‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 45 sur 130 · MOBILIER D’APPARAT. — CRÉDENCES. — COFFRET · texte numérisé non relu

MOBILIER D’APPARAT. — CRÉDENCES. — COFFRET

La crédence est un petit buffet qui se composait d’une armoire fermant à clef, et parfois de tiroirs et autres aménagements intérieurs sans serrure. Elle contenait les vases et certains ustensiles de prix servant dans les repas ; on y mettait aussi les confitures et les épices. Les crédences étaient d’abord fort simples; ce ne fut longtemps qu’une sorte d’échafaudage décoré par les étoffes servant de nappe dont il était recouvert et surtout par les objets de prix dont on le garnissait. C’est à partir du règne de Charles V environ que le luxe, qui gagnait toutes choses, s’étendit jusqu'à la confection du meuble lui-même. Les moulures et les ornements taillés dans le bois prirent vers la fin du XV° siècle une importance qui alla croissant, l'art du menuisier et du sculpteur sur bois étant alors en grand progrès.

Lorsque la crédence n’était qu’un buffet dont le maniement était facile, on la plaçait, dans les cérémonies, de manière qu’on pût tourner autour, près des tables à manger disposées en fer à cheval. Le dessus, recouvert d’une nappe, servait à déposer les plats que distribuaient les écuyers ayant la charge de servir les souverains.

Lorsque la crédence était surmontée d’un dressoir, elle restait adossée à la muraille; on la plaçait d'ordinaire derrière le maître, auquel on présentait la première coupe de liqueur après en avoir fait l’essai. Cette adjonction d’un dossier à la crédence, fut une affaire d’étiquette, réglée jusque dans la dimension du dorsal lui-même. Quand le dossier était surmonté d’un dais, c’était en vertu d’un privilège de noblesse; la dimension de ce dais était limitée selon le rang nobiliaire. Il en était de même pour le nombre des tablettes ou degrés. Les reines de France avaient le privilège d’en avoir cinq à leur dressoir ; une comtesse en avait trois; une femme de chevalier banneret n’en avait que deux.

Suivant Nicod, cité par M. Viollet-le-Duc, ce qui distingue le dressoir du buffet ou crédence, c'est que le premier n’a jamais de tiroirs ni d’armoires à portes. Le dressoir ne sert qu’à étaler la vaisselle.

La crédence avec sa petite armoire ferrée doit être ajoutée à l’armoire proprement dite, au

bahut et à la huche, comme étant à peu près les seuls meubles fermants employés habituelle-

ment jusqu'au X V® siècle chez le riche seigneur comme chez le petit bourgeois.

Pendant le X V° siècle, le luxe des buffets, enrichis de sculptures et de fines serrureries, fut extrême. Le mot buffet indiquait d’ailleurs non seulement le meuble, mais encore tous les objets dont il était couvert. Offrir un buffet, comme cela se pratiquait aux entrées de souverains, d’ambassadeurs, C'était donner avec le meuble la vaisselle d'argent et de vermeil qui contenait les rafraîchissements.

Dans nos deux crédences, l’une sans dossier, l’autre avec dossier, la ferrure de l'armoire est apparente, selon l’usage général. Deux pentures suspendent chaque vantail; celles de la grande crédence sont en tôle de fer découpée à jour. Les vis n'étaient pas encore usitées pour attacher les ferrures, dit M. Viollet-le-Duc dans son Dichionnaire du mobilier français.

En outre de son armoire centrale, la petite crédence a un profond et large tiroir avec son anneau de tirage à la partie inférieure. La partie supérieure est divisée en deux armoires dont le vantail est fermé par un simple verrou. Les napperons, souvent brodés de franges que l’on mettait sur ces buffets, ne cachaïient pas la face du meuble; ils retombaient assez largement sur les côtés, mais sur le devant ils ne débordaient que légèrement.

Le style du détail de ces deux meubles dérive directement de l’ogival et présente les arcatures, les combinaisons de courbes, les rinceaux fleuris si fréquents à cette époque. Le plus petit des deux paraît le plus franchement marqué au coin allemand. Sa hauteur est de 1°22. Dans ce dernier, on retrouve, comme aux portes de l’hôtel de ville de Hambourg, l’alliance de la couleur et de la sculpture. Les fonds des panneaux sont peints dans les ajourés de la sculpture. Le meuble lui-même l’est peut-être tout entier et 1l y a sans doute des parties dorées. Si le meuble est généralement vert comme l’une des portes de Hambourg, les fonds des panneaux du centre sont bleus, celui du haut est rouge selon le goût de l’époque et de la nation. Quant aux ferrures apparentes, elles étaient toujours étamées, peintes ou dorées.

La grande crédence à dossier, d’un caractère moins accusé mais de la même époque, semble peinte aussi, sauf le corps avancé de l’armoire et le soubassement où les veines du bois montrent qu'il est resté pur. Les fleurons des montants, l’ajouré du haut formant galerie, les arcatures dans leur entier, une partie des filets de moulures sont dorés. En nous reportant à ce qui a été dit concernant le nombre des degrés du dressoir, réglés par l’étiquette, faisons remarquer que ce riche meuble n’est qu'à deux degrés, y compris le dessus même de la crédence. Sa hauteur, sans les fleurons, est d'environ 1"80. Les deux crédences sont de la seconde moitié du XV° siècle.

Le coffret, de très petite dimension, 0"17 de longueur, 0"18 de largeur, 0"10 de hauteur, est un de ceux qu’il était d’usage de porter en voyage et dans lesquels on renfermait des bijoux. Il se compose d’une boîte de chêne, recouverte de cuir rouge, doublement enveloppée de fer; la première enveloppe est un réseau de fer étamé à jour et la seconde, également à jour, est aussi de fer, mais non étamé, A travers les mailles on voit le cuir et le réseau étamé, La charnière

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