‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 122 sur 130 · LIT, BUFFET, BAHUT, TABLE, CHAISES CURIALES ET SEIGNEURIALES, ETC · texte numérisé non relu

LIT, BUFFET, BAHUT, TABLE, CHAISES CURIALES ET SEIGNEURIALES, ETC

L'influence de l’école de Fontainebleau se fit vivement sentir dans l’ornementation des meubles en France, à partir de 1580. Primatice, le Rosso, Nicolo dell’ Abbate, fournirent de nombreux modèles aux artisans. Des artistes français tels que René Boyvin, Androuet du Cerceau, Hugues Sambin en ont tracé beaucoup d’autres, où l'italien de la renaissance s’empreint souvent du goût national de la forte école des sculpteurs tourangeaux, et se trouve combiné par une imaginative particulière ; c’est ainsi, par exemple, que le meuble en hauteur en forme de crédence, le buffet en deux parties, se trouve très souvent en France surmonté d’un fronton de principe architectural qui est très rare à cette époque en Italie, ce qui permet de croire que les couronnements de ce genre ne tiraient pas leur origine de ce pays.

Tant que l’ensemble du meuble émana du tracé des artistes instruits, les productions furent d'un caractère supérieur. En avançant dans le siècle, vers sa fin, les artisans travaillant trop souvent sur leurs propres conceptions, on vit le bon goût s’altérer. Ils se contentaient d’emprunter aux maîtres certaines parties pour la décoration de leur œuvre; tel est le cas du huchier qui a fait le riche bahut, n° 5. Les trois Termes formant cariatides aux angles et entre les panneaux de ce meuble ont été sculptés dans le bois d’après des modèles gravés dans un ouvrage de l’architecte dijonnais, Hugues Sambin, publié à Lyon en 1572, intitulé : De la Diversité des Termes dont on use en architecture. Si les artisans avaient eu moins de présomption, on n'aurait sans doute jamais vu des œuvres aussi bâtardes que le buffet chargé, n° 8, qui est de ce même temps, quoiqu'il existât des guides, comme le recueil $ans titre, en 46 planches, de meubles divers, tels que lits, tables, dressoirs, buffets, crédences, etc., dessinés et publiés vers 1576, par À. du Cerceau, recueil qui nous a fourni le beau lit n° 2.

N° 1. — Table à manger, — Cette table rectangulaire, barlongue, est montée sur quatre pieds , solidaires par le bas pour en assurer le jeu facile, Dans les meubles moins luxueux, et pour plus de solidité, on joignait parfois les pieds aux deux extrémités par une joue pleine, descendant plus ou moins bas (aux deux tiers environ au quinzième siècle) où on la terminait en forme d’accolade ; le cartouche à la tête de lion qui remplace la joue dans le meuble présent n'avait pas d’inconvénient dans la table à manger qui était en longueur : les convives s’asseyant du côté long, le service se faisait par les deux extrémités. Quant aux liens du bas, la gêne qui devait en résulter était amoindrie par l'usage de placer des petits banes sous les pieds des dîneurs. Ce ne fut qu’au dix-septième siècle que l’on s’avisa d'établir ce lien en un assemblage en X. Il semblait sans doute à nos aïeux que l’on ne pourrait jamais s’en passer. La plus grande partie des chaises du dix-septième siècle le conservérent longtemps. Ce meuble figure dans une gravure représentant le roi Henri IT aux Tournelles, sur son lit de mort, en 1559. Cette date le rend d'autant plus intéressant ; il est considéré comme typique, et Montfaucon, puis Willemin l’ont reproduit,

N° 2. — Ce lit, de majestueuse proportion, d’une ordonnance noble et régulière, de forme carrée, a toutes les conditions qui constituent le lit dit à ruelle: Le chevet en était adossé au fond de l’appartement, ce qui permettait de fhénager de chaque côté un de ces petits réduits appelés ruelles, que les beaux esprits du dix-septième siècle devaient rendre si célèbres.

N° 3. — Kiège curial. — Dans les messes solennellement chantées, l’officiant, élevé sur le marchepied, sy asseyait accompagné de ses deux acolytes, pendant que le chœur psalmodiait diverses parties de l'office, Ces chaïses, qui surpassaient parfois en richesse les trônes épiscopaux eux-mêmes, furent depuis remplacées dans la plupart des églises par de simples tabourets ou par des fauteuils à dossier très bas, qui permirent de laisser retomber sans plis la partie postérieure de la chasuble, ce qui ne se pouvait

sur le siège curial, où la raideur des ornements ecclé-

Reproduction d’après Androuet du Cerceau et Willemin.

Voir pour le texte Potier et Viollet-le- Duc.

siastiques, les chasubles et les dalmatiques étaient

de grande gène.

N° 4. — Ce meuble estun grand coffre ou bahut. Quoi-

qu’il ait été trouvé en Bretagne, au bourg de Ploguenec, près Quimper, il est tout à fait de goût italien ; les marbres incrustés dans les panneaux, où ils font saillie, l’indiqueraient à eux seuls.

No 5.— Ce riche bahut qui, ainsi qu'on l’a vu plus haut,

date de la fin du seizième siècle, est de main française, et c’est vraisemblablement un de ces coffres de mariage pour lesquels, chacun selon ses moyens, recherchait un luxe que l’on avait surtout le bon goût de demander aux mains d'artisans qui en faisaient des œuvres d’art (voir la notice de la planche Europe, moyen âge, Signe : $ couronné).

N° 6.— Chaire seigneuriale des premières années du

seizième siècle, C’est un de ces sièges d'honneur qui appartenaient au maître ou à la maîtresse de la maison et se trouvaient près du lit ou du foyer. Ses bas-reliefs présentent une suite de sujets religieux traités dans le genre des dyptiques d'ivoire dont l'usage fut si fréquent au quinzième siècle où ils servaient souvent à des dévotions particulières. — Le dossier représente la Présentation de la Vierge au Temple ; puis c’est la Crèche, l’Adoration des mages, la Fuite en Égypte. Ce qui donne à ce meuble son individualité, ce sont les figures du devant du siège représentant les patrons du possesseur : saint J ean-Porte-Latine, sainte Anne, saint Jacques de Galice. — On posait un coussin sur le siège pour s’y asseoir; pour le tapisser, selon l'usage du moyen âge, on posait sur le dossier une tenture tombant droit,

N° 7, — Face et profil d’un petit siège pliant à dossier, qui touche presque au dix-septième siècle,

N° 8.— Buffet à deux parties.

Ce meuble si chargé d’ornementation et de figures de toute grandeur, dont l'ordonnance a peine à prévaloir sur la confusion, est de la fin du seizième siècle et a le caractère des meubles luxueux, de plus d'apparence que de fond, qui prévalurent en ce temps. Ils étaient d’ailleurs faits, en général, de véritables mains d’ouvrier, et les modernes les recher-

chent avec passion,

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