons Ê

la coutume des femmes qui ont l’habitude de porter des fardeaux sur leur tête. La veste, in-# dépendante de la jupe, est conçue dans ce même sens, pour l'indépendance du torse pendant la marche. Cette veste en drap rouge, est un corsage à épaulettes, qui se ferme sur le côté par des boutons en cuivre doré ; la bordure en velours noir dessine le plastron, arrêté au bas par une garniture de dentelle noire. La chemise en toile blanche et apprêtée, est apparente aux! manches, à la taille et à la partie supérieure de la poitrine ; elle est pudiquement close pars tout et son col rond et plissé retombe sur les épaules. La partie rayée de la jupe est en més rinos, le bas, en large bordure, est du drap. Le tablier est un tapis de laine. Les bas blancs sontl également en laine; enfin la sacoche en forme de gibecière portée à la ceinture paraît de ‘lai même nature que le soulier, dont le n° 28 donne un spécimen détaillé, c’est du cuir laqué, dont les ornements sont en broderie de soie, La chaussure avec son talon haut et son quartet

de derrière largement évidé esb presque une mule; sa semelle en bois et garnie sur les côtés

par des clous en cuivre doré, lui conserve toutefois le caractère rustique.

On a observé depuis longtemps que les Portugaises mettent une singulière coquetterie € ce qui concerne leur chaussure; on lit dans les Si/houeltes portugaises, publiées dans le Réforme en 1843, que depuis quelques années le nombre des cordonniers pour femmes s’étai si étrangement répandu à Lisbonne, que non seulement les importations de l'étranger y étaien devenues superflues, mais que la ville fournissait assez de cordonnerie pour en fournir un | partie du Portugal. Le nombre relativement important des chaussures exposées au Champ de Mars, dans la section porbugaise, justifie ces assertions, et les villageoïises ont suivi sous ce rapport le goût des citadines; leur soulier est un élément important de leur parure. À k joaillerie, portée avec une certaine liberté capricieuse par cette paysanne, se joint un collier de perles de corail. Le mouchoir sert au maintien, et d’ailleurs dans le costume habillé, il n’y à peut-être point de poche pour lui et il gonflerait disgracieusement la sacoche.

Tous ces spécimens de joaillerie proviennent des fabriques de Porto, et ont figuré à l'exposition internationale de 1878, dans la section portugaise.

Le soulier est au musée du Trocadéro.

La paysanne est la reproduction d'une photographie obligeamment offerte par M. Carlos Relvas}k de Gollega, et complétée par la coloration du costume de la villageoise des environs de Vianna} qui figurait également dans la section portugaise en 1878.

Voir, pour le texte : Le Catalogue spécial de la section portugaise à l’exposition universelle d@ Paris, en 1878, dont la remarquable introduction est de ML. le baron de Wèldik, et le Portu : al, par M. Ferdinand Denis, duns l'Univers pittoresque.

SE

Page 1