ÉPOQUE DE LA PREMIÈRE RENAISSANCE
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Ces constructions proviennent des peintures murales du Campo-Santo de Pise ; sauf une seule, le n° 2, tirée d’une fresque d’un élève de Simon Memmi, Antonio Veneziano, toutes font partie de l’œuvre formidable de Benozzo Gozzoli, qui a couvert un côté tout entier du Campo- Santo, avec vingt-cinq compositions capitales, sur l'Ancien Testament : travail gigantesque qui a valu à cet élève de Fra Angelico l’honneur bien mérité de reposer dans la terre sainte rapportée de la Palestine qui forme le sol du célèbre cimetière. Les constructions d’un caractère privé abondent dans ces tableaux ; elles y offrent un intérêt d’autant plus sérieux que ces types ne vivent plus guère que par ces fresques. « Reliques d’une vie éteinte, elles font revivre tout un monde, » a dit M. Taine.
C’est dans le Campo-Santo de Pise, et les Siennois y aidant les Pisans, que s’accomplit surtout la mystérieuse transition du moyen âge à la renaissance. On sait ce que valaient pour cette évolution des ouvriers comme les peintres qui étudiaient la sculpture, l’architecture, afin d’être prêts à tout au besoin, et auxquels on s’adressait parfois pour construire des fortifications, des ponts, des marchés, des églises ; capables, comme le fit Giotto lui-même, le chef de toute cette école, de bâtir toute une ville sur le dernier plan d’une fresque. Les travaux de gens aussi expérimentés méritent donc toute confiance, et l’on peut s’en rapporter entièrement à des artistes qui ne soupçonnaient guère qu'il pûb y avoir jamais des écoles de l’à peu près. C’est à leur fécondité et à leur savoir que l’on a dû ce que M. Taine appelle « une renaissance avant la renaissance, une seconde pousse presque antique de la civilisation antique, un précoce et complet sentiment de la beauté saine et heureuse, une primevère après une neige de six siècles. Voilà, continue le critique supérieur, qui est un si excellent guide en ces matières, voilà les idées et les paroles qui se pressent dans l'esprit, en contemplant la grâce de l’architecture renouvelée de ces temps. »
Les Italiens qui n'avaient jamais adopté le style gothique d’une manière absolue, qui avaient conservé toujours quelques-unes des traditions de l’art romain, y revinrent avec une prédilection de plus en plus marquée, lorsqu'ils se virent aidés dans leur œuvre par la découverte des manuscrits de Vitruve, laquelle eut lieu vers la fin du treizième siècle. L’architecture se trouva tout de suite dégagée du gothique, y ayant pris seulement une pointe d’originalité eb de fantaisie, que sa pente naturelle devait porter, dès les premiers pas, vers les formes sveltes eb simples de l'antiquité païenne,
Giotto, avec son architecture portant l'empreinte des mœurs de son temps, où les portiques du palais public ou des maisons des grands, ceux des églises, les cloîtres des couvents, les églises mêmes, les sacristies, les sanctuaires, tenaient lieu de chambres de réception, Giotto avec son architecture toute républicaine, toute destinée à une utilité commune, paraît avoir été l’un des plus puissants initiateurs d’un genre qui s’est étendu aux principes mêmes de l’habitation privée. La renaissance des formes antiques n’entraînait nullement, du reste, pour ces fiers esprits la restauration des sociétés païennes, et rien ne le démontre plus nettement que la différence fondamentale qui se trouve entre le plan invariable de la vieille maison grecque eb romaine, sèche à l'extérieur comme la jalouse maison orientale, eb comme celle-ci n’ayant de vie et de luxe que dans l’intérieur, et celui de la maison italienne où tout annonce la vie expansive. Partout, dans sa physionomie, perce le goût de la beauté élégante et heureuse. Des loggie, ouvertes au soleil et à l’air, permettent à tous les membres de la famille de jouir du monde extérieur, de voir et d’être vus; un portique élégant, hospitalier, précède l’entrée de ja plupart des maisons du riche. La vie s'annonce comme facile, confiante, dans ces maisons qui n’ont plus besoin d’être à l’abri de quelque coup de main comme aux époques troublées. Les vieux modes de l'architecture y reparaissent avec une fraîcheur et une originalité pleine de charmes. Les galeries du portique servent à des réceptions de toutes sortes ; on en fait des chambres nuptiales, on y donne des banquets, comme on y sacrifie à Dieu.
Le temps où fleurirent ces mœurs fut celui de l’état prospère de la Toscane, et date particulièrement de la fin du quatorzième siècle, époque où, sous l’influence de la paix, les arts utiles profitèrent de l’adoucissement des mœurs. Ces mœurs étaient encore d’ailleurs empreintes d’une certaine simplicité. Les lois somptuaires qui répriment le luxe personnel, permettent la magnificence ; une pompe insolente, soit dans les équipages, les chevaux, les valets, est interdite ; les premiers citoyens, leurs femmes, leurs filles, vont à pied dans les rues, et ne compromettent point teur dignité. Leur repas est sobre; leur vêtement, simple, modeste, et toujours de la même forme et de la même étoffe, ne brille ni par l’éclat des couleurs, ni par la richesse des broderies.
Sous la toilette coquette que lui procure le renouveau antique, qui donne à la Toscane l’air de fête d’une jeune nation qui s’éveille,-le quatorzième siècle italien est, en réalité, le continuateur des traditions nationales. Denina montre que dans les maisons du treizième siècle, où toub ce qui tenait à la vie privée conservait la simplicité et la rusticité des temps
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