INTÉRIEUR DU MANOIR : LA SALLE. LA TOILETTE DU CORPS
Bien que, vers la fin du moyen âge, tons les manoirs eussent depuis longtemps leurs appartements privés, c'était toujours dans la sale que les visiteurs trouvaient la famille réunie et entourée des gens de maison auxquels un antique usage permettait de se-livrer à leurs travaux en présence des seigneurs et maîtres. Cle mélange de services domestiques et d’habitudes de luxe est ce qui donne un intérêt particulier à la salle représentée.
On est en hiver et, dans la tapisserie originale représentant les saisons successives à la manière du temps, la porte est sans vantail, de manière que le paysage forme contraste avec la salle bien chauffée par des tronçons d’arbre brûlant dans la haute cheminée.
Le seigneur du lieu arrive et jette ses gants sur une table recouverte d’un de ces tapis veloutés dits sarrazinois. Ce gentilhomme trouve son monde se livrant aux plaisirs du jeu et de la conversation. La maîtresse de la maison assise sur un fwdesleuil en forme de pliant, cause avec un visiteur, tandis qu’un damoiseau, installé sur un bahut ou coffre, distribue des cartes à sa jeune partenaire, assise sur un coussin posé sur le parquet ; c'était affaire d'habitude et d’étiquette : il y avait dans la salle des sièges de toutes sortes, mais en très petite quantité ; ainsi le coffre servait de banc, telle dame ne pouvait s’asseoir que sur un coussin, et le vulgaire, qui d’ailleurs s’asseyait peu, n’avait pour cela que la jonchée du parquet.
Derrière ces groupes, une servante remet à un jeune page la pitance destinée aux hommes de corvée; un gentilhomme et une dame profitent de toute la chaleur d’un foyer dans lequel une servante se dispose à jeter une brassée de petit bois: c’est enfin un vieillard ayant quelque apparence du Nostradamus de la maison, qui soulève son bonnet pour saluer l’arrivée du seigneur, Les dames sont coiffées du chaperon à templette d'Anne de Bretagne, et de bonnets dont la forme et l’usage subsistèrent jusqu’au règne de François I", Gentilshommes et varlets
portent le costume de Louis XIT, les uns avec la coiffe et le bonnet, les autres avec un chapeau à petits bords relevés.
L'architecture de la salle annonce l’époque de transition qui précéda la Renaissance. La porte est ornée de colonnettes de marbre ; la cheminée, au manteau en pied droit, est décorée en bas-reliefs ; les murs sont recouverts d’une simple couche de peinture. Le pavage du temps se faisait encore en petits carreaux de terre cuite émaillée ou, plus luxueusement, en carreaux de marbre.
Selon le vieil usage du moyen-âge, on posait encore, de chaque côté du manteau de la cheminée, des tablettes destinées à recevoir quelques ustensiles : le chandelier, les assiettes et les cuillers d'argent ; ces dernières placées dans un râtelier agencé sur le bord d’une des tablettes. Dans les classes moyennes, on se servait de vaisselle d’étain ou de bois ; chacun avait en outre sur soi sa cuiller de cuivre ou d’étain, comme de nos jours on porte un couteau de poche.
Près de la fenêtre aux vitres maïllées de plomb, est suspendue la cage de quelque oiseau chanteur ou de riche plumage ; sur l'appui, se trouvent un bocal, un livre, un encrier, ete. Au mur, sont accrochés des ciseaux et un soufflet ou buffet, nom qu’on lui donnait alors. C’est à partir du quinzième siècle que l’on voit le buffet figurer dans les appartements, appendu aux montants des cheminées ; il est alors décoré de sculptures, garui de clous de cuivre et muni d’un porte-vent de bronze finement ciselé (voir la planche BO, France XVI! siècle).
Quoique les habitants des châteaux et maisons du moyen âge prissent toutes sortes de précautions pour éviter l’humidité, le froid et les courants d’air, cette pièce de rez-de-chaussée n’est cependant pas lambrissée ; les doubles vitrages, les portières de tapisserie y suffisaient apparemment, Dans la salle de réunion, on usait d’ailleurs de grands paravents appelés éperons ou escrinia (écrans).
Le second sujet, représentant Bethsabée au bain, est un fragment dans lequel David ne figure pas. Bethsabée se livre à une toilette de corps bien incomplète et surtout bien tardive, car, sauf les jambes nues, elle est parée et habillée en tout le reste; de sorte que s’il fallait en croire le peintre du moyen-âge, on n’aurait pris les soins de propreté qu’une fois la toilette terminée. Il y fallait peu d’eau assurément, et ceci expliquerait l’étroitesse de la piscine si peu remplie d’ailleurs.
Si l’usage des bains fréquents s’était en effet conservé pendant le moyen-âge, comme l’assure Viollet-le-Duc, cette peinture indiquerait que ces bains fréquents étaient fort discrets. Il y aurait cependant une explication facile de cette discrétion dans ce fait, que la chambre de bain ou étuve dans laquelle se trouvait une piscine d’eau tiède était, dans les châteaux où on en rencontraib, à l’usage de plusieurs personnes qui s’y baignaient en compagnie, Au quatorzième siècle, on avait également des baignoires chez soi, car Eustache Deschamps, en énumérant ce qu'il faut aux nouveaux mariés pour monter une maison, cite, entre autres objets, les « chaudières, baignoires et cuviaux », comme essentiels, Ces baignoires d’appar-
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tement, figurées dans des vignettes de manuscrits, sont de bois et faites en forme de cuves cylindriques ou ovales.
Le bassin rectangulaire et la fontaine sont parées de faïences émaillées avec une monture de bronze,
Le surcot de Bethsabée est la robe sans ceinture, au corsage lacé dont la large et longue ouverture, laissant voir la chemise transparente, se prolongeait jusqu’à la naissance du ventre auquel on donnait le volume d’une grossesse de quelques mois, dans le genre de ce que plus tard on devait appeler le quart de terme, le demi-terme, etc., affectés au temps des grossesses de Marie-Antoinette et à la suite de la Terreur de 1793. Après la guerre de Cent ans, il s’agissait de repeupler la France à laquelle il fallait des hommes, en un temps où les villes furent réduites à la protection des femmes, comme on le vit de Jeanne Hachette à la tête des Beauvaisines défendant Beauvais contre les Bourguignons,
Du reste, cette composition du quinzième siècle est intéressante à examiner sous plusieurs rapports, Elle est d’un temps où l’on n’était pas encore accoutumé, dans le nord de l’Europe, aux nudités mythologiques. Le texte sacré s’imposait cependant dans ce sujet biblique, et la dame au bain qui séduisit David ne pouvait être montrée qu’en prenant un bain, réduit ici à un bain de pieds. L’ignorance du peintre au sujet de ce que pouvait être la piscine orientale à ciel ouvert, était pour lui une source d’embarras, en même temps que ce n’était pas en représentant la dame immergée, et encore moins nue, qu’il importait de la montrer. Il a donc recouru à un expédienb en choisissant un costume dont la lascivité convenait à la toilette d’une courtisane, pour expliquer la séduction exercée sur le royal spectateur.
La femme d’Urie ne saurait avoir de la courtisane que le vêtement : elle est la future mère de Salomon et avant tout une femme noble, une grande dame du quinzième siècle à laquelle son éducation catholique interdit certaines impudeurs ; aussi se lave-t-elle elle-même les pieds en les parfumant, sans y employer sa servante.
L'intérieur est tiré d'une tapisserie du quinzième siècle faisant partie du Mobilier national el qui se trouve actuellement dans le grand salon du ministère des affaires étrangères. Elle est de fabrication flamande et appartient à une suite de tableaux de premier ordre en ce genre.
Le second sujet provient d'une tapisserie d'Arras datant de la fin du quinzième siècle el apparlenant au musée de South-Kensington.
Voir, pour le terte : Legrand d'Aussy, Histoire de la vie privée des Français, — Violet-le-Due, Dictionnaire du mobilier,
EUROPE. — XVE-XVIE SIÈCLE
FRANCE. — COSTUMES CIVILS. LES PIÈCES DE L'HABILLEMENT FÉMININ, 1485-1510.
Les tapisseries des Flandres, du genre qui précède l'emploi à peu près exclusif des costumes
mythologiques dans la décoration, sont de véritables pages des modes courantes, Elles en
étaient le reflet, et ont servi à les propager, car il y en avait dans toutes les maïsons riches.
Elles restent des souvenirs analogues à ce que sont devenus les importants cartons de Lebrun
exécutés aux Gobelins, et dont la suite montre Louis XIV et ses gentilshommes affublés de la
rhingrave, et chaussés de ces souliers à deux et quelquefois quatre longues ailes de dentelle
montées sur du fil de fer, La chose la plus excentrique qui se trouve à la mode, c’est-à-dire en
usage, ne choque pas Pœil contemporain, qui la reproduit avec d'autant plus de facilité. La double coiffure de la fin du quinzième siècle, la large toque à retroussis, empanachée ou non, posée de travers par-dessus la calotte, appelée alors le bicoquet (voir pl. ayant pour signe l’Écritoire, les n° 5 et 7, et pl. ayant pour signe le Bougeoir, les n°° 16 et 18), n’est pas plus extraordinaire que le haut-de-chausses en cotillon, ni que le soulier de cour à ailes. À la mort de Louis XI, le moyen âge est fini pour le costume comme pour le reste. On ne veut plus être bardé par ses habits, « Les hommes voulurent être vêtus plus long, les femmes moins étroitement, » dit Quicherat ; C’est sur cette nouveauté que les modes se donnèrent carrière. « Quoique l’ensemble des exemples offre le spectacle d°
un peuple qui n'avait jamais été si richement habillé, disent les écrits de l’époque, il est cer
tain que l’on s’appliquait à rechercher
l'effet avec l’économie: » la doublure des vêtements les plus fastueux se trouve réduite à l’étendue qu'il faut pour satisfaire à l'apparence ; on ne double plus les parties qui ne se voient pas ; eb la bijouterie, dont on se surcharge, est principalement de cuivre doré.
Toutefois l'argent coula alors en de tels flots dans les comptoirs des marchands d’étoffes, le débordement fut poussé si loin par les caprices des rois successifs de la mode, gorriers, fringants, fresques, freluquels ei brayards, que l’assemblée des ébats généraux de France, en 1485, jugea que le salut public exigeait que l'autorité royale réglât la tenue des particuliers : ce qui ne s'était point vu depuis longtemps, puisqu'il faut remonter à 1292, sous Philippe le Bel pour rencontrer, en dehors du rappel de règlements particuliers à quelques villes, des prescriptions somptuaires s'imposant à l’universalité des sujets. L'ordonnance du 17 décembre 1485 considérant que « l’excès de dépense en habits est une offense envers le Créateur », défend absolument l'usage des draps d’or et de soie, ne permettant les soieries qu'aux nobles assez bien rentés pour mener train de noblesse. Mais comme, selon les traditions, les restrictions ne s’appliquaient ni au roi, ni à sa famille, ni à sa maison, les habitudes de faste contractées par Charles VITT et sa suite pendant l’expédition de Naples ne pouvaient être refrénées par l'ordonnance de 1485, devenue si caduque en quatorze où quinze ans que, à l’avènement de Louis XII, il n’était pas plus question de ses prescriptions somptuaires qui Si jamais cette ordonnance n'avait été édictée. Louis XII se contenta d'afficher la modération de ses goûts personnels, en laissant à chacun sa liberté. Son exemple ne fut pas sans effet ; mais lorsque sur le retour de l’âge, il se remaria avec Marie d'Angleterre, une princesse de dix-sept ans, et voulut faire le jouvenceau, en suivant lui-même le ton fastueux affiché par celui qui allait être François I°", la jeune génération se trouva lancée de manière à perdre toute mesure.
Les exemples reproduits ici précèdent ces dernières transfonaations et se sentent encore de l'influence d'Anne de Bretagne, c’est-à-dire qu’ils sont de son temps ; Car Ce n’est qu'après la imort de cette reine que les nouveautés italiennes devaient s'aceuser davantage. On a fait honneur à Anne de Bretagne du costume élégant et sévère sous lequel on la voit généralement représentée, notamment dans le fameux manuscrit de ses heures. On supposait ce costume apporté de Bretagne, lorsque cebte reine vint partager le trône de Charles VIII. La vérité stricte est que Anne de Bretagne, sauf en quelques rares occasions solennelles, s’est montrée fidèle toute sa vie, avec son opiniâtreté de Bretonne, aux modes françaises, mais que tous les chanansformé ces dernières, étaient accomplis avant son ma-
vements importants qui avaient tr riage qui eut lieu seulement en 1491.
Dès 1470-1475, les hauts hennins étaient disparus. En 1488 on trouvait d’un usage général la coiffe d’étoffe qui couvre le chignon, les oreilles et le dessus de la tête, en laissant le front dégagé, encadré de bandeaux ondés sur les tempes, les cheveux n'étant plus tirés en arrière à l'ancienne manière ; coiffure dont les caractères persistent pendant une partie du seizième siècle, qui est commune aux femines de tous les états, eb dans laquelle on doit distinguer la
“coiffe, la templette et le chaperon.
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