SOUVERAINS ET DAMES MOGOLS
L'Empire du Mogol fut fondé en 1505 (ère chrétienne). Le monarque prenait le titre de Grand Mogol. Aureng-Zeb, qui mourut en 1707, âgé de 88 ans, avait agrandi cet empire depuis le 10° jusqu'au 85° degré de latitude ; sa population était de plus de 64 millions d'habitants. Les empereurs séjournaient alternativement à Agrah et à Delhi. La fertilité de l’'Hindoustan, son commerce avec l’Europe, l'Afrique et le reste de l’Asie, et les impositions prélevées sur les sujets avaient fait de cet empire le plus riche de l’univers. La pompe et l'éclat semblent être arrivés à la cour de ces monarques musulmans au plus haut degré que l’on puisse imaginer. Tavernier, Roe et d’autres voyageurs en ont donné d’éblouissantes descriptions. François Bernier, qui a assisté à l’une des fêtes les plus pompeuses qui y aient jamais été célébrées, en a fait une relation dont nous relevons quelques traits : « Aureng-Zeb, dit-il, était assis sur € son trône au fond du salon; il était vêtu d’un ràs blane de la plus grände finesse; son turban € était fait d’une toile d’or et surmonté d’un panache dont le fût était composé de diamants :… € un collier de grosses perles pendait de son cou sur sa poitrine. Le trône reposait sur six € pieds en or massif... De riches tapis en soie, d’une longueur et d’une largeur prodigieuses, « étaient étendus sur le plancher... au pied du trône, tous les omra étaient magnifiquement « rangés sur une estrade entourée d’une balustrade d'argent, ete., ete. »
Nous n’insisterons pas sur les rapprochements que chacun peut faire ici. N° 1. — Portrait de Djehanguir.
Cet empereur, né en 1597, est mort en 1627, après avoir régné plus de vingt-deux ans. Quoiqu’il soit assis sur le trône surmonté du parasol, le costume qu’il porte semble exclure un grand cérémonial, mais il n’y a rien de plus élégant, ni de plus fin que cette simplicité, plus apparente que réelle. Le turban enrichi de perles et de diamants est d’une grâce parfaite ;
la robe transparente qui descend jusqu’à mi-jambe paraît être faite avec une espèce de toile de coton très-fine provenant du territoire de Daka. Les pieds nus et les mains de Djehanguir sont dépourvues de bagues, ce qui est rare et ne prouve qu’un goût personnel. Pour le reste, on retrouve le trône d’or, le large tapis de soie, la balustrade d’argent dont parle
Bernier.
N° 2. — L'empereur accroupi sur son trône est Djehander-Schah, proclamé en 1712 et décapité peu de mois après. Il est vêtu de soieries, porte à l’arrière bras un léger bracelet par-dessus ses vêtements. Le petit doigt et le pouce de la main sont ornés de bagues; il tient une aigrette de diamants.
Les dames mogoles représentées portent des voiles de cette mousseline lisse, soyeuse, d’une légèreté incomparable, sans qu’elle nuise à sa consistance, que les Romains appelaient Ventus textilis eb nebula linea ; car, dès la plus haute antiquité, ces produits avaient valu aux Indiens d’être reconnus pour les plus habiles tisserands de l’univers. Elles ont des bijoux au front, aux oreilles, aux mains : on leur en verrait aux pieds s’ils n’étaient chaussés; beaucoup portent un anneau ou une perle attachée à la cloison nasale et des pierres précieuses enrichissent leurs colliers et leurs bracelets. La robe qui ne couvre pas les bras et à travers laquelle apparaît le buste nu, est faite du fin et léger coton de Daka, mentionné plus haut; le pantalon est en soie brodée, et c’est de la vallée de Cachemire qu'est sorti le tissé d’or pendant, attaché au devant de la ceinture. Les chaussures sont ici des babouches sans talons, ni quartiers. Ces femmes ont leur chevelure naturelle, la perruque n’ayant jamais été pour les Indiens qu’un objet de répulsion. Après le bain, les dames mogoles se parfumaient avec de la poudre de sandal; c'était, du moins, le parfum le plus usité. Les yeux étaient relevés de noir avec de la poudre d’antimoine, à l’aide d’une aiguille de tête; les ongles teints en vermillon avec le suc d’une plante appelée Madroni en tamoul. Les seins étaient contenus dans deux étuis d’un bois très-léger, joints ensemble et bouclés par derrière, étuis si polis et si souples qu'ils n’offensaient pas le tissu délicat de la peau et ne contrariaient pas les plus molles ondulations. Ces étuis étaient portés dans toutes les classes, comme on le verra.
La dame à mi-corps, n° 4, semble avoir été jaunie par la teinture de safran employée souvent pour le visage, le cou, les bras et les jambes.
(Les figures des deux empereurs sont empruntés d'une belle collection de peintures indiennes représentant vingt portraits des souverains mogols, descendants de Tamerlan, collechon faite à Delhi en 1774 par le colonel Gentil. Ces peintures appartiennent à la bibliothèque de M. Am-
broise Firmin-Didot.
Les deux figures de femmes sont tirées d'un recueil de peintures persanes el mogoles, fort
anciennes de la même bibliothèque.)
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