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EMPEREUR MOGOL CONDUISANT UNE EXPÉDITION MILITAIRE

Ces fragments sont tirés d’une peinture représentant Djahir-el-din Mohammed, surnommé Bâber (le Tigre), roi et empereur des Indes, partant à la tête de son armée pour envahir la province de Mazindera, en Perse.

L'existence de Bâber, le véritable fondateur de l’empire mogol, a fourni de nombreux sujets aux peintres indiens. Quoiqu'il appartienne à des temps relativement modernes (Bâber est mort en 1530), ce contemporain de François 1°, de Charles-Quint, de Henri VIII, qui dut ses principaux succès à son artillerie, à ses arquebuses, armes peu employées jusqu'alors dans l’Inde, conserve dans l'imagination indoue un prestige que les vicissitudes de sa fortune, jointes à ses qualités personnelles, rapprochent du merveilleux de certaines légendes antiques. Descendant en ligne directe de Timour-Beg, par son père, de Genghiz-khan, par sa mère, ce roitelet de Ferghâna (le moderne Kokaun, une vallée baignée par une rivière) s'empare de Samarcand; puis, perdant bientôt non seulement sa conquête, mais jusqu’à ses États héréditaires, il se trouve avoir à traverser des temps de détresse extrême. Contraint de fuir à l'étranger, il se réfugie dans le Koraçan ; là, son renom précoce (Bâber avait alors 21 ou 22 ans) lui rallie tous les clans mogols répandus dans le pays; sans même tirer l’épée, il y prend la place du chef existant dont il reçoit la soumission. C’est à la tête de ces cohortes conquises par son ascendant personnel qu’eurent lieu ses marches victorieuses sur Caboul, Ghazna, etc., et enfin sur l’Indoustan, où, après cinq invasions, on le vit s'établir. II y mourut en souverain et laissant une dynastie fondée.

Bâber est représenté ici avec les attributs de souverain guerrier, l’aigrette et le parasol du padischah. Son armement est celui des cavaliers de son escorte, et l’on peut y reconnaître le casque mogol en damas d’or avec le camail maillé et flottant; l’armure de corps qui est

une veste de soie, à manches courtes, à jupe ronde, fortement matelassée et piquée, recouverte de velours, est ornée de dessins réguliers dont le centre est marqué par un large bouton de métal plat, découpé en fleur. Cette armure avec ceinturon, de la famille de celles dites à miroirs, se complète sur le devant, à la hauteur du sternum, par un disque de métal, mis là comme un petit bouclier fixe. De larges cuissards, du même mode que la veste capitonnée, avec genouillères en métal, des avant-brassards en damas complètent cet armement défensif auquel il ne manque que le nasal mobile et le gantelet de combat. Les armes offensives sont : la lance en bois dur garnie de fer à chaque extrémité, le sabre droit à la poignée en croix, les flèches empennées dans un carquois suspendu à la ceinture. Le cavalier qui suit Bâber porte sur l'épaule, en la tenant des deux mains, une arme d’un aspect inusité, qui est peutêtre un marteau d'armes enveloppé dans un fourreau, mais qui pourrait bien être aussi une massue de bois d’un poids considérable, rappelant la force physique de ce chef mogol, dontla force et l'adresse dans tous les exercices du corps étaient presque surnaturelles, au dire de ses contemporains. Ce qui paraît encore personnel à Bâber, c’est qu'il ne chaussait pas les bottes du cavalier. Le cheval du souverain est houssé entièrement ; son caparaçon est une armure de guerre, alternativement en bandes et en lames plates ou imbriquées; le col est en lames articulées, le frontal en métal plein. Le mors, très léger, est très énergique, comme il convient à des chevaux dressés à tourner au milieu de la course la plus rapide. Bâber est suivi de l’étendard royal et accompagné d’un timbalier monté sur un chameau ; un autre guerrier d'élite, armé comme le chef, est également porté par un chameau caparaçonné en güerre. L'absence des éléphants dans le cortège guerrier d’un empereur indou se rattache encore ici à l’un des souvenirs de l’histoire de Bâber. A la bataille de Panipat, qui devait assurer définitivement sa conquête, où, selon sa propre expression : « il plaça son pied dans l’étrier de la résolution et la main sur les rênes de la confiance en Dieu, » le musulman Bâber, à la tête de treize mille hommes, n'ayant à sa disposition qu’une cavalerie légère, vainquit non

seulement sans éléphants, mais en luttant contre cent mille cavaliers et mille éléphants.

Les fantassins vêtus et armés de diverses manières qui courent devant le souverain, l'officier

qui les précède en criant pour faire faire place et en tenant la verge haute pour y aider au besoin, rappellent assez heureusement le mouvement qui anime le défilé d’une armée indoue.

(D'après une peinture indienne du XVT° siècle faisant partie de la bibliothèque de M. Ambroise Firmin-Didot.)

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