ESPAGNE. — XII SIÈCLE
LE ROI DE CASTILLE; PRÉLAT, NOBLES, GUERRIERS ET BOURGEOIS. COSTUMES DE CHEVAUCHÉE. — AUMONIÈRES. — OBJETS MOBILIERS.
Ces figures, tirées des Cantiguos de Nuestra Señora d’Alphonse le Savant, roi de Castille et de Léon, font partie d’une série de miniatures, montrant le treizième siècle espagnol sous tous ses aspects, avec son architecture, son mobilier, ses personnages de tous rangs et de toutes conditions, depuis le roi et la reine, jusqu’à l’arbalétrier, le juif et le maure. À ce moment, qui marque l’abaissement des musulmans et la marche de l'Espagne vers son unité, une évolution se produisait dans l'habillement : la plupart des nations, suivant en cela l’exemple de la France, s’affranchissaient de l'influence byzantine et adoptaient un costume plus en rapport avec les nouvelles aspirations de cette belle époque du Moyen-Age. L'Espagne, tout en conservant les traditions laissées par plusieurs siècles de dominations étrangères dont la dernière, celle des Maures, subsistait encore sur quelques points de son territoire, suivit la même impulsion ; l'habillement devint chez elle d’une grande simplicité et la noblesse ne fit presque plus usage de joyaux, la coupe des vêtements se prétant peu à leur emploi. Enfin, le costume se distingua par un cachet d’austérité que visaient d’ailleurs les ordonnances d’Alphonse le Savant, allant jusqu’à défendre de porter des chemises sur la peau. Alphonse XI, continuant les réformes de son prédécesseur, proscrivit, dans son règlement sur les « Vestiaires », les ornements de semis de perles et d'argentine sur les habits, et bannit en même temps le luxe oriental qui régnait encore dans le harnais des montures, en frappant d’interdiction l'usage des grelots et celui des caparaçons. Les figures des n°° 13, 14 et 15 montrent
que cette mesure avait déjà reçu un commencement d'exécution sous le règne d’Alphonse X le Savant.
Toutes les miniatures du recueil célèbre dont sont tirés ces exemples, reproduisent plusieurs fois la personne de ce roi Alphonse devenu, par ses rapports fréquents avec les Arabes, un homme d’un savoir extraordinaire pour l’époque. Lui et les seigneurs qui forment son cortège, sont représentés la barbe rasée et avec les cheveux longs, selon la mode de la cour de France. L’officier du groupe n° 2 porte sa barbe, chose exceptionnelle, l'usage ne s’en étant rétabli que vers le siècle suivant,
On peut reconnaître, en examinant chacun de ces personnages et en les rapprochant des autres monuments figurés du treizième siècle, que la souplesse dans les gestes, la grâce dans la démarche, remplacèrent dès lors la roideur majestueuse et toute byzantine admise dans le siècle précédent comme le type du bon ton.