PIÈCES DÉTACHÉES DU HARNAIS DU CHEVAL DE GUERRE
Nos 3, 7 et 11. N° 9.
Armures de la haute noblesse. Étrier italien, en fer repercé et ciselé, du quinzième siècle.
Nos 1,2 et 5.
ke ; N° 8.
Têtières ou chanfreins : n° 1, du cheval du comte de
Niebla ; n° 5, de celui de Christophe Colomb. Bel étrier avec figures.
Pièce détachée d’une barde de cheval. Garde-aisselle. N° 10. N° 12, Fronteau de cheval. Pistolet à roue ; seizième et dix-septième siècle.
Les n°5 3, 7 et 11 proviennent de l'Armeria de Turin; le n° 9, du Musée d'artillerie de Paris ;
tous les autres de l'Armeria de Madrid.
L’armure complète de l’homme à cheval, depuis les solerets de fer jusqu’à l’armet clos, | telle qu’on la voit en cette planche, n’apparaît communément sur les champs de bataille du | seizième siècle que jusque vers 1570 environ. De 1520 à cette époque, vers la fin du règne | de Henri IF, cette armure complète offre l’expression la plus parfaite du genre. Les casques | sont des armets surmontés d’une crête continue et munis par devant d’une mentonnière ex- | trêmement avancée ; à la partie postérieure de la crête, existe un petit tube dans lequel on plantait les plumes panachées, montant très haut, et parfois assez longues pour retomber jus-
qu'aux reins de l’homme d’armes. Les {asselles font souvent place à une espèce de cloche d’une seule pièce, désignée sous le nom de fonnelet. Cette partie de l’armure se couvrait d’un jupon d’étoffe à gros plis ronds, qui était pris sous la cuirasse. On appelait cette Jupe bas de saie. On attribue au retour en France des soldats bourguignons engagés au service de l'Empereur l’origine de cette mode qui, d’ailleurs, ne fit pas tomber complètement l’usage ancien des cottes d’armes et sayons. Certains harnais de fer n’ont ni le tonnelet ni les tassettes.
Le corselet façonné en pointe à la taille, comme le pourpoint du moment, avec une arête sur la poitrine, devenu la cuirasse de la gendarmerie française sous Henri IT, appartient à cette période. La mode des armes gravées et dorées, que les Milanais excellaient à fabriquer, remonte aussi, en France, à cette même époque. Les bandes du Piémont qui rentrèrent victorieuses parmi nous, couvertes de ces belles armes, furent trouvées si pimpantes que le goût s’en répandit, quoiqu’elles fassent de fabrication étrangère et infiniment plus coûteuses que les autres. Elles offraient cet avantage qu’il ne fallait pas être sans cesse à les fourbir; aussi devinrent-elles d’un usage général. Les armures ciselées, qui furent fabriquées alors pour les princes et les généraux d’armée, sont d’une richesse qui laisse bien loin tout ce qu’on avait vu jusque là. Figures, ornements sans nombre, traités avec style combinés sans confusion par des artistes du plus grand mérite, tout contribue à faire des armes de cette époque les plus belles de l’armurerie européenne.
Il fallut néanmoins y renoncer, en quelque sorte pièce par pièce. Ces armures, fabriquées à l'épreuve de l’arquebuse et dont il fallait augmenter la résistance en suivant les perfectionnements des armes à feu, devenaient de plus en plus lourdes ; leur incommodité fit prendre le parti de n’en conserver que certaines parties qui se trouvèrent alors si renforcées que le poids de l’armure partielle n’était guère moindre que celui de l’armure complète. Le casque du duc de-Guise, le Balafré, qui se trouve au Musée d'artillerie de Paris, pèse, à lui seul, dix kilogrammes. :
Dès la fin du quinzième siècle, on commençait à comprendre par toute l’Europe que la véritable cavalerie de campagne devait être légère, et qu’à la guerre la promptitude des mouvements est chose importante. On laissa, dès cette époque, leurs lourds harnais de plates aux gendarmeries féodales, pour recourir à la simplification des ämpedimenta. Charles VIIT ainsi que Louis XII formèrent les premières compagnies de leurs chevau-légers d'après ce qu’ils avaient vu en Italie : les cavallegqieri vénitiens et les estradiots (albanais). C’est pourquoi, sous nos cavaliers portant l’armure complète, on voit ici des chevaux dont le harnais est de cuirie, et dont le peu de pièces défensives ressemble plutôt à une parure qu’à autre chose. De toute la défense du cheval de guerre, dont les Allemands paraissent les premiers avoir pris souci, mettant des plates sur le cou et le poitrail de la monture, puis plus tard sur la croupe et les flancs, il ne reste ici, à l’un, qu’une barde de crinière formée de plates articulées, et qu'un chanfrein à pointe frontale en avant. On avait été, au seizième siècle même, jusqu’à préserver les jambes de la monture au moyen de plates articulées. Ce fut seulement vers le
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milieu de ce siècle, l'artillerie progressant de jour en jour, que l’on commença à bien comprendre que le moyen de soustraire la cavalerie aux projectiles dessarmes à feu était de lui donner une grande mobilité. C’est ainsi que, pièce à pièce, en commençant par son cheval, l'homme d’armes se décida à déposer graduellement la ferraille qui entravait ses mouvements.
Le chanfrein, n° 2, qui figure ici en pièce détachée, est l'exemple vu de face qui se rapproche le plus des chanfreins portés par nos chevaux. Un renfort est appliqué sur l’axe de ce chanfrein qui, par un caprice assez rare, a des oreillons d’un jeu dissemblable. Cette têtière est armée d’une pointe montée sur un disque plissé. Ces chanfreins étaient doublés de peau. La garniture de queue maintenait les crins serrés à la naissance de la queue et empéchait le cheval de la salir ; c'était un manchon de cuir recouvert de velours ou de soie, autour duquel s’enroulait parfois quelque torsade de soie ou d’or. On ornait le manchon de queue, plus ou moins long, de nœuds de rubans, de pierreries. Quand il n’était pas lacé, il était assez élastique pour s'ouvrir afin de laisser passer la queue de la bête, La pression qu’il exerçait sur les crins ramassés l’empêchait de glisser.
La formé des deux étriers, n° 8 et 9, dont l’arcade va en s’élargissant par le bas, répond aux besoins du moment. Les solerets minces et longs étaient remplacés, à la fin du quinzième siècle, par des solerets larges du bout. L’arcade de l’étrier, parfois ajourée, était dite en ce cas à fenêtres.
La rondelle d’aisselle, n° 6, était la garde qu’on enfilait sur la hampe de la lance et qui s’arrêtait au-dessus du renflement formant le point de départ de la flèche de la lance. Le bois était soutenu par le faucre que l’on voit au côté du cavalier, n° 3, et la main qui soutenait la lance était à l'abri sous la rondelle. Cela remonte au treizième siècle et ne s’appliquait qu’à la longue lance.
L’écharpe était le signe de ralliement sous les armes et fut généralement adoptée par les officiers pendant la seconde partie du seizième siècle.
Documents photographiques de M. Laurent et de M, Frank.
Voir pour le texte : Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier français. Armes de guerre. — A, Jubinal, la Armeria real. — M, Quicherat, Histoire du costume en France.
EUROPE. — XVI® SIÈCLE