‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 105 sur 130 · OBJETS USUELS. — LES MONTRES, DITES ŒUFS DE NUREMBERG · texte numérisé non relu

OBJETS USUELS. — LES MONTRES, DITES ŒUFS DE NUREMBERG

Réduction : 8 centimètres pour 11.

Nous empruntons au livre sur l Horlogerie, de Pierre Dubois (collection archéologique du

prince Pierre Soltikoff, Didron, Paris 1858,) la majeure partie de nos renseignements.

« Il est difficile, dit Dubois, de constater l’époque précise de l'invention des montres proprement dites. Pancirole assure que de son temps, vers le déclin du XV° siècle, on en faisait qui n'étaient pas plus grosses qu’une amande; Myrmécide est cité comme un des ouvriers qui s’illustrèrent dans ce genre de travail. Carovagius, dit du Verfdier, n’était pas moins habile que Myrmécide; il exécuta, pour André Alciat, un réveil d’une beauté incomparable ; ce réveil sonnait l'heure marquée, et du même coup battait le fusil et allumait une bougie. Nous n'avons pas de raisons pour douter de la véracité de Pancirole et de du Verfdier, dont les assertions ont été recueillies dans l’Æncyclopédie des sciences, eb nous croyons qu’en

effet il existait des montres fort bien travaillées, et pourtant très petites, en France, dès

la fin du règne de Louis XI... Nous ne regardons pas comme invraisemblable qu’il ait été offert au duc d'Urbin, Guid’Ubaldo della Rovere, en 1542, une montre à sonnerie, enchâssée dans une bague. On sait, du reste, qu’en 1575, Parker, archevêque de Cantorbéry, légua à son frère Richard, évêque d’Ely, une canne en bois des Indes, ayant une montre incrustée dans la pomme. Henri VIII possédait aussi une très petite montre, qui marchait huit jours sans être remontée. L'usage des montres se propagea rapidement en Europe. Sous le

« règne des Valois, il s’en fabriquait d’extrêmement petites. Les formes que les artistes adop- « taient de préférence étaient celles de la coquille, de la croix pectorale, de la croix de Malte. « On en faisait aussi de carrées, d’ovales, d’oblongues, d’octogones, de rondes, etc., etc. » C’est parmi ces dernières que sont comprises les montres appelées œufs de Nuremberg. Dubois ajoute à leur sujet : « On a cru que les montres proprement dites étaient originaires de « l'Allemagne, de Nuremberg. Rien ne justifie cette erreur presque générale. Les montres « de petit volume sont nées en France, elles s’y sont perfectionnées plus que partout ailleurs. « Sans doute on a fait des montres à Nuremberg et dans d’autres parties de l'Allemagne dès « l’époque de Charles-Quint, mais le nombre en est très restreint ; j’en ai acquis la certitude en visitant les collections publiques et particulières de l’Europe, notamment celles de l’Autriche et de la Prusse, dans lesquelles on trouve une grande quantité de montres françaises de toutes formes, simples ou compliquées, et fort peu de montres autrichiennes ou prussiennes. Donc, les œufs de Nuremberg n'existent pas; mais les œufs de France, soit de Paris, « de Dijon, de Blois, de Sedan, de Lyon, de Rouen, ne sont pas rares, en supposant qu’on « puisse donner le nom d’œufs à des montres d’un ovale allongé, mais presque plates des deux côtés, c’est-à-dire dessus et dessous. Le cas est différent quand il s’agit d’horloges.

Celles-ci sont bien originaires de l'Allemagne, et il s’en est fabriqué dans ce pays, depuis

le XV* siècle jusqu’au XVI° inclusivement, une quantité considérable. »

Les ouvriers ou besogneurs des XV° et XVI° siècles étaient, en général, de véritables artistes. La plupart ne se bornaient pas à faire les mouvements d’horlogerie des montres et des horloges portatives ; ils faisaient tout aussi bien les boîtes, sans avoir besoin d’être aidés par le graveur, le ciseleur, l’émailleur, le bijoutier ou le joaillier. Chaque ouvrier suivait sa propre

inspiration, traçait son plan, combinant les rouages pour répondre à lidée-mère en évitant

de copier les autres, de se recopier lui-même. Chacun de ces bijoux offre une combinaison particulière, et toutes les pièces en étaient faites à la main, les organes du réveille-matin, de la sonnerie, comme les autres. Les parties de cuivre étaient dorées, celles d’acier polies ; le tout enrichi d’ornementation. Les boîtes surtout étaient ouvrées avec un goût exquis. Par une singulière contradiction, à une époque où l’or était prodigué outre mesure, sous François I°', Henri II, Charles IX et Henri III, les montres si richement travaillées, qui étaient si bien des bijoux d’apparat que le nom de montre leur en est resté, se faisaient presque toutes en argent ou simplement en cuivre. C’étaient cependant des objets du plus grand luxe que les dames opulentes pouvaient seules porter. Celles du commun ne le pouvaient à cause de leur prix exorbitant : on appendait les montres, dont les boîtes étaient solidement construites, aux chaînes de la patenôtre. Vers la fin du XVI siècle et pendant le XVIT® les peñits-maîtres se plurent à orner de leurs fines gravures niellées ces bijoux auxquels leur burin délicat ajoutait une valeur tout à fait exceptionnelle; on les connaît surtout par les épreuves que ces graveurs ont tirées de leur travail. Étienne Delaulne, dit Stephanus, Théodore de Bry, Lucas Kilian, son digne successeur, etc., etc., ont laissé des merveilles en ce genre, ainsi que Michel

SUE 4 51) 19 10PI UTULIT J du à YIT É XAEUAU

Leblond, dit Blondus, qui, quoique originaire de Francfort, travailla toute sa vie à Amsterdam. Les ouvrages de ce dernier inspirèrent les écoles hollandaise, flamande et française,

pendant la prenrière partie du XVII siècle.

NO

Montre en forme de cœur : mouvement enchâssé dans du cristal de roche ; cadran en argent gravé et émaillé; aiguille formée par un cœur traversé par une flèche, en cuivre doré. — Ces sortes de montres étaient communes sous Charles IX. Leur forme, gênante pour le mécanisme, les fit abandonner, et dès la fin XVI siecle, il n’en restait plus qu’un petit nombre.

No?

Montre ronde, en cristal de roche divisé en douze lobes réunis en dessous de la boîte, où ils forment une étoile de douze rayons. Le couvercle est taillé en rayons de même nombre permettant de voir les douze heures sur le cadran. Le métal est du cuivre doré; le cercle horaire est en argent. Cette montre est signée J. Héliger, à Zug. Elle est de l’époque d'Henri III.

Montre entièrement métallique, cuivre et argent. — Ce bijou est d’une richesse de dessin peu commune. Les deux couvercles forment deux tableaux : Diane et les nymphes au bain, d’un côté; Actéon changé en cerf de l’autre. Au pourtour, dans les rinceaux d'ornement, on voit les figures couchées de Léda avec le cygne, et de Minerve, le casque en tête, l'égide à la main. La gravure est en champ-levé. Au centre du cadran ovale est le cercle des heures. Dans l’intérieur d'un des couvercles, un cadran solaire est tracé et il y est même établi une petite boussole. Cette montre a été faite sous Henri III, par Pierre Combat, horloger de la ville de Lyon.

Montre pentagonale à pans arrondis. — La boîte et le couvercle sont en cristal de roche ; le cadran en argent est gravé. L’aiguille en forme de lézard est émaillée, jaune et vert. Cette montre faite par Phélisot, horloger de la ville de Dijon, est de l’époque d'Henri II,

Page 1