‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 51 sur 130 · INTÉRIEUR DE L'HABITATION. — LA CHEMINÉE · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR DE L'HABITATION. — LA CHEMINÉE

No:

Cheminée d’une des salles du château de Blois. — Cette

fine construction, où manquent les figurines qui devaient remplir les niches, est dans ce style italien que les artistes français de la fin du XVe siècle cet de la première partie du XVIe s’approprièrent avec tant d'éclat,

Exemple provenant de Bourges. — Cette charmante

fantaisie, conçue dans le style ogival, offre, avec tous les détails de l’architecture, un étage en façade d’une maison du XVe siècle. Les fenêtres sont garnies de monde. C'est-à-dire qu’à chacune des trois croisées, il y a un couple représentant probablement des personnes d’une même famille. Ces cheminées étaient de celles qui se prêtaient le plus à l’enluminage, Il en existe une d’un genre analogue, au musée de Cluny dont les figurines nombreuses sont toutes peintes. Celle-ci est du caractère des intérieurs de Jacques Cœur, et des frères Lallemand.

No.

Cheminée de la salle des Gardes, au château de Blois,

façade de l'est ; époque de Louis XII. — Cette construction est de grandes proportions : la piècea environ six mètres de hauteur, et le manteau de la cheminée atteint les poutres du plafond, en sorte qu'un homme peut se tenir debout sous ce manteau. Le panneau

central, sous un cintre ogival surbaïssé, est décoré par l’écu royal couronné. Les panneaux latéraux sont aux chiffres alternés de Louis et d'Anne de Bretagne sur champ de lys ou de vair.

No 4.

Cheminée du château de Blois. — Elle est de celles qui ont été restaurées par Duban dans le style du XIITI° siècle. La hotte en retrait ne monte pas jusqu’au solivage du plafond. Cette forme est peu décorative, et c’est probablement ce qui la fit abandonner pendant le cours du XV£ siècle pour les cheminées d'appartement; on l’employait surtout pour les cuisines, et elle est encore le type de beaucoup de cheminées de fermes dans nos climats.

N° 5 et 6.

Même provenance. — La hotte de la première de ces deux cheminées est décorée d’une manière simple et ingénieuse, justifiant son nom de manteau. C’est, en effet, le manteau ducal, indiqué par le vair héraldique qui en fait le fond; l’initiale couronnée d'Anne de Bretagne et des jeux de lacs qu’elle portait dans ses armoiries, complètent cette large décoration. La seconde cheminée est d’un tout autre style : c’est un véritable bijou de sculpture de cette renaissance française qui combinait encore ce que l’Italien offrait de plus fin et de plus élégant avec le dernier reflet de l'ogival. Encore est-ce à peine si on y retrouve l’in-

fluence de ce dernier dans la forme des pignons latcraux en surplomb, et des colonnettes des pieds droits. Cette construction offre l'exemple, assez rare, d’une cheminée commémorative. Elle est faite pour célébrer et rappeler l’union de Louis XII et d'Anne de Bretagne. Trois lampadaires à l’antique, flambeaux de l’'hymen, divisent la face du manteau en deux parties; chacun des panneaux est occupé par une couronne de fleurs contenant l’emblême héraldique couronné de chacun des deux époux, l’un sur champ de lys, l’autre sur champ de vair. Dans une rangée de niches formant la partie supérieure du manteau, on voit, alternant, les initiales de l’un et de l’autre des conjoints : d’un côté est l’écu royal, de l’autre l’écu ducal.

Cheminée du château de Chaumont, — Le porc-épic couronné, emblême de la famille d'Orléans, montre assez que celle-ci est encore du temps de Louis XII, et qu’elle à été faite en son honneur. Le mantelet en étoffe porte aussi, comme on vient de le voir sur d’autres, les armoiries royales et les chiffres et emblêmes de Louis et d'Anne de Bretagne. L'usage de ce mantelet, auquel on recourut pour diminuer la trop grande importance donnée au foyer, ne paraît pas remonter à l’époque de la construction de la cheminée même, non plus que la pendule encastrée qui montre son cadran au centre, au-dessus du mantelet en étoffe peinte.

On voit par ces exemples que la décoration des cheminées était fort variée. Elle était un des objets de prédilection pour les architectes qui s’appliquaient à donner à chacune de ces constructions une physionomie particulière. Dans l’origine elles étaient presque toujours cylindriques et assez souvent rétrécies à leur sommet, puis on prit l'habitude d’en élever la hotte verticalement jusqu'aux solives du plafond. Quand l'appartement était haut, ce qui était fréquent, cela occasionnait des développements énormes ; les chcminées tenaient parfois presque toute la largeur de la salle. Ce n’est guère qu'au XVe siècle que la décoration des cheminées prit de l'importance; on se contentait jusque là d’y suspendre des trophées de chasse; puis l’ornementation sculptée, parfois sculptée et peinte, prit de l’extension ; en général on voyait sur la cheminée les armoiries du maître de la maison, ou quelque figure de caractère héraldique; en avançant dans le XV° siècle les cheminées devinrent des constructions architecturales, dont certaines, à elles seules, eurent l'importance d’un édifice entier : on les ornait d’écussons, de panneaux flamboyants, d’arabesques, de peintures religieuses ou allégoriques; on y mettait des devises, ou des sentences philosophiques.

La cheminée servait surtout dans les salles d’assemblée. Pendant longtemps on se contenta dans les autres pièces du poële appelé chauffe-doux, appareil de la famille des braseros espagnols qui paraît avoir été d’un usage général chez les anciens.

(Documents photographiques, dus aux remarquables travaux de M. Mieusement, photographe de la Commission

des travaux historiques, à Blois, travaux si intéressants pour l'histoire de l'architecture de cette époque.)

RG EE ———

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