SLAVO-RUSSES. — MORDVIEN. — KALMOUK. — TARTARE
1 2 3 4 D 6 7 8 9 10 11 N°s 4, 5 et 6. — Slavo-Russes, appartenant au gou- sont compris dans la Grande Russie, le berceau des vernement de Tambov, situé entre ceux de Vladimir Russes. et de Nijni-Novgorod. N° 1. — Mordvien ou Morduin, race finnoise répandue dans les gouvernements de Kazan, Simbirsk, Oren- N°% 7; 8, 9, 10 et 11. — Slavo-Russes de la ville de bourg, Nijni-Novgorod et Penza, sur les bords du Torjok, gouvernement de Tver. La ville est située sur Volga et de l'Oka. la Tvertza, l'un des affluents du Volga. N° 3. — Kalmouk des steppes du Don, race mongole, Tamboyv et Tver font partie de la Russie d'Europe et N° 2. — Femme de la race tartare.
Parmi les nations diverses qui composent l'empire russe, et qui donnent tant de pittoresque à certaines de ses grandes foires annuelles, tenues en quelque sorte au confluent de races profondément différentes les unes des autres, comme celle de Nijni-Novgorod, à la jonction du Volga et de l’'Oka où le Kamtchadale, le Géorgien, le Kirguise, se coudoient dans les bazars, pendant les cinq à six mois de la belle saison, avec l'habitant de Novgorod et de Kiev, ou comme celle d’Ourioupinskaïa, sur le Khoper, un des tributaires du Don, où se rencontrent les marchands de la mer Noire, de la Perse et de l'Asie centrale ; là où les physionomies sont aussi différentes les unes des autres que le sont les marchandises elles-mêmes, et où, sans sortir de l’empire, on trouve des chrétiens des différentes communions, des juifs, des mahométans de plusieurs sectes, des adorateurs de Boudha et de Brahma, des païens, et enfin des peuplades qui ne se sont même pas encore élevées jusqu'au paganisme; parmi des nations aussi diverses, disions-nous, encore insuffisamment connues et décrites, malgré les travaux poursuivis sur l’ordre du gouvernement impérial de Russie, il est difficile de suivre, en les rattachant à des traditions certaines, les innombrables variétés des costumes populaires. Ces variétés étant étrangères à la mobilité des modes et ayant surtout pour
cause, en dehors des origines, les nécessités climatériques, la pénurie ou la richesse des populations, les conditions de leur existence, la nature de leurs travaux, c’est à signaler leur rapport avec le costume porté que nous nous appliquerons principalement.
Le costume des femmes de Torjok tient de traditions éloignées en ce que la robe ouverte aux entournures pour laisser passer des manches de lingerie, étoffées et fermées au poignet, est la robe droite, d’origine asiatique, qu'ici on porte avec une ceinture. Le linge exhibé aux manches est une braverie qui remonte aussi assez haut; « elles sont tellement empe- « sées et polies avec une pierre à cet effet, dit Vecellio, qu’elles deviennent très brillantes, « et ressemblent à du papier plutôt qu'à de la toile. » Le grand voile transparent porté par la femme n° 7, qui en est entièrement enveloppée, serait, au dire du voyageur anglais Carr, un moustiquaire; le fait est à remarquer dans un tel climat et nécessite une explication. Les mouches conservent dans le Nord une plus longue existence que dans les régions plus tempérées de l'Europe, en raison de l’usage des poëles ; lorsque l’été y fond tout à coup, sans avant-coureurs au mois de juin, et que les mouches sont réveillées de la torpeur-où elles étaient plongées pendant la saison de la chaleur artificielle, elles deviennent un véritable supplice. On est donc obligé de porter le moustiquaire et même faut-il se garder de lui laisser aucune ouverture. C’est un appareil spécial : la tête est couverte d’une sorte d’entonnoir renversé, dont les bords élargis permettent l'isolement du visage; le voile tombe du sommet élevé auquel il est attaché ; on brode la gaze avec de légers bouquets semés en quinconce dans des lignes sinueuses. Cette broderie et la bordure en soies métalliques ont pour principal objet la tension du tissu dont leur poids empêche l’adhérence. L’emploi de ce voile est gênant : on doit s’en dispenser avec d’autant plus de plaisir qu’il est de coutume de se saluer entre les deux sexes en s’embrassant sur les deux joues.
De Rechberg dit de ce costume en général que la robe longue, ouverte par devant, est boutonnée avec des boutons de métal; que les femmes des marchands et des paysans un peu fortunés portent une espèce de mantelet et couvrent leur tête d’un bonnet appelé fchepetz, brodé d’or ou d'argent, quelquefois d’une dentelle on d’un réseau de petites perles fines ; que d’autres n’ont qu'un simple bonnet sous lequel sont cachés les cheveux; que certaines recouvrent le bonnet d’une espèce de châle (à Torjok il est de toile ou de soie) qui tombe sur le dos et sur les épaules; enfin, qu'en général les filles ne portent le plus souvent qu'un simple bandeau. Après la cérémonie du mariage, et avant de quitter l’église, la swakha ou promba, celle qui assiste l’épousée, lui ôte sa coiffe de fille pour lui mettre celle des femmes. Elles ont des colliers, des boucles d'oreille et des bracelets. Les souliers de cuir sont bordés de drap et souvent enjolivés de broderies en soie d’or ou d'argent,
Tver est un pays essentiellement agricole . Aussi ses paysannes ont elles des robes écourtées en étoffes grossières. Sauf le n° 4, qui a la robe sans taille avec une ceinture et les manches de lingerie, base du costume national, les autres s’éloignent tout à fait du type général.
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Le costume national porté dans presque toutes les classes de la société ne se distingue que par la finesse de lhabit et la qualité des bijoux.
Les n°8, 10,11, appartiennent à la classe des artisans. On y remarque un large tablier, et les femmes couvrent ordinairement l'extrémité de leur bonnet d’un mouchoir qui entoure le cou, forme un nœud et retombe en arrière ; c’est une coiffure de prédilection. Le tout petit enfant porté dans les bras de sa mère, est lui-même affublé non seulement d’un mouchoir, mais aussi du bonnet en pointe. Quant aux mantelets à tournure de casaquin, ils sont ou sans manches, avec une ouverture pour le passage des bras (n° 8), ou avec une manche ne dépassant pas la longueur du vêtement (n° 11), ou enfin, comme au n° 10, sans manches et sans ouvertures, et c’est alors une cape sous laquelle les mains se trouvent à l'abri : ce dernier mode est le plus habituel.
L’arrangement du mouchoir de tête des filles de labour est du même genre que celui des femmes d'artisans de la ville. C’est un préservatif dont l'ampleur et la tournure varient, ne laissant en général le visage que très peu à découvert. La pièce d’étoffe frangée, montrant sa forme rectangulaire, dont la femme n° 5 a la tête couverte, est à remarquer. De dimension plus restreinte que les autres coiffures du genre, mais produisant les mêmes effets avec son bandeau en mentonnière, elle représente ici, à coup sûr, le type le plus ancien, car elle seule a la. coupe sobre qui convient à l’emploi des peaux. On s’en servait certainement dans ces climats, comme on en fait toujours usage en remontant vers le Nord, avant d'y avoir des cotonnades. Le n° 6 porte un mouchoir de tête remarquable par son ampleur ; c’est une grande toilette. Si la saison oblige la femme à porter le surtout du moujick, tout y'est calculé pour en souffrir, coquettement parlant, le moins possible ; d’abord le tissu de la coiffure est apprêté de manière que sa raideur produise de l’étalage et un rayonnement en arrière qui favorise le passage de la longue tresse de cheveux, enroulée de perlines délicates montées sur fil de laiton, et retombant dans le dos. Le mouchoir de tête laisse à nu l’oreille parée d’une grosse perle, et, sur le devant de la poitrine, on trouve encore une large garniture de perlines. On ne saurait se dispenser de la chaussure forte, en cuir épais, soit pour la neige, soit pour marcher dans les terres grasses d’un pays agricole; il faut bien aussi, puisque partout en Russie c’est l’usage populaire de porter en double et en triple les vêtements enveloppants, selon la rigueur climatérique, consentir à se faire des jambes massives par la superposition de bas épais; maïs loin de les dissimuler, on étage assez haut 1° le bord brodé de la chemise, 2° le bord brodé de la robe, 3° le bord du surtout.
La femme taiare ou tartare, n° 12, offre avec celles que nous venons de voir un contraste frappant. On remarquera que le costume se compose d’un habit de dessous et de dessus; que ce dernier est coupé et attaché de façon que le léger croisement du haut et celui du bas laissent une ouverture pour le passage d’une riche ceinture; on voit encore que le long voile d’étoffe est fendu'pour le passage de manches larges, étoffées, fermées au poignet, et que,
les deux côtés du voile étant rapprochés, les mains étant l’une sur l’autre, la femme est
close entièrement, sauf le visage. Ces Tartares portent le pantalon large, leurs étoffes sont rayées, ou ornées de quelques fleurs courantes. Le voile est ici de soie, les deux robes en sont également, et les manches sont en soie brochée d’argent. Les femmes pauvres, vêtues sur le même type, s’habillent en nankin. Il ne faut voir dans cet exemple que l’une des variétés du costume des Tartares : leurs tribus répandues fort au loin ne pouvaient conserver d'unité sous les divers climats où elles subsistent. La femme ici représentée appartient aux tribus riches qui trafiquent avec le centre de l'Asie sur la route de la Chine. Les Tartares sont mahométans et le Koran leur permet de prendre quatre femmes ; on les achète et le prix dépend de la prospérité locale. Ceux de Kasan se contentent d’une seule à la fois, remplaçant les vieilles au fur et à mesure. Ceux qui voyagent continuellement pour le commerce, en ont quelquefois une dans chaque ville où ils ont coutume de s'arrêter. Le prix d'achat varie de vingt à cinq cents roubles; le kalym se débat entre le père et le gendre avant de faire sa cour. Pas jolies, mais fraîches et bien faites, ces femmes tartares sont vantées par leur douceur et leur modestie, ainsi que par leur docilité envers leur mari.
Le n° 1 représente un Mordvien. Malgré son origine finnoise, ce peuple se rapproche beaucoup par son extérieur de la race russe proprement dite, dont il a adopté d’ailleurs tout le costume. Ce sont des cultivateurs, n’aimant pas le séjour des villes et n’habitant que de petits villages.
Le n° 3, de race mongole, est un Kalmouk des steppes du Don. Les Kalmouks sont des pasteurs de nombreux troupeaux de chevaux et de moutons servant à leur nourriture, et ils mènent la vie nomade. Ils excellent dans la préparation des peaux d’agneaux, connues sous le nom de peaux d’Astrakan, et en font commerce. Ils sont venus, au XVII° siècle, de l'Asie centrale et ont été définitivement établis au XVIII° siècle. Ce costume élémentaire, du mode russe comme le précédent, n’a pas plus besoin de description que l’autre.
(Les documents proviennent tous des travaux exécutés par les soins du gouvernement impérial
de Russie. Les originaux des n° 1, 2, 8, 4, 5, 6, sont des photographies coloriées qui ont fiquré à l Exposition ethnographique de la Société de Géographie, faite à Paris en 1875.)