‹ Le costume historiqueChapitre 73 sur 130 · INTÉRIEUR DE L’HABITATION SEIGNEURIALE. — XIII°-XIV° SIÈCLE · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR DE L’HABITATION SEIGNEURIALE. — XIII°-XIV° SIÈCLE

L'Alhambra, d’où provient l’intérieur représenté, était une vaste forteresse, considérée comme imprenable et formant un des quartiers de la ville de Grenade, en Espagne; « une ville dans une autre ville, » selon l’expression des historiens arabes. Cette citadelle, située au sommet d'un coteau escarpé, avait une double enceinte d’épaisses murailles, et était environnée de tous les côtés par les eaux du Xenil et du Darro. Elle contenait le palais des rois maures qui, pour en alimenter les nombreuses fontaines, y amenèrent, par un aqueduc qui existe encore, les eaux provenant des pentes neigeuses de la Sierra Nevada. Le fond des bâtiments est d’une brique rouge qui paraît avoir valu à l’Alhambra le nom qu'il porte : Medinat Alhamra, la ville rouge.

Le palais est placé au centre de la forteresse; rien au dehors n’en annonçait la magnificence. Outre les appartements du souverain et ceux de ses femmes, il renfermait une mosquée, les habitations particulières des imans et celles des officiers attachés au service du prince. Il était divisé en cinq parties, dont chacune avait à son centre une vaste cour entourée de portiques, plantée de myrtes et d’orangers, avec un bassin ou fontaine jaillissante au milieu. Les chambres et les salles, disposées tout à l’entour, ne prenaient, en général, leur jour que sur cette cour intérieure, sorte de cavædium, appelé le patio. Tout était disposé à l’intérieur des appartements pour assurer la circulation des émanations et de la fraicheur du patio. Les issues étaient larges. Dans leur encadrement rectangulaire, les tympans des arcades, construits avec de grandes briques plates ou carreaux placés diagonalement, de manière à former une série de losanges, étaient, sous les ornements à jour dont on décorait la surface, un véritable réseau, laissant passer l’air extérieur jusqu’au fond des chambres ou alcôves.

Les matériaux de revêtement étaient de nature à seconder cet appareil si bien adapté aux exigences du climat. On y employait le marbre, le stuc, le porphyre, le plâtre en dessins ajourés, les faïences émaillées à la manière persane, dont on formait tous les soubassements. Le pavé était en dalles de marbre ou en carreaux de brique émaillée, les plafonds en charpente menuisée.

Quant à la décoration, dont l’aspect a fait conjecturer que les architectes arabes avaient pour principe d’imiter les tentes tapissées des riches étoffes de l'Orient, pour rappeler les premières habitations militaires des conquérants de l'Espagne, elle est d'une magnificence, d’une élégance, d’un goût, qui ne semblent avoir été dépassés nulle part. L’ornementation; d’où la représentation de la figure humaine est bannie, offre partout l’accord d’une variété infinie et d’une invariable régularité. Aux soubassements, elle se compose généralement de figures géométriques; aux parois des murs, de dessins sans fin en léger relief, et de frises formées par des inscriptions se jouant dans les arabesques.. Les plafonds sont à compartiments, ou en forme de voûte; de petites niches superposées en encorbellement y semblent appendues comme des cristallisations.

Partout brille la couleur : dans la mosaïque de marbre, sous l’émail des faïences et des briques, sur le stuc ou le plâtre des dentelles des murs, comme aux verrières des fenêtres, comme à la menuiserie des plafonds. L'or, l'argent, le cinabre, et surtout l’outremer, sont les couleurs les plus employées dans les parties peintes; le vert, le jaune, le bleu, le brun, le noir, le sont davantage dans les parties émaillées.

La pièce ici représentée est la sala de la Barkah, salle de la bénédiction (Owen Jones), dont le nom figure dans les ornements. Elle précède la fameuse salle des Ambassadeurs, la plus importante du palais de l’Alhambra, et donne sur la cour de l’Étang ou patio de la Alberca. Son état de conservation, bien meilleur que celui des autres parties du palais, a déterminé notre choix. Il ne manque ici que les verres de couleur de la fenêtre, dans leur armature de plâtre disposée en dessins géométriques.

La profonde baie de la large et haute fenêtre à balustrade qui décèle ici le palais-forteresse està remarquer. Dans l'épaisseur des murs de la tour de Comarès, la principale de l’Alhambra, il y en a de ce modèle qui atteignent jusqu'à neuf pieds de profondeur.

Les quelques figures placées dans ce cadre n’ont d’autre objet que d’y servir d'échelle de proportion. Nous n’avons point cru devoir essayer de reproduire, d’après des données hypothétiques, l’ameublement de la grande pièce; on sait d’ailleurs que les Orientaux en sont fort sobres. Quant aux alcôves latérales ou espèces de boudoirs aux larges entrées, il est facile d'en garnir les planchers des tapis moelleux de l'Orient ou d’y dérouler les nattes, selon la saison. C’est par une tenture mobile, portée par une traverse posée sur le tailloir des chapitaux ou sur la console recevant l’archivolte de l’arcade, que se faisait la clôture de ces pièces, laissant ainsi passage à l’air extérieur.

(Documents photographiès d'après nature. Aquarelle de M. Stéphane Baron.)

Pour le texte, voir l’Alhambra, par Owen Jones; Voyage en Espagne, par de Laborde, Batissier, Gailhabaud, etc.

ro A A9 n0017 u ] CAT ET 10PT(T UIULIT AU

ES 1e IDEwBE&e*

POTTER nuoces 4

rer

À AâLALBSRE. ; 5:22:

Sédbééés..

Sbtsovers

Page 1