EFFIGIES IMPÉRIALES
Dynastie des Héraclides.
Nos 6 et 7.
Héraclius (610-641) et l’impératrice Eudoxie.
Justinien II, dit Rhinotmète (nez coupé); empereur, la première fois, de 685 à 695, et la seconde, de 705 à TES
No9:
Philippique Bardane; 711-718.
Dynastie isaurienne.
Léon IV le Khazare ; 775-780.
Constantin V Porphyrogénète (né dans la pourpre); 780-797.
Le luxe oriental qui caractérisa le Bas-Empire date de l’époque où Byzance devint Constantinople, L’empereur, resplendissant d’or et de pierreries, trôna dès lors, comme les rois de Perse, au milieu d’une cour où les rangs étaient minutieusement réglés et les dignitaires distingués par la richesse de leurs costumes. Les franges d’or et d'argent, le brocart, la toile d’or, les soieries damassées ou brochées de dessins à compartiments, enfin, toutes les étoffes qui n’a-
vaient servi jusque-là qu’à habiller les princes de l’Asie, prirent place dans le costume grecoromain. Ainsi que permettent de le constater ici les souverains représentés dans l’éclat de la majesté impériale, ce luxe s’accrut encore au fur et à mesure que l’empire d'Orient toucha de plus près au terme de son existence.
Le laurier césarien, première marque de la dignité impériale, s’était transformé en diadème couturé de diamants, duquel pendirent, plus tard, des cordons de perles ; l’empereur Justin y ajouta une croix au sommet. Les despotes (titre qui remplaça celui de César) d'Orient sont toujours représentés avec un diadème semé de pierres fines (n° 6 et 8) ou avec une couronne aussi richement ornée (n° 1, 2, 8, 4, 9, 10 et 11). Les impératrices portent également le diadème (n° 7) ou une couronne non moins étincelante présentant plusieurs étages de rubis et d’émeraudes (n° 5).
Sur les médailles des premiers temps, les empereurs d'Orient, presque toujours vêtus de l’habit consulaire, tiennent un sceptre composé d’un globe surmonté d’un aigle (n° 9, effigie de Philippique Bardane) ou d’une croix (n° 8, Justinien IT). Les successeurs de. ces souverains transformèrent le sceptre en croix de diverses formes et de différentes grandeurs (n° 10, Léon IV le Khazare).
En costume d’apparat, les empereurs avaient le sceptre appelé nartez ou ferula, consistant en une tige assez longue, se terminant par un ou plusieurs carrés enrichis de pierreries à chacun de leurs angles. Voir les n° 1 et 2, le premier montrant un sceptre surmonté d’un carré dont le type primitif se trouve altéré par les demi-cercles ajoutés à trois de ses côtés. Les Grecs appelaient leurs princes, porteurs de ces sortes de sceptres, narlicophores ou porte-férules. Le long sceptre de l’impératrice Marie (n° 5) est surmonté d’une croix.
L’épaisseur et la raideur procurées par les broderies caractérisaient certaines pièces du costume impérial, telles que la pallu et la stola, non la robe romaine, mais ce qui était alors un acheminement vers l’étole sacerdotale. La tunique était recouverte d’une autre tunique plus riche; par-dessus, se revêtait la chlamyde de pourpre attachée sur l'épaule droite par une agrafe d'or garnie de pierreries (n° 2). Depuis le quatrième siècle jusqu’à la chute de l’empire d’Orient, ce qui distingue le souverain est le clavus, pièce quadrangulaire en drap d’or appliquée sur la chlamyde (n° 3).
Les nuances dont se composaient les vêtements du souverain étaient toujours tirées de la pourpre. Sous ce nom de pourpre, on n’entendait pas une couleur unique ; c'était un genre de teinture qui fournissait les nuances les plus opposées, depuis la plus sombre jusqu’à la plus pâle ; tous les empereurs de Byzance l’appliquèrent spécialement à leurs vêtements. Le code théodosien, puis le code civil de Justinien, firent défense de teindre la soie ou la laine en nuance pourpre, hyacinthe ou violette ; aucune personne, quel que fût son rang, ne devait revêtir ces couleurs exclusivement réservées à l’empereur et aux membres de sa famille.
L'empereur Nicéphore (n° 1), sur sa tunique de soie garnie dans sa longueur d’une séoa gemmée, porte, au lieu de la chlamyde, la palla, pièce de même étoffe et garnie avec la même
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richesse que la stola, tournant autour des épaules et des hanches ; cette palla, tenant lieu de l’ancienne foga picta, fut l’origine du pallium épiscopal.
Les impératrices grecques rivalisaient avec leurs époux en luxe et en magnificence. On les voit représentées avec les mêmes marques distinctives que les empereurs, et vêtues, tantôt d’une chlamyde parsemée de perles et attachée par de larges et riches agrafes, tantôt d’une espèce de tunique enrichie de perles et autres ornements précieux.
L’impératrice Marie (n° 5) a sa tunique aux larges manches ornée, comme celle de l’empereur, de la stola gemmée ; une autre pièce, de même étoffe et de même richesse, couvre, à partir des hanches, tout un côté de la tunique. L’impératrice est parée d’un superhuméral, espèce de collier à plusieurs rangs que l’on voit aussi sur la tunique d’intérieur portée par l’empereur Nicéphore (n° 4).
Les chaussures impériales étaient généralement rouges ou jaunes, ainsi que les cordons qui servaient à les attacher, et, le plus souvent, faites d’une espèce de maroquin appelé cuir de Perse (voir le muleus dans la planche BA, chaussure antique).
Les monarques de Byzance substibuèrent à la simplicité de la chaise curule la richesse du trône des rois asiatiques. Les annales byzantines font mention de trônes, la plupart en marbres précieux et relevés d’ornements en or et en bronze.
Bien que les empereurs grecs professassent la religion chrétienne et que la coutume se fût perdue chez eux de se mettre au rang des dieux, ils n’avaient pas renoncé à l’usage de ladoration dont ils avaient hérité des empereurs romains. Voici ce que dit à ce sujet Procope : « Tous les sénateurs et patriciens se prosternaient en abordant l’empereur Justinien et l’impératrice Théodora, et leur baisaient les pieds, que les deux augustes personnages leur présentaient à cet effet; après quoi, ils se retiraient.….. Celui qui, en adressant la parole à Justinien ou à Théodora, n'aurait pas ajouté aux titres d’empereur ou d’impératrice, celui de despote, eb qui, en parlant aux grands, ne se serait pas désigné comme leur esclave, aurait passé pour un homme grossier, impertinent, et coupable d’une faute grave ; on l’eût chassé de la cour comme un homme indigne d’y paraître. »
Ce langage d’adulation alla toujours croissant à mesure que l’empire marcha vers sa décadence.
Les n° 1,3, 4 et 5 proviennent des Œuvres choisies de saint Jean Chrysostome, manuscrit de l’ancienne bibliothèque du duc de Coislin, évêque de Metz, et appartenant actuellement à la Bibliothèque nationale (ms. n° 79, fonds Coislin). C'est une œuvre artistique de premier ordre parmi les documents archéologiques, et nous devons aux magnifiques gravures que le comte de Bastard en a fait faire, nos reproductions réduites. Les colorations ont été prises sur les ori-. ginaux.
Le n° 2 provient de Historia Byzantina de Du Cange; 1680.
Les n° 6,7, 8, 9, 10 et 11 sont tirés des Icones, vitæ et elogia imperatorum romanorum, 7wbliés à Anvers en 1608 et dont les belles gravures sur bois sont d' Hubert Golteius.
Voir, pour le texte : Brunet de Presles, Grèce, depuis la conquête romaine jusqu’à nos jours (Univers pittoresque). — M. Pariset, Histoire de la soie.
EUROPE. — MOYEN AGE