‹ Le costume historiqueChapitre 25 sur 130 · DAMES MAHRATTES. — LE LAVAGE DES CACHEMIRES · texte numérisé non relu

DAMES MAHRATTES. — LE LAVAGE DES CACHEMIRES

Lou] ŸS & [#14

NOT, No 4,

À à il 1’ 1 x È 1 De . ù . .

Funéraiïlles d’un pénitent brahme, de la secte de Siva Femme du radjah de Tanjore ou Tandjaour, dans le

No 2, Karnatic. Caste marattia, secte de Vichnou.

Femme d’un raccommodeur de châles du Pendjab;

caste marattia, secte de Siva. N°5:

N° 3. Femme du radjah de Gingy ou Grngée, également

Femme d’un brahme marchand de pierreries, à Gruze- dans le Karnatic, au-dessus de Pondichery. Caste rate ou Goudjerate, N.-0. de l’Indoustan. | Rasapouttira ; secte de Vichnou.

Les Indiens brûlent leurs morts couchés tout au long sur le bûcher. Mais il n’en est pas de même pour les membres des ordres religieux, qui y sont apportés assis, les jambes ployées sous le corps.

Une simple corbeille suspendue par des cordes, remplace le palanquin. La face du mort est découverte, selon l’usage général, et l’on voit à son front le signe de l’affiliation ou de la caste ; le transporté est habillé à l’ordinaire, et tenu sous l’ombre du rideau rouge achevalé sur le bâton des porteurs. Ce rideau et la corbeille sont enguirlandés de branches fleuries.

Les Brahmes, dans toute l’Inde, dit Jacquemont, sont divisés en castes ou en sectes. Les castes sont innombrables, et se rapportent, sans doute, à des degrés plus ou moins éloignés

de consanguinité. Les sectes sont infiniment moins nombreuses, du moins ostensiblement.

On peut donc considérer ici ceux qui portent le mort et ceux qui le suivent, surtout comme

des parents, des consanguins. Les musiciens qui ouvrent la marche, sont des étrangers, ayant - le caractère de mercenaires.

Les premiers portent tous, au front, à la base du cou par-devant, sur la poitrine, sur le ventre, au haut et au bas de l’arrière-bras et à la hauteur du poignet, le stigmate en trois lignes horizontales des sectateurs de Siva. Leur turban est du même pli, et c’est une indication qui se retrouve dans toute l’Inde : non seulement la tournure du turban sert à distinguer la caste, mais encore dans chaque caste, la classe ; enfin, ceux des porteurs qui sont tête nue, ont le chef rasé, sauf la petite queue nouée que conservent les Brahmes sous le turban.

Les turbans des musiciens qui forment la tête du convoi sont différents de ceux des parents ou des affiliés, e même diversifiés entre eux. Les uns sont des sectateurs de Vichnou, les

autres n’en ont pas le stigmate caractéristique au front. On aperçoit parmi eux quelques moustaches que n’ont pas les brahmes qui suivent.

Le costume général est l’unique dhot, laissant à découvert le haut du corps et les jambes. Tout le monde est nu-pieds. Le convoi funèbre s'annonce par les sons tristes et lugubres de la trompette longue, leplounga, appelé aussi {aré. Deux hommes, à l'ordinaire, sont chargés de faire sonner la longue trompette de cuivre, accompagnée par d’autres trompettes plus courtes, par le matalan, ou petit tambour que la main fait résonner, et par le #aZ ou par le gopÿantar, les cimbales plus ou moins petites, liées ensemble, et parfois même au corps du musicien.

Parmi les musiciens qui ferment la marche, on trouve le fambourah, l'instrument à cordes le

plus ancien de l’Inde; le puckhaway, tambour à forme légèrement elliptique semblable à la derbouka des Arabes, et aussi les cimbales,

N° 2. — Femme d’artisan de Amritsir. — La plupart des ouvriers du Pendjab, dit V. Jacquemont, sont employés à laver les châles apportés de Cachemir, et destinés pour les marchés de l’Indoustan. Un châle de Cachemire qui n'aurait pas été lavé ne serait pas vendu dans l’Inde, et on les lave mieux à Amritsir, dans le Pendjab, qu'à Cachemir même.

C’est là que, l’aiguille à la main, on répare les fautes du tissu en faisant des reprises perdues qu’il est impossible de reconnaître ; ceci est l’ouvrage des hommes. Enfin c’est là que l’on donne aux produits de l’industrie cachemirienne la dernière façon qu'ils doivent recevoir avant d’être exportés dans l'Inde. La blanchisseuse de cachemires est vêtue du choli, la petite jaquette à manches courtes qui ne descend pas plus bas que la poitrine, et ne couvre le dos que dans le haut. Une jupe droite est le vêtement principal ; les pieds sont nus, et le voile ou sari d’une mousseline transparente, là où il n’est pas richement

brodé, laisse apercevoir la nudité du torse au-dessous du choli. La chevelure est massée en un chignon bas, en forme de catogan. En fait de bijoux, on ne voit qu'une perle, pendant à l'oreille, Le bracelet haut, n’est point métallique.

N° 3. — La femme du marchand de pierreries est chargée de joyaux comme une idole. Sa chevelure noire en reçoit un vif éclat ; elle porte l’anneau nasal, cercle d’or avec perles; la perle à la gouttière du nez; au haut de l'oreille, son joyau particulier en embrassant l’ourlet, au bas, le large pendant en forme de roue avec un prolongement suspendu, qui s’accroche au lobule inférieur. (L’oreiïlle est entièrement percée, dit madame Ida Pfeiffer ; je comptai dans le lobule douze trous; l'oreille était si couverte d’ornements, qu'on la découvrait à peine, on n'y voyait que de l'or, des perles, et des pierres précieuses.) On compte ici six ou sept colliers qui vont en s’élargissant depuis le milieu du cou. Les manches du

Did

Imp Firmi

L Llanta lith.

choli se terminent en joailleries; l’entre-deux des

seins en resplendit. C’est encore une ceinture à boucle

d’orfèvrerie émaillée en couleurs qui retient lé sari à la hauteur des flancs, par-dessus le dhoti, le caleçon ample relevé par derrière à la manière des hommes, Des annulaires sont passés à chaque doigt des pieds, sauf au gros orteil; un double chapelet de perles va du talon au milieu du cou-de-pied. Au dessus, à la hauteur des chevilles, se joue un anneau en tortil épais qui semble d'argent, et au-dessus encore se trouve un autre anneau embrassant la jambe étroitement, cercle plat et haut, décoré de méandres. On voit aussi aux poignets de cette dame de hauts bracelets fort riches, et aux doigts de sa main de fines bagues. Les Indous des deux sexes raffolent des bijoux ; j'ai compté, dit le capitaine Basile Hall, vingt chaînes d’or au cou d’un petit garçon, indépendamment des bracelets de ses jambes et de ses bras. Madame Ida Pfeiffer parle, en outre, « de lourdes chaînes d’or qui faisaient trois fois le tour des cuisses de ces dames. »

Toute la fortune de l’Indou est souvent aïnsi convertie en bijoux; on attribue cette coutume à une habitude prise sous l'ancienne monarchie mogele; la religion du tyran musulman lui interdisait de s'approprier les effets des femmes ; ce fut donc un

expédient de parer celles-ci à l’excès, pour soustraire sa fortune à l’avidité du conquérant,

Nos 4 et 5, — Les Mahrattes sont une des huit races principales de l’Inde qui, par leur population, leur littérature, leur industrie, et la vaste superficie qu’elles occupent, méritent d’être citées,

Les femmes radjpoutes sont généralement grandes, bien faites, et quelquefois très belles. Celles des nobles vivent enfermées dans la zenanah, les autres sont libres et sortent le visage découvert, mais ramènent modestement leur sari sur la face quand elles se croient observées par un Européen.

Ces dames portent la jupe plissée, le léger corset qui ne couvre que les seins et les épaules; l’'écharpe de gaze ou de soie dont elles s’enveloppent le buste en même temps qu’elles s’en couvrent légèrement la tête, Elles se parent d’une quantité prodigieuse d’ornements en or et en argent, comme les femmes de toutes les races de l’Inde,

Le n° 4, qui a une perruche sur le doigt, a les pieds nus comme il convient sur les tapis de l’appartement.

Le n° 5 est chaussé d’une mule à talon, sans quartier, se terminant en une pointe recourbée dans le genre de la riche chaussure n° 17, pl. ayant pour signe le Poids. Elle tient à la main une carotte de bétel, et en porte une chique à sa bouche.

Reproductions de peintures exécutées par des mains indoues au commencement du siècle, et provenant de Pondichery, où elles ont été annotées,

Voir pour le texte :

Victor Jacquemont, Voyage dans l'Inde. — Ferrario, V'Hindoustan. — Dubois de Jancigny

l'Inde, Univers pittoresque. — M. Alfred Maury, le Brahmanisme, Encyclopédie moderne, Firmin-Didot, — M. L. Rousselet, l'Inde des rajahs, Tour du monde, 1870-71. — M. Alfred Grandidier, Voyage dans les provinces méridionales de l’Inde, Tour du monde, 1869, — M. Guill. Lejean, Le Pendjab et le Cachemire, id. 1868.— F, J, Fétis, Histoire générale de la musique.

INDE

Page 1