‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 48 sur 130 · INTÉRIEUR FLAMAND DU XV° SIÈCLE · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR FLAMAND DU XV° SIÈCLE

Cet intérieur est emprunté à une peinture du Musée du Louvre (école flamande, n° 595) où se trouve représentée la Salutation angélique. Attribué d’abord à Lucas de Leyde, puis à l’école de Memling, ce tableau est désigné dans le catalogue du musée, dressé par Villot en 1860, comme étant de main inconnue. En supprimant les deux figures auxquelles leur anachronisme enlève tout intérêt, pour mieux faire voir le mobilier de la pièce, nous ne fai-

} sons que suivre un exemple que Willemin avait donné avant nous. La scène principale qui

: figure dans la planche Europe, Moyen-âge, au signe de l’U couronné, empruntée à cet ar-

| chéologue, est, comme ici, un intérieur dont la Salutation angélique à été enlevée. Les pièces

| diverses du mobilier qui remplissent cette dernière planche sont, au reste, des compléments de ce que l'on voit dans notre peinture du Louvre, et nous engageons à rapprocher les deux notices qui sont d’un intérêt commun.

La chambre d’une femme mariée de condition moyenne vers la fin du quinzième siècle, représentée ici, est utile à examiner dans toutes ses parties. Les murs intérieurs, peu épais, sont

s; le plafond, soutenu par une seule poutre traversière, n’est plus en solives apparentes, mais en planches avec couvre-joints, le bois conservant sa couleur naturelle. Le carrelage est de la brique émaillée dont les petits carreaux, de trois modèles des plus simples, unis, produisent, par une combinaison aussi économique qu'ingénieuse, le décor d’une riche marqueterie.

! Les fenêtres sont rectangulaires; leur cadre intérieur fixe est divisé par des meneaux; le vitrage est maillé de plomb. Les volets intérieurs de ces -fenêtres, renforcés de clous nombreux, et articulés pour se replier au besoin dans l'épaisseur de la muraille, sont, de plus, divisés en deux parties, de manière à n’ouvrir que le haut, si l’on veut, pour agrandir la

: lumière que la partie supérieure de la fenêtre laisse toujours ‘pénétrer. A la fenêtre, qui est

coupée par le bord du tableau, le cadre mural agrandi descend au dessous de l'appui, pour aboutir à un siège exigu dans lequel il faut voir un dernier souvenir du profond retrait, pratisqué jadis dans les épaisses murailles. La haute cheminée et sa hotte des plus simples sont d’un principe trop connu pour s’y arrêter; toutefois, on peut remarquer qu’on retrouve enpor ici les deux tablettes latérales en pierre qui existaient depuis le douzième siècle ; sur le

“devant de la hotte se trouve une potence en fer tournante, sur laquelle on fichait la cire. Ce qui est moins connu que ceb ensemble c’est le paravent de cette cheminée. A la date de la Salupo angélique, au mois de mars, si, dans les Flandres, on ne faisait plus de feu dans la cheminée de la chambre à coucher, l’air extérieur qui s’y introduisait devait être fort incommode :

le paravent était done nécessaire; on voit ici la forme qui lui était donnée, et comment ses couvre-joints étaient de la ferraille. Cette peinture montre que le banc de la cheminée sans | feu se plaçait sous le couvert de la hotte le long du foyer. Quand il y avait du feu, ce banc était placé de côté, en retour d’équerre.

Le mobilier de cette chambre bourgeoise est encore bien rustique. Les principes de cette menuiserie robuste sont des plus primitifs. Le banc de foyer est ici bien caractérisé par le bas du siège, qui semble le devant d’un coffre imaginaire. Cette simulation, qui, en tout autre cas, n'aurait offert que des inconvénients, s'explique parfaitement pour le banc du foyer, puisque ce tablier préservait les jambes des courants d’air. Quant à être un coffre véritablement, comme on le pratiquait pour certains meubles tenant du bahut, cela ne pouvait 1 convenir pour le banc du foyer qui devait se déplacer facilement. Les coussins placés sur ce f siège sont épais, larges, carrés, et taillés de cette façon dont Viollet-le-Duc a dit la raison : à c’est que l’inflexion entre les oreilles du coussin permettait aux personnes assises d'y appuyer leurs coudes.

La couchette est « tendue d’un pavillon quarré aussi grand que la couche estait, » ses courtines fendues pour les lever de quelque côté que l’on voulait, les queues, et les couverloirs pendant à terre, sont choses connues. Cependant on peut remarquer que ce Iit est sur la marche d’une estrade, et que le ciel de lit, suspendu par des cordes au plafond, est fixé en place par des cordes transversales qui partent de la hotte de la cheminée , comme du mur de la fenôtre. Quant au traversin, il ne date que du quinzième siècle. On voit, suspendu par une chaîne à la tête du lit, un médaillon où se trouve représenté un Christ trônant, à nimbe d'or, le globe du monde sur ses genoux, la main droite élevée. Cette image est à la place où il était d'usage général d’en avoir quelqu’une de ce genre ; on l’appelait le sinef,

Les deux autres meubles sont la crédence, et la chaise toujours placée au chevet du lit. Sur la crédence se trouve l’aiguière de cuivre dans son bassin. Ces derniers objets, ainsi que le lustre suspendu au plafond, sont de ces ustensiles en cuivre fondu ou travaillé au marteau appelés dinanderies, du nom de Dinant, sur la Meuse, dont les ouvriers étaient en grande réputation pour ces sortes detravaux dès le onzième siècle. Ce lustre est à six branches, formées chacune par un animal fantastique, dont le type se répète, qui porte dans sa gueule le chandelier exigu d’où pend un morceau de cuivre en lame jouant au bout d’une courte et fine chaînette, ce qui ressemble aux facettes de cristal employées généralement depuis pour cet appareil de lumière. Le montant principal est surmonté par la figure d’un quadrupède assis ; enfin, au bas de ce montant, se trouve un anneau de tirage, car le système de la suspension de ce lustre est à con= trepoids ; c’est le disque épais soutenu par les chaînes intérieures, traversé par le retour de ces chaînes à l’intérieur, qui forme ce contrepoids dont on connaît les avantages, puisque ce sys= tème, analogue à celui de nos suspensions de salle à manger, permet de tenir la lumière suss pendue à la hauteur où on veut l'arrêter.

Aquarelle de M. Stéphane Baron.

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EUROPE. — XVE-XVI® SIÈCLE

MOBILIER. — PORTE INTÉRIEURE. — BANC DE CHŒUR. COFFRE DE MARIAGE — COFFRET.

La porte est un travail français de l’époque de Louis XII. Elle mesure, en hauteur, 2,15 en largeur, 0",85 ; et se compose d’un seul vantail. Son cadre est surmonté d’un groupe dont la figure principale, en ronde bosse, est un ange jouant de la viole, agenouillé sur une plateforme au-dessous de laquelle se trouvent deux anges en bas-relief soutenant un écu d'azur au pal d'or. | oe

Cette porte a un verrou et un heurtoir: elle est divisée par sa décoration en deux panneaux. Le supérieur à trois compartiments dont la fine ornementation de détail est ajourée, le rideau placé derrière lui faisant un fond de couleur. Le panneau du bas est divisé seulement en deux caissons, dont chacun est meublé par une de ces bandes, dites de parchemin, dont on faisait alors un usage si fréquent dans la menuiserie, en les plissant de façon variée.

Les heurtoirs ne se plaçaient pas qu’à extérieur de la maison, et ne servaient pas seulement à annoncer l’arrivée des personnes du dehors. On les adaptait indistinctement aux portes extérieures et intérieures. Il n’a jamais été de bonne éducation d’entrer dans une chambre habitée sans frapper ; et le heurtoir était nécessaire pour se faire entendre, avec la grandeur des pièces d’alors et le peu de sonorité que leur laissaient les tapisseries appendues aux murailles.

On retrouve le heurtoir, en usage courant pendant le dix-septième siècle, dans les maisons

bourgeoises. L’anneau mobile qui sert au tirage de la porte dans les intérieurs de cette époque fait l'office du heurtoir quand on le juge utile.

A côté de cet admirable spécimen de l’art de la menuiserie française de la fin du quinzième siècle, le banc de chœur, de main allemande et quelque peu antérieur, se présente avec de hautes qualités de sagesse et de bon goût. Dans son principe général, le meuble est architectonique; dans le détail, il s’affranchit du type initial des lignes pour se décorer d’une ornementation de caractère végétal, traitée en un bas-relief fort remarquable et convenant au meuble, simulant presque un ajouré, mais le simulant seulement, les dossiers de ces bancs de chœur étant de véritables paravents protégeant dans les églises froides ceux que leurs fonctions y pouvaient retenir pendant de longues heures. La rusticité de la planche servant ici de siège

n’était point apparente. Ce banc porte encore les traces des clous qui servaient à attacher la tapisserie dont on couvrait le dossier et le siège, et qui pendait en avant de la banquette sur laquelle on ajoutait souvent des coussins. La garniture en tapisserie était accrochée à la hauteur de la base des colonnettes qui divisent les parties supérieures.

Le coffre de mariage mesure 1",25 cent. de longueur. Sa hauteur est de 0”,60 cent. [Il convient à l’usage courant du bahut servant comme siège au quinzième siècle,

L'ornementation de ce coffre de mariage consiste principalement en une suite d’anneaux mobiles dont l’agrafe d'attache est une rondelle en fer travaillée à jour et posée sur une garniture d’étoffe ou de cuir, dont la couleur fait valoir les ajourés. Ces anneaux mobiles, affectant la forme du cœur, présentent à l’intérieur l’ardillon de la boucle, et, en effet, ce sont les boucles des courroies dont on enveloppait le bahut pour le transporter à dos de bête de somme ou sur des chariots. Les poignées de chaque côté n’ont point cette forme, et celles-là servaient surtout au changement de place dans l'appartement.

La serrure contribue au parement de ce meuble. Elle se compose d’une « boëe rectangulaire à bosse » et à quatre pentures en rondelles, du même travail que les agrafes des boucles, et fixées de la même manière, par de petits rivets. L'entrée de la serrure est marquée, selon un usage très répandu, par une garde retenue par un ressort, que l'on faisait jouer en poussant quelque bouton qu’il fallait connaître, afin de pouvoir introduire la clef. Ce coffre n’était réellement décoré que sur le devant ; le dessus et les côtés étaient recouverts par un tapis, sur lequel, dans les maisons riches, étaient posés des coussins pour le siège.

Le petit coffret dont le couvercle est relevé mesure 0,28 cent. dans sa plus grande largeur. Il est en bois madré et de la seconde moitié du quinzième siècle. Les Allemands introduisaient souvent des colorations dans les sculptures des meubles de ce genre, des dorures plus ou moins matées sur les nervures de l’ornement, des fonds bleus, rouges ou verts, pour faire valoir les saillies. Il est remarquable que des coffrets de dimension semblable conservent encore tous les principes du bahut, si rapprochés de celui de l'arca où coffre-fort des Romains.

La porte provient de l’ancienne collection Sauvageot, musée du Louvre. Le banc de chœur est reproduit d’après une photographie de la collection de M. Ziegler, sur les musées d’Allemagne. Le coffret est de même source, et provient de Munich. Le coffre de mariage, appartenant à M. Carlo Cagnola, fait partie du Musée d'art industriel de Milan, photographié par M. G. Rossi.

Voir pour le texte : A Sauzay, Collection Sauvageot, gravée par M. E. Lièvre. Noblet-Baudry, édit. — J. Labarte, Histoire des arts industriels. — Violet le Duc, Dictionnaire d’architec-

ture, et Dictionnaire raisonné du mobilier.

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