INSTRUMENTS DE MUSIQUE, DU XII° SIÈCLE AU COMMENCEMENT DU XVI
Les instruments de musique étaient nombreux au moyen âge. Leurs formes subirent, naturellement, beaucoup de modifications. Les représentations sculptées et peintes que l’on en rencontre sont souvent incomplètes, incorrectes, ce qui augmente la difficulté de reconnaître avec certitude des instruments tombés en désuétude, et de savoir les noms particuliers qui leur appartiennent parmi ceux légués par les contemporains. Les classer d’une façon générique, et relater en bonne partie les noms que les instruments de musique ont porté en France,
pendant les treizième, quatorzième, quinzième siècles, paraît être ce que l’on peut faire de plus utile, à propos de reproductions dont le caractère rudimentaire ne saurait d’ailleurs comporter d'examen détaillé. Il n’y a pas d'instruments à percussion dans cette planche ; il n'en sera
donc point parlé ici.
Nos 1,4,6,8, 10,13,17,19, 22, 24, 25, 26, 27, 80, 31, 32 et 85.
Instruments à cordes pincées.
La hatpe, le psaltérion, la rote, le luth, la mandore, la guitare, le cistre et la citole.
La harpe était connue dès le neuvième siècle sous le nom de cithara anglica, qui en montre l’origine, On s’en servit jusqu’au seizième siècle pour l'accompagnement de la voix. Elle semble avoir eu douze cordes d'abord; au quatorzième siècle elle en avait vingt-cinq. € De vingt-cinq cordes que la harpe ha, » dit Guillaume de Machaut. La harpe était toujours portative; assis, on en appuyait la base sur ses genoux pour jouer; debout, on la tenait suspendue par un lien passé autour du
cou. On. jouait d'une seule main pour soutenir le chant; des deux mains pour les accords; ou lorsqu’on jouait à deux parties. L’instrument de cette famille, n° 24, est de beaucoup antérieur au douzième siècle. (Willemin a oublié de désigner la provenance de ce document qui paraît remonter au dixième et peut-être au neuvième siècle.) Cette harpe ou lyre résonne sous le plectre. Les n°5 1, 19, 26, 27 et 30 sont du douzième siècle. Le n° 17 date du douzième ; le n° 4, du quatorzième.
Le psaltérion, appelé aussi psalteire, psalière, psaltri, salterion, salteire, et saltère, et encore demi-canon, est le santir ou pisantir des Arabes. Il en conserva le nom, et ne devint un instrument régulier qu'à partir du douzième siècle, époque où les croisés apportèrent en Europe le modèle arabe. Le génon
oriental est le plus grand développement du pisantir.
La table d'harmonie du psaltérion est percée d’une, deux, trois ou quatre ouies ; en général, trois ; les cordes sont métalliques, argent, ou mélan ge d'argent et or; les plectres étaient des plumes d’aigle. Le son aigu des cordes obligeait de les faire résonner avec délicatesse. Le nombre de ces cordes est variable : il fut de six, de douze, de quinze ; au treizième siècle il est encore augmenté; au quatorzième on en compte trente-deux. Il y en a du seizième siècle qui en ont trente-huit ; ces dernicres sont en acier, et la table n’a que deux ouïes.
Au moyen âge, on jouait du psaltérion en l’appuyant sur sa poitrine, comme on le voit n°s 22, 25 et 85. Au seizième siècle, on le plaçait sur les genoux ou sur une table,
Le n° 22 est de l’une de ces formes grossières qui précédèrent la connaissance exacte du modèle arabe, Cette peinture est du dixième et peut-être du neuvième siècle. Le n° 31, est du douzième, le n° 25, du treizième, les n°5 32 et 35 du quatorzième, le n° 6 du commencement du seizième.
La rote était un psaltérion dont on avait arrondi la forme, en y ajoutant plusieurs cordes. Cet instrument, qui avait la figure d'une roue de moulin, selon un contemporain du onzième siècle, et sept cordes seulement, en avait dix-sept au douzième siècle, ce qui exclut la supposition faite par quelques-uns que la rote était peut-être un instrument à archet, Un si grand nombre de cordes ne se rencontre que parmi Ceux à cordes pincées.
Le luth du moyen âge, leut, leuth, luit, lut, luc, lux, lus, laute, liuto en italien, laud, laute en allemand, est l’eoud arabe transporté en Espagne au commencement du huitième siècle, répandu en Europe par les croisés du douzième. Ce ne fut que dans la seconde partie du quatorzième siècle que sa forme orientale fut modifiée : on commença alors à diviser son manche par des cases.
Le corps du luth était bombé et à côtes oblongues, diminuant progressivement jusqu’au manche, sur lequel était collée une touche en ébène. La table d'harmonie était ovale; au milieu se trouvait une ouverture en rosace de grande dimension. Le chevillier, renversé en arrière, portait les chevilles des deux côtés. Au bas de la table, était collé le cordier. Depuis le moyen âge jusqu’à la fin du dixhuitième siècle, où cet instrument a cessé d’être en usage, cette forme est restée la même, Le nombre
des cordes du luth est fort variable ; il y en a qui n’ont que quatre cordes simples ou doubles : au ommencement du seizième siècle, on en comptait six doubles ou six chœurs; au début du dix-septième, on en voit jusqu’à dix. L'accord de cet instrument n’était pas le même partout,
La mandore, qui paraît dater de’la fin du douzième
siècle , fut une réduction du luth. La forme, plus allongée, est la même ; seulement le chevillier, au lieu d’être renversé en arrière, est recourbé en avant et souvent terminé par quelque tête fantastique d'homme ou d'animal. Elle avait ordinairement quatre cordes, et n’en eut pas plus de six. Ces cordes étaient métalliques comme celles du luth, et comme celles-ci résonnaient sous le plectre de plume.
La guitare, guitarre, quitière, guiterne, quüterne,
guinterre, guitarne, quisterne et guistarne, était connue en France, au quatorzième siècle, sous le nom de guitare moresque. Guillaume de Machaut, en l'appelant enmorache et morache, confirme son origine, qui, comme celle des instruments déjà énumérés, est tout orientale ; les Maures d'Espagne à qui l'Europe dut la guitare, n'étant autres que des Arabes d'Asie et d'Afrique. Le principe de la guitare, à corps bombé, rond ou oblong, avec un manche droit et un chevillier plus ou moins renversé, est tout entier, sauf les proportions relatives, dans le tambour bouzourk des Arabes et des Persans. Il y eut, au moyen-age, des guitares à dos plat et à quatre cordes. Cette forme et ce nombre n'étaient point sans exception. On en cite de la fin du quinzième siècle ayant cinq cordes doubles et une sixième simple, la chanterellé, Au dix-septième siècle, l’accord des guitares françaises était le même que celui des guitares espagnoles et italiennes.
Le cistre ou citre, le klein Cither des Allemands. est ? 3
une variante de cette famille, mais son manche est en volute et courbé en avant, contrairement. au chevillier de la guitare. L’éxtrémité des cordes de cet instrument se terminait en œillets retenus dans des crochets de cuivre, qui se tendaient par un tour de clef. Des sortes de sillets mobiles, des capo-tasto, disposés sur un des côtés du manche, permettaient d’en élever l'accord. On voit des cis-
tres du seizième siècle ayant quatre cordes doubles en laiton et en acier, tendues par huit chevilles disposées des deux côtés de la volute du manche. Au dix-huitième siècle, où on en vit jusqu'à onze, cinq doubles et une simple, la chanterelle, elles étaient attachées par leur extrémité inférieure 4
Imp Finmin Didot et C' Paris