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place et y avait pris une importance que le peintre a pu vouloir signaler, en montrant d’une part quatre dames, dont deux, au moins, sont probablement des épouses, et que malgré leur beauté et leurs grands atours on voit sans cavaliers, et de l’autre part, en regard de ces délaissées, les courtisanes auprès desquelles s’empressent, allant jusqu’à s’incliner devant elles, des seigneurs portant les marques de la plus haute noblesse. La sérénité des deux femmes qu'entretiennent ces jeunes gens, convient à la calme effronterie de la courtisane sûre de son pouvoir ; sa coiffure, couronnée d’un petit bonnet en pointe rappelant quelque peu le corno de la dogaresse, est peut être une allusion à sa souveraineté, Son vêtement, moins pudique que celui des autres dames, est aussi une indication. Quant au groupe des délaissées, celle d’entre elles qui se retourne vers les autres et qui d’un geste éploré semble les prendre à témoin, il est assez, par son attitude générale, en rapport avec l'hypothèse que nous signalons.
La toge rouge, l’ample robe aux larges manches à la ducale, et l’étole d’or appartenaient à des patriciens de l’ordre le plus relevé; la robe rouge était d'ordinaire la marque d’une dignité en exercice ; on autorisait ceux dont l'emploi avait cessé à la conserver comme une distinction honorifique. Il en était de même de l’étole d’or qui, par une autre exception, était héréditaire dans les maisons Contarini, Querini et Morosini. L’étole d’or, par un effet de modération aristocratique, fut changée en une de drap noir, semblable à celle des autres nobles, mais ornée d’un riche galon, de quelques broderies et d’une frange d’or. On ne la portait plus alors tout en or que dans les cérémonies publiques. L'étole, privilège de noblesse, représentait pour les citoyens en place, ce qu'est cette étole ecclésiastique que met le prêtre après l'avoir baisée, et qu’il ôte avec le même cérémonial pour indiquer sa soumission à Dieu.
Les membres du conseil des Dix allaient au sénat en robe noire comme les autres patriciens, excepté les trois chefs de ce conseil, composé en réalité de dix-sept personnes, le doge et ses six conseillers en faisant partie. Ces trois chefs, qui portaient la robe violette avec l’étole en écarlate, entraient les jours de cérémonie au sénat en robe rouge avec l’étole en velours de même couleur.
Les costumes portés ici par les femmes sont ceux que Vecellio donne aux dames de la noblesse dans les fêtes publiques ; elles s’y montraient habillées et parées selon leur goût, ce qui leur était défendu en toute autre circonstance. Henri IIT, passant à son retour de Pologne par Venise, eut un éblouissement du spectacle magnifique qui lui fut donné de deux cents femmes nobles, des plus belles et des plus considérables de la ville, réunies dans la salle du grand conseil. Il y avait là telle femme dont on estima la parure à 50,000 écus. Les collerettes, le buste, les manches, brillaient de pierreries, de perles et d’or ; les ornements de la tête, du cou, de la poitrine, étaient de perles et de pierres précieuses avec de Por. Vecellio, qui dit que pour cette circonstance toutes les robes étaient blanches, montre en d’autres endroits les podestaresses et capilainesses parées de robes de couleurs diverses, de brocart, de soie, d’or ou d'argent ; et leur chevelure, toujours blonde, naturellement ou par le secours de l’art, est de ce blond vigoureux et particulier dont la Muranese se coiffant fait si heureusement chatoyer les’
boucles déroulées dans la célèbre peinture du T'itien : exemple qui dut au moins avoir une large part dans l'adoption de cette mode, imposée jadis à la brune chevelure des Grecques. La lingerie décorée avec tant de soin par les Vénitiennes, enrichie de leurs broderies où se montrent si souvent les fils de couleurs et les soies métalliques animant la dentelle, était une conséquence de l’importance que les Vénitiens attachèrent de tout temps au linge de corps. « La chemise avant le pourpoint, » était un de leurs proverbes.
Reproduction d’une miniature sur velin provenant de la bibliothèque de M. Amb. Firmin- |
Didot.
Voir pour te texte ©, Vecellio et J. Ferrario.
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