L'ARTILLERIE ET LES CANONNIERS
Jusque dans les dernières années du quinzième siècle, on ne se servit guère de l'artillerie que pour battre en brèche les murailles des places; les bouches à feu ne pouvaient alors être transportées qu'avec des bœufs, exigeaient un temps énorme pour être mises en batterie, et tiraient avec une telle lenteur, dit Sarti, que l’ennemi avait le temps, entre deux coups successifs, de réparer les dommages causés par le premier dans ses murailles. C’est d’abord sous l'impulsion de Louis XI que furent accomplis les plus notables progrès de l'artillerie; son successeur devait les mettre à profit.
Lors de l’expédition d'Italie, Charles VIIT eut, le premier, un train d'artillerie plus mobile et mieux organisé qui contribua beaucoup à la rapidité des premiers succès. D’après Paolo “iovo, cette artillerie attelée de chevaux se composait de cent quarante bouches à feu en bronze montées sur affûts et sur roues, contrairement aux pièces primitives qui n'étaient montées que sur chevalets. À ce matériel étaient attachés des bastardeurs (du nom d’une pièce de canon appelée bastarde), canonniers de profession, plutôt ingénieurs que soldats, des aydes-canonniers, des boute-feux, des chargeurs, des charretiers, puis des hommes de professions spéciales tels que des pionniers (chargés des terrassements nécessaires à la mise en batterie), des maçons, des maréchaux, des serruriers, et enfin les gens de pied chargés de la garde des pièces, généralement choisis parmi les Suisses.
En 1499, à la vue de l'artillerie que Louis XII leur envoyait, les Suisses, enthousiasmés, s’écriérent qu'avec des pièces et des affûts de cette perfection, on devait pouvoir tirer trente Coups par jour. Quelques années après, le matériel, hors ligne pour l’époque, consistait en soixante grosses pièces dont vingt canons renforcés et douze doubles auxquels on donna les noms des douze Pairs de France, plus cinq cents arquebuses à crochets, grosses arque-
buses fixées sur un chevalet; toutes ces pièces bien attelées de chevaux étaient fournies de poudre et de boulets pour demy-an. Ce que l’on devait appeler plus tard « le corps royal d'artillerie » avait alors un personnel de cent quarante canonniers {ant ordinaires qu'extraordinaires, et deux mille einq cents pionniers français, les meilleurs qui fussent en tloule la Bretagne. (Mémoire de Fleuranges.)
Comme ses prédécesseurs, François I‘ avait une artillerie formidable pour le temps. A la bataille de Marignan (1515), elle était composée de soixante-quatorze grosses pièces, nombre alors considéré comme prodigieux. À Pavie (1525), les canons français firent un si grand ravage dans l'infanterie impériale, qu'ils eussent décidé de la victoire en faveur de François I‘ si ce roi eût écouté les conseils du grand-maître de l’artillerie, Galiot de Genouillac.
Sous François I°', les divers calibres étaient désignés sous le nom de canons, doubles canons, basilies, bastardes, serpentines, coulevrines, faucons, passevolants, spiroles, etc. Pour servir cette artillerie il y avait des canonniers ordinaires et extraordinaires, des pionniers dépendant du grand-maître et entretenus seulement en temps de-guerre. La garde de l’attirail était confiée, en campagne, à des bandes d'infanterie désignées spécialement pour ce service et toujours les mêmes pour la durée d’une expédition. C’était habituellement des bandes suisses, selon un usage remontant au règne de Charles VIIT.
Les groupes n° 1 et 3 sont reproduits d'après les gravures sur bois de l'histoire de Theverdannck, 1517, Nuremberg, et celles du Weïskunig, récits des gestes de l'empereur Maximilien, publiés en 1775 d'après les manuscrits de la Bibliothèque impériale de Vienne.
Le arouve n° 2 est tiré des miniatures des Deux heureux voyages de Gênes et de Venise, ! yas par Jehan Marot; Bibliothèque nationale.
Les n° 4 et 7, qui figurent dans les Monuments de la monarchie française de Montfaucon, ont été tirés de miniatures de l'époque.
Le n° 5 est reproduit d'après une gravure sur bois du temps. Le n° G fait partie des miniatures de La Mer des Histoires, manuscrit datant de 1509.
Le n° 8 provient des bas-reliefs de l'hôtel du Bourgtheroulde, à Rouen, représentant le camp à ; du drap d'or (1520).
Voir, pour le texte : MM. Marbot et de Noirmont, Costumes militaires français, 1850 ; — Général Susane, Histoire de l'artillerie française, 1874.
GB
FRANCE. — XVI SIÈCLE
COSTUMES MILITAIRES ; RÈGNES DE FRANÇOIS I* ET DE HENRI IT; 1520-1555. GARDE DU ROI.