JAPON
L'originalité de la vie japonaise est particulièrement marquée dans l’intérieur de la maison. Les planchers de toutes les habitations sont couverts de nattes, sur lesquelles on se tient accroupi ou agenouillé, pour passer le temps, fumer, causer, jouer; pour travailler, comme pour manger. Îl n’y à ni sofa, ni divan, ni lit. On s’étend sur la natte pour dormir, et cela supprime à peu de chose près, tout mobilier. L’accroupissement est l’usage général, national. Il est l'attitude de cérémonie en même temps que la tenue familière. Une partie des dieux sont représentés accroupis, comme le sont les grands pour les réceptions officielles, comme le sont deux Japonais se visitant le matin. À l’arrivée, l'hôte et le visiteur commencent par s’accroupir sur leurs talons, puis se saluent en appuyant à plat les mains sur le sol et en baissant simultanément la tête, rapprochée des genoux autant que possible. Les compliments s’échangent alors. La conversation ne prend son cours qu’une fois les pipes microscopiques et la bouilloire à thé apportées. C’est une étiquette réglée, très observée, qui prescrit, en outre, de cacher les pieds sous les vêtements. ,
Cette existence, accroupie ou agenouillée, est tellement habituelle aux J aponais qu’ils ont peine à comprendre, dit-on, que les Européens, au lieu de s’accroupir sur leurs chaises, pour manger, par exemple, s’y asseoient de manière à avoir les jambes pendantes. Pour eux, adroiïts et souples, tout ce qui peut se faire à terre ils l’y font. Quand la nature de leur occupation s'oppose à ce que les artisans conserve la position favorite, l’'accroupissement, du moins ils s’asseoient sur le sol, et il arrive même qu’ils tirent un avantage de cette attitude. Le menuisier se sert de son pied gauche étendu en avant, en guise de sergent, sur un établi de six on
huit centimètres en saillie, pour maintenir une planche que façonne un rabot poussé par les deux mains, le pied droit est replié pour l'équilibre. D’autres travaïîllent à peu près couchés sur les nattes, comme cette ouvrière, vue par M. Humbert dans un magasin de graines à Yédo, qui, étendue tout de son long, entourée de fleurs et de feuilles de papier, peignait des cornets pour l’enveloppe des marchandises, faisant ses petits chefs-d’œuvre sans perdre un seul coup de pinceau dans cette singulière attitude. Pour manger, la nappe de paille tressée est posée sur les-nattes du plancher; la grande gamelle, en bois laqué, contenant le riz, base de l’alimentation dans toutes les classes, est placée au centre, et chacun, accroupi autour, y puise pour remplir sa grande tasse en porcelaine. Tout est posé à terre; et le peu d’objets mobiliers, comme les paravents dont on est entouré, devant être de maniement facile, sont si bas que leurs proportions équivalent à celles de grands jouets. On dirait une réunion d'enfants.
Les nattes sont toutes faites sur une mesure commune, qui est de six pieds trois pouces de long, sur trois pieds deux pouces de large; leur épaisseur est de quatre pouces; c’est un tressé très fin de paille de riz. La mesure de la natte sert de base à toutes les constructions, quelles qu’elles soient. C’est un étalon vulgairement employé pour désigner la dimension d’une pièce : telle chambre, comme la salle d'audience où fut reçue la mission hollandaise, en 1826, à laquelle était adjoint le docteur Siebold, porte le nom de salle aux cents nattes; telle autre, comme la pièce où étaient étalés sur des tables les présents destinés à $. M. impériale, est la salle aux mille nattes. Les constructions, mesurées sur cet étalon, sont généralement régulières ; leurs parois extérieures, maçonnées légèrement, sont les seules fixes; les divisions intérieures se font avec des cloisons mobiles, en châssis, ayant pied par l’assise portant sur les nattes, ou ayant le pied, sans épaisseur, fixé au plancher par une goupille. Les nattes sont confectionnées de manière à ne laisser aucune solution de continuité. On déménage souvent, car la propreté de ces nattes exige qu’elles soient fréquemment relevées. C’est l’occasion d’essayer de nouvelles subdivisions, un aménagement nouveau; on en profite volontiers, puisque tout est dérangé et que le changement se fait sans peine. On ne foule les nattes intérieures qu'avec des pieds dépouillés de la chaussure de ville.
Il est fréquent de voir un Japonais, installé sur sa natte, prenant le repos en plein air. Jusqu’aux matelots, chacun a sa naëte“#bortative. Ce fut un des étonnements de l'équipage d'un vaisseau hollandais qui, en 1828, recueillit quelques malheureux Japonais en détresse, n’ayant eu que le temps d’emporter quelques effets et provisions de leur bâtiment qui coulait bas, de les voir, après la première émotion, accroupis sur les nattes qu’ils avaient étendues sur le pont du navire européen, pour y procéder à leur toilette. Chacun ouvrit son petit coffre; se lava, se rasa la barbe, ainsi que le toupet, offert en sacrifice à quelque divinité tutélaire, et prit des vêtements frais. (Siebold.)
Dans les véhicules de luxe, dont la formé générale est intermédiaire entre celle des palanquins de l’Inde et celle des chaises de trans art chinoises, l'attitude est encore à peu près la