NAINS ET FOUS DE COUR
Les empereurs romains possédaient des nains, et cet usage s’est transmis dans les cours
jusqu’au dix-huitième siècle.
C'était un plaisir en même temps réservé aux grands seigneurs; aussi voit-on toujours figurer des nains parmi les personnages des tableaux des maîtres italiens et espagnols où ils sont représentés vêtus avec magnificence. D’après Blaise de Vigenère c’est surtout en Italie que l'usage en était le plus répandu. Ils servaient de pages et de messagers d'amour.
Les fous de cour, idiots de naissance ou badins de profession, avaient pour occupation
d’exciter le rire de leurs maîtres par des grimaces, des gestes grotesques et de brusques saillies;
ils passaient presque pour des oracles, et tout leur était permis sous le couvert de leur titre
et de leur costume.
On choisissait de préférence pour remplir ces fonctions, des nègres, des avortons, enfin les
plus sinculières variétés de l’espèce humaine. I g
Ils portaient la livrée de leurs maîtres agrémentée des emblèmes spéciaux aux fous de
profession.
N°8. No 11.
Fou de cour; fin du seizième siècle. Naïn de cour s'amusant avec un singe; fin du seiziè-
Tableau de Veronese ; galerie Brera, Milan. me siècle. Figure tirée d’un tableau de Bonifazio ;
galerie Brera, Milan.
Toute la livrée de ce nègre est en satin blanc, sauf les
chausses qui sont en cuir blanc ou en drap. Le jus- Bijou placé au milieu des cheveux crêpus. Boucles d'otaucorps est gammi de glands d’or terminés par des reilles, Pourpoint mi-partie ouvert sur la poitrine et houppes de soie. montrant la chemise froncée, Haut-de-chausses bouf-
fant; bas-de-chausses et petits souliers à crevés.
Naïn de cour à la suite d’un corps d’armée ; commen- ne cement du seizième siècle. Fresque de Gaudenzio Fou de cour; dix-huitième siècle. Ferrari; galerie Brera, Milan. Fresque de Tiepolo; palais Labia, à Venise. Chapeau en feutre blanc suspendu derrière le dos ; Costume dont certaines parties rappellent l’époque de pourpoint d’étoffe légère ; chausses jaunes à bandes la jeunesse de Louis XIV : chapeau haut, au fond bleues ; houseaux de même couleur. Sabre recourbé tailladé, aux bords déchiquetés et relevés d’un côté; dont les proportions déjà réduites jurent encore avec pourpoint mi-partie et à manches bouffantes tailla-
la taille de ce petit homme, dées ; long haut-de-chausses et souliers à bouffettes.
Aquarelles de Stéphane Baron.
Voir pour le texte : Vecellio, Costumes anciens et modernes, Didot, 1859. — L'abbé Delaporte, le Voyageur français, 1782. — M. A. de Beaumont, Venise (Tour du Monde, 1862).
DS