PARURES ORFÉVRIES A L'USAGE DES PAYSANNES SUÉDOISES ET NORVÉGIENNES
N° 1. Plaque centrale d’un collier de suspension dont le tour de cou se compose de cinq rangées de cordons finement tressés. — Plaque rectangulaire, dorée, couverte d’un filigrane d'argent, mêlé de perles et de pierres de couleurs taiïllées en brillants, c’est-à-dire, en relief, avec une table ou facette principale , quelle que soit leur dimension, et fixées par un sertissage. Une pierre de couleur forme immédiatement une pendeloque centrale mobile ; elle est encadrée par une chaînette en demi-cercle suspendant une autre pendeloque, du jeu le plus élastique. Ce joyau est norvégien:
Tous les bijoux de cette planche, sauf les cou-
ronnes, étant régulièrement réduits de moitié, cette plaque dans sa plus grande largeur; mesure environ 8 centimètres.
N°2. Couronne demariage. — Formerayonnante; cuivre doré et argent. Filigrane en ajouré. Rubis et émeraude. Des pendants en facettes, rapprochés et mobiles, tombent du cercle supérieur, et brillent d’un éclat changeant au moindre mouvement. Type norvégien. Cette couronne est du genre de celle, encore plus évasée, que porte la mariée de Hardanger, n° 9, pl. ayant pour signe la Corde.
Cette fleur d'oranger du pays, la couronne de mariage, que la Suèdoise ou la Norvégienne ne porte qu’une fois dans sa vie, ne pare pas le front de la vierge seulement le jour de la cérémonie nuptiale. Dans le Hardanger, par exemple, d’où est tiré cet exemple, les fêtes du mariage durent une huitaine de jours, pendant lesquels la @& fiancée couronnée, » comme on l'appelle, reste parée de tous ses atours, bagues, colliers, chaînettes, épingles et couronne. Cette dernière est faite de façon qu’en appuyant sur un ressort secret on la détache de la tête, Le huitième jour, c’est lamariée qui donne elle-même
le signal de la fin des réjouissances ; elle touche du doigt le point invisible qui fait ouvrir la couronne, et rend à la chevelure d’or toute sa liberté, pour la dernière danse joyeuse à laquelle elle se livre avec son époux. Puis la musique se tait, et tout le monde disparait ; chacun s’en va sans saluer personne.
N° 3. Broche, argent doré.
N° 4. Ceinture de laine rouge, bordée de vert, sur laquelle est fixée l’orfèvrerie, en plaques rectangulaires et accotées, de manière à ne pas en empêcher la souplesse. — Mode de très haute antiquité, familier au moyen âge, et à l’usage des Lapons ; aux approches de l’agrafe, le tissu est plus dégagé. L’agrafe est en crochet. De petits disques, présentant leur concavité et suspendus à un anneau mobile, donnent un éclat mouvementé à cette ceinture étroite, le mouvement les fait entrechoquer. Les plaques dorées sont de l’estampage; l’agrafe et la rondelle qui l’avoisine sont filigranées d'argent et ornées d’une pierre de couleur. Cette ceinture, très typique, est celle dela mariée de Vos et de sa « fille d'honneur, » laquelle, en général, doit être une femme mariée. (Voir n°5 21 et 22, pl. ayant pour signe le Chien de fusil.)
N° 5. Plaque centrale d’un collier du genre n° 1, maïs de proportion moindre. Quatre rangées de chaînettes forment le tour de cou; deux sont agrémentées de perles de verre soufflé, les deux autres de fusées de laiton en figures de bobines. Pierres de couleurs taillées en briolettes. Bijou norvégien.
N° 6. Bague en or, type norvégien, islandais , et aussi lapon, dans son principe. Les petits glands mobiles sont ronds comme des grelots et s’entrechoquent avec une certaine résonnance, Dans la bague laponne, n° 126, ce sont des anneaux tordus qui tiennent la place des grelots,
N° 7. Cet exemple comporte deux pièces indépendantes formant parure, telles qu’elles se trouvent disposées sur la poitrine. La broche attache la chemise, le collier s'étale au dessous sur le corsage. Le système de suspension du collier assure l’étalage du bijou, les plaques intermédiaires et régulièrement espacées servant à maintenir les trois chaînettes à distance et sans mélange possible. Cette jolie parure est Suédoise. Fond doré, filigranes d'argent, rubis et émeraudes.
N°8. Boucle d'oreille en argent ajouré, ayant la figure d’un croissant. — Le cercle fin se passe dans le lobe de l'oreille. Une chaînette y soutient intérieurement une étoile en pendant, à jeu libre. Dans les rinceaux du filigrane, de petits brillants en rosettes, deux rubis, tout encastrés, et de petites étoiles mobiles en argent se trouvent appendus. Le goût de ce bijou délicat le rapproche beaucoup de la joaillerie persane, telle qu’elle se montre dans la pl. ayant pour signe 1e Seau, n°s 20 et 21. Type norvégien.
N°9. Broche de corsage, argent doré ou cuivre. — Cette parure, d’un métal unique, se trouve sur la poitrine dela mariée de Hardanger. Son mode est des plus typiques ; le fond est occupé par deux rangées de petits ronds en bossage, de chacun desquels pend une pièce mobile, un disque concave, ou une croix byzantine; la mobilité les fait briller tour à tour, comme elle les fait bruire.
N° 10. Pendeloque en forme de cœur, avec pendants à disques mobiles se superposant. — On porte les bijoux de ce genre, suspendus au cou par un cordon, assez bas au devant du corsage. Celui-ci, qui est norvégien, est à fond doré, filigrané d'argent et orné de rubis.
La pendeloque, en forme de médaillon ou en figure de cœur, s'ouvre souvent, et, reliquaire de l’amour, elle renferme quelque tendre souvenir. Parfois ce qu’elle contient est un présent symbolique, comme la minuscule éponge, remise par le fiancé, qui est un emblème de la propreté que la femme doit apporter dans son ménage.
” La forme du cœur, si nettement accusée encore dans les agrafes des ceintures, n° 4 et 19, dans le contour des pierreries centrales de la plaque du collier, n° 1, ainsi que sur le plat de la coiffure de la mariée de Vos, n° 23, semé d’ornements d’applique dont l'intention n’est point douteuse, la forme du cœur, disons-nous, donnée au médaïllon de cou contenant le gage le plus cher, et qui est toujours celle du joyau dont la fiancée bretonne orne sa poitrine, est
depuis longtemps une des plus affectionnées parmi les populations du Nord. Ce symbole, si généralement adopté par les septentrionaux, semble être une originalité qui leur fut propre pendant un certain temps; et il y à apparence que c'était pour la faire ressortir que le Danois Alfred le Grand, roi d'Angleterre, fit inscrire sur le filigrane d’un émail, d'industrie byzantine, conservée à l’Ashmolean Museum d'Oxford, que ce joyau, qui a la forme d’un cœur : € Alfred le Grand l’a fait faire. » Le Frank Charlemagne est le roi de cœur dans le jeu de cartes.
N° 11. Pendeloque en forme de croix, portée aussi par une chaîne de cou. — Fond doré, filigrane d'argent, rubis et émeraude; perles aux angles intérieurs des bras; à leurs extrémités et en bas, disques dorés concaves, mobiles, se superposant. Type norvégien,
N° 12. Autre pendeloque en forme de médaillon, légèrement convexe, également supportée par un cordon de cou. — Fond doré, filigrane d’argent , sans pierreries. Le centre des différents disques est occupé par une perle métallique en forme de grelot mobile ; les pendants se prolongent par des pièces de monnaie du pays, attachées à un anneau, et soutenant chacune trois lamelles à jeu libre, qui se superposent et bruissent. Le filigrane en compartiments réguliers, et les grelots brillants tenant lieu de pierreries, font de ce bijou l’un des plus originaux du genre. Il est norvégien ; la mariée de Hardanger le porte.
N° 13. Ceinture composée d’appliques sur cuirdeplaques en cuivre estampé, reliées entre elles par des charnières à fiche. — Chacune de ces plaques soutient deux anneaux mobiles. Cette ceinture est norvégienne ; le système en est très ancien, et toujours conservé chez les Lapons.
N° 14. Grande croix de suspension que la mariée de la Scanie porte à la hauteur de la ceinture, et dont les nombreux disques concaves , appendus, mobiles, superposés, doivent bruire, d'autant plus que le cordon de cou est plus prolongé. (Voir le n° 6 de la pl. ayant pour signe la Corde).
Nos 25 et 26. Rondelles qui se portent par paires et qui entrent dans la parure de la mariée de la Scanie, avec la croix précédente. — Les grandes, en simple bossage, sont en cuivre ou en argent doré, et fixées
sur un fond de laine rouge plissé en rayonnement.
Elles s’attachent de chaque côté du corsage au-dessus
de l’autre qui est de moindre dimension et fixée sur
un même fond de laine; les petites rondelles sont un : peu plus ornées que les grandes ; à leur centre se ba-
lance le petit disque concave.
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No 15. Double bouton servant d’agrafe au col de la chemise. — Du centre de chacun de ces boutons d'une certaine convexité tombe une chaînette en pendant, supportant une croix byzantine, dont chaque bras et la partie inférieure se terminent à leur tour par de petits anneaux mobiles affectant la forme d’une bague à gros chaton ; quelques nielles décorent l'argent de ce bijou. La fille de Hardanger, n° 95, pl. À couronné, porte ce double bouton. Parfois cette agrafe est mise en double, une de chaque côté de la poitrine.
N° 16. Broche en argent, en disque légèrement convexe, d’où pendent cinq petites plaquettes en losange, en soutenant une autre en figure de cœur renversé ; pendants doublement articulés. Type norvégien.
N° 17. Broche d’un métal unique, joliment formée en rond par six têtes nimbées d’un rayonnement de coquillage, qui rappelle certaines conceptions étrusques. Provient de la Norvège.
N° 18. Grande pendeloque en cuivre doré, soutenu par un cordon que la paysanne du Télémark cache sous le repli du col de sa chemise. — Cette parure que l’on voit sur la pl. ayant pour signe la Corde n° 12, s'étale sur un corsage tout de lingerie et descend de la base du cou jusqu’à la ceinture. Cette pendeloque, d’une orfèvrerie rustique par excellence, uniquement composée de bossages et de disques concaves mobiles bruissant au moindre mouvement, est d’un éclat tout particulier, chaud, sans être jamais excessif, et Jamais éteint, la lumière y renvoyant infailliblement de partout quelque étincelle.
N° 19. Double plaque de l’agrafe de ceinture. — Fond doré, filigrané d'argent ; petits brillants. Le milieu, qui cache le crochet, porte le petit disque concaye mobile. Chaque plaque en porte elle-même trois, des plus minuscules. Type norvégien.
No 20. Agrafe, fond doré, filigrane d'argent, rubis et émeraudes. — Cette agrafe, en deux parties, est de celles qui s’emploient sur la poitrine pour fermer la lingerie. Type norvégien.
mobiles de petite dimension que l’on retrouve de même plus bas, et dont le jeu, qui les fait briller, est facilité par l’évasement de la couronne. Cette coiffure nuptiale est celle de la mariée de Sondmor, pl. À couronné, n° 28. Dans ce dernier exemple, la partie pleine du métal disparaît presque entièrement sous la couronne de fleur qu'on y ajoute.
N° 22. Cette autre couronne, ajourée et de dimension
beaucoup moindre, et qui paraît d’abord être une couronne d'enfant, semble être aussi une couronne nuptiale. Forsell, en représentant la mariée de la paroisse du Wingaker, dans la Sudermanie , la montre avec une couronne de ce genre, posée sur le haut de la tête et s’inclinant en arrière. Le costume de cette mariée, affublée des paniers de la Pompadour, chaussée de ses mules, décolletée, contrairement aux traditions pudiques du corsage suèdois et norvégien, paraît avoir été une de ces tentatives auxquelles on doit rattacher cet essai de la diminution du volume de la couronne. Les amours qui portent en se jouant le bandeau de l’hyménée sont bien une allégorie dans le goût du dix-huitième siècle. Cette petite couronne suèdoise est en cuivre repoussé.
Nos 28 et 24. Coiffure de la mariée de la paroisse de
Vos, sous deux aspects. ( Voir cette coiffure portée, n° 22, pl. ayant pour signe le Chien de fusil). — Ce carton plat, coiffure de la mariée, porte aussi le nom de couronne; il est recouvert de laine brodée, de plaques en cuivre doré additionné de filigranes d’argent. Autour règne une suite de pendants mobiles en argent, filigranés à jour, et se terminant par les petits disques sonores d’un usage si général; la suite de ces pendants s'arrête de chaque côté à l'espèce de corne avancée d’où les derniers pendants qui descendent en accompagnant le visage sont de plus de longueur et d'importance. Des verroteries de couleur, reluisant sur le plateau, ajoutent encore à l’éclat de cette coiffure. Le principe de cette couronne nuptiale est exceptionnel; c’est la forme rayonnante qui est le plus généralement employée,
No 21. Couronne rayonnante, en cuivre repoussé et doré, surmonté d'étoiles d’où pendent des plaqueettes
aussi bien en Suède qu'en Norvège, en Dalécarlie comme dans le Guldbrandsdal,
Cette joaillerie de paysan, ces couronnes de si mirifique apparence, dont la description appelle les expressions d’or, d'argent, de brillants et de perles, etc., ne sont en réalité que du clinquant ; l'or n’est souvent qu’une feuille légère ; l'argent, qu'un étamage; l’orfévrerie, un estampé. — Le verre soufflé fait les perles ; les diamants sont du cristal, et l'estimation de la parure la plus brillamment constellée ne saurait monter bien haut, lorsqu'on voit ce que coû-
tent les blocs de verre de toutes couleurs à débiter, que l’on appelle « masses » dans le commerce des lapidaires-faussetiers, où ils se vendent au kilo : Le strass de première qualité, 4 fr. ; le rubis, 8 fr. ; l’'émeraude, 6 à 8 fr. ; le grenat, 6 à 10 fr. ; etc.
Cependant toutes les pierreries ne sont pas entièrement des produits chimiques ; la Laponie est un des pays de l’Europe les plus riches en cristaux, que les naturels appellent « diamants » ce qui les flatte, paraît-il. Ces cristaux, que l’on détache des pierres et des rochers, sont de formes inégales, parfois d’une transparence assez limpide, souvent, au contraire, traversés de veines, sillonnés de fentes, hérissés de bosses. Les lapidaires suédois en tirent cependant parti, et les polissent et les taillent comme des Sancy et des Régent. On trouve aussi dans la Laponie des améthystes pâles et comme obscurcies de petits nuages, des topazes un peu trop blanches, et d’autres pierres très dures qui ne manquent pas d'éclat sous leur teinte cendrée, et que l’on garde à l’état de cabochon, par la difficulté de les tailler. Les perles mêmes ne sont pas inconnues en Laponie; il y en a plusieurs bancs dans les rivières, seulement il ne faut pas demander à ces frileuses du pôle, ni la vivacité, ni l'éclat, ni l’eau, ni la chaleur et la lumière, ni lorient des perles d’Asie ; elles sont assez grosses et parfaitement rondes, mais leur blancheur est pâle et mate.
Certes, une parure gemmée, uniquement composée avec ces éléments locaux, en récevant une harmonie toute particulière, serait d’un autre prix que les verreries des orfèvreries de pacotille que lon voit ici. Cependant, toute inférieure que soit cette orfévrerie dans sa qualité, comme il serait pour ainsi dire inouï que dans ce pays des traditions la joaillerie des parures ne s’y rattachât pas, plus ou moins, il importe d’en examiner les caractères.
Nous nous bornerons à indiquer ce qui est de nature à démontrer la parenté oies la filiation certaine, du clinquant suédois et norvégien : On à longtemps soutenu que l'influence byzantine s’y faisait sentir, vu les rapports de ces pays avec le Midi, ainsi que la présence de Scandinaves illustres dans l'entourage des empereurs d'Orient. En examinant de plus près, il semble qu’il y ait lieu de revenir sur ces présomptions trop faciles ; et peut-être, au contraire, les Scandinaves, venus du Nord, avec leurs armes et leurs parures, travaillées dans le goût reconnu comme celui des Scythes, ont-ils contribué à l'introduction des modes de l'orfévrerie, d'importation asiatique, qui devaient envahir Byzance et, en quelque sorte, y révolutionner la joaillerie. |
Le génie des anciens Scythes, en ce qui concerne l'emploi des métaux et des gemmes, apparaît dans l’histoire de l’art comme tout autre que celui des Égyptiens, des Grecs et des Étrusques. Il se révèle avec une puissante unité, soit qu’il s'agisse du jeu d’un métal unique, ou du jeu du métal allié à celui des pierreries. Sans entrer dans le détail de la parure des fonds, soit que ceux-ci soient meublés par les bas-reliefs des drakslingor, les entrelacements à l’infini du dragon celtique, soit que ces fonds se trouvent occupés par les rinceaux d’un filigrane, ce qui constitue l’unité d’un même souffle , d’un même génie, c’est la mise en relief des éléments divers faite avec une décision, une vigueur et une science tout à fait particulières. C’est une
même inspiration qui, à l’époque de l’âge du fer en Scandinavie, avait fait donner aux orfèvreries, en métaux combinés ou non, les fortes saillies, bien autrement aiguës que les bossages, des parures et armes de la pl. À. R., et qui, plus tard sous l'influence d’un besoin artistique analogue, à faib mettre sur les surfaces orfévries les pierres de couleurs dans un haut relief. C’esb la même inspiration qui à fait ajouter à cette orfèvrerie de petites pièces mobiles, soit pendantes, soit incrustées dans les fonds, auxquelles on à donné la forme d’un timbre, d’un tout autre effet que celle du sequin. Car le disque concave, suspendu et mobile comme le sequin, outre qu’il est de bien autre relief, accrochant immanquablement la lumière et la renvoyant en vives étincelles, est d’une bien autre résonnance que le sequin plat. L'emploi des chaînettes, inséparable de la joaillerie à compartiments des Kabyles, dans laquelle on rencontre des principes si voisins de ce qui vient d’être expliqué, eb qui semble d’origine phénicienne, est en quelque sorte non moins inséparable de la bijouterie gemmée scythique, et en confirme, l’origine franchement asiatique. Seulement, le petit disque en forme de timbre, coupole accrochant toujours une vive étincelle, sans avoir l'épaisseur du gland, ni les inégalités des plaquettes, le petit disque présentant sa concavité, et faisant bruire son métal touché sur un seul point, selon la loi la plus nette de la résonnance, fut une trouvaille scythique. Elle est si heureuse, que les petits disques seuls, combinés avec des surfaces en simples bossages, suffisent pour faire encore de la parure rustique en simple cuivre doré, l’une des mieux réussies, et celle qui a conservé le plus de caractère, parmi les joailleries suédoises et norvégiennes. La matière est de peu de prix, l'emploi est franc, et ce n’est pas du clinquant mensonger. À tous les égards, cette heureuse rusticité est digne d’intérêt.
Nous n’insisterons pas davantage sur les origines ; il suffit de signaler ici que les caractères de la joaillerie des Scythes consistent principalement : 1° Dans l’apposition des pierreries, conservant leur relief sur la surface orfévrie où elles sont serties ; mode essentiellement différent de l’incrustation dans le métal des pierres ou des matières colorantes, y formant table, telle que la pratiquaient les anciens Égyptiens et les premiers Byzantins; 2° dans l’addition de pendants, délicats, mobiles, plus où moins nombreux, plus où moins légers, ayant la souplesse des chaînettes, et plus ou moins prolongés ; 8° dans une autre addition de petits disques, en forme de demi-coupole, suspendus par leur bord supérieur à un anneau mobile, à la façon des sequins ; mais dont ils diffèrent sensiblement au fond.
La bijouterie gemmée et filigranée de la Suède, toute altérée qu’elle soit dans le détail, se ressent encore du souffle du génie créateur qui à fait prévaloir le genre. Les pierres baillées selon les coupes que l’on donne au diamant, sont assurément d’un mode de détail relativement moderne ; les filigranés en usage diffèrent de ceux de la très haute antiquité conservée par le Kabyle : ce ne sont plus le double fil tordu, fixé par des griffes, et le fil simple, soudé sur le fond, distribuant les volutes de la fougère, autant de caractères que, selon les archéologues spéciaux, On ne peut guère faire remonter au-delà du onzième siècle. Mais ces modifications, résultant des progrès de l’industrie, n’empêchent pas que les principes fondamentaux de la bi-
jouterie gemmée des Scythes, la mise en relief des pierreries, les pendants mobiles, ete., ne subsistent toujours, et ce par une filiation directe, parmi les Suédois. Quant à la parure de cuivre, sans pierres ni filigranes, la plusrustique de toutes, mais non pas lamoins heureuse dans sa franchise, non seulement celle là apparaît avec toute la pureté de ses origines, mais il semble que, par la sobriété des moyens et son économie foncière, elle constitue à elle seule une joaillerie populaire de haute antiquité, Par une contradiction qui n’est qu’apparente, il se trouve que la bijouterie de cuivre, sans autre addition, est surtout restée en usage chez les paysans des contrées que leur situation rend les plus aisées en Suède et en Norvège, dans la Scanie, « le grenier de la Suède, » à la physionomie de parc anglais, ainsi que dans le Télémark, « le pays du lait caillé, » le paradis de la Norvège. Ces provinces, les plus méridionales, sont celles où la vie agricole est de beaucoup la plus abondante; celles où, naturellement, les populations se sont le plus anciennement fixées, et où l’homme de la terre, rétribué par son travail sur place, devait rester le plus immuable.
Les joailleries gemmées, à fond d’or, à filigranes d’argent, simulations du grand luxe seigneurial, à l’usage des paysannes, sembleraient contraires à la sévérité des époques du moyen âge, aux injonctions des ordonnances somptuaires, si l’on ne voyait que, par ces ordonnances mêmes, les filles, si généralement favorisées dans la société germaine, étaient expressément autorisées à en faire usage. Les édits restrictifs qui permettaient aux filles ce qu’ils défendaient aux autres femmes, sont en grand nombre, et il suffit d’en citer un seul pour en montrer l’esprit, le même que pour tous ceux des populations germaniques de l'Allemagne, de la Scandinavie, de la Suisse. Voici, en effet, ce qui était édicté chez les Germains de la Suisse, à Zurich, en 1371 :
€ Le Bourgmestre et le conseil décident à l’unanimité, qu’une femme mariée ou veuve, ni une dame, ni les béguines, ni autres dames, ne pourront plus mettre à un foulard, au bout, ni voile ni autre étoffe, ni de soie ni de fil, mais qu’elles devront le porter tel qu’il a été tissé ; elles ne devront pas non plus porter chapeau en couronne, de soie, d’or, d'argent ou de pierres précieuses, ni capes de soie garnies d’or ou de pierres précieuses. Mais aux filles et demoiselles ces pièces ne devront pas être défendues. Les demoiselles pourront, comme elles l'ont fait jusqu'à présent, porter de l'or, de l'argent, des perles et de la soie. »
Ces bijoux qui, nous le rappelons, sont lous réduits régulièrement de moitié environ de lu grandeur originale, proviennent lous, sauf les couronnes, de l'exposition internationale de 1878, Section suédoise ; ils font partie du Musée d'ethnographie scandinave de Stockholm.
(Voir, pour les renseignements bibliographiques, la notice de la pl. B $.)
Er
SUÈDE
L'HABITATION EN BOIS. — LA FORME DE LA VIE RUSTIQUE. — TYPE D'INTÉRIEUR. — USTENSILES EN BOIS DU PAYSAN.
La chambre représentée provient d'une « maison à plafond chevronné » (Ryggastuga) ; type ancien qu'on rencontre encore en petit nombre dans plusieurs provinces. L'exemple est du distract de Halmstad et d'Arstad, dans le Halland.
Le bois de sapin dont la maison rustique norvégienne et suédoise est généralement faite (en Scanie, on emploie la brique de Hollande) est, de tous les matériaux, celui qui convient le mieux pour le climat. La brique et la pierre y conservent presque toujours une certaine humidité, rendant-le séjour à la maison malsain, désagréable ; elles s’y détériorent en peu de temps. Avec le bois, isolé du sol par une fondation, ou portant sur le granit d’un rocher, non seulement il n’y a pas d'humidité à craindre, mais comme le bois durcit à l'air, l'habitation devient d’une solidité que le temps augmente. Aussi est-ce le nombre des années de la pirtti, la maison finlandaise de caractère national, qui en fait la valeur; telle pirtti, remontant à plus d’un siècle, défie l’acier de la hache qui se brise et vole en éclats sur son bois.
L'habitation en bois, que l’abondance de la matière dans la contrée paraît d’abord expliquer suffisamment, fut cependant, en Scandinavie, une importation asiatique ; le mode en est médique ; et lorsque les Arias-Germains se présentèrent dans « le chemin septentrional » € le Nordweg, » parmi des populations jusque alors enfouies sous terre, se contentant des plus tristes retraites et des plus sordides demeures, ils en apportèrent avec eux le principe. Leurs abris ambulants, leurs charrettes aux larges toitures, au coffre débordant pour contenir la famille et ses richesses, formant un étage auquel on accédait latéralement par une échelle extérieure mobile, y devinrent le chalet; c’est-à-dire, un véhicule dont, en le fixant, on a détaché les roues, mais qui a laissé à la demeure l’empreinte de son coin primitif. L’échelle mobile, devenue l'escalier tenu au dehors, contre toute logique, malgré l’inclémence ‘du climat suffirait seule à rappeler l'origine du chalet,
La maison d’Ornas, pl. BS, n° 54, est un des plus vieux exemples de la configuration générale
du châlet, encore debout, Le châlet suisse, frère du norvégien, a roulé plus loin ; c’est, au fond, leur seule différence.
L’habitation roulante était naturellement séparée de toute autre ; aussi le châlet reste-il isolé. Toutefois l'isolement de l'habitation tient encore à d’autres causes, signalées par Taate comme un trait de race : « Les peuples de la Germanie ne souffrent pas des demeures contiguës. Ils vivent séparés et dispersés, selon qu'une fontaine, un champ, un bois leur a Hu. Leurs villages ne sont point comme les nôtres, formés de maisons qui se joignent et se tennent. » (La Germanie, par. XVI.)
Le village suédois ou norvégien est, en effet, loin de ressembler à nos agglomérations rurales ; il est souvent dispersé sur une étendue de plusieurs lieues : les maisons sont dispostes, selon le caprice, à travers les vallées ou suspendues aux flancs des collines, chaque famille vivant isolément dans son habitation. La paroisse est la réunion de plusieurs villages, souvent fort distants les uns des autres. Le point de ralliement de la communauté éparse est l’églse, bâtie au milieu du cimetière, et généralement entourée d’arbres. C’est là que le dimanche les
paysans arrivent sur une petite charrette avec leurs femmes et leurs enfants, et qu'après le
sermon on se livre à la danse ou à des exercices gymnastiques.
La forme la plus complète de la demeure rustique en bois se rencontre dans l’agglomération du gaard norvégien, dont le nom intraduisible, qui se prononce gôr, paraît surtout désigner une enceinte. Le gaard, qui a le caractère d’une ferme, n’est point un bâtiment formant corps; il se compose de cabanes indépendantes les unes des autres, tenant lieu, chacune, d’une pèce d'affectation particulière. La principale de ces constructions en bois, conservant souvent la forme du châlet, sert au coucher de la famille : le maître hospitalier y admet le voyageur; une autre sert au coucher des gens de labeur ; une autre renferme les provisions, une autre les ustensiles de travail ; une autre sert de grange et d’écurie; une autre, enfin, particulièrement tenue à l'écart, contient le four. Cette dispersion, précaution prise contre les dangers dincendie , existait aussi dans les anciens palais médiques, décrits par Homère. Dans un pays où l’eau si souvent gelée serait d’un tardif secours pour combattre la propagation de l'incendie le Lapon lui-même ne met pas, selon l'expression du proverbe, tous ses œufs dans le même pa-. nier; il ne garde pas dans sa tente certaines fourrures, et loge au dehors la réserve de ses vivres, à proximité, sous un abri spécial.
Souvent le personnel d’un seul gaard forme toute la composition d’un village. Cette existence isolée, au milieu des bois et des montagnes, a non seulement contribué à donner au Scandinsve un caractère méditatif et observateur, mais l’a, de plus, rendu très particulièrement industriex ; un gaard est tout un petit monde de laboureurs et d'ouvriers, parmi lesquels le maître forge luimême ses instruments, ferre ses chevaux, répare ses voitures. Éloigné de tout, il faut y &re approvisionné de tout, et l’on doit y savoir suppléer par sa propre industrie à toub ce qui peut manquer. Les filles du gaard tissent la toile, fabriquent et façonnent les habits de « vadmel. » Plus d’un gaard des riantes vallées du Guldbrandsdal, dans le Dovre-field, se trouve à huitou
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dix lieues de l’église paroissiale. Les villages sont parfois si singulièrement rares que, sur la route de Christiania à Drontheim, dans un espace de cent cinquante lieues, Ampère n’en rencontra pas un seul ; chaque famille vivait dans son gaard.
L'existence du villageois, agriculteur, pasteur, mineur ou pêcheur, est de la même nature que celle de l’homme du gaard ; c’est la vie générale des campagnes. Il y a cinquante ans, eb sauf la Scanie où la physionomie du village différait déjà sensiblement, il n’existait pas encore aux environs de Stockholm même, une seule paroisse dont les. maisons fussent agglomérées ; elles étaient toutes formées de petits villages de dix à douze maisons au plus, parfois groupées autour de quelque château, le plus souvent isolées. Aussi dans de semblables localités, où aucun artisan spécial n’aurait trouvé à vivre, le paysan était-il tout à la fois laboureur, cordonnier, forgeron, et obligé à non moins d'industrie que l’homme du gaard.
C’est cet isolement de populations contraintes de se suffire à elles-mêmes, et confectionnant de leurs propres mains les ustensiles et les objets nécessaires à leurs besoins, qui à puissamment contribué à la conservation des formes et des types du matériel domestique, dont quelques-uns remontent parfois à un passé si lointain, qu’on leur attribue des sources laponnes, reconnaissables d’ailleurs, suivant les archéologues du Nord, dans le goût d’un grand nombre d'objets à l’usage des paysans.
Parmi les populations pastorales surtout, l'isolement est si grand, que le saeter norvégien (saeter implique l'absence de culture), petite ferme isolée non habitée l'hiver, ne l’est souvent pendant l’été que par une jeune fille, s’occupant seule du paturage des moutons et des vaches.
La chambre représentée appartient à l’une de ces cabanes faites de troncs de sapin équarris ou bruts, posés horizontalement les uns sur les autres, reliés entre eux par de simples chevilles de bois, Les interstices étant bourrés de mousse mélangée à de la terre glaise, on à ainsi un abri permettant de braver le froid le plus intense. Le toit se compose d’une charpente légère recouverte d’écorces de bouleau, pardessus lesquels on entretient souvent un gazon assez épais pour être fauché ; lorsque quelque appenti voisin permet l’escalade du toit, la chèvre, le mouton même, y trouvent un gras pâturage. John Carr dit n’avoir jamais vu d’herbe aussi haute et verte que celle des toits des maisons d’Upsal. Ce revêtement, considéré comme diminuant les dangers du feu, est, en effet, d’un usage fort répandu ; et donne au toit des grandes comme des petites maisons un aspect des plus riants. Il en est même qu’un soin particulier enrichit de plates-bandes de fleurs. Toutes les constructions du gaard sont généralement ainsi couvertes.
Les maisons du genre représenté ne comprennent ordinairement que deux pièces : une espèce de vestibule dont la porte d’entrée est à peine haute de quatre pieds, une chambre commune où la femme file, où l’homme a son établi, où se fait la cuisine et où l’on couche ; une seule fenêtre en tabatière l’éclaire, placée du côté du midi. Avant l'apparition de l'horloge et de sa boîte, c’était une armoire qui en tenait la place, Lorsque les rayons du soleil donnaient sur cette ar-
moire, c'était l'heure du déjeuner ; quand, au contraire, par suite de l'évolution terrestre, les : rayons frappaient le poële placé en face de l'armoire, c'était l'heure du diner.
On n’a pu introduire ici le poële qui complèterait l'ensemble de la pièce: il est de forme circulaire, construit en briques, haut environ de quatre pieds : son tuyau donne dans la cheminée du fourneau de cuisine. Cette cheminée s'élève au-dessus du toit : elle est garnie intérieurement d’une planche carrée attachée à un long bâton où tient une corde pour pouvoir ouvrir eb fermer à volonté. Dans la cheminée se trouve une pince en fer où l’on place une branche de sapin que l’on allume pour éclairer l’intérieur de la chaumière,
Dans cette pièce il n’y a qu’un lit destiné au chef de la famille et à sa femme : tout le reste dort sur les bancs placés le long des parois, bancs garnis de paille ou de peaux de mouton ; quelquefois, rarement, d’une literie véritable. En certains endroits, on loge dans le dessous du banc l’oie couveuse. Enfin, dans des logis de ce même genre, on rencontre aussi dans l’alcôve des lits en grabats superposés, comme chez les pêcheurs de la Hollande et chez le vieil Armoricain.
Ces petites maisons, que le paysan bâtit lui-même, sur quelque rocher, sont le plus généralement peintes à l'extérieur d’un rouge foncé. L'homme, obligé d'y séjourner pendant une longue partie de l’année, s'applique à l’embellir, à l’égayer avec des décors de sa main, qui cachent la nudité intérieure des parois. La femme a filé, tissé, blanchi, brodé la toile, le paysan l’illustre de ses peintures. Bruyamment colorées, à la manière d’Épinal, ces enluminures, faites à l’eau, sont des images dont la facture rappelle celle du moyen-âge. Elles pourraient même remonter à cette époque, si, du premier coup d’œil on n’y voyait figurer des redingotes, des gilets, des pantalons qui brillent là d’une splendeur particulière. Des Noé et des David peuvent en être affublés. Il est telle de ces peintures où l’on voit les frères de Joseph se rendant en Égypte, le pied dans l’étrier, habillés en généraux du dix-neuvième siècle, le tricorne avec son plumet au vent, et, aux dents, la pipe d’écume.
Parmi les sujets traités ici, on trouve au drapeau, en bande qui pend au-dessous de la fenêtre, la naissance du Christ ; sous la toiture, Noé entrant dans l’arche avec sa famille : le sacrifice d’Abraham. Les enfants de Noé sont costumés en gens du dix-neuvième siècle, ainsi que les trois rois mages venant adorer le Christ qui se trouvent au dessous, montés en file, habillés selon le goût de 1836. Aux sujets bibliques, le paysan en joint d’autres empruntés à la vie de famille, auxquels se mêlent aussi quelques caricatures de la vie privée ou publique. L’enluminure qui couvre la lingerie de la porte semble un banquet de fiançailles, à en juger par la « vierge couronnée. » D’autres plus petites, formant suite, se remarquent auprès de l’armoire de l'horloge ; elles paraissent du caractère de ces satires locales dont les paysans s'amusent.
Des branches de sapin, hachées menu, semées ordinairement sur les planchers, remplissent la maison de leur odeur balsamique. Dans la belle saison, pendant toute sa durée et surtout aux jours de fête, ce sont des fleurs que l’on jonche sur le parquet. Cela est une coutume générale en Suède, suivie même dans beaucoup de maisons riches,
Le mobilier consiste ici dans la literie; une boîte à horloge ; une petite armoire, espèce de secrétaire à deux corps, sur laquelle est posée la Bible ; une table servant d’établi, à tiroir, et façonnée avec goût, chargée de divers ustensiles eb objets, tels que le pot pour contenir le beurre, marchant avec le rouleau pour le faire qui est appendu près de la porte ; un chandelier trépied
Len fer peint, de très vieux modèle; quelques petits récipients en bois; la tabatière en cuivre | jaune et rouge ; la pipe ; la blague en peau, un livre, etc.; sur le soubassement de cette table, les petits sabots de l’enfant.
|! Le long de la muraille, le banc, sur lequel l’homme est assis, Devant, au premier plan, le « bahut » en bois sculpté, armé de ferrures. Il contient des vêtements, des parures. La boîte ovale posée dessus, servait particulièrement aux bonnets, aux chiffons légers. Les dessins en zônes de la broderie en tapis dont cette boîte est décorée, ainsi que la vivacité des couleurs se rapprochent des broderies armoricaines ; ils en ont tous les caractères.
Le rouet est peint en vert, de même que le fauteuil de bois, qui ne figure pas ici. Sur le manteau de la cheminée, on voit deux chandeliers en terre cuite, dont l’un, à base carrée, est d’un double usage : on y brûle une bougie ; en le retournant, il devient un candélabre où l’on en peut | brûler quatre, une à chaque angle. Avec ces chandeliers se trouve une lanterne en vessie. | Sur la tablette fixée à la cloison de l’alcove, on remarque, un autre chandelier en terre cuite, | le plus rustique de tous; une assiette émaillée et peinte ; la petite meule pour affiler les cou- | teaux ; au dessous, pend la serviette aux bords travaillés. Le lit se cache sous des rideaux blancs, | en toile rayée de bleu. Des tablettes, établies dans le triangle formé par la toiture de la cabane | eb parées de toiles frangées à dessins brodés en couleurs sur le blanc, rappellent le napperon de la crédence et la parure de l’autel. Ces tablettes sont couvertes de vaisselle de terre et de boïs, mélangée d’ustensiles de cuivre, d’étain, et même de verre. Le coquetier en bois de haute antiquité s’y rencontre avec une assiebte en faïence émaillée, datée 1818 ; c’est un méli-melo dont les matières et les couleurs variées ne manquent pas d’attrait. Le paysan, qui en tient le fond de ses ancêtres eb se plaît à y ajouter, est fier de ce dressoir, et n’en néglige pas la parure; à lui seul, le dressoir indique l’aisance de la maison.