LE LIT DE PARADE
Cet exemple représente, dans son état actuel, l’une des pièces comprises dans les grands appartements ou appartements royaux du palais de Fontainebleau, dont le pape Pie VIT fit sa chambre du ht ou des parements pendant son séjour en France, L’ordonnance générale de la décoration de cette pièce appartient en propre au seizième siècle. Les tapisseries qui recouvrent les parois jusqu'à hauteur de frise sont célébres ; elles furent commandées par le roi de France aux manufactures des Flandres ; elles représentent le triomphe de divers dieux et ont été exécutées d’après les dessins de Jules Romain. Toutefois, cette pièce, qui faisait partie de l'appartement choisi par Catherine de Médicis, a été remaniée par Anne d'Autriche régente, et c'est à son époque qu'il faut reporter le détail de la décoration. Les paysages historiés peints dans les panneaux du Jlambris sont de Mauperché, et le plafond à caissons ornés de camaïeux rehaussés d’or, parmi lesquels des emblêmes de la régence d'Anne d'Autriche, a été peint par Cottelle, Le mobilier a le caractère de cette même époque ; il
a été rétabli sous Napoléon TITI par les soins de M. Fourdinois, dont on connaît le goût et la compétence en pareille matière. L'appartement dont cette pièce fait partie est situé dans l’ancien gros pavillon des poëles, appelé depuis pavillon des Reines mères; il commence au vestibule qui se trouve en haut de l’escalier du fer à cheval ; aux dix-septième et dixhuitième siècles, il portait le nom d'appartement de Mesdames; c'est un des plus beaux du palais. Il se compose de pièces en enfilade : la première est une antichambre ; la deuxième était une salle de billard sous Louis XVI; la troisième, qu'à cette époque on appelait déjà le salon, était l’ancien grand cabinet (c'est la pièce représentée); la quatrième avait été décorée, selon le désir d'Anne d'Autriche, avec toute la magnificence d’un boudoir royal; ce fut la chambre à coucher des reines mères, et c’est là que le pape Pie VII disait tous les jours la messe: enfin l’appartement était terminé par deux petits cabinets remplaçant une pièce qui, jadis, avait été unique,
L'usage de dresser un lit de parade dans une pièce qui n’était point la chambre à coucher du maître de la maison, prince ou princesse, remonte au moyen âge, et s’est perpétué jusque vers la fin du dix-septième siècle. Cette habitude explique l'importance donnée à ce meuble et le luxe dont il fut l’objet. La chambre du lit en reçut le nom de chambre de parade où des parements. Elle existait au Louvre; le lit en était richement garni, mais le roi n’y couchait point. Ce sont ces chambres de parade qui établirent la distinction, conser-
vée jusqu’au dix-huitième siècle, entre le petit et le grand lever des souverains; le petit lever se faisait primitivement dans la chambre à coucher, et le grand dans la chambre de parade. Sous Louis XIV l'établissement de la balustrade qui combinait les deux pièces en une seule chambre consacrait de nouveau le principe traditionnel, Ce fut derrière la balustrade, comme cela s'était pratiqué dans la chambre à coucher, qu'étaient admis les grands seigneurs particulièrement favorisés. Le grand lever ne commençait qu’une fois la porte de la chambre ou la balustrade franchies. Pendant les quatorzième, quinzième, seizième et dix-septième siècles, c'était souvent dans la chambre de parade que l’on recevait les ambassadeurs en audieuce particulière ou les grands seigneurs auxquels on voulait faire honneur. Cette étiquette significative était en usage à Rome même, dans la cour papale, et il suffit de rappeler que dans l’une des principales fêtes de la chrétienté, la pompeuse procession du Saint- Sacrement, la chambre du lit a son rôle, c’est de là que l’on part, et c’est là qu’on revient et qu’on s'arrête en cérémonie. « Les cardinaux entrent au palais du Vatican, où ils se revêtent de leurs capes rouges, viennent prendre le pape à la chambre du lit des Parements, et l’accompagnent jusqu’à la chapelle de $ixte… C’est à la chambre du lit que le pape est ramené revêtu de ses habits pontificaux, qu’il laisse en cet endroit avec sa tiare pour reprendre ses habits ordinaires, avec lesquels il se retire dans son appartement. » (Maestro di camera di Sestini.) Le pape Pie VIT, prisonnier, en distribuant l’appartement qui lui était assigné à Fontainebleau, et en faisant de son salon sa chambre du lit, conservait, autant que possible, d’antiques traditions qui n'étaient déjà plus dans nos mœurs. Terminons sur ce sujet en rappelant qu’à l’occasion de certaines cérémonies on dressait des lits de parade en divers lieux, à propos du baptême des princes, par exemple. C’est ainsi que le fut celui du baptême de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, dressé en la chapelle auprès du chœur de l'église. Lors du sacre et du couronnement des rois de France, un lit était dressé dans la grande salle du palais archiépiscopal de Reims, pour le roi, qui recevait, assis sur ce lit, les évêques et les chanoines qui venaient le prendre processionnellement pour le conduire à la cathédrale. Quant au lit de justice, ce n’était qu’un siège, un trône large garni de coussins, avec un carreau devant, dressé sur une estrade tapissée, surmonté d’un dais d’où pendaient des courtines. On fut encore longtemps dans l’usage d’avoir des lits sur lesquels on s’étendait comme sur nos sofas, mais qui n’étaient pas faits comme le lit de parade, c’est-à-dire pour que l’on pût, au besoin, s’y reposer la nuit entre des draps. à C’est à partir du quatorzième siècle que le lit, dit de pied, tel qu'il fut pratiqué depuis, prend sa forme définitive. À cette époque le bois de lit est de moindre importance qu'auparavant ; le lit est presque complètement recouvert de longues draperies flottantes ; le chevet s’élève souvent beaucoup au-dessus de la tête de la personne couchée, et est composé de panneaux pleins, sculptés eb à moulures. La décoration principale consiste alors dans la richesse des couvertures ou courtes-pointes, qui sont de soie, de velours, de drap d’or même
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