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Le costume historique

Au Japon, comme en Chine, une femme bien élevée doit savoir lire et écrire avec facilité; la musique et le dessin font partie de l’éducation soignée. « Les classes inférieures elles-mêmes, dit M. Dubois de Jancigny (1), sont moins ignorantes que les classes correspondantes en Europe. » Les dames japonaises sont élégantes, coquettes dans leur mise, distinguées dans leurs manières: enfin, et les voyageurs s'accordent tous sur ce point, ces femmes sont du caractère le plus aimable. Elles jouissent d’une liberté beaucoup plus grande que celle accordée à leur sexe dans les autres parties de l'Asie et, quoiqu’elles soient réellement tenues en tutelle par leur famille, que la loi ne leur accorde aucun droit, qu'elles ne soient même pas aptes à témoigner en justice, elles vont, viennent, se promènent en toute indépendance , avec cette démarche un peu gênée que certains voyageurs ont cru devoir attribuer aux ceintures serrées sur les hanches, mais qui est bien plus évidemment due à l’usage des patins de bois surhaussés sans lesquels on ne s’aventure guère au dehors. D daitf

Les femmes se promènent en général la tête nue, armées de ces jolis parasols en soie, en toile, en papier vernissé, dont l’armature en bambou finement débité est divisée en rayons plus ou moins nombreux, selon la portée. Ce parasol presque plat, servant aussi de parapluie, d’un jeu simple et sûr, quoiqu'il n’y entre aucun ressort métallique, est, avec l'éventail commun aux deux sexes et à toutes les classes, le compagnon inséparable de toutes les sorties ; il à sa place marquée à l’entrée de chaque maison où on le dépose avec les sandales.

Les robes superposées portées par les femmes sont de la même coupe que celles des

(1) Univers pittoresque; Paris, Didot.

hommes. Elles sont semblables dans toutes les classes. Celles des riches sont en soie, les autres sont de toile ou de calicot. Sur la grande robe traînante en soie, on brode les armes de la famille, dans le dos et sur les manches, comme on peut le voir aux n°° 1 et 2.

On peut observer aussi au n° 1 comment on relève, pour la marche, la robe traînante, et où s'arrête l'ouverture de ses larges manches. Ces manches sont fermées par le bas parce qu’elles servent de poche; les Japonais n’en pratiquent pas d'autre dans leurs vêtements. On se sert du devant de la robe et surtout de la ceinture pour les différents objets que l’on porte sur soi, comme l’éventail et le papier blanc et fin qui remplace nos mouchoirs de poche (voir n° 5). Ces carrés de papier passent dans la manche lorsqu'on s’en est servi et que le lieu où l’on se trouve ne permet pas de s’en débarrasser. Enfin, l'usage étant pour les invités d'emporter ce qu’ils ne peuvent manger, c’est encore là, dans cette manche, qu'après avoir enveloppé avec du papier les parties délicates qui ne doivent pas être confiées aux paniers apportés exprès par les domestiques, les convives mettent les friandises.

La large ceinture des Japonaises est en soie et fait deux fois le tour du Corps ; la position

du nœud de l’obÿ indique si celle qui le porte est mariée ou non. Les filles ont ce nœud derrière le dos (voir n° 2), :

Toutes les femmes parent leur chevelure de fleurs, de rubans et d’épingles, mais aucune ne porte de boucles d'oreilles ni de bijoux d'aucune sorte. Et quoique le Père Charlevoix ait parlé de perles ou pierres de prix placées au-dessus de l'oreille gauche, on doit croire que quelque loi somptuaire est la cause de l’abstention générale des Japonaises.

Nous avons parlé de l’usage effréné que les femmes font des cosmétiques, s’enduisant le visage de céruse, et se colorant les joues et les lèvres avec les fleurs du carthame. Elles portent une sorte de sachet contenant des parfums (moi-bukooroo), mais elles n’emploient pas de parfums liquides, l’usage des mouchoirs de papier ne le permettant vraiment pas.

(Documents photographiques.)

N°1, 2. — Bonzes allant par la ville. Ce sont les desservants des nombreux monuments du culte ; sonner les cloches, battre la caisse, répéter des formules de prières et mendier, telle est leur existence, et, quoiqu’ils soient d’une caste tenant le milieu entre la noblesse et la bourgeoisie, ils jouissent de fort peu de considération. L’oisiveté les a fait déchoir du rôle qu'ils jouèrent jadis dans les arts, et particulièrement dans la sculpture et l'architecture, dont ils furent longtemps les uniques représentants.

Les petits chapelets qu’ils tiennent dans leurs mains jointes ne sont qu’un abrégé du grand chapelet bouddhiste, lequel a la taille d’un serpent boa de moyenne dimension, et pour le défilé

duquel on les fait venir au sein des familles, où ce défilé s’accomplit avec toutes sortes de contorsions.

N°3, 4, 5. — Dames japonaises.

Leur taille est sensiblement différente de celle des hommes, qui sont eux-mêmes de stature moyenne et n'excède guère un mètre trente-cinq centimètres; la peau est claire, blanche, même dans l'aristocratie; la tête est petite, les cheveux, peu longs, sont lisses et noirs; le visage est d’un assez pur ovale, le sourcil est noir et bien arqué, l’œil doux est assez fortement bridé, ce

qui rapproche plus les femmes que les hommes du type chinois. Les jeunes filles ont les

dents blanches. Les mains sont petites et fines. La po trine est généralement déprimée, mais

la taille est svelte, et, en général, l’ensemble est gracieux et distingué. « Jamais, dit M. le comte « de Beauvoir en parlant d’une marchande (Voyage autour du monde), jamais je ne saurais € dépeindre toute l'élégance de cette femme du peuple dans ses moindres mouvements. Eh € bien ! dans quelque maison que vous entriez vous trouverez la même distinction. »

Les Japonaises font un grana usage du fard : leur front, leurs joues, leur cou sont couverts de couches épaisses de rouge et de blanc; on met du carmin sur les lèvres et il en. est qui vont jusqu’à les dorer : au bout de quelques heures la mince couche d’or prend la teinte du vermillon.

L'usage du bain étant au Japon beaucoup plus facile et plus fréquent que nulle autre part, la-propreté y est méticuleuse et parfaite. Les filles apportent à leur toilette des soins compliqués que les femmes mariées abrégent plus volontiers : la coutume voulant que celles-ci se rasent les sourcils et se noircissent les dents, ces mutilées abdiquent, pour la plupart, toute coquetterie. La coiffure est un savant échafaudage dont les épingles sont souvent en écaille de grand prix. On se badigeonne le cou, les épaules, la poitrine et les bras avec du lait d’amidon pour blanchir la peau; les sourcils sont foncés au crayon noir, enfin les lèvres sont teintes, On endosse, sans chemise, les robes de dessous échancrées sur la gorge, et l’on superpose sur le tout la robe ample, ouverte par devant, croisée sous l'obr, large et longue ceinture de soie enroulée autour des reins et se terminant par derrière en gigantesques nœuds.

La dame à l'éventail (n° 3) porte une robe ouatée des plus amples ; la fixité de sa large ceinture est assurée par une seconde ceinture bouclée beaucoup plus étroite que la première; elle n'a d'autre chaussure que ses bas : c’est ainsi que les Japonais circulent dans leur intérieur, sur les nattes de paille de riz soigneusement tressées qui garnissent toutes les chambres.

La dame accroupie (n° 4) joue de l'instrument à trois cordes qu’on appelle sam-sum, dont l'usage est fort répandu. Tout en ignorant absolument l’harmonie, les Japonais ont loreille

fine et juste, ils chantent parfaitement à l’unisson, en rhythmant avec exactitude des mélodies souvent très-difficiles. Il est d'usage de s’accroupir ainsi sur les 4% or

La dame à l'enfant est montée sur ces patins de bois qu’on ébpelle guetta. Jusqu'à l’âge de deux ans l’enfant ne quitte pas sa mère, qui le nourrit et le porte continuellement ficelé sur le dos, avec une écharpe.

La voiture qui figure dans cette planche n’existe que depuis peu de temps; on l’appelle le jinrikiska et elle est en bois laqué. Le coulie qui traîne ce véhicule va au petit trot et fait de quatre à cinq kilomètres à l’heure. La dame n’a pas gardé ses chaussures et l’on peut voir qu’elles sont portées à côté d’elle par des mains domestiques.

(Les n°® 9 et 10 représentent deux statuettes en porcelaine émaïllée appartenant à NM. Gould ; elles ont figuré à l'exposition de l'Union centrale en 1874. — Tous les autres documents sont pholographiques. )

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