‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 112 sur 130 · COSTUMES ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

COSTUMES ECCLÉSIASTIQUES

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Jusqu'au neuvième siècle le blanc fut la couleur généralement admise pour les vêtements liturgiques ; c’est ce qui ressort des Vifæ pontificum d’Anastase le Bibliothécaire, et ce qu’on peut voir plus clairement encore dans les images des papes représentés en mosaïque à Saint- Paul hors les Murs, basilique de Rome. Des nœuds ou des bandes de pourpre et d’or rompaient quelquefois cette uniformité. C’est après le onzième siècle que l’Église reçut les cinq couleurs prescrites aujourd’hui par le rituel : le blanc, le rouge, le noir, le vert et le violet.

Quant aux vêtements des ecclésiastiques dans la vie civile, il n’y eut à l’origine aucune règle. Au cinquième siècle, on commence à faire mention d’un habit clérical (kabitus religions). Au sixième, alors que les laïques renonçaient au costume romain, l’Église, soigneuse de la dignité de ses ministres, s’efforça de leur conserver l’usage de cet habillement, d’une si imposante gravité, et recommanda entre autres choses le port de la robe longue. Dès que l’habit court fut reconnu comme l’insigne de la société mondaine, le clergé ne chercha plus à se l’'approprier, mais il emprunta à la mode du jour une foule d'accessoires, tels que poulaines, chaperons à cornette, fronces et garnitures, manches à gigot, joyaux de toutes sortes. En 1429, le concile de Paris « fut obligé d’user de rigueur pour empêcher les évêques de paraître en public avec une autre coïffure que le bonnet pontifical à la romaine, d’assister ‘aux offices sans surplis, » ou de s’habiller de velours et de soie sous l’aube et la chasuble.

On eut à réprimer de semblables écarts parmi les ordres monastiques, soit qu’ils portassent du linge de corps, des bottes ou des ceintures frangées d'argent, soit qu’ils raccourcissent leurs

robes ou allongeassent leurs manteaux. L'irrégularité choquait encore davantage chez les religieuses.

Au cours du quinzième siècle, l’habit ecclésiastique prit une forme à peu près définitive, tout en modifiant le style et la coupe de certaines pièces. Aïnsi l’aube perdit son parement de couleur et fut bâtie de manière à faire des plis droits ; la robe tomba jusqu'aux pieds, entièrement fermée. L’aumusse des chanoines eut une ampleur extrême ; on adopta le camail, nommé d’après le capuchon militaire. La chasuble, de plus en plus échancrée aux entournures, s’arrondit par le bas et se couvrit d’orfrois de grande richesse. On employa le même genre de décoration pour les chapes, qui s’agrafèrent sur la poitrine au moyen d’un fermail à large plaque, d’or ou d'argent doré, avec incrustations de pierreries et d’émail. Ce fut sur ce vête- ‘ment, symbole de la glorieuse immortalité des saints, que l’art prodigua ses plus luxueuses fantaisies. Déjà Guillaume le Conquérant avait envoyé à l’abbé de Cluny une chape de drap d’or, brodée en perles et diamants, et garnie par le bas d’une vingtaine de clochettes d’or. Celle dont Charles VII fit cadeau en 1455 à l’église Saint-Hilaire de Poitiers était aussi de drap d’or sur fond de soie bleue; on y avait figuré un miracle, plusieurs scènes de la guerre de Clovis contre les Visigoths, et les armes de France.

La mitre, attribut tellement propre aux évêques qu’autrefois ils juraient par elle, n’esb guère connue sous ce nom et dans sa forme que depuis le onzième siècle; encore n’y voit-on qu'au siècle suivant les cornes se prononcer de chaque côté des tempes. Sous Charles VIT, ces cornes sont tournées à l'inverse, et prennent la forme d’arceaux gothiques ; la mitre, plus haute, est chargée d’orfèvrerie, de joyaux et même de figures. Par-dessous on posait une coiffe dont on aperçoit les oreilles, et sur l’une et l’autre épaule retombent les funons, extrémités de la bandelette qui ceignit d’abord le front des prélats. Les crosses furent d’un travail beaucoup plus compliqué, et la chaussure revint à la forme des sandales,

Les figures de notre planche sont empruntées à un recueil intitulé Omnium pene Europa, Asiæ, Africæ atque Americæ gentium habilus, et publié vers 1610, à Anvers, in-4°, chez Joos de Bosscher. En réalité, c’est une nouvelle édition, augmentée, de l’ouvage d'Abraham de Bruyn, dont la célébrité rivalise, vers la fin du seizième siècle, avec celui de Jost Amman,

No 1. — Le Pape. c'est un bonnet rotid, en drap d’or, entouré de trois courorines dé pierreries, et terminé par un globe quë Lorsque le conclave a proclamé le nouveau pape, on surmonte une croix, Comme la mitre, la tiare est

le revêt des habits pontificaux, qui sont l’ämict, l’aube, la ceinture, l’étole, la chape, les gants et les sandales, la tiare. Les gants rouges, avec la croix brodée dessus, ne remontent pas au delà du onzième siècle ; les sandales, aussi en soie rouge, se portenten grande cérémonie, au lieu des mules, souliers en maroquin qui sont la chaussure habituelle des papes. On nomme titre la mitre du chef de la chrétienté :

accompagnée de deux fanons qui pendent par derrière. Les Ordres romains, en parlant de cet ornement de tête, n’emploient jamais que le mot de regnum. Tout pape antérieur à Boniface VIII (1294) était coiffé de la mitre à une seule couronne; jusqu'à Benoît XIT (1334), du biregnum (mitre à deux couronnes), et depuis cette date, du triregnum où tiare proprement dite. L'observation ne manque pas

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