MOBILIER D’APPARAT. — ARMOIRES : COFFRES-FORTS. — CRÉDENCES
L’armoire coffre-fort du moyen âge n’est pas le meuble à un ou deux vantaux, S’ouvrant dans toute la hauteur pour découvrir d’ensemble les tablettes intérieures qui le divisent, comme était l'armarium des Romains, type de l'armoire à linge moderne. Elle est formée de la superposition de deux coffres, s’ouvrant chacun par un ou deux vantaux particuliers, ayant à chaque étage, ferrure, serrure et clé différente. C’est une double huche, dont l'accès a lieu par la façade. L’armoire allemande des quatorzième et quinzième siècles, qui conserve souvent l'égalité de dimension des deux coffres, voir n° 5 et 6, accuse ainsi franchement et nettement sa destination. Ces deux meubles qui représentent si bien le coffre-fort, ont encore cela de caractéristique que la forme, la proportion en hauteur et largeur de chacun des deux coffres superposés est tout à fait analogue à celle de l’arca romaine, le coffre-fort antique, posé sur des piédestaux élevés, à peu près aussi au niveau de la base de ces deux armoires. Gell, dans son Pompeiana, a donné la description détaillée d’une arca dont la caisse est en bois, doublée de bronze en dedans, plaquée de fer en dehors, et nous avons publié nous-même l'exemple d’une arca faite en terre, posée aussi sur piédestaux, provenant également de Pompéï. (PL. ayant pour signe la Poulie.)
La superposition de deux coffres de même capacité, à angles pleins, formant un bloc entouré d’une ceinture en son milieu, ne peut donner qu'un meuble lourd; les larges pieds de la base de ce bloc, son couronnement en ligne droite, ne sont pas faits pour en alléger l’aspect; telle qu’elle est cependant, cette sévère armoire allemande a un grand caractère. C’est un sacrarium, une sacristie dont le dehors accuse nettement l'importance du dépôt qui lui est confié, les archives de la famille, le trésor, ete, Les créneaux employés
si fréquemment pendant les quatorzième et quinzième siècles pour couronner ce genre de meubles, annonçaient ingénieusement que c'était là un endroit sérieusement fortifié. On peut noter encore ici le caractère quasi-byzantin des montants qui, en hauteur et en travers donnent la mesure des coffres superposés. Ce pourrait donc être une armoire du douzième siècle, couronnée et posée sur une nouvelle base par des mains allemandes, au quinzième.
Le meuble représenté n° 4 offre, comme détail particulier, une sorte de guichet pratiqué en plein vantail, dont l’usage semble peu compréhensible sur un meuble secret que l’on ne trouvait jamais assez clos. Faut-il l'expliquer, comme l’a fait M. Viollet-le-Duc, par la destination du meuble lui-même, comme armoire de sacristie pouvant contenir, en même temps que les ornements du culte, des reliques qu’on ne voulait pas cacher à la vue? Ou bien la conservation de certains parfums, considérés alors comme très précieux, et dont on aurait voulu empêcher la soustraction, sans les priver d’air, n’expliquerait-elle pas une semblable pratique qui ne peut se justifier par une simple idée d’ornementation ? Les deux hypothèses sont plausibles sans qu’on puisse, à cet égard, rien affirmer.
Nous avons dit l'emploi de la crédence (PI. ayant pour signe le Cric). Celle que nous donnons ici, n° 2, sans dossier, facile à transporter, nous paraît avoir été le type le plus répandu. La petite armoire voisine, n° 3, de proportions analogues, ayant pour dessus une tablette unie, nous semble avoir dû être affectée au service de la crédence; d'un transport moins commode, quoique encore assez facile, cette crédence à caisse pleine et à double coffre était peut-être fixée au mur, près de la chaire du seigneur.
Tous ces meubles appartiennent, selon les Allemands, plus aptes que nous à dater leurs productions nationales, à la seconde partie du quinzième siècle, et même, le n° 6, à l’aurore du seizième. La crédence, n° 2, dont ils ne revendiquent pas la fabrication et qui semble de main française, montre bien la différence du génie des deux nations. Elle est contemporaine des Adam Kraft, des Michel Wohlgemuth, de l’illustre Albert Durer, mais ne se ressent pas de l'influence acquise par ces maîtres et par la féconde école de Cologne.
Plusieurs de ces spécimens ont conservé leurs peintures, le n° 6 entre autres, dont les surfaces sous les pentures de fer sont encore très vives. C'était l'habitude au quatorzième siècle de tenir ces surfaces unies pour y coucher des tons ou y peindre des sujets. Au quinzième siècle, les sculptures finement cisélées prirent la place. En Allemagne cependant la tradition vécut plus longtemps, et les sculptures elles-mêmes, quelque fouillées qu’elles fussent, y étaient souvent peintes ; en France et dans les Flandres on préférait de beaucoup laisser le bois dans sa pureté.
Le n° 1 a 1”,90 de hauteur, 0,80 de largeur; le n° 5 a en hauteur 2”,30, en largeur 1°,79; et enfin le n° 6 mesure en hauteur 1,90, en largeur 17,50.
(Documents photographiques provenant des musées d'Allemagne.)
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