‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 28 sur 130 · I. Scène d'intérieur · texte numérisé non relu

I. Scène d'intérieur

En empruntant au manuscrit de Froissart la scène d'intérieur qui figure en cette planche, nous ne nous proposons que d'utiliser ce que cette miniature fait connaitre de certains usages, ce qui s’y rattache aux éléments décoratifs, au mobilier, etc. Toutefois, comme cette peinture naïve retrace une action historique dont les personnages sont de la plus haute qualité, et que l'importance de cette noblesse est utile pour faire ressortir le caractère de certaines mœurs féodales, nous pensons qu’il y a intérêt à fournir l'explication de cette scène. La miniature est du quinzième siècle ; selon l’usage des peintres du moyen âge, les costumes sont ceux de l’époque du peintre, du temps de Charles VII environ ; mais l’action représentée est du quatorzième siècle, et offre un des incidents de la première phase de la guerre de cent ans, commencée en 1340,

Jean II le Bon, monté sur le trône de France en 1350, avait fait exécuter, sans l’avoir entendu, le connétable Raoul de Nesle, comte d’Eu, en Normandie, comme vendu aux Anglais. Cet acte arbitraire qui révolta les grands amena, entre autres conséquences, l’assassinat du connétable messire Charles d’Espagne, dont le roi saisit les auteurs qu'il fit décapiter, Voici le récit de Froissart :

€ Le mardi 5 avril 1356, après la mikaresme, le Roy de France se partit le matin avant le jour de Meneville, tout armé, accompagné d'environ cent lances, entre lesquelles estoient

le comte d'Anjou, son fils ; le duc d'Orléans, son frère ; messire Jehan d’Artois, comte d'Eu ; messire Charles, son frère, cousins germains dudit roy; le comte de Tancarville; messire Arnoul d'Andrehen, maréchal de France; et plusieurs autres jusques au nombre dessusdit.

« Et vint droit au château de Rouen par l’huis de derrière sans entrer dans la ville, et trouva en la salle dusdit château, assis à disner, Charles, son fils aîné, duc de Normandie ; Charles, roy de Navarre ; Jean, comte de Harcourt ; les seigneurs de Preau, de Graville, et de Clerc ; messire Loys et messire Guillaume de Harcourt, frère dudit comte; messire Forquet de Frequant ; le sieur de Tournebeu ; M. Maubué de Mainesmares, et les sieurs Colinet Doublet, et Jehan de Bantabu et autres, si les fit emprisonner en diverses chambres de ce château. Parce que depuis la réconciliation faite de la mort de messire Charles d’Espagne, connétable de France, le roy de Navarre avoit machiné et traité plusieurs choses ou dommage, déshonneur et mal du Roy de France et de son roïaume... Et là fit le Roy mener en deux charrettes lesdits comte de Harcourt, le seigneur de Graville, MM. Maubué et Colinet Doublet. Et illec leur furent leurs têtes coupées. Après furent traînez tous quatre jusques au gibet. Après et lendemain délivra le Roy de France tous les autres hommes, excepté quatre, sçavoir le roy de Navarre qui fut mené à Paris en prison au Louvre,.et depuis au Chastellet.. »

Ainsi qu’on le sait, Charles le Mauvais en devait sortir l’année d’après, délivré par l’assemblée des états généraux de 1357, tandis que Jean, le prisonnier de Poitiers, était conduit à la tour de Londres.

L’explication donnée par Froissart de cette irruption en plein jour au cœur même d’un château fort (car à cette époque il faüt toujours entendre d’un château, un palais, sinon un donjon, entouré au moins d’une enceinte fortifiée), irruption d'une soudaineté telle que les chefs de la place sont surpris pendant leur repas sans qu'aucune alarme ait été donnée, cette explication qui consiste à dire que le roi s’introduisit avec sa troupe par l’huis de derrière, est assurément insuffisante pour quiconque a seulement entrevu les précautions prises dans les châteaux forts du moyen âge, les enceintes doubles et triples, les détours à suivre, les poternes, les ponts-levis intérieurs à franchir. Sans parler de la connivence intérieure, que le seul silence des guetteurs à l'approche d’une troupe de cent lances, soit cinq ou six cents hommes, à cinq ou six hommes par lance fournie, indique suffisamment, il faut savoir que le suzerain justicier, pénétrant d’une façon aussi surprenante dans le château de Rouen, usait d’un autre droit que celui de la force. Ce droit remontait aux successeurs de Louis le Gros. Après la grande chasse faite à tous les petits tyrans qui, depuis Charles le Chauve, s'étaient établis sur la croupe des montagnes, au passage des rivières, à l'entrée des vallées, au milieu des bois : bandits qui rançonnaient les marchands et les voyageurs, et dont les châteaux forts avaient été démolis en grand nombre, comme ceux de Montaigut, de Montlhéry, de Montmorency, les successeurs de Louis le Gros s'étaient appliqués à ne plus laisser construire dans les pays qui leur étaient soumis immédiatement, que des châteaux ou forteresses qui leur fussent furables et réndables à petite et à grande force. Rendable à petite force, le château

AI JAUIIM

LD à

BV

était remis sur la vue seule des lettres patentes du suzerain. Rendable à grande force, tous les hommes du seigneur, propriétaire du château, étaient tenus de se tourner contre leur seigneur pour aider le suzerain à prendre le château, et cela sous peine de voir leurs biens confisqués (Brussel, Nouvel Eïcamen de l'usage des fiefs en France; Paris, 1725).

La peinture, ainsi que le dit Montfaucon, nous montre la prise dn roi de Navarre. Il est à table et dîne avec le Dauphin et d’autres seigneurs ci-devant nommés. Les deux rois, celui de France et celui de Navarre, sont reconnaissables à la couronne orfévrée dont leur chapel est entouré. L'homme saisi en même temps que Charles le Mauvais est probablement le comte d'Harcourt. Le Dauphin est apparemment le dernier assis sur ce rang ; il paraît bien plus jeune que les autres ; « comme la table, fort étroite, était extrêmement longue, il n’en paraît ici qu’une partie. »

Selon l'usage, les convives sont assis d’un côté de cette table, et celle-ci est assez peu large pour que le service puisse se faire en face des personnes assises. Le long banc avec dossier et marchepied, siège d'honneur, est le banc que l’on trouvait ordinairement dans la grand’salle, à l’une de ses extrémités, souvent sur une estrade. Ce banc de bois, divisé par des appuis, conservant le caractère d’un meuble pouvant être déplacé, est de la famille de la forme ou fourme, mot qui désigne généralement le banc divisé en stalles, avec appuis, dossier, parfois surmonté d’un dais ; ce siège d'honneur fut, pendant le cours du moyen âge, de figures et de dimensions très variées. Ce qui distingue les formes en usage dans l’ordre civil de celles usitées dans l’ordre religieux, c’est que les premières ne sont que des bancs divisés, des bancs continus, où chaque place est marquée par une séparation n’ayant pas même toujours le caractère d’accoudoir, tandis que les autres sont faites comme de véritables stalles, avec des sièges à bascule. Le banc que l’on voit ici, muni du marchepied du siège d’honneur, selon l'usage roman, mettait en évidence les personnages assis à des tables spécialement dressées pour eux, c’est-à-dire élevées en raison de la hauteur du marchepied. Dans les repas des cours plénières, le souverain présidant au festin dont le service était fait par des nobles, le banc d'honneur se trouvait si haut placé, que souvent on faisait le service à cheval.

La table à manger, pour laquelle, même petite, et destinée à deux personnes, on affectait la forme barlongue, ne se surchargeait, d'ordinaire, ni des vins ni des mets disposés sur les buffets et crédences ; les serviteurs n’apportaient sur la table que l'assiette d'argent ou d’étain dans laquelle l’écuyer tranchant avait disposé la pièce de viande découpée, et le hanap contenant le vin versé après en avoir fait l'essai. Les serviteurs présentaient même souvent en face des personnes assises des plats où, grâce à l’étroitesse de la table, on pouvait prendre le morceau qui convenait.

La rapidité avec laquelle on dressait et on enlevait les tables à manger dans les grand’salles des châteaux, indique assez que ces meubles n'étaient que des panneaux posés sur des tréteaux mobiles. Suivant le nombre des convives on dressait, en les disposant bout à bout, un nombre plus ou moins considérable de ces panneaux.

La nappe de toile ou de lin posée sur la table à manger était souvent de linge damassé, comme les nappes des crédences et dressoirs, et, comme celle de ces derniers meubles, elle était double ; celle de dessous tombant des côtés plus ou moins bas, souvent jusqu’à terre; le napperon, ne débordant pas, couvrait seulement le dessus de la table. Le linge damassé était dit Ange de haute lice; celui qui se tissait alors à Caen était en grande faveur. Outre les nappes il y avait des serviettes, des fouailles ouvrées et blanches. Le mot de fouaille s'emploie encore avec ce sens dans le midi de la France.

Quoique dès le quatorzième siècle les appartements d'habitation dans les châteaux, les salles de parement ou de parade, fussent le plus souvent tendus de tapisseries ou tout au moins d’étoffes, de toiles peintes, on ne trouve ici qu'une seule pièce de tapisserie disposée selon la manière employée dans beaucoup de salles des châteaux de cette époque ayant conservé les clous à crochet qui servaient à suspendre les tapisseries, maintenues seulement au chef et tom-

bant jusqu’au sol. Leur usage était souvent de masquer des portes qui, dans les distributions intérieures, étaient généralement de simples baies de peu de largeur et de peu de hauteur que, l’on franchissait en écartant la tapisserie, parfois fendue pour plus de facilité. Dans les chàteaux, on réservait presque toujours près des grandes pièces, des réduits étroits où l’on

pouvait s’enfermer lorsque l’on voulait se livrer à quelque entretien secret, ou lorsqu'on cherchait la solitude. La tapisserie appendue ici indique peut-être ce clôtet du maître de la maison, comme il se peut qu’elle ne figure là qu’en remplacement du dais seigneurial dont le banc d'honneur, la forme, ne se trouve pas surmonté. Ce tapis, à ornementation de caractère asiatique, est un de ces tapis veloutés du genre dit sarrasinois, introduits en France pendant le moyen âge par les Orientaux. Au douzième siècle, sous Philippe-Auguste, Les fabricants de ces veloutés portaient eux-mêmes le nom de sarrasinois, ainsi qu'il résulte des règlements datant de 1302 qui soumettaient à une seule maîtrise les tapissiers sarrasinois et les hauts-lissiers.

Le solivage apparent est celui de tous les plafonds de l’époque. Le pavage en carreaux vernissés, en briques émaillées, combinés en dessins à répétition, est également un décor sur lequel il n’y a pas à insister. Les mahoîtres élargissant les épaules sur le corset, la 7owrnade, le court vêtement de chevauchée que porte le roi de France, etc., etc., sont toutes choses du quinzième siècle, sur lesquelles nous ne nous arrêterons pas davantage.

Nous n’ajouterons ici qu’un dernier mot à propos du repas représenté, qui n’est d’ailleurs qu'un repas ordinaire, n’ayant aucun caractère du festin. Sauf les personnes suzeraines, tous les convives étaient assis sur des bancs, d’où le nom de banquet. Le moment du repas s’annonçait au son du cor, ce qui s'appelait corner l'eau, parce que avant de s’asseoir on présentait à laver. Après le repas, on enlevait les nappes ; c’était alors le moment des jeux, des échecs, des fables (le trictrac), des dés, et l’on servait les épices comme ne faisant pas partie du repas, mais seulement comme on sert aujourd’hui le café. Ce ne fut guère qu’au seizième siècle que l’on donna des fruits crus après les viandes; avant on les servait souvent au com-

mencement du repas. Enfin, la mobilité de la table à manger dressée dans la grande salle était une conséquence dela destination de la salle même ; c'était là que l’on recevait et assemblait les vassaux. La forme en bois, plus ou moins richement décorée et tapissée, servait de siège au chef de la juridiction seigneuriale et à ses assesseurs; habituellement la forme centrale était plus élevée que les autres.

IT. La carrosserie au moyen àge.

L'état dans lequel on trouve la carrosserie au quinzième siècle dans lOccident européen, en France par exemple, où la voiture d’apparât, de luxe quasi royal, est construite comme une charrette, un char à bancs surmonté de la carcasse d’un berceau demi-cireulaire supportant une couverte, charrette dont le plancher pose directement sur les essieux de quatre roues d’égale grandeur ; cet état, si étrangement primitif sous le luxe des bois dorés et la richesse du poêle ou mantel, est d'autant plus fait pour étonner, que l’on avait vu les chariots suspendus en usage chez les Romains. « Le pilentum, voiture de ville ouverte, à deux ou quatre roues, sous l'abri d’un ciel soutenu par de légers montants, chariot suspendu à l’usage exclusif des dames de distinction, des vestales entre autres, datait de l’an 350 de Rome, » La carruca où carrucha, introduite sous l'empire, était, comme la rheda spacieuse avec laquelle elle est souvent confondue, une voiture à quatre roues, ayant sa boîte ou coffre placé à une certaine élévation sur un train composé de quatre montants fixés à l’aplomb des essieux et reliés entre eux par des traverses horizontales.

Pour expliquer une construction aussi arriérée que l’est celle du char d'honneur, du kwrrâsche du quinzième siècle, il y faut voir une autre filiation que la romaine, et y reconnaître une tradition toute nationale, Parmi nos deux exemples, le plus simple est tout à la fois la charrette agraire de haute antiquité, dont le berceau avec sa couverte protectrice complétait dans la pratique son principe de mesure de capacité, au moins chez les Romains, où l’on comptait les produits agricoles par charretées, et la maison roulante, la tente mobile des nomades, la Xibitka, telle qu’elle se retrouve encore dans la Russie d'Asie et même d'Europe, parmi les populations Tartares, eb conforme à ce qu’en dit Hérodote. « Les Scythes qui n'avaient ni villes, ni forteresses, traînaient avec eux leurs maisons; les nomades n’en avaient pas d’autres que leurs chariots. »

Le véhicule à roues, primitivement sous forme de galets, facilitant le mouvement en accélérant le charroïi, fut un progrès du éraîneau ou claie glissant sur tous les terrains, même en pays de montagnes, et du rouleau, utile en plaine pour le transport des plus lourds fardeaux. Les quatre roues permettant les charges volumineuses, avec un équilibre facile sur le chariot rustique, étaient considérées par les Romains comme ayant une origine asiatique. Pline l’Ancien en attribue l'invention aux Phrygiens ; les Étrusques, peuple pélasgique, en faisaient usage dès la plus haute antiquité, Enfin des voitures à quatre roues, de

destination différente, portaient chez les Romains des noms provenant du celtique ou gaulois. Le petoritum ou petorritum, servant surtout au transport des esclaves et des personnes de condition inférieure, regardé comme emprunté aux Gaulois, tenait son nom de deux mots celtiques : pefour, quatre, et air, roue. La rheda, de nom purement gaulois, confondue souvent avec la carruca comme une seule et même chose, était également une voiture de transport montée sur quatre roues, mais à l'usage des gens aisés ; et cette même origine se retrouve encore dans le nom gaulois du panier d’osier, la benna, qui, faite en grand fourgon, se montait aussi sur quatre roues. Si l’on ajoute à ces présomptions de la provenance de la charrette à quatre roues, la forme de la couverture de la maison roulante, de l’arcuatus currus, selon l'expression romaine, n'est-il pas permis de supposer que la figure en arche de la charrette asiatique est en rapport direct avec le nom du bahut rectangulaire breton, conservant jusqu’à nos jours son nom d’arche, provenu vraisemblablement de la charrette dans laquelle il fut apporté. Le soi-disant carpentum romain dans lequel les rois mérovingiens se faisaient traîner par des bœufs, ce chariot à quatre roues égales, couvert en berceau demi-cirewlaire, et dont le plancher portait directement sur les essieux, était la voiture nationale des Gaulois, et le mot de carpentum, quoiqu'il désigne particulièrement certaines espèces de voitures en usage à Rome, doit être pris ici dans son sens générique, celui de charpenterie, qui sert à distinguer les véhicules de joncs tressés, du plus grossier usage, des voitures d’une construction plus relevée.

Pour se rendre compte du peu d'avancement dans lequel on trouve la carrosserie au quin-

zième siècle, où la voiture de luxe conserve encore l’aspect d’une charrette dont le plancher porte directement sur l’essieu des roues, c’est-à-dire d'un principe si primitif que cette monture ne diffère en rien de celle des chariots de guerre en usage chez tous les peuples anciens, de ceux dont il est parlé dans la Genèse, comme de ceux des Scythes antiques, de eeux des jeux olympiques, aussi bien de ceux des triomphateurs romains, il faut savoir que la carrosserie n’eut aucune espèce d'importance pendant la plus grande partie du moyen’âge. Les mœurs guerrières de la féodalité, pendant une longue suite de siècles s’opposaient à la mollesse qui pouvait rendre incapable du service militaire. Ces peuples cavaliers estimaient médiocrement l’homme qui se faisait traîner dans un véhicule quelconque. IL fallait être âgé, et de plus infirme, comme l’évêque anglais, saint Erkenwald, pour se servir en 675 d’une sorte de voiture ou chaise à roues. Le mauvais état des routes et les mœurs chevaleresques bornèrent à des emplois très restreints l’usage des voitures roulantes et même des litières. C'était sur des animaux de monture que les maîtres et les valets, hommes et dames, laïcs et prêtres, faisaient habituellement leurs promenades et leurs voyages. On y employait les chevaux et les mules ; les femmes et les moines, moins habiles à manier le cheval, moins hardis, se servaient souvent d’ânesses, les trouvant plus commodes. Monter à cheval ou se faire porter en litière était réputé le plus noble. | Après les croisades, il paraît cependant que l'usage des voitures se répandit avec assez

d’excès pour que, en 1294, Philippe le Bel édictât une ordonnance restrictive qui dit « que nulle bourgeoise n’aura char. »

Sous le règne de Charles V, soit par suite de cette interdiction, soit pour toute autre cause, les voitures pour le transport des personnes étaient encore rares, mais il n’en était pas de même des charrettes qui circulaient en grand nombre. Chars de luxe ou charrettes de travail, tous ces véhicules, selon l’usage antique, étaient posés directement sur l’essieu des roues, Le premier carrosse à coffre suspendu qui paraisse avoir été employé chez les modernes fut celui de la reine Isabeau, qui lui servit en 1405 lors de son entrée solennelle à Paris; c’est au moins le premier dont on ait gardé le souvenir. Cinquante ans après, sous Charles VII, les ambassadeurs de Ladislas V, roi de Bohème et de Hongrie, offrirent à la reine un chariot branlant et moult riche, qui fit la surprise et l’admiration du peuple et de la cour; cependant les progrès de ce genre furent lents en France. Les carrosses étaient encore si rares à Paris sous Henri IV, que le roi n’en avait qu’un pour la reine et pour lui. L'espèce de chariot dans lequel il fut assassiné avait son plancher portant sur les essieux, et une sorte d’impériale soutenue par quatre montants de bois d’où pendaient les rideaux de cuir de cette voiture non autrement close. Le Hollandais Wilhem Boonen, qui y devint le carrossier de la reine, avait importé le premier en Angleterre l’usage des carrosses suspendus, dès 1564.

Le char d'honneur ou carrosse du quinzième siècle n’était encore que le char à bancs dont on s'étudiait à rendre l’usage supportable en suspendant d’abord les banquettes par des cordes, des lanières de cuir, ou en les appuyant sur des coussins rembourrés ou sur des lames de ressort en acier.

Le plus primitif de ces chars, le plus proche de la charrette agraire, est fait de bois dorés, et sa couverte non fixée, dont on se préservait selon le côté du soleil, est rouge et ornée. On montait par devant dans cette charrette, sans le secours apparent d'aucun étrier. L’attelage en flèche et mené par un postillon, n’était pas de nature à faciliter beaucoup, dans les tournants, la conduite de ce chariot d’une noble dame.

L'autre exemple montre ce char à bancs avec de certaines améliorations; c’est une voiture à coffre, c'est-à-dire entourée de panneaux allant jusqu’à hauteut d'appui, et surmontée d’un berceau en arceaux reliés par des traverses, mais avec une interruption sur le côté pour permettre l’entrée latérale. Une portière, retenue par un verrou, facilite cette entrée latérale, que cette peinture montre avoir été imaginée au quinzième siècle; mais ce ne fut qu’aueizième que l’on eut l’idée d’y fixer un marchepied. Le poële de cette riche voiture est fixe et prend le caractère de l’impériale. Le ciel de la voiture, qui consiste ici en une riche couverte brodée d’or, était un des luxes et des privilèges de la voiture romaine, et soit que les Celtes eussent apporté avec eux l’idée de cérémonie attachée à la beauté et même à l’usage de la couverte de leur voiture, soit qu’ils en aient emprunté le préjugé aux Romains, on attachait, pendant le moyen âge, beaucoup d'importance à la beauté du poêle de la voiture,

Cependant on ignore si l’usage en était réglé comme il l’avait été à Rome, où la voiture de ville et de gala des grands dignitaires, couverte de son ciel dans les cérémonies officielles,

devait être découverte en toute autre circonstance. Cette voiture, beaucoup plus ouvrée que

l’autre, enrichie de panneaux peints et montée sur de plus grandes roues, attelée d’ailleurs de même, se trouve attribuée par le miniaturiste du moyen âge à une dame du plus haut parage ; le sujet, tiré de Tite-Live, représente Tullie faisant passer son char sur le corps de son père : « Comment le Roy Servius fust occis, et comment sa fille fist passer son char par dessus lui en my la voye. »

L’attelage de chevaux blancs suffirait à lui seul pour faire de ces véhicules des voitures d'honneur. Chez les Romains, le triomphateur était conduit au capitole sur un cheval blanc. Aux entrées solennelles des prélats et des têtes couronnées, on voit toujours figurer les haquenées blanches et les grands chevaux blancs.

Reproduction de peintures de manuscrits : Chroniques de Froissart, Bibl. nat. de Paris ; Tite- Live, 297-A, Bibl. de la Sorbonne.

Voir pour le lexte : Montfaucon, {es Monuments de la monarchie française; — Viollet-le-Due, Dictionnaire du mobilier ; — La Revue britannique, année 1842; — Histoire des chars et carrosses, D. Ramée, Paris.

AM

EUROPE — MOYEN AGE

Page 1