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FRANCE. — COSTUMES DE GUERRE DE 1350 A 1460 ENVIRON

LES CUIRIES. — LES BACINETS. — LES CHAPELS DE FER, ETC.

N° 12, — Homme d'armes de la dernière moitié du quatorzième siècle (époque du roi Jean).

Le large emploi du cuir se combinant avec le fer appartient à un mode de transition, qui suit l'usage du haubert de maïlles ou de la broigne, et précède celui de l’armure à plates perfectionnée. L’armement défensif en cuir était un souvenir des croisades, une imitation du harnais oriental dont les croisés avaient pu apprécier l'efficacité. Malgré les efforts tentés en France pour se procurer les avantages de ce harnais défensif, on ne parvint pas à obtenir la résistance de cuiries égalant celle des Orientaux.

La cotte de mailles ou la broigne qui garantissait le corps de la pénétration des armes blanches, n’empêchait pas les effets du choc; c'était son côté faible, On avait beau parer à cet inconvénient par des garnitures extérieures, accumuler les doublures matelassées , comme on augmentait en même temps le poids des épées, des marteaux d'armes, des haches , les rapports demeuraient fatalement les mêmes. Cependant comme on avait observé que le choc qu'on fait subir à une plaque métallique se répartit sur sa superficie, ce qui rend le coup porté moins dangereux, on commença par protéger la poitrine sous la maille avec une plaque de fer. Puis ce système défensif fut successivement appliqué aux jambes, aux bras, ce qui mit sur la voie de l’armure

complète en plaques d’acier du quinzième siècle, dite armure à plates.

Cette transformation, touchant à l’industrie même du fer, ne pouvait se faire brusquement ; la plus grande partie du quatorzième siècle y fut employée. Après le règne de saint Louis (1270), sous Philippe le Hardi et ses successeurs jusqu’au commencement du quatorzième siècle, on voit la cotte de mailles se raccourcir, et les plaques de cuir bouilli ou d’acier apparaître aux jambes et à l'articulation des genoux. Dans cette époque où la maille complète se rencontre encore à chaque instant, la partie antérieure des membres est seule garnie de ces plaques de cuir ou d'acier maintenues sur la maille par des courroies.

Vers 1340, sous Philippe de Valois, l’armure a déjà entièrement changé de forme et de caractère ; mais ce ne fut que vers 1400, et après bien des tâtonnements, que la cuirasse composée de deux plastrons solidaires, un pour le dos, un pour la poitrine, dont cependant le principe était antique, réapparut définitivement.

L'armement représenté ici est celui d’un cavalier pouvant combattre à pied. Après la cruelle expérience de Crécy, en 1346, la tactique française se modifiait, et, particulièrement dans les batailles rangées, l’homme d'armes descendit de cheval pour combattre. L’armure de ce temps était symétrique, c’està-dire que les deux côtés étaient également armés :

il en fut. ainsi jusqu’à l’organisation par Charles VIT des compagnies d'ordonnance, vers 1445, où l’homme d'armes recommence à combattre à cheval, eb où, pour coucher la lance, on voit tout à la fois l’épaulière de droite se rétrécir, tandis que l’épaulière de gauche, se couvrant de la grande passe-garde ou garde-collet, l’'armure offre les saillies qui rendaient les épaules si inégales, Le casque est, comme le reste, une arme de transition, marquant le passage du heaume au bacinet. Le mézaïl se compose de deux parties ajourées, se séparant pour l'ouverture, en évoluant sur des pivots latéraux. Cette espèce de salade est ajustée sur deux lames formant un colletin lié à la cuirasse, ce qui permettait déjà la suppression du camail de mailles ou de broigne. Le corselet ou justaucorps, que l’on composait de plaques de métal assujetties à des pourpoints de peau ou d’étoffe fortement rembourrés (le renflement exagéré sur la poitrine étant un des caractères du costume de ce temps), est ici une cotte de cuir, en lanières s’entrecroisant en lacis pour en doubler la force, sous laquelle un devant de cuirasse est attaché à la ceinture et au dos par un système de courroies, Ce corselet de cuir, superposé sur le métal, est très proche de la brigandine, l'armement défensif le plus répandu parmi les gens de pied des quatorzième et quinzième siècles, comme aussi parmi les hommes d'armes en bien des cas. La cuirasse s’additionne d’un jupon à gros plis en cuir revêtu d’étoffe ; l’élasticité de ce jupon ajoutait à la défense en affaiblissant les coups de taille. Au corselet sans manches sont ajoutées des épaulières en cuir découpé en languettes, selon le goût du jour dans le costume civil ; des aïlettes d'acier en rondelles terminées en pointe sont liées à ce cuir des épaules ; la pointe aidait à la déviation des coups portés, les cubitières et genouillères sont conçues selon ce même principe. Les avant et arrière-bras sont défendus par des brassards d’acier complets, cylindriques, que l’on nommait canons. Les cuissots ou cuissards et les grèves sont également d'acier, mais recouverts de cuir bouilli. Le cuir de la genouillère est découpé comme celui des épaulières ; les rivets y sont apparents, ainsi qu'à la garniture de cuir qui complète le gantelet, lequel est formé de plaquettes de fer sur la main, les doigts étant séparés et articulés, Les solerets, également en fer, sont ainsi articulés.

Dans ce système défensif, où, sous le parement de cuir, on voit l’armure à plates se développer en un progrès très sensible, l’écu, réputé inutile, est aban-

donné ; il disparaît de l'équipement de guerre, et on ne le retrouve généralement que dans les tournois,

L’armement offensif se compose de la masse d’armes à poignée de bois, avec dragonne s’enroülant à la main ; d’une épée solide et courte, arme de fantassin, dite perce-mailles : poignée de bois, pommeau métallique, fourreau de cuir. La miséricorde est du même genre. L'épée et la dague ont leur poignée liée à l’armure par une longue et forte chaînette assurant l’homme d'armes contre leur perte dans la mêlée. Le peu de souplesse de ce harnais de guerre, l’obstruction de la vue , lorsqu'il s'agissait de voir par terre, causée par la disposition de la visière avancée en museau, nécessitaient cette précaution par laquelle l’homme était lié à ses armes.

L’éperon n° 5 appartient à cet armement, Ilest de même forme que l’éperon de la fin du treizième siècle n° 15, de la pl. Europe, moyen âge, A.-L. dont on peut voir la notice sur ce point. Les mêmes raisons qui avaient fait relever les branches de l’éperon à molette, lié sur la chausse de mailles ou de peau, existèrent tant que la partie postérieure des grèves ne couvrit pas le talon et s’arrêtait à la hauteur de la cheville. Les solerets de fer étant indépendants des grèves, l’éperon couvrait le joint entre le bas de la molletière et le talon du soleret.

N° 16. — Harnais d'armes du Dauphin, fils du roi Jean, depuis Charles V.

Les différences, les variétés du harnais d'armes de cette époque, proviennent des deux modes d'armement défensif qui se disputaient la faveur. L'armure de plates qu’on étudiait n’était pas encore généralement adoptée ; le vêtement de mailles, réduit aux proportions du haubergeon, persistait toujours dans un compromis qui ne devait cesser qu'avec le temps. C’est ainsi que dans cet adoubement on rencontre

accumulés : la maille, sur laquelle est posée une

cuirasse que recouvre une cotte juste et rembourrée ; cotte, qui prit alors le nom de surcot d'armes, parce

qu'on la mettait d'habitude sur une première cotte où justaucorps enserrant la maille ou la broigne. Ce surcob d’armes, collant communément sur les hanches, comme les cottes de l'habillement civil du moment, se terminaïit en une jupe sans ampleur, courte, le plus souvent ne dépassant pas la moitié des cuisses. Lorsqu'il était sans manches, comme dans l'exemple présent, ce pardessus se composait de deux parties solidaires sur les épaules et se passait comme une dalmatique ; on l’attachait de chaque

côté du corps au moyen de lacets ou d’agrafes. Parfois on l’endossait et il était boutonné par devant comme un gilet; dans ce cas il pouvait avoir des manches : tantôt des demi-manches, comme on les voit au n° 11, tantôt des manches longues et rembourrées aux arrière-bras, qui se portèrent concurremment avec le surcot collant sans manches, principalement de 1360 à 1380.

Le dauphin a pour coiffure une cervelière avec nasal mobile, c’est-à-dire pouvant être enlevé ; une espèce de bavière sous le camail rapproche cette calotte de fer de la salade. Le casque, que l’on forgeait d’une ou plusieurs pièces, porte directement sur le crâne, en affectant toutefois une forme légèrement conique ; le camail est attaché à son bord inférieur. Le nasal doré est orné de pierres fines. Le grand heaume, qui se plaçait par-dessus la cervelière, et que l’on voit à côté, est surmonté d’un haut cimier en fleur de lis à quatre branches et à houppes d'azur ; son voile est un lambrequin déchiqueté et armorié, dont le dehors est de cuir souple, la doublure de soie blanche. Les bras et les jambes sont complètement couverts de plates, les canons et les avant-bras fermés à charnières. Le surcot de laine ou de soie bleue est armorié ; sa ceinture, ornée d’émaux et de pierreries, ceinture de chevalerie et de noblesse, est de celles qui, dit Viollet-le-Duc, appartenant à d’importants personnages, valaient un domaine. La ceinture militaire se voit ainsi portée à la jupe du surcot de 1350 à 1395 en France, en Italie et en Angleterre, Peut-être provient-elle de ce dernier pays, où on la rencontre sur la statue tombale de sir Roger de Blois, mort en 1300. Cette marque distinctive de la chevalerie et de la noblesse ne doit pas être confondue avec le baudrier ; quoique particulièrement propre au costume militaire, elle se portait aussi avec l'habillement civil. (Voir les pl. Europe, moyen âge, ayant pour signes : la Tête de cheval et l’Arrosoir.)

L’écu, de très petite dimension, est soutenu par une guige de velours avec pièces d’orfèvrerie. L’épée d'armes, dont le fourreau de velours est assuré dans une position fixe par un léger ceinturon à la hauteur de la taille, est de ce type à poignée en croix droite que l’on retrouve sensiblement le même depuis le douzième siècle. Son luxe est analogue à celui de l'épée de connétable qui figure en notre pl, Europe moyen âge, signe la Raquette, sous le n° 7. La poignée de la dague, munie de deux disques ronds, est du genre le plus usité à cette époque. Ainsi que

dans l'exemple précédent, la miséricorde et l'épée sont liées à l’armure par une longue chaînette, Les gantelets et les éperons sont aussi rapprochants, la courroie de l’éperon étant de velours clouté d’or.

N0 15. — Harnais de guerre de l’époque de Charles V.

Ce harnais est aux armes de Duguesclin,

No$ 1, 2, 4,7 eb 8. — Bacinets; les n9S À et 7 anglais, et de la fin du siècle.

Armure complète de plates de fer ; cuirasse bombée pour offrir plus de résistance, se prolongeant par une braconnière destinée à protéger le bas du corps. Solerets terminés en pointe, dans le goût des modes civiles du temps, dont le reflet est si fréquent dans les tenues militaires. La cotte d'armes en forme de dalmatique, courte et déceinte, est celle adoptée par Duguesclin. Le bacinet, dont la tête est habillée, n’est encore qu’une cervelière conique posée sur le capuchon de mailles, et complétée par une visière mobile s’avançant en forme de museau pointu, de bec d’oiseau. L’écu, de petite dimension, est bouclé court, äe manière à ce que son chef aide à la défense du cou ; il est en bois argenté et peint, armorié de même que la cotte.

Outre l'épée d'armes attachée au baudrier, on trouve ici la grande épée à deux mains qu’en raison de sa longueur qui ne permettait pas de la porter au côté, l’homme d’armes du quatorzième siècle attachait à l’arçon de son cheval. Cette arme n’est pas l'épée d’arçon des onzième et douzième siècles. L’'ancienne était relativement légère, d’estoc plutôt que de taille, et le cavalier qui y recourait une fois les lances rompues, soit pour continuer à combattre à cheval, soit pour se dégager du milieu des chevaux renversés, ne pouvait la manier que d’une main, son bras gauche étant engagé dans les énarmes de l’écu normand. L’épée à deux mains, longue ou courte, est une arme de combattant à pied; elle appartient à une époque où la tactique change et où l’homme d'armes descend de son cheval pour l’action. L’escrime prend alors un nouveau caractère, et consiste principalement, sans compter les coups droits si dangereux, à fournir des coups de taille assez lourds pour se faire sentir à travers les mailles et briser les bras ou l’épaule, Au fur et à mesure que l'armure gagne en solidité, qu'on la fait de plates en tout ou partie, l'épée prend de plus en plus de poids, la lame de plus en plus de force et de rigidité. La puissance communiquée à cette arme par l’action des

deux mains réunies sur sa poignée allongée avait fait de l'épée comme une arme nouvelle. La longueur modérée qu’elle eut pendant la première moitié du siècle, où on la ceignait, parut d’abord suffire. Elle ne devait pas tarder à devenir la grande épée qui, employée surtout comme arme de taille faussant les heaumes et les aïlettes ou spalières, était une barre de fer à section quadrangulaire et à pointe très solide, La poignée des grandes épées à deux mains était très longue, parce qu’il fallait que les mains fussent distantes l’une de l’autre pour les bien manœuvrer, l'intervalle entre la garde et la fausse garde était garni de peau, afin de permettre de porter la main droite sur ce point pour retenir le fouet de la lame ou fournir un coup droit. Il est de ces lames qui ont jusqu'à cinq pieds et plus de longueur. Certains tranchants de lames sont ondés pour blesser plus dangereusement hommes et chevaux,

Ce fut vers 1300 que l’on eut l’idée du bacinet, le casque substitué à la calotte de fer ou cervelière, que dés la fin du douzième siècle, les hommes d’armes portaient sous le heaume pour combattre. Le heaume était si gênant que, la plupart du temps, on préférait le laisser suspendu à l’arçon de l'écuyer ; mais le capuchon de mailles recouvert de la calotte de fer, laissant une partie du visage à découvert, ne constituait qu’une défense insuffisante. Pour la compléter on y adjoignit un viaire, c’est-à-dire une pièce de fer mobile couvrant le visage au besoin, pouvant se relever ou s’enlever facilement à volonté, et c’est cette visière mobile qui constitua les premiers bacinets.

La singulière physionomie du bacinet à museau, à bec d'oiseau, comme celui que porte Duguesclin, dont les n°5 1, 2, 4, 7 et 8, offrent des variantes, fut le résultat des causes raisonnées et d’une expérience acquise successivement, L’appendice, le viaire avancé couvrant le visage, ajouté à la cervelière posée sur le capuchon de mailles, était nécessité par le besoin que le combattant éprouvait de se garantir contre les effets des armes nouvelles ; à la fin du treizième siècle, outre la lance, les gens d'armes se servaient de l'épée large et lourde et de la masse. Les coups portés par ces deux dernières armes étaient surtout les coups obliques et horizontaux ; on se servait à pied des coups de pointe, dirigés vigoureusement, pour renverser l'adversaire, À cheval, les coups de taille de l’épée ou de la masse étaient particulierement adressés, par-dessus le chef de l’écu, à la hauteur du cou et du visage ; ils étaient violemment, sentis à travers le camail, et malgré le heaume, dont,

par l'effet du choc, la paroi s’appuyait sur le visage; ils brisaient le nez ou la mâchoire. C’est pour parer à cette conséquence meurtrière que la visière, jointe à la cervelière bien fixée au crâne, prit une forme proéminente, en même temps qu'on s’appliqua à l'arrêter assez solidement sur le casque pour qu’elle ne püût dévier sous l'effort d’un coup de taille oblique, vigoureusement appliqué. Les visières primitives se relevant et s’abaïissant, ou s’ouvrant en deux volets, solidement fixées de chaque côté, furent à pivots ou à charnières avec une fiche qui, pouvant être facilement retirée, permettait d'enlever la visière même. Ces visières proéminentes furent de forme ovoïde ou en façon de bec aigu; il yen eut même, vers 1310, qui affectèrent la forme d’une trompe non détachée, descendant sur le cou, mais qu’il fallut abandonner, parce qu'un coup oblique, bien asséné sur cette trompe adhérente, désarticulait la visière en causant la plus dangereuse commotion à la tête,

Tant que la visière ne fut pas appuyée à la partie inférieure sur une pièce d’armure rigide, .soit sur un colletin ou sur une bavière, soit sur le timbre du casque prolongé jusqu'aux épaules, le bacinet avait de grands défauts ; un choc violent en faisait porter le bord inférieur sur le cou. Enfin il ne suffit pas d'appuyer seulement ce bord inférieur sur une pièce rigide, un coup de lance ou de pointe adressé de bas en haut pouvant relever la visière abaïsée : il fallut l'y lier, ainsi que cela fut d'usage au quinzième siècle.

Ce n’est que sous le règne du roi Jean, vers 1350, que cet armement de tête s’additionne d’une bavière rigide sur laquelle porte la visière abaïssée ; l’appendice de cette bavière liée au casque complète le véritable bacinet sous lequel la maille du camail était rivée au timbre ; ce camail, cachant la bavière, n’étant plus là que pour masquer la jonction du bacinet avec le corselet, lequel montait très haut, Toutes les formes y étaient déjà combinées pour faire dévier les coups de lance et ne pas présenter de surfaces normales aux coups de taille,

Dans ce siècle de fer où les armes retentissent partout en Europe, où la France déchirée par les factions, livrée aux: Anglais, devenue un champ de carnage et de pillage, n’avait plus, pour ainsi dire, qu’une industrie, la’ fabrication des armes, devenues chose de nécessité si première, que là où le métal manquait, dit M. Quicherat, on prenait les garnitures de maison, les ustensiles de ménage, pour les convertir

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en épées, en fers de lances et de flèches, en harnais de corps, agrès, machines de guerre ; dans ce siècle de fer, disons-nous, où les champs pour expérimenter les moyens de défense et d'attaque étaient partout, où l'observation était sans cesse en éveil, où d’ailleurs chacun s’armait selon son goût et ses prédilections, les recherches sont abondantes, les exemples variés, Ce ne fut toutefois que vers 1880 que le bacinet devait atteindre sa perfection avec l’armure de plates complète commençant à paraître ; c’est de cette époque que date le bacinet lié à un colletin d’acier couvrant la partie supérieure du corselet. La période qui précède appartient au temps de l’armure mixte, celui des hauberts et des broignes plus ou moins renforcés de parties d'acier.

Nos n°5 1, 2,4,7,8, et le bacinet de Duguesclin sont de cette époque. Le n° 7, qui est un casque anglais datant de la fin du siècle et n’a plus de visière avancée en pointe, était déjà le résultat de douloureuses expériences.

Sur tous ces bacinets, la vue est percée'sur l’arête d’un nerf saillant, de manière à ce que le fer de l'épée ou de la lance ne s’y puisse arrêter. Quant à leurs formes coniques, aux ‘becs avancés, en faveur pendant un certain temps à cause de la déviation qui en résultait pour les coups de face, il fallut bien s’apercevoir que ces aspérités donnaient prise aux

coups de masse ou d'épée dirigés obliquement. C’est pourquoi l’on fit abandon des formes coniques en donnant au bacinet des surfaces sphéroïdes ou ellipsoïdes diminuant les chances de l'attaque, Le timbre lui-même fut arrondi.

Malgré toutes ces améliorations, le bacinet de 1400 à 1410, dont le camail de fer est entièrement supprimé, qui se trouve lié à un gorgerin, un colletin articulé, et qui, de plus, était maintenu au corselet et à la dossière par deux courroies, le bacinet était une armure lourde, peu maniable, et jusqu’à un certain point insuffisante; car, à la suture du gorgerin et dela visière, le fer de la lance ou la pointe de l’épée trouvaient souvent un passage. Il fut abandonné pour la salade ét l’armet vers 1435.

Les trous percés dans la visière, à la partie inférieure, pour la respiration, n'étaient souvent pratiqués que d'un côté, le droit, pour ne point affaiblir larme du côté gauche sur lequel portait le choc de la lance ennemie s'appliquant à prendre le cavalier en écharpe pour le désarçonner plus sûrement, Le bacinet était garni intérieurement. La visière était doublée de soie ou de toile, Le camail de mailles était

fixé au bord inférieur du timbre au moyen d’un lacet passant par des trous percés ; ce lacet reposait sur une bande de cuir, à l'extérieur, pour empêcher qu’il ne fût coupé par le fer.

Les formes française et anglaise ont beaucoup de rapports ; elles diffèrent de celle adoptée dans la haute Italie, Le timbre français est beaucoup plus incliné en arrière pour offrir moins de résistance aux coups de lance; la visière est plus saïllante, mieux close que celle du bacinet italien ; elle se relève, mais peut aussi être complètement enlevée en retirant les fiches qui maintiennent les charnières voisines des pivots; ces charnières sont beaucoup moins fréquentes sur les bacinets italiens que sur ceux de la France et de l'Angleterre,

N°14, — Chevalier portant les armes de Xaintrailles, (commencement du XV® siècle, règne de Charles VI).

Le chapel de fer que porte cet homme d'armes, cervelière avec un bord saillant tout autour de la tête, est une coiffure militaire de haute antiquité figurant sur les monuments grecs eb romains, et que le moyenâge ne cessa guère d'employer. Les gens de guerre, au douzième siècle, en portaient en cuir bouilli, Au treizième siècle on trouvait le chapel de fer sur le capuchon de mailles. Il était plus maniable, moins lourd et moins étouffant que le heaume, Joinville en parle plusieurs fois. Les formes du chapel de fer furent variables sur la tête des mineurs et pionniers du treizième siècle ; avec leur forme-basse et leurs bords larges ils étaient de véritables pavois faisant dévier les projectiles ; on donnait aussi le nom de hanepier à ces couvre-chefs de fer. Au commencement du quinzième siècle, cette coiffure, que l’on abaiïssa -sur le visage, et qui a une crète transversale d'avant en arrière, avec des bords inclinés, en pointe dans l’axe et percés pour la vue (voir n° 21, pl. Moyen âge, A. I.) aurait pris le nom de chapeau de Montauban. Il y en avait en même temps de bien des sortes, ainsi qu'en témoignent les miniatures de l’époque. Les uns n’ont pas de nerf dans l’axe et affectent une forme cylindrique terminée par un cône aplati, avec bords horizontaux ; d’autres ont une doublure frontale et un nasal saillant ; cette dernière façon est même assez fréquente. La doublure frontale est rivée sur l’avantail du chapel, le nasal l’est par dessous, Quelques-uns de ces chapeaux sont forgés en façon de bombe très haute, quelquefois cannelée, avec avantail peu saillant;

ceux-ci se portent avec la bavière colletin pourvue d'un haut-garde nuque. Cet habillement de tête convenant aux gentilshommes est celui porté ici. L'avantail de ces derniers chapels n’était point percé de vues ; c'était en inclinant la tête qu’on pouvait voir au-dessus ou au-dessous de l’horizon. Le bacinet, lourd et d'autant plus incommode lorsqu'il fut lié au colletin, ne permettait que difficilement de tourner la tête : la salade, une calotte de fer avec couvre-nuque, et le chapel, offraient plus de commodité, Aussi, depuis le temps de Charles V jusqu'à la fin du règne de Charles VIT, les hommes d'armes bien équipés eurent trois sortes d’habillements de tête : le bacinet, la salade et le chapel de Montauban; on préférait la salade et le chapeau pour le combat à pied, La bavière bouclée sur la cuirasse, comme on la voit n° 14, est indépendante du casque, Ce chapel de fer est surmonté d’une cornette flottante, rouge et traversée de la croix blanche, l’enseigne des Français pendant la guerre de cent ans. Cette façon de porter l'enseigne n’était peut-être pas une nouveauté, car il est parlé dans la chanson de Roland des gonfanons qui pendent sur les heaumes @ ci gunfanum sur les helmes lur pendent ». Il est possible que ce fût le gonfanon de la lance qui pendît ainsi sur le casque, mais il ne paraît pas improbable qu’il fût attenant au casque même, comme on le voit ici. L’armure, recouvrant un haubergeon de mailles, est remarquable par sa solidité, ses beaux renforts d'épaule et ses cubitières. Une pansière renforce la cuirasse, se bouclant à la bavière. L’armure à braconnière est ceinte à la hauteur de la taille par une courroie de cuir clouté d’or. La ceinture de chevalerie soutenant l’épée et la dague est en métal ; les armes sont liées à l’armure, vers le haut, par de longues chaînettes. L’éperon est encore lié au moyen de courroies, et non attenant au talon même, ce qui montre que les grèves ne recouvrent pas l’arrière du soleret et s'arrêtent toujours à la hauteur des chevilles. Les épaules sont inégalement armées, ce qui annonce la présence du faucre, l'arrêt ferme fixé au corselet d’acier, indispensable pour supporter le poids de la lourde lance que cet homme d'armes tient en main; à la fin du quatorzième siècle la lance atteint une longueur de cinq mètres de bout en bout. Pour soutenir une hampe de cette dimension dans la position de combat, on couchait le bois sur le faucre qui se trouvait en avant de la main. La lance, robuste et bien armée, étäit pourvue d’une rondelle d'acier pour la protection de la main, et

de ce qu’on appelait la grappe de billettes, consistant en un collier mobile de billettes d’acier dont le champ de course était la poignée de l’arme. Cette grappe de billettes était destinée à empêcher le bois de glisser dans la main au moment du choc, en reportant l’effort sur le faucre. Pour aider à ce résultat, le faucre fut garni au quinzième siècle de boïs tendre ou de plomb ; les pointes des billettes d'acier s’imprimaient dans cette doublure, et ainsi le bois faisait corps avec le faucre. Pour parer au danger du recul causé par le choc d’une arme de cette portée, dont le contrecoup pouvait luxer l'épaule, la hampe lourde reçut un contre-poids au sabot,

La garde circulaire derrière laquelle la main était abritée complétait la défense de l'épaule droite arrêtée au-dessus du faucre. L’armure était faite pour la gymnastique qu'exigeait la grande lance, et le faucre ne servait que pour elle. Le cavalier ne faisait que diriger la lance à contre-poids.

Une houppe de laine ou de soie accompagnait d’ordinaire la douille du fer de la lance, généralement court et carré, comme les fers de certains carreaux d’arbalètes. Habituellement, au quinzième siècle, les bois des lances étaient peints, dorés, surtout s'ils portaient bannière ; mais comme il était rare que les porte-bannière fissent usage de la lance, dont ils devaient pendant l’action tenir le bois haut pour le ralliement près du seigneur, ce bois n’était pas garni de la rondelle de garde et n’avait point de prise. Avec la lance de combat moyenne, le faucre n’était point nécessaire.

C'était ordinairement l’écuyer qui portait la lance, le maître ne la prenant qu'au moment de charger, Pour combattre à pied , les hommes d'armes raccourcissaient le bois de leur lance ets’en servaient comme d’une pertuisane. Ce n'était d’ailleurs qu’un expédient, pour parer à l’imprévu ; car, pour combattre à pied, s'emparer d’un retranchement, monter à l’assaut, les hommes d’armes avaient des souges et des lances courtes, les dardes, pour lesquelles il y eut une escrime particulière jusqu’à la fin du qüinzième siècle.

Avec ce harnais de guerre, sans cotte ni écu, l’armoirie du chevalier est peu ostensible. Elle consiste ici en un écu émaillé portant une croix rouge sur un fond argenté, qui décore le haut du fourreau de l’épée.

N° 13. — Charles d'Orléans (XV® sièclk, règne de Charles VII).

L'habillement de tête est un bacinet dont la visière en

museau sphéroïde est relevée ; ce casque est renforcé par deux lames pour la défense du cou. Le camail est remplacé par une mentonnière. L’armure posée sur le haubergeon est de même genre que la précédente, à cela près que de larges tassettes attachées à la braconnière protègent les cuisses. La carapace de métal est devenue complète sur le corps de l’homme d'armes, les grèves couvrent le talon du soleret, l’'éperon y est directement fixé. Quant aux solerets dits à la poulaine, dont le bout est prolongé en un long ergot recourbé, l’ergot du diable, disaient les clercs, ils sont un reflet direct des modes du temps. Les cavaliers disaient qu’ils empêchaient le pied de quitter l’étrier; ils ne pouvaient d’ailleurs servir qu’à cheval, et il fallait en enlever la poulaine en mettant pied à terre. Un bouton tournant , fixé à la hauteur des doigts du pied, permettait à l’écuyer de la détacher facilement, et c'était la première opération que l’on faisait à l’homme descendant de cheval, Avec cet adoubement, la ceinture militaire n’est plus la ceinture de chevalerie portée plus ou moins au-dessous de la taille. Le ceinturon militaire est remis à une hauteur normale, et supporte une double courroie prolongée selon la place des anneaux du fourreau de l'épée, ce qui le maintient en position fixe. L'usage de mettre une pièce d’habillement par-dessus le harnais était devenu général ; ce fut le éabard, réduit alors à la forme d’une dalmatique, ou un petit manteau, la manteline, ou encore la hugue augmentée de manches volantes, laquelle kugue depuis ce changement avait pris le nom de paletot; enfin ce fut la journade qui, pour les gentilshommes était une casaque très courte, sans collet, ouverte par devant, avec manches fendues pour passer les bras, lesquelles manches étaient beaucoup plus longues que le vêtement. La journade que l’on portait par-dessus l’armure était commode pour chevaucher. Les casaques armoriées des hérauts étaient des journades, mais n’avaient point de manches. A l’origine la journade n’était autre chose qu’une petite dalmatique dont les deux pans étaient rattachés à la hauteur de la taille, Puis elle eut des manches courtes, puis les manches couvrirent le bras jusqu'au poignet. La journade des bourgeois, moins élégante que celle de la noblesse, ressemblait à une garnache à jupe très courte. La journade portée par Charles d'Orléans est de laine rayée doublée de fourrure ; elle pourrait être de soie. L'habitude des fourrures n’existait plus guère que dans les grandes familles.

L’accoutrement de ce prince est du caractère de

celui du chevalier tournoyant, quoique l’ensemble de son karnais blanc, aïnsi qu'on appelait l’armure de fer ou d’acier poli, dont on conservait l’aspect pour la guerre ne soit pas celui que l’on donnait à l’armure des joutes et des tournois, où l’on faisait surtout usage de harnais brunis, vernis en couleur ou dorés. Le harnais blanc ou bruni ne recevait d’ailleurs encore pas d'autre décoration que celle du marteau, eb ce n’est que plus tard que l’on vit les belles pièces ciselées ou damasquinées. Le dernier degré de luxe qu’on sut y apporter consistait en des incrustations d’'émaux et de pierreries ; c'était par là que se distinguaient les princes et chefs d’armée. Les seigneurs et les capitaines décoraient leurs bacinets de panaches, ou de houppes de passementeries posés à la pointe ,‘ou encore de cercles d'orfèvrerie, de couronnes faites en petites plumes couchées ou en étoffe de tripe. Ici , c'est une blanche plume d’autruche, teinte en bleu au revers.

Sur l’écu, qui ne servait plus que dans les tournois, le chevalier est représenté en bas-relief, peint et doré d’après son sceau ; il porte un camail en souvenir de l'institution faite par Charles d'Orléans de l’ordre du camail.

N° 10. — Homme de pied pavoisé (époque de Charles V).

Les pavescheurs, ainsi que les appelle Froissart, étaient

cavaliers ou fantassins. Leur arme favorite était la lance de jet ou petit glaive, glaivelot, javelot. Ils étaient habillés comme les hommes d'armes, sauf qu’ils coïffaient le chapeau de fer au lieu du bacinet. Les gens de pied ne portaient pas d’armure, mais le haubergeon de mailles sous le pourpoint gamboïisé, qu'on appelait alors un 7acque ou Jacquet. On disait que les hommes se pavoisaient quand ils posaient leur pavois devant eux, ou quand ils le fixaient sur leur dos pour monter à l’assaut. Par extension, on entendait par troupes pavcisées, des soldats masqués par des abris faciles, clayonnages, palissades, épaulement. Le pavois devait disparaître lorsque l’artillerie prit une importance sérieuse. Les hommes d’armes combattant à pied remplaçaient parfois l’écu par le pavois. C’est couvert de pavois que les assaillants montaient à l'assaut.

N° 9.— Trompette d'infanterie, busineor (XIVe et XVe siècles).

Les busines ou buisines étaient en bois, en cuir bouilli,

le plus souvent en laiton. La forme de cet instrument primitif niest point celle de la bucina tordue en

spirale, ni la bucina recourbée sur elle-même, servant d’instrument militaire chez les Romains. Elle émane au moyen âge de la structure naturelle à la corne de bœuf, à la dent d’éléphant, et est identique à celle des cors d'ivoire, des oliphants, de la trompe de chasse, dont la longueur varie entre 35 et 50 centimètres. Les grandes busines, ayant quelquefois plus d’un mètre de longueur, ne sont que légèrement courbées ou même droites ; ces grandes busines, dont le son s’enténdait au loin, étaient dans les armées aux mains de busineors à cheval; dans les joutes et tournois, c'étaient ces trompettes qui donnaient le signal de l'ouverture et de la fermeture de la lice. Ce sont ces busines longues que les artistes ont souvent fait emboucher par les anges annonçant le jugement dernier. ’

La busine en forme de corne, étroite à l'ouverture et s'élargissant à son extrémité, est quelquefois percée d’un trou vers son milieu. Cet instrument militaire ne se confond pas avec les cornes des ménestrels, percées de trous, non seulement le long du tube, mais aussi autour du pavillon. La trompe de guerre ou de chasse ne-pouvait donner qu'un petit nombre de notes à plein souffle. On disait businer, bacciner, et plus tard baciner, pour sonner de la busine. On employait cette trompe au son éclatant pour donner des signaux, réveiller les troupes. Elle annonçait la levée du camp, le moment du départ, et c'est au son des busines que l’on conduisait les troupes à la charge, à l'assaut. Les busines retentissaient sur les navires en partance, à leur arrivée, pendant les combats. Les busineors à cheval étaient surtout chargés de rallier les hommes en sonnant certaines fanfares. Notre busineor porte le costume court, propre à l’action, datant du quatorzième siècle, Il est chaussé de houseaux, housels, houziaulx, les bottes

de peau remplaçant parfois les grèves pendant le quinzième siècle, Ce genre de chaussures hautes avait été pratiqué bien avant les chausses de maïlles, mais avait entièrement cessé d’être employé comme vêtement militaire vers la fin du douzième siècle, Les houseaux reparurent pendant le quinzième siècle, Ils étaient souvent portés par lés archers, les coustilliers, etc. Les armes de ce trompette sont une pertuisane à long fer pointu et tranchant, dépourvu des petits oreillons dont la pertuisane est parfois additionnée, et une épée courte dont les quillons sont chevauchés, c’est-à-dire l’un descendant vers la lame, l’autre remontant dans le sens de la poignée; l’un de ces quillons servant à engager l'arme de l'adversaire, l’autre à garantir les doigts.

N° 11. — Jehan, seigneur de Florigny, 1415 (époque de Charles VI).

Cette effigie provient de l’église de l’abbaye de l’Es-

trée.

L’épée, la dague, le surcot d'armes armorié, sont ici plus courts que dans les exemples précédents ; mais l’analogie dispense de toute description.

N°8. Casque italien du quinzième siècle ; variété de l'armet.

Le petit heaume, armet, corruption du vieux mot fran-

çais hiaumet, fut le dernier casque de moyen âge. Le mézail de celui-ci est une grille tenant lieu du nasal et du ventail ; un haut cimier, formé de serpents entrelacés, surmonte le lambrequin qui en couvre le chef. Ce lambrequin est ici tronqué, mais on connaît les développements de ce voile voltigeant du casque, que l’on trouve avec son jeu et dans toute sa longueur en notre pl. Europe, moyen âge, ayant pour signe le J couronné, et ici même, au grand heaume, n°106.

Tous ces documents sont photographiques, à l'exception des n°59, 10 et 11, provenant du portefeuille de Gaignières, cabinet des Estampes, Bibl. nat, de Paris (dont partie au Collège d'Oxford), et du n° 3, dessiné au palais du Prétoire, à Pistoie. Les n°° 12, 13, 14, 15 et 16 font partie de la suite des costumes de guerre, organisée au Musée d'artillerie de Paris par M. le colonel Leclercq. Les bacinets n°5 1, 2, 4,7 et 8 sont de la collec-

tion de ce musée,

Voir, pour le texte : la Notice sur les Costumes de guerre du Musée d'artillerie (Paris, 1876); — le Catalogue des collections de ce musée, par O. Penguilly L'Haridon; — Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier

français : armes de guerre; — M. Quicherät, Histoire du costume en France.

EUROPE. — MOYEN AGE

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