INFANTERIE FRANÇAISE
L'organisation de l'infanterie en régiments date du règne de Charles IX. Les chefs de ces nouveaux Corps prirent le titre de mestre-de-camp, celui de colonel, coulonnel, couronnel, étant alors exclusivement réservé aux colonels-généraux et aux officiers supérieurs des bandes étrangères, Les régiments de Picardie, de Piémont et de Champagne, dits par excellence les vieux corps ou les vieux régiments, furent créés les premiers. Ils jouissaient seuls du privilège de rester sur pied en temps de paix. Les autres régiments, levés au commencement de chaque guerre, prenaient le nom de leurs mestres-de-camp.
Les armes défensives du soldat d'infanterie étaient, pour les piquiers et hallebardiers, la bourgquignonne ou bourquignotte, la cuirasse fournie de gorgerit et tassettes, de longs braçats et ganlelets, quelquefois des manches de mailles, et pour les arquebusiers le morion seulement. Dans l’armée catholique presque tous les fantassins portaient des croix blanches sur leurs pourpoints ou sur leurs mandils. Les officiers marchaient à la tête des troupes, {x cuirasse au dos, armés d’épieux ou de javelines et précédés d’un laquais qui portait leur coutelas, leur rondelle à preuve et leur Aabillement de tête. La rondelle et l'habillement de tête ou morion étaient quelquefois couvertsde velours.( Voir pl. Europe, XVI! siècle, le Tambour, montrant la richesse déployée dans les armures et donnant les noms des plus illustres ciseleurs et damasquineurs de cette époque).
Philippe de Strozzi, promu en 1568 à la dignité de colonel-général de l’infanterie française, s’appliqua sérieusement à perfectionner l'armement des troupes qu’il avait sous ses ordres. On ne se servait avant lui que d’arquebuses en forme d’espaule de mouton avec de petits meschanis
canons tout mal montez qu'on appeloit à la lucquoise; «et le flasque (poire à poudre) estoit de mesure, voir pis, comme de cuir bouïlly ou de corne... » (Brantôme, Discours des colonels). Strozzi obligea ses capitaines à faire venir des founiments et des arquebuses de Milan. Celiesci durent être d’un calibre uniforme et beaucoup plus renforcé. On fit aussi venir de Milan des armures défensives, morions et corselets ornés de gravures.
Les premiers mousquetaires français ne parurent qu'en 1572. L'introduction du mousquet parmi nos troupes fut aussi une des grandes préoccupations de Strozzi. Cette arme ne différait de l’arquebuse que par son calibre et sa charge. Son projectile était d’un poids double de celui de l’arquebuse, sa charge double aussi, et par suite, l’arme, beaucoup plus pesante, nécessitait l’emploi d’une fourche nommée fouwrquine. (Voir la pl. France et Flandre, XVI® siècle, la Tourelle.)
Brantôme, parlant d’un mousquet milanais que lui avait donné son ami le colonel-général de Strozzi, dit : « Et n’eussions point encore de charges de bandoliers, mais de nos fourniments seulement ; au lieu d’une charge, nous en mettions deux, »
C’est donc seulement de l’usage des mousquets que vint l’idée des charges de bandoulière. À cause de la grande quantité de poudre qu’il fallait brûler pour chaque coup, on imagina d’attacher au baudrier du soldat plusieurs capsules toutes remplies à la mesure du mousquet, indépendamment de ce qu’il avait dans son fourniment, pendu au bout du même baudrier.