‹ Le costume historique (volume 3)Chapitre 63 sur 173 · VOOR IIS T · texte numérisé non relu

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Costume de camp du boïar Boris Godounov, devenu tzar de la Moscovie en 1598, et mort en 1605, D’après un vieux dessin,

No0s:16,47,118, Costumes d'hiver des femmes de Torjok.

Nos 19, 20, 21.

Costumes des femmes de Riazan, chef-lieu du gouvernement de ce nom. La ville de Riazan est située sur l’Oka, un des affluents de la Volga, au sud-est de Moscou,

Ivan IV, dit le Terrible, tzar de la Moscovie en 1533, mort en 1584, N° 98.

Pierre-le-Grand, tzar de Russie en 1682, mort en 1725 ; en habit de marin, conservé au musée d'armes de Moscou.

Une fille de boïar, du temps de Pierre-le-Grand, D’a-

près ‘une gravure de Corneille de Bruyn empruntée ND 2276 à ses Voyages par la Moscovie (1708; traduits en 4 5 L français en 1718) Le prince Pierre Repnine. D’après une gravure des Voyages d’Olearius (1647).

Un prince Repnine, D’après une gravure du même N° 928. ouvrage. ï ; : nt :

Le boïar Léon Narischkine. D’après un tableau du dix- N° 26. septième siècle conservé au musée de l’Ermitage à Pierre-le-Grand vêtu d’un caftan appelé polonais, Saint-Pétersbourg.

Aucun empire au monde ne présente une diversité de races semblable à l’agglomération de celles qui peuplent la Russie. Un ethnographe anglais, Latham, lui donne le nom d’Empire des Quarante-quatre peuples ! Ce n’est pas ici le lieu d’aborder le problème tant discuté de l'origine de la race indigène de ce qu’on appelle la grande Russie, à l’est du Dniepr, et en deçà de la Volga, la controverse portant principalement sur cette vaste contrée, qui est la Moscovie centrale. La population primitive se serait composée d’Altaï-Ouraliens, appartenant à la race touranienne, et elle aurait été ensuite absorbée par des Slaves. Il n’est pas question ici de la Russie occidentale, ou plutôt de la Ruthénie, en deçà du Dniepr et de la Duna, contrée essentiellement slave et qui resta, pendant plusieurs siècles, unie politiquement avec la Pologne jusqu’au partage de cette dernière. Quoi qu’il en soit, il paraît certain que la nationalité grande-russienne s’est formée du mélange des colons slaves, venus de l’ouest et du sud-ouest, avec diverses tribus finnoises, mongoles et turques. Aujourd’hui encore, « presque immédiatement à l’est du confluent de la Volga et de l’Oka sont épurses, en îles plus ou moins grandes, des populations non slaves, ouralo-finnoises vers le nord, mongolo-turques vers le sud. A l’occident de la Russie, d’autres Finnois : au nord les Tavastes et les Karéliens, au sud les Ehstes et les Ingres, occupent le littoral du golfe même où est fondée la capitale de l’empire. Au sud des Ehstes s'étend le domaine d’une autre nationalité, aryenne et parente des Slaves, et néanmoins bien distincte, celle des Letto-Lithuaniens. Enfin, au sud, des Tartares, peuplent en partie la Crimée, tandis que des Roumains, Daces latinisés, occupent la partie sud-occidentale de la Russie, entre le Prout et le Dniestr, sur les deux bords de ce fleuve dans sa partie infé-

rieure, eb même en certains endroits jusqu’au Boug. » (Élisée Reclus.) Ce croisement des 4

races esb facile à reconnaître aujourd’hui même dans les traits physiques du vrai Russe, et le mélange de plusieurs éléments ethniques bien différents entre eux se reflète jusque dans le caractère complexe de cette race composite.

Cette diversité doit se reproduire nécessairement dans les costumes. L'absence de documents ne permet pas de déterminer exactement ceux de la période la plus ancienne, Cependant, il paraît certain que la partie slave de la population obéissait sous ce rapport aux traditions communes de la race, sous la réserve des modifications exigées par la variété des climats d’une

aussi vaste contrée ; de même que les éléments finnois eb mongols suivaient les coutumes de leurs ancêtres respectifs.

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L'intervention des Normands-Varègues auxquels on attribue la fondation politique du futur empire (IX® siècle) par la cohésion donnée successivement aux cités libres et aux petites républiques à l’état embryonaire, n’a pas dû rester sans quelque influence sur le costume. Les Varègues ne représentant relativement qu’une faible force numérique, furent assez vite absorbés par les Slaves mélangés , et la fusion devint plus complète par la conversion des Russes, à la fin du dixième siècle.

La Russie emprunta à Byzance non seulement sa religion, mais aussi toute sa civilisation. Le costume byzantin envahit d’abord la cour, puis il s’étendit aux classes élevées de la société. Au vêtement relativement court des hommes et ouvert depuis la ceinture, succéda la longue robe byzantine fermée de partout et bordée de bandes d’étoffes de couleur. Les femmes mirent encore plus d’empressement que les hommes à suivre ce courant, qui fut cependant interrompu au milieu du treizième siècle par l'invasion mongole. Les hautes classes empruntèrent dès lors volontiers aux vainqueurs leur costume qui se mêla d’abord aux modes byzantines et finit par les éliminer complètement sauf dans les vêtements des souverains. La robe close fut remplacée par la robe mongole ouverte dans toute sa longueur, mais boutonnée sur la poitrine. Le manteau sans manches céda le pas à un vêtement de dessus, qui était pourvu tantôt de manches courtes et larges, tantôt de manches longues et assez étroites, etc., et souvent d’un col très large et rabattu sur les épaules, ou bien tout droit, ou enfin formant capuchon. Le nouveau costume dura plus longtemps que le joug mongole qui finit assez tard dans le seizième siècle ; il persista encore jusqu’au règne de Pierre le Grand, et se maintint même partiellement jusqu’à nos jours dans le peuple de certaines contrées.

A l’époque de l’émancipation politique de la Russie, au seizième siècle, dans le costume des hommes entraient les pièces suivantes : une chemise large et courte, avec petit col; une pièce triangulaire, en soie rouge brodée, y était cousue entre les épaules ; chez les riches, les manches, le col et la poitrine étaient ornés de broderies en fils d’or ou de soie et garnis de perles ; le col était fermé par deux boutons en or, en argent ou en perles; — un pantalon, très ample mais serré à la taille par une cordelière et entrant dans les bottes à hautes tiges; — un vêtement étroit, appelé le caftan, ne dépassant pas en général les genoux, avec des manches très longues, qu’en société on laissait pendre de façon à ce qu’elles couvrissent les mains ; — sur le caftan se mettait le ferez (nom turc), long jusqu'aux mollets et même davantage, doublé habituellement d’une étoffe de coton, avec des manches bouffantes, larges dans le haut et étroites aux poignets mais élargies aux extrémités. Dans ces deux vêtements il y avait des variétés de coupe, de sorte que leur caractère ne saurait être déterminé avec précision. Les étoffes employées étaient la soie, le velours, le taffetas, le drap et les cotonnades ; on les enjolivait souvent avec des rubans et des broderies, Les cordons du cou servant à retenir l’habit étaient ornés de glands. On attachait au ferez, au moyen des ronds métalliques ou autres enveloppés d’étoffe, et garnis quelquefois de pierreries, un col mobile, droit ou rabattu. Pour le dehors, on mettait encore par-dessus un troisième vêtement, très ample, à manches longues, dont l’une couvrait habi-

tuellement la main : avec un col droit, ou couvrant amplement les épaules. Fait en drap, en velours et en satin, ce pardessus était orné de brandebourgs, et quelquefois bordé d’or et garni de perles. Les princes et les boïars (ou nobles, dérivé du mot bo, bataille) portaient de hauts bonnets soit entièrement en fourrure, renard ou zibeline noire, soit en velours brodé d’or et garni d’une large bande de fourrure. Les bottes, en usage chez les Russes depuis le dixième siècle, étaient d'ordinaire en maroquin de couleur, avec des bouts droits terminés en pointe, ou recourbés à la manière turque. Elles montaient au-dessous du genou, et les tiges servaient souvent d’abri à un coutelas. Les semelles étaient garnies de petits clous, et le talon était pourvu d’une demi-lune en acier, cuivre ou argent. Les tiges se faisaient aussi en velours, en satin, en chevreau, avec broderies et pierreries chez les riches. Les bottes à la mode tartare se distinguaient par des tiges très courtes. Les anciens Russes portaient habituellement les cheveux longs, mais les boïars vivant à la cour les faisaient couper par coquetterie ; toutefois, celui qui tombait en disgrâce les laissait croître et ne les peignait point en signe de désespoir.

Le costume des femmes était presque pareil à celui des hommes, seulement il avait plus d'ampleur. Les manches des chemises étaient étroites, mais extrêmement longues, de façon à former de larges plis sur les bras. Elles portaient rarement le caftan et jamais de col. Le vêtement long était agrémenté sur la poitrine de cordelières et de nombreux boutons. La manche était souvent ouverte en dessous, pour laisser passer le bras. Elles se coiffaient de larges bonnets, en satin, en damas ou en drap d’or, et garnis de fourrure ; les bonnets des filles adultes étaient élevés et en fourrure de renard. Sous leur bonnet, les femmes mariées relevaient les cheveux sur le sommet de la tête ; chez les filles ils couvraient la moitié du front et pendaient par derrière en longues tresses terminées par des touffes de rubans rouges. La chaussure féminine consistait en bottes ou en souliers ; les filles portaient des talons très hauts, ornés de petits clous. Le sexe féminin se fardait à outrance, de blanc et de rouge, et se peignait les cils et les sourcils.

Passons maintenant aux particularités de nos deux planches par ordre des dates.

Dans la sacristie de l’église de la Trinité, à Sierguievsk, on conserve le caftan ou le ferez du fameux despote Ivan IV (n° 22). Il est en gros-de-Tours, couleur de paille, doublé en étoffe de coton bleu bordé de taffetas blanc. Le col, à la tartare, est droit et étroit. Le vêtement est soutaché dans toute sa longueur en raies verticales, et sur les manches en raies horizontales. Sur le devant il est pourvu de cordons de soie avec glands au moyen desquels on fermait l’habit.

Boris Grodounov (n° 15) est vêtu d’une sorte de sarrau court, appelé demi-caftan, avec des manches longues, en soie verte, fermé au moyen de brandebourgs. Par-dessus est un ferez long, également en soie, avec des manches courtes, serré à la taille avec une ceinture persane.

Le vêtement du matin en été d’un boïar du dix-septième siècle (n° 4) est une sorte de ferez, en soie, bordé en or. Son bonnet est en soie rouge brodée d’or (notre lithographe a commis à cet égard une erreur dans la coloration), et doublé de castor. Il est tout rond, piqué, et taillé de façon à couvrir la nuque et les joues.

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