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LA GRANDE ET LA PETITE GARDE DU CORPS DU ROI

La poudre à canon, découverte au treizième siècle et appliquée dès cette époque aux canons eb bombardes, le fut dans le quatorzième siècle aux bombardelles ou coulevrines à main par les Vénitiens ; dans le quinzième, aux arquebuses et aux mousquels à mèche sans ressort par les Allemands; aux mortiers à bombes et aux mines par les Italiens. Le nom d’urtillerie est resté à la partie du matériel de guerre qui comprend les canons, etc.; celui d’artilleur, au militaire employé au service de l'artillerie; mais on employait le mot d'artillerie avant l’invention des armes à feu. Les arlilliers ou artilleurs étaient ceux qui fabriquaient les engins et les armes de guerre.

Si l’on trouve jusque dans l'antiquité une première connaissance des mélanges grossiers de soufre, de charbon et de salpêtre et quelques emplois de ces mélanges comme matières incendiaires (les Romains connaissaient les fusées et les serpenteaux et savaient les diriger pour communiquer l'incendie), ce n’est qu’au treizième siècle que l’on vit substituer au pulvérin, poudre pilée et réduite en molécules très petites, employée dès le dixième siècle, mais seulement comme substance fusante, la grenaille qui constitua la poudre à canon proprement dite, en donnant à cette composition un effet dynamique régulier et une force pénétrante.

C'est au commencement du quatorzième siècle qu'à la suite de cette découverte on vit apparaître en Occident, non plus les fusées, les lances à feu bonnes pour incendier, à peu près inoffensives dans les batailles rangées, mais les quennons, canons, du nom presque uni-

versellement adopté, dès le principe, pour désigner les bouches à feu de la nouvelle invention. Pendant la première moitié du siècle, les canons furent de petit calibre ; les projectiles qu’ils lançaient étaient des carreaux, de la famille du carreau de l’arbalète, mais de forte dimension et que l’on appelait éraits à poudre ; leur hampe était maintenue dans l'axe de la bouche à feu par des rondelles de cuir du calibre de la pièce, placées perpendiculairement à son axe,

Puis on s’occupa d'augmenter le calibre des bouches à feu; à partir de 1354, on emploie les termes de petits et gros canons. C’est vers le milieu du quatorzième siècle que l’on place les travaux du moine Berthold Schwartz, qui n’inventa pas plus la poudre que ne l'aurait fait Roger Bacon au treizième siècle. Le mérite du moine allemand serait d’être réellement l'inventeur de la grosse artillerie.

C’est alors que l’on vit les bombardes, faites de lames de fer frettées, envoyant des boulets de pierre, de bronze ou de plomb, souvent énormes. Pêu maniables, ces gros canons paraissent avoir surtout servi à la défense et à l’attaque des places. Les engins à feu employés, dit-on, en rase campagne, pour la première fois, par les Anglais à la bataille de Crécy, en 1346, ne lançaient que des traits à poudre.

Les premiers canons étaient de longs tubes ouverts par les deux bouts et formés de douves de fer, renforcées de distance en distance par des anneaux. Ils se chargeaient par la culasse au moyen d’une boîte séparée du corps de la bouche à feu, proprement dite. Cette boîte s’y adaptait à l’aide d’un large anneau et d’une sorte d’étrier à queue ; elle était percée d’un canal étroit qui servait à mettre le feu à la charge.

Quoique l’on trouve en usage, comme synonymes, les termes grand canon et bombarde à l’époque où le calibre des pièces augmente, le mot de bombarde paraît devoir s’appliquer surtout aux bouches à feu courtes, à fort calibre, dont le tir se faisait sous certains angles prononcés, comme celui de nos mortiers. Au quinzième siècle, les pièces de siège, excessivement pesantes et d’un calibre énorme, étaient employées ainsi au tir parabolique ou au tir de plein fouet. La plupart de ces canons, bombardes, serpentines, basilics, courtauds, étaient en cuivre et se chargeaient, comme on vient de le voir, avec la boîte à canon, introduite dans la pièce par la culasse. On se servait de cuillers en fer blanc pour introduire la poudre dans la boîte ou chambre, et,d’un tampon ou copon de bois pour la refouler. Le feu se mettait au moyen d’une tringle de fer dont on rougissait une des extrémités. Outre le grand canon et la bombarde, les désignations se multipliant dès le quinzième siècle, on trouve : le veuglaire, de force inférieure, long, se chargeant par la culasse, tirant de plein fouet ; le crapeaudeau, de diinensions moindres que celles du veuglaire, se chargeant et tirant de même ; les couleuures, couleuvrines, coulevrines, longues et de petit calibre, se chargeant par la bouche ; la seryrenline, de ce même genre, mais encore plus faible. |

Les projectiles étaient des boulets en pierre pour la grosse artillerie; ces boulets, qu'on appelait pierres à canon, pesaient jusqu’à 90 kilogrammes. Pour l'artillerie de petit calibre, lés projectiles qui succédèrent aux carreaux, furent en plomb ; ces balles que l’on désigmait

sous le nom de plommées ou plombets, pesaïent au plus trois livres. Les veuglaires et les pièces de calibres inférieurs étaient montés sur des affûts à roues. Les grosses bombardes s’encastraient dans des affûts grossièrement taillés, assemblage de madriers qu’on nommait charpenlterie, et que l’on retrouve jusqu’au seizième siècle. Une sorte d’auge en bois, portant à la partie antérieure un encastrement circulaire, recevait la pièce dont la culasse s’appuyait sur le madrier qui formait la partie postérieure de cette auge : quatre anneaux, placés sur les madriers des côtés, facilitaient la manœuvre. De fortes brides en fer maïntenaient solidement la pièce sur sa charpenterie. Le dessous des madriers de côté, les fasques, légèrement arrondis, permettaient de pointer en se servant de coins et de leviers. Le tout portait simplement à terre.

C’est sous Louis XT que l’état plus avancé des arts métallurgiques permit de fabriquer des boulets en fonte de fer qui, avec des calibres inférieurs à ceux des boulets en pierre, produisirent des effets bien supérieurs. Le canon fut fait de bronze pour résister à l’augmentation de la charge de poudre et à l'emploi des nouveaux projectiles, et cependant les dimensions de la pièce étaient réduites. En même temps, on trouvait le fowrillon, et désormais le canon fut lié à son affût d’une manière intime.

La couleuvrine ou coulevrine à main, dont le nom se retrouve souvent dans les écrits de la première moitié du quinzième siècle, est la première arme à feu portative sur laquelle on ait des données certaines. Cependant elle n’est pas le véritable fusil primitif ; la coulevrine, qui lançait des fraits à poudre, que la longueur de son canon et de sa monture sur bois firent assimiler à la coulevrine d'artillerie à laquelle elle dut son nom, avait été précédée par le canon à main, arme de toute autre contexture, Canon très court, adapté au bout d’un manche de boiïs ou d’une tige de fer, comme une fusée au bout de sa baguette. C’est le canon à main qui fut employé pendant presque toute la durée de la guerre avec les Anglais. L'un des exemples connus du canon à main, représente cette arme aux mains d’un cavalier qui l’ajuste en la posant sur une fourchette accrochée à l’arçon de la selle. Quant aux sco/pos, (plus tard sclopeh, escopeltes), ces armes de petit calibre, contemporaines du canon à main et de la coulevrine, ce n'étaient pas des engins à feu portatifs, proprement dits : on les employait en les plaçant en certain nombre sur une sorte d’affût à roues, dont l’ensemble était nommé ribeaudequin. On mettait cet appareil sur un chariot ou même sur une bête de somme. En France, on appelait ces espèces de mitrailleuses : des jeux d’orques. Les Italiens nommaient encore ces petites pièces montées sur pivot, moschetti, d'où le mot mousquet nous est resté.

Une coulevrine à main du Musée d'artillerie de Paris offre un canon de fer forgé de 87 cent. de long, dont le calibre est de 22 mill. La poudre d’amorce se plaçait dans un petit calice au centre duquel la lumière était percée. Quelquefois un simple épaulement recevait et préservait la poudre. On mettait le feu au moyen d’une mèche. Le canon était lié à un fût de bois par des brides en fer ou des liens en corde. On se servait à cheval de la

coulevrine en l’appuyant sur une fourchette tenant au pommeau de la selle, et il semble probable que les gens de pied furent munis également de la fourchette comme les arqueusiers qui succédèrent aux coulevriniers. Tant que les fantassins n’eurent pas cette fourchéite, il fallut deux hommes pour le service de la coulevrine à main; l’un portait l’arme sur son épaule, l’autre la pointait ; l’un ou l’autre y mettait le feu.

Les artilleurs et le gros canon représentés ici, ainsi que les coulevriniers, sont tirés des Monuments de la monarchie française, par Montfaucon, des manuscrits de Froissart et de Monstrelet, des tapisseries et toiles peintes de la ville de Reims. L'appareil et les gens s&nt du temps de Charles VII. Le manteau de fortes planches, les grands pavois à œillère, à l'abri desquels le canonnier met le feu à sa bombarde, sont des préservatifs utiles contre les carreaux de l’arbalète, mais qui dûrent disparaître avec les perfectionnements de l’artillerie. Ils prouvent qu’à cette époque la grosse artillerie était encore de peu de portée.

En France les progrès des armes à feu, et particulièrement des armes à feu portatires, furent d’abord très lents, contrariés qu’ils furent par les défiances de la chevalerie, qui fut bien obligée d'accepter la grosse artillerie sans laquelle il n’était pas possible de défendre ou de prendre une place, mais qui voyait d’un mauvais œil les armes à feu de main se propager parmi les gens du peuple des communes, cette ribaudaille d'artisans, de fantassins, pour laquelle elle affectait tant de mépris, qu’en plus d’un cas elle avait préféré d’être écrasée par l'ennemi plutôt qu'être sauvée par elle. De leur côté, les arbalétriers et les archers dont les compagnies puissantes jouissaient de privilèges étendus, ne se montraient pas plus disposés que les chevaliers à voir substituer à leur armement de nouveaux engins.

Ce furent les communes, dont les troupes n'étaient pas encore assez aguerries pour tenir les champs et constituer des armées, mais qui, avec de l’artillerie, tenaïent bon derrière leurs murailles, qui contribuèrent à perfectionner de jour en jour les engins à feu. Le progrès ne pouvait d’ailleurs se produire que dans ces centres d'artisans, puisque, selon un usage constant pendant le moyen-âge, et toujours le même à l’origine de l'artillerie, les engins de guerre n'étaient fabriqués que par des ouvriers pris en dehors des corps armés. Non seulement, pendant la première période de l'existence de la grosse artillerie, les nouveaux engins étaient dûs à des industriels, mais c’étaient ces industriels qui les servaient; on les louait, eux et leurs canons, comme on louait les charrettes et leurs conducteurs. Il en fut ainsi jusqu’à la fin du règne de Charles VIT qui donna une organisation militaire aux artilleurs en fondant des compagnies de bombardiers et coulevriniers ; à la fin du quinzième siècle, des corps entiers étaient armés d'armes à feu portatives.

C’est à dater du moment où le peuple prend une part active à la guerre, c’est-à-dire commence à la faire pour son compte, que l'emploi des armes à feu acquiert une certaine valeur. T’artillerie aux mains de la population donna aux troupes des communes une s0lidité qu'elle n’avait pu avoir jusque-là. Dans les pays où la constitution féodale avait

moins d’homogénéité qu’en France, où les communes avaient conservé une forte organisation, l'emploi des armes à feu de main fut plus rapide et plus régulier. Tandis qu’en France ce n’est que sous le règne de Louis XI que l'artillerie attelée et l'artillerie de main commencent à jouer un rôle important à la guerre, on voit en 1420, au siège de Barcelone, l'emploi du canon à main par les Aragonais. En 1364, quoique assez obscurément, il est déjà question d'armes à feu de main fabriquées à Pérouse. En somme, le véritable développement de l'artillerie, qui coïncide avec l'invention du papier de linge, de l'imprimerie, et avec la vulgarisation de la boussole, date seulement de la seconde partie du quinzième siècle,

Nos 9 et 10. — Crénequinier et homme d'armes de la q grand garde du corps du roi Charles VII.

Les sergens d'armes ou sergens à masse, que Philippe- Auguste avait chargés de veiller nuit et jour sur sa personne, subsistèrent jusqu’au règne de Charles VI. On licenciait alors cette garde du corps, dite grand’ garde, au retour des expéditions. A la bataille de Rosebecque, celle de Charles VI était de quatre cents hommes d’armes.

Ces gardes prenaient le nom des armes qu’ils portaient, et, commeils quittèrent la masse pour prendre l'arc, ils furent aussi appelés archers. Le crénequin ou cranequin était une espèce d’arbalète dont on se servait à cheval : le crénequinier était le cavalier qui en était armé. Les lanciers étaient les hommes d'armes pourvus de la lance, comme le n° 10. C’est Louis XI qui, en 1474, établit une compagnie de cent lanciers pour sa garde, appelés depuis au becde-corbin. Le becde faucon était alors un marteau de fer à long manche qui, au lieu de panne, avait un croc robuste.Chacun de ces cent gentilshommes devaitavoir un homme d'armes et deux archers. Depuis il déchargea ces lanciers de l'obligation d’entretenir deux archers chacun ; mais il prit ces deux cents archers, et en créa la petite garde de son corps.

Charles VII à son entrée à Rouen, en 1449, était suivi de sa grand’garde, archers et crénequiniers de cent à six-vingts, portant, selon Mathieu de Coussy, « des hoquetons sans manches, de vermeil, de blanc et de vert, tout chargez d’orfévrerie, ayant leurs plumes sur leurs salades de mesmes couleurs que dessus, et le tout encore pour la grand’garde du roy, trois cents lances qui avoient sur leurs salades chascun une cornette de taffetas vermeil à ung soleil d’or. » Le soleil d’or était la devise de Charles VII, et, d’après Jacques Duclercq, les lances elles-mêmes étaient ornées de ( panonceaux de satin vermeil à un soleil d'or.» La croix blanche était l'enseigne nationale,

opposée à la croix rouge des Anglais, pendant la guerre de cent ans.

Nos 6et 7. — Archers et arbalétriers.

L'institution des francs-archers, datant de 1448, fut un

complément des ordonnances royales de 1439-1445, créant une armée régulière. (Voir au sujet de cette institution la notice de la pl. Europe, moyen-âge, ayant pour signe la Raquette, et dans cette planche le franc-archer et l’arbalétrier tendant son arme.)

Il y avait des arbalétriers parmi les francs-archers ; l’arbalète était aussi l'arme principale des compagnies d'infanterie soldée qu’on entretenait pour la garde des places fortes, ou qu’on levait en temps de guerre.

L'’arbalétrier tendait son arme avec une sorte de treuil à poulies appelé moulinet, ainsi qu'on le voit dans la planche citée, ou il y employait une courroie terminée par un crochet qui se portait à la ceinture; cet appareil que l’on voit ici se nommait baudré ou baudréer. Les traits, quarreaux, viretons, raillons, étaient renfermés dans une trousse de cuir ou dans un carcas, carquois de peau de faisson, blaireau. Dès le douzième siècle, l’arbalète était munie de l’étrier pour passer le pied et faciliter ainsi le tirage de la corde. C'était le pied droit dont on se servait en retournant la noix de son côté et en logeant la corde de l'arc dans le crochet de tirage; une pesée exercée sur l’étrier par le relèvement des reins amenait la corde dans l’encoche de la noix. De la main gauche on saisissait l’arbrier, de la droite, pour dégager l'arme, le bout de la courroie à laquelle le crochet était fixé. A la fin du quatorzième siècle on bandaït encore l’arbalète de cette manière ; le crochet des arbalètes de chasse était simple, celui des arbalètes de guerre, qui avaient plus de puissance, était double. Le crochet paraît avoir remplacé le pied de biche pour bander l’arc de l’arbalète ; cependant, on retrouve en

usage le pied de biche vers le commencement du quinzième siècle. Quant au four ou moufle, le treuil à poulies appelé aussi moulinet, qui précède le cry, le dernier et le plus puissant mécanisme adopté, ce procédé n'apparaît dans les peintures que vers 1425.

L’arbalète portaitsouvent un crochet qui permettait de la suspendre derrière la ceinture. Ce crochet long, dans le sens de l’arbrier, était à la hauteur de l'arc.

Le cranequin, selon Penguilly l'Haridon, ne serait

autre que le pied de biche dont se servaient les arbalétriers à cheval, pour lesquels il était impossible de bander une arbalète à tour, ce qui était le propre de l’arbalète à pié, larme à étrier. Cependant Viollet-le- Due, s’appüyant sur Du Cange, pense qu’au commencement du quinzième siècle on donnait aussi le nom de cranequin à la moufñle,

Les épaules et les jambes de l’arbalétrier n’étaient pas toujours armées. C’est vers 1320 qu'il revêtit la brigandine. D’après les statuts du Dauphiné promulgués en 1474, sous le dauphin, depuis Louis XI, les arbalétriers devaient avoir « arbalestes et traictr, c'est assavoir la trousse en dix-huit traictz, estre armés de brigandines bonnes et suffisantes, salades sans visières, dagues, espées, gorgerins, hoquetons de gros drap dessuz avec la livrée du Dauphin, pourpoinct, chausses, et bonnet blanc sous la salade. » Cette ordonnance avait pour but de modérer les excès de l’armement défensif et offensif dont se surchargeaient les hommes de pied, les gens de la milice roturière, les francs-taupins, comme les appelaient les nobles avec moquerie. Les francs-archers, parmi lesquels sont compris les arbalétriers, ce nom venant

de leur exemption de la taille, étaient, en effet, singulièrement chargés : d’une salade à visière un peu échancrée du côté droit pour leur permettre d’asseoir à l'aise l’arbrier de l’arbalète, de pièces d’armures, pansière ou demi-cuirasse, placard ou plastron, gorgerins, etc., de longues brigandines à hauts collets, et, sans compter le pavois, l’arbalète et la trousse de ses carreaux, de la pique avec l’épée. Trouvant qu'avec la brigandine il leur fallait porter & beaucoup de choses que ung homme seul et à pied ne peut faire, » Louis XI ordonna que les francs-archers fussent tous dorénavant habillés de jacques. Le nom du bailliage ou une devise distinctive était brodé sur le jacquet qui devait être de cuir de cerf, doublé de vingt-cinq ou trente toiles déliées, avec le collet et les manches de même, Ces jacques se laçaient par devant et se portaient par dessus un pourpoint sans manches ni collet, de deux toiles seulement. La salade devait être sans visière, et, avec la dague, l’archer avait une de ces espées de passot assez longucttes, roides et tranchantes, qui s'appellent espées bastardes; on pouvait porter le bouclier, c’est-à-dire, le pavois. La trousse était la trousse empance, couverte d’une penne ou peau cirée; malgré ces prescriptions, sur la fin du règne de ‘ Louis XI, les francs-archers avaient repris leur ancien armement, salades à visières, pièces d’armures, longues brigandines, etc. D'ailleurs l'infanterie nationale des francs-archers, devenue suspecte à la politique défiante de Louis XI, dut interrompre le cours de ses services vers 1480, où il lui fallut céder la place à des fantassins suisses et allemands, parmi lesquels on recruta, à cette époque, le plus grand nombre des coulevriniers,

Les corps d’archers se recrutaient en France dans les classes inférieures, vilains, artisans, petits bourgeois. Ils étaient organisés par les communes ; mais comme l'établissement des communes fut longtemps peu encouragé en France, que leurs troupes étaient regardées avec une défiance mélangée de mépris par la noblesse féodale, il se trouva que lorsqu'il fallut entrer en lutte avec des voisins possédant des troupes nationales armées régulièrement par leurs communes dès le treizième siècle, les archers anglais, brabançons, bourguignons, se rencontrèrent d'abord de beaucoup supérieurs aux soldats français armés de l'arc. Au quatorzième siècle, les archers français n'étaient donc pas en état de donner à la chevalerie le secours puissant que les compagnies d’archers lui apportèrent ensuite. La défiance de la noblesse était d’ailleurs telle que lorsque après la bataille de Poitiers, en 1356, on voulut en France créer des compagnies d’archers, afin de soutenir la lutte avec l'Angleterre, on s’effraya du péril et qu’il fallut les dissoudre.

L’arc français, pendant le treizième siècle, n’était pas très grand ; il avait environ quatre pieds de long ; il était lourd, épais, et de portée peu étendue. L’arc anglais, dès le quatorzième siècle avait cinq à six pieds de longueur ; fait habituellement de bois d’if ou d’érable, il était léger. Sa portée était de deux cénts à deux cent cinquante pas. Les flèches, de bois de pin ou de frène, avaient trois pieds environ de longueur (95 cent.). La flèche française au quinzième siècle n'avait guère que 70 cent. L'équipement de l’archer français et du bourguignon au commencement du quinzième siècle, et jusque vers 1450, se composait d’un jacque, de genouillères et de grèves; au côté gauche il avait une longue épée droite à deux tranchants; au côté droit, la trousse, contenant de quinze à vingt-quatre flèches, et sur le dos l’archier. Il n’était pas, comme l’arbalétrier, couvert du grand pavois. A dater de 1450, il y eut en France des compagnies d’archers à cheval, vêtus de la salade, de la brigandine avec mailles sur les arrière-bras, de cuissards avec genouillères, grêves etsolerets. Dans la mêlée, l'arc n’était plus bon à rien, et c’est pour cela que l’archer était pourvu de l’épée pointue à deux tranchants.

Les archers des compagnies d'ordonnance étaient nobles comme les hommes d'armes et les pages. Dans l’organisation première de ces compagnies, chaque homme d'armes ne devait plus avoir que trois chevaux et deux pages ou valets armés, chaque archer un seul cheval. D’après le témoignage formel de Matthieu de Coussy, de Martial d'Auvergne, l’homme d'armes avait trois archers avec lui, ce qui faisait six hommes par lance fournie.

tend surtout par vouge une arme d’hast qui ressemble à un long couteau emmanché d’un long bâton. Il y à d’ailleurs des vouges de bien des formes, et les

N° 8. — Le coustillier, quisarmier , ou satellite.

Ce soldat, dont l’arme principale était la vouge, ce qui

le fit appeler aussi vougier, était entré dans la suite immédiate des gens d'armes qui, montés à l’instar des chevaliers sous le règne de Philippe de Valois, constituèrent sur un pied nouveau la force militaire, et jouèrent dès lors le rôle principal dans les batailles. Chacun de ces hommes d'armes menait à sa suite au moins un valet, plus un coustillier armé d’une longue dague, et deux ou trois chevaux. Le couteau, coustel, cotel, désignation générale de plusieurs armes de maïn et d’hast, d’où le nom de coustillers ou coustilliers donné aux gens qui le por taient, n'avait point de ressemblance avec ce que nous appelons couteau. La vouge, qui était l'arme principale du coustillier, arme de fantassin très ancienne, se compose d’une lame, à un seul tranchant, emmanchée à l'extrémité d’un long bâton. Il yen avait de plusieurs sortes ; celle que l’on voit ici est de la fin du quatorzième siècle ; le tranchant est du côté de la concavité. Cette arme d’hast, faite pour accrocher les armures, fausser les plates, passer entr’elles, couper les jarrets des chevaux, était de bon acier. Bien maniée, c'était une arme terrible. Au quinzième siècle, on en-

auteurs confondent souvent cette arme avec la guisarme, la pertuisane et la hallebarde.

Quant au coustel à plates, c'était un poignard dont la lame large, à deux tranchants, très plate, permettait aux coustilliers d'égorger les cavaliers démontés en passant l’arme sous le colletin. On donnait le nom de coutelière à la gaîne de ce couteau. Le coustel à plates est compris dans la série des miséricordes, des alénas, haussarts ou faussards, poignards plus où moins longs, dagues en façon d'épée plus ou moins courtes, dont les combattants faisaient usage lorsqu'ils se trouvaient trop rapprochés pour continuer à se servir de toute autre arme.

La vouge, si souvent confondue avec la guisarme, explique le nom de guisarmier donné au coustillier qui, selon l'ordonnance de 1445, entrait toujours dans le personnel d’une lance fournie. Le costume du coustillier figurant ici est restitué d’après les textes, et en même temps emprunté aux peintures de la châsse de Sainte-Ursule de Bruges ; on n’en saurait donner un type invariable, à une époque où toutes les troupes étaient si loin d’être armées et vêtues de

même, Ce coustillier porte une salade sans visière, un haubergeon sur lequel est passé un jacque doublé en brigandine. Les jambes ne sont nullement armées. L’éperon lié à la chaussure à la poulaine nous paraît une erreur ; nous la laissons subsister en la signalant, ayant pour principe de reproduire intégralement les documents tels que nous les trouvons, mais la grande vouge est une arme de fantassin. Le sabre court à lame recourbée en façon de yatagan, est plutôt une arme de cavalier. Le goût empreint d’orientalisme des Albanais ou Esclavons, des Estradiots à la solde de la république de Venise, commençait à se répandre en Europe ; sous Charles VII on se mettait déjà à l'italienne, et la forme de ce grand coutelas exotique se rattache à cette influence. Du reste, il faut le répéter, dans le détail tout était personnel, facultatif ; même sous François Ier, on n’en fut pas encore à systématiser l’uniforme ; ce fut une innovation que l’obligation pour tous les hommes placés sous un même commandement d’avoir à se distinguer par un signe de reconnaissance, La marque distinctive des différents corps fut souvent la couleur de l’habit, la couleur toute seule et non la façon, et l'habillement aux couleurs du capitaine, portant ses armoiries, selon l’ordonnance de 1515, n’était que celui qui se mettait par dessus l’armure, soit la cotte ou saie, le hoqueton ou la casaque,

Nos 3, 4et 5.

Il n’y a pas à insister sur ces figures minuscules. Le cavalier au cheval entièrement désarmé appartient à la cavalerie légère en laquelle s'était transformée la plus grande partie des hommes d’armes, à l’imitation des Albanais et des Mores de l'Italie, qui se faisaient remarquer par le succès d’une tactique nouvelle. Ils se jetaient à l'improviste sur l'artillerie que l’infanterie n’était pas assez alerte pour défendre, ou fai-

Documents empruntés à MM. de Noirmont et Marbot, et aux Chroniques de Froissart (Bib. nat. de Paris).

saient des charges à fond de train sur les corps de piétons pendant qu’ils manœuvraient, mettant le désordre dans les rangs. Toutes les armées de l’Europe enrôlèrent à l’envi ces cavaliers légers, et l’ancienne cavalerie, homme et cheval de fer vêtus, dont l’importance décroissait chaque jour, eut à se transformer en s’attachant à rendre les chevaux plus agiles, à armer l’homme plus légèrement,

La hache de Créqui, la hache d'armes, qui avec sa pointe avancée ressemblait déjà à la hallebarde, étaitemmanchée au bout d’un manche plus ou moins long. La hache à long manche était une arme de fantassin ; la hache d’arçon était courte. Les combats à la hache étaient fréquents pendant les quatorzième et quinzième siècles, Ce genre de combats avait son escrime, aussi bien pour la hache courte que pour la hache longue. La hache du cavalier se suspendait à l’arçon, du côté du fer, par un crochet longitudinal suivant le manche et faisant partie .de l'arme. Le plus généralement, dès la fin du quatorzième siècle, la hache est munie d’un bec au talon pour les cavaliers, et souvent d’un dard à l’extrémité supérieure dans la prolongation du manche. Le dard long et fort de la hache à double tranchant, n° 4, semble faire de cette arme une arme d’estoc plutôt que de taille. La hache d'arçon était la dernière ressource du cavalier démonté. Pendant les treizième et quatorzième siècles, la hache que prenaient les chevaliers pour monter à l'assaut ou franchir un retranchement, était la hache d’arçon ; mais au quinzième siècle, ils se servaient en ces circonstances de la hache à long manche du fantassin, qui portait le nom de couteau de brèche. Une garde en forme de disque y protège les mains, et à l’opposite du tranchant était une lame épaisse ou un large marteau garni de dents, qui permettait d’accrocher ou de fausser les armures.

Voir pour le texte : Le Catalogue du musée d’artillerie, par O. Penguilly L' Haridon: Violletle-duc; M, Quicherat.

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