‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 119 sur 130 · LA BELLE CHEMINÉE DU PALAIS DE FONTAINEBLEAU. CHENETS ET SOUFFLETS · texte numérisé non relu

LA BELLE CHEMINÉE DU PALAIS DE FONTAINEBLEAU. CHENETS ET SOUFFLETS

La pièce qui dans le château de Fontainebleau reçut le nom de Salle de la belle cheminée était la plus vaste du. palais ; elle avait été commencée en 1559; elle fut l'ouvrage de Char- . les IX, et ce fut trente années plus tard que Henri IV y fit placer la belle cheminée dont la salle retint son nom. Cet ouvrage passait pour le plus beau connu en son genre; il est de Jacquet de Grenoble et de son fils, habile sculpteur comme son père ; on attribue à Francarville les deux grandes figures latérales représentant la Force et la Paix.

Le père Dan a décrit la belle. cheminée telle qu’elle était avant qu’on la démolit en 1733, pour établir une salle de spectacle. Nous relevons parmi ses indications, que la hauteur totale de l’œuvre en marbre blanc était de 8 mètres, et sa largeur de 7 mètres. Le manteau de la cheminée était une grande table de marbre noir, placée entre des colonnes, et servant de fond au relief en marbre blanc de la figure de Henri IV à cheval, armé, la tête laurée, vu de profil, et de grandeur naturelle,

C’est en refaisant tout un soubassement nouveau, et en employant pour la partie supérieure les reliques de l’ancienne cheminée, que Mœnch, dit Munich, peintre décorateur, a rétabli en 1834 la belle cheminée dans l’ancienne salle des Gardes, où, n’ayant plus à lui conserver l'importance qui lui avait été nécessaire dans la vieille salle de 120 pieds de longueur sur 30 de largeur, il a réduit l’ensemble de la cheminée à une hauteur de 5,30 cent. sur 4 mètres de largeur. On avait dû renoncer, la place manquant, à rétablir le Henri IV à cheval, qui fut placé sur une autre cheminée dans le salon, dit de Saint-Louis. On a mis à sa place, faisant saillie sur un ovale en niche, un buste de Henri IV, et on a meublé les marges du cadre rectangulaire avec les anciens bas-reliefs de marbre qui sont de remarquables travaux. L’écusson de France, supporté par des enfants, occupe la partie supérieure, de chaque côté ; aux piédestaux ornés se trouve le chiffre de Henri IV. Au centre de la frise de la cheminée, on voit sur un cartouche d’armoirie le chiffre de Louis-Philippe,

Telle qu’elle est, la belle cheminée conserve encore une splendeur peut-être unique en son genre. Elle est une des dernières expressions puissantes de la Renaissance, et date d’une époque où bientôt les dimensions énormes données aux cheminées furent réduites. Pendant le dix- | septième siècle elles devaient prendre des proportions de moins en moins grandioses, et les | manteaux des cheminées devaient s’abaisser successivement jusqu’à la hauteur d'appui. |

Les chenets, que l’on a placés dans cette cheminée, et dont nous donnons à part le détail | de face et de profil, sont de ces ouvrages, presque toujours en fer et de grandes dimensions, souvent ornés de figures et, généralement de belle ordonnance, qui parfois même furent des

chefs-d’œuvre. |

Les chiennele, et aussi cheminées et queminel étaient des ouvrages d’un poids considérable et coûtant cher: on voit dans les « comptes des bâtiments royaux » figurer, par exemple, quatre paires de chenetz de fer pour les chambres de la Royne, une paire pesant ix, xx, xviij livres, qui font 455 livres de fer à xvj deniers parisis. (De Laborde, Glossaire archéologique.)

Le large soufflet en bois sculpté, terminé par une virole de bronze d’un élégant travail, cessait d’être un meuble vulgaire lorsque des maîtres sculpteurs, des peintres même, se plaisaient, comme on le voit au seizième siècle, à en combiner la décoration, d’un caractère tout artistique. « On sait, dit André Potier dans le texte de Willemin, que c’est sur un soufflet appartenant jadis à notre grand acteur Talma que l’un des portraits les plus authentiques de l’immortel Shakspeare nous a été conservé. »

Le soufflet sculpté en bas-relief était un cadeau de noces, sans doute comme représentant le foyer conjugal. Cette coutume existait encore au dix-septième siècle, auquel est attribué le soufflet armorié représenté sous ses deux faces appartenant à M. Poldi Pezzoli, faisant partie de la remarquable collection photographique formée par M. G. Rossi sous le nom de Musée

d'art industriel de Milan.

C’est à la belle suite des photographies de notre ami M. Mieusement, de Blois, sur l’arehilecture, la sculpture, le mobilier et la décoration, que nous avons emprunté la belle cheminée et

ses chenets.

Voir pour le texte : Jamin, Fontainebleau, 1834. — Champollion-Figeac, Monographie du château de Fontainebleau, Paris, 1863. — Viollet le Duc, Dictionnaire d'architecture.

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