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DÉCORATION INTÉRIEURE

GALERIE DE HENRI II OU SALLE DES FÊTES, AU PALAIS DE FONTAINEBLEAU. COTÉ DE LA CHEMINÉE. — COTÉ DE LA TRIBUNE.

Cette galerie, merveille du château, fut construite sous François I* et décorée sous Henri II. Elle a 30 mètres de longueur, 10 de largeur ; c’est, en France, la plus vaste salle de fêtes de la Renaissance. Ses dix fenêtres (einq de chaque côté) s'ouvrent au fond d’arcades à plein cintre qui forment dés baies profondes de 3 mètres, offrant en grand la disposition de ces retraits garnis de bancs qui se pratiquaient dans l'épaisseur des murs au moyen âge. Ce souvenir est allié ici à une nouveauté d'alors qui suffirait à elle seule pour donner de l’intérêt à la reproduction de cette mâle ordonnance. La partie centrale de cette salle devait être. voûtée ; les consoles qui se trouvent à chaque arcade étaient destinées à supporter la retombée des voûtes, dont on voit le cintre surbaissé, se dessinant aux deux extrémités de la pièce; « mais, dit Serlio, survint un homme d’autorité (probablement ce maître lui-même) et de plus de bon sens que le maçon qui avait la conduite de cet édifice, qui fit changer cette disposition. » Cet abandon de la voûte, et cette substitution, sur pareille échelle, du plafond en caissons aux maîtresses poutres et aux poutrelles apparentes du moyen âge marquent donc une évolution caractéristique dont la nouveauté est ici datée. L'exemple est aussi complet que possible, car dans son dessin le parquet correspond aux divisions des caissons octogones du plafond ; les divisions du haut et du bas, de même forme, sont en regard.

La salle est lambrissée dans tout son pourtour à une hauteur de 2 mètres. Le lambris est en chêne; les filets des panneaux et les emblêmes qui y figurent sont dorés. Au-dessus de ce revêtement, les murs sont couverts de peintures à la fresque , ayant l’avantage de ne pas nuire à la sonorité. Elles se répartissent dans plus de soixante compartiments et leur choix, selon l'engouement de l’époque, est presque exclusivement mythologique. La nature du lieu a naturellement fait emprunter au vieil Olympe ses sujets les plus gracieux. Les quelques portraits, les souvenirs de faits récents, en petit nombre d’ailleurs, sont traités à l’antique, comme tout le reste, selon la mode du jour. C’est ainsi, par exemple, que l’on voit d’un côté

de la cheminée, François I°' combattant un sanglier, qui devient un Hercule aux prises avec le sanglier d'Érymanthe; de l’autre un gentilhomme condamné à mort, combattant victorieusement un loup-cervier qui, peu d'années avant, ravageait la forêt de Fontainebleau, ce qui aurait valu sa grâce à ce héros costumé à la grecque. Parmi les Diane au repos, les Diane chasseresse, à nudité resplendissante, et aux attributs de Vénus, y compris Cupidon, plus d’une image est le portrait avoué de Diane de Poitiers, la véritable maîtresse du lieu. La salle est d’ailleurs pleine des armes parlantes de cette reine des artistes de son époque. La cheminée, qui est un beau morceau architectonique, dessiné par Philibert .de Lorme, exécuté par Rondelet, porte dans son panneau supérieur les armes de France surmontées du croissant de Diane. Le manteau de cette cheminée a sa surface immédiate au-dessus du foyer largement décorée d’un H gigantesque et de croissants qu’unissent à l’initiale royale des branches de lauriers entrelacées. Cette cheminée de deux ordres, le dorique et l’ionique, avait à l’origine son entablement dorique supporté par des satyres de bronze chargés de corbeilles de fruits. C’était peut-être un ouvrage de Cellini ; il fut fondu en 1793.

Le plafond est composé de vingt-sept caissons octogones, concaves, où l'on voit en relief sur fond d'argent èt d’or, aux uns les chiffres de Henri II, aux autres des rosaces et croissants entrelacés, et deux grands cartouches sur lesquels on lit cette devise: Donec totum impleat orbem. Le parquet qui, on l’a vu, répond aux divisions du plafond, est une marqueterie de bois indigènes de diverses nuances, qui a toujours été regardée comme contribuant grandement à la beauté de la salle. La tribune, dont l’appui en bois est supporté par des consoles, répond au reste de la décoration : sa menuiserie dorée est chargée des mêmes armes que le plafond. C’était la place de l’orchestre, et cet usage est indiqué par la grande peinture qui en occupe le fond, où, dans un concert mythologique, figurent tous les instruments de l’époque. Cette salle de bal, dite des Cent-Suisses sous Louis XV, époque où elle était en mauvais état, et qui a été entièrement restaurée par Alaux sous Louis-Philippe, a, d’un côté, vue sur la cour ovale ou du donjon, de l’autre sur les jardins.

Il n’y a pas d’autre entrée dans cette salle que des portes basses. Le contraste devait être grand lorsqu’en les franchissant en pleine fête, on se trouvait au milieu d’une pareille décoration. C’est sur les dessins du Primatice, que son élève et ami, Niccolo dell’ Abbate, en avait fait les peintures. Les entrées latérales au-dessous de la tribune rappellent encore, par leur disposition, le temps où la tribune était un échafaud dressé d’un côté de la salle pour l’assistance,

Reproduction d'après les belles photographies de la collection de M. Mieusement, à Blois.

Voër pour le texte : Galerie de Henri IT ou salle des fêtes, Fontainebleau ; par Poirson, Revue

française, 1839. — Fontainebleau, Notice historique et descriptive, E. Jamin, 1838. — Le Pa- :

lais de Fontainebleau, ses origines, etc. par Champollion Figeac, Paris, 1866, 2 vol. in-fol.

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