COSTUMES FÉMININS. — MOYENS DE TRANSPORT
2 8 4 5 N° 1. — Femme de nabab portée dans un palanquin appelé dôli et accompagnée de l’ayah ou gouvernante, N° 2. — Femme de sonur (marchand de bijoux), secte de Vichnou.
Nos 3, 4 et 5, — Danseuses appartenant à la même secte,
N° 1. — Le dôli.
ILe dôli, palanquin des femmes riches, est généralement
recouvert en entier d’un tissu de couleur blanche ou rouge; il est pourvu en avant et en arrière d’un gros timon attenant à la caisse même. Ce palanquin, un peu moins haut et un peu moins large qu’une voiture, est en revanche assez long pour qu’on puisse s’étendre, ainsi que dans un lit, sur la natte qui en garnit le fond. Pour l'enlever, les.deux porteurs de l'avant posent entre eux la barre antérieure qu’ils soutiennent l’un sur l'épaule droite, l’autre sur l'épaule gauche; les deux autres porteurs se disposent de même à l’arrière,
Dans l’Inde, les femmes peuvent sortir sous le moindre prétexte, soit pour visiter leurs parents ou leurs amis, soit pour faire des emplettes. Seulement, pour peu qu’elles aient des prétentions au rang ou à la fortune, elles ne s’aventurent qu’en déli ou en hackerry (petite voiture traînée par des bœufs, représentée dans la pl. DP, Inde) où elles ne montent que strictement voilées. FER
Les femmes des plus hautes castes ont une suite nombreuse pour porter le kouka, le bétel et les parfums; une ayah ou gouvernante se tient ordinairement à côté du palanquin pour recevoir leurs ordres. Celle que l’on voit ici est vêtue d’une jupe droite et
du choli, petite jaquette à manches courtes. Un sari à large bordure rouge enveloppe la tête, se drape sur les épaules et vient retomber en un large pan sur le devant de la robe. Cette suivante a l’anneau nasal; ses bracelets paraissent être de bois verni.
Les bohis (porteurs) ont une grande réputation d’agilité et d’adresse, Bien qu’ils appartiennent à la caste des soudras (artisans), on les assimile à celle des vaysias (commerçants), tant est grande la réputation dont ils jouissent dans l'Inde entière. Une longue robe de toile blanche est leur seul vêtement. Pour marcher, ils en relèvent les extrémités et, en la serrant autourdes cuisses, ils s’en font une culotte courte qui leur permet de déployer plus facilement leur agilité. Deux longues bandes de mousseline grossière, l’une rouge et l’autre blanche, servent de commerbund (ceinture) et de turban. On les voit se rendre réciproquement le service de se serrer le commerbund autour des reins.
On appelle un yew de bohis, une réunion de porteurs habitués à courir ensemble sous la direction d’un même chef,
N° 2. — Femme d’un sonar (marchand de bijoux) du Guzarate; secte de Vichnou; caste des vaysias (commerçants). :
L'Indou n’a pas d'autre tribu que sa caste; il ne peut
pas se marier en dehors de ce monde fermé. Les castes ne procèdent pas moins du métier que de la race; quand la profession est différente — ce qui est le cas ordinaire dans la plus grande partie de la péninsule — chaque groupe particulier s’isole comme s’il voulait dresser autour de lui un mur d’airain,
Cette femme de commerçant tient de la main droite un rouleau de bois où sont enfilés plusieurs bracelets. Elle-même est une enseigne vivante avec ses taïtouns (colliers) qui vont en s'élargissant au tour du cou, ses pendants d'oreilles, son moncauty (anneau du nez) et ses nombreux bracelets, Les anneaux aux chevilles n’ont pas été épargnés, non plus que les bijoux qui couvrent les orteils,
Au Malabar, on perce la narine dès l’enfance; à trois ou quatre ans, une petite fille porte déjà une épine, une brindille de bambou, pour empêcher le trou de se refermer jusqu'à ce que, devenue femme son fiancé remplace l’épine par un saphir ou un rubis qui sera toujours sous son œil, le plus près possible, pour lui rappeler son amour,
Le noir éclatant des cheveux de la marchande de bijoux, est rehaussé par une petite calotte de soie brodée coquettement posée sur le côté de la tête. Derrière, les cheveux sont massés en un chignon tombant assez bas. — Son gracieux costume se com pose d’un choli à manches courtes, d’une jupe ‘et d'un sari de même étoffe; cette dernière pièce est retenue à la hauteur des reins par une ceinture de cachemire rouge,
Nos 3,4 et 5. — Nautch-girls (filles de danse) appartenant à la secte de Vichnou; elles forment la troisième classe des danseuses. (V. la pl. l’Éléphant.)
Les nautchs ou danses de bayadères sont un des divertissements favoris des. riches et l’accompagnement obligé de toute fête.
La directrice d’une troupe de ce genre achète des jeunes filles de quatre ou cinq ans, à la condition toutefois qu’elles promettent un visage et des formes agréables. On leur donne des maîtres de chant et de danse. Enfin c’est à dix ou douze ans qu'on les produit en public.
Le costume luxueux de ces trois femmes consiste
en une ide calotte bordée de perles, cachée à moitié par un sari transparent, voile immense qui fait plusieurs tours, enveloppe la tête et retombe largement devant et derrière ; — en puyjamas (pantalon) de soie brodée, serré à la taille par une simple coulisse ; — en un kangra, robe d’étoffe précieuse, couvrant étroitement les bras jusqu'aux poignets et retombant jusqu'aux pieds en nombreux plis. — Le choli à manches courtes vient recouvrir la poitrine, mais il s'arrête au-dessous des seins. — Les mains et les bras sont ornés de bijoux : sur la poitrine s’étale un double collier de cauris. — Les mules n’ont ni talon, ni quartier; elles se terminent en une pointe recourbée.
Dans leurs exercices, les bayadères préludent ordinairement par une danse, où elles ne font que tourner en levant les bras étendus comme dans la figure n° 4 ; alors le voile flotte, le kangra s’enfle et se développe dans toute son ampleur; le grelot des bracelets marquant la mesure, elles viennent ainsi tourbillonner à tour de rôle devant le maître de la maison et ses invités.
À un moment donné, les danseuses abandonnent le choli et la robe de mousseline : le torse apparaît nu. Puis, par des gradations habiles, se déroulent les phases obligées d'un nautch, où la beauté des femmes, la grâce de leurs mouvements, le scintillement des bijoux se combinent savamment et magnifiquement pour le plaisir de l'œil,
Si le rouge domine dans ces trois costumes, c’est que, dans l’Inde, cette couleur est l'emblème de la joie et de la gaieté, par opposition au noir qui est de mauvais augure. Dans les mariages et autres cérémonies, le rouge est de rigueur dans l’accoutrement, Les cartes d'invitation se font sur du papier rouge.
La figure n° 3 tient une feuille de bétel; les Indiens en sont toujours abondamment pourvus. Ils ont l’habileté d'envoyer les messages les plus compromettants à l’aide d’échancrures diverses faites à ces feuilles, dont eux seuls connaissent la signification.
La danseuse n° 5 et l'oiseau apprivoisé qu’elle a sur un doigt doivent certainement — devant une assistance — se partager les effets d’un pas spécial où ils brillent tous deux.
(Reproduction de peintures indiennes provenant de Pondichéry, faites et annotées dans la première partie de ce siècle, propriété de l'éditeur).
Voir, pour le texte : Rousselet, l'Inde des Rajahs (Tour du Monde, années 1873 et suivantes), Hachette; — Élisée Reclus, Inde et Indo-Chine (Géographie universelle), Hachette, 1883 ; — Bose, The Hindoos as they are, Londres, 1881; — Brau de Saint-Pol-Lias, Pérak et les Orangs-Sakeys, 1883.
Nr B } AN À PAT (SR