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COSTUMES DES VILAYETS D’AÏDIN, DE KONIÈH ET D'ANGORA

1 2 6 7 N° 1. — Bourgeois de Manissa, vilayet d'Aïdin,

Manissa passe pour le plus riche marché de coton de

l'Asie Mineure. C’estune vieille ville qui, sous le nom de Magnésie du Sipyle, fut la capitale de l'empire byzantin pendant que les Latins étaient maîtres de Constantinople. Une portion de la tribu hellénique des Magnètes l’aurait fondée. Le bourgeois de Manissa porte le gilet à la franka, sur une chemise dont le col n’a pas de cravate. Son mintan est une veste simple ; ses souliers sont lourds et forts ; son /ez est à la mode de Smyrne. Son chalvar à plis cassants est bouffant en bas par derrière, comme un sac de noix à moitié plein. Enfin, sa ceinture est large et à ramages. Sur cette ceinture, détail caractéristique, il étale bien proprement, en vue du public, son mouchoir de mousseline brodé d’or.

N°2, — Dame musulmane de Manissa.

Cette dame porte l'antique fez en forme de mortier, bordé d’une bande de broderie d’or, couvert d’un pus- Lul soigneusement étalé; un riche voile cousu au fez fait partie intégrante de cette coiffure. Le mintan est de la même coupe que celui porté par le bourgeois. La chemise est en beurundyuk et bordée d’oya ; la jupe est longue et cache le chalvar; ce qui donne au cos-

tume de cette dame, outre sa coiffure, son caractère décisif, c’est le {chèvrè de mousseline empesée, à fleurettes de soies diversement colorées, mélangées de paillettes, d’or, qui s'étale sur le devant de sa ceinture de cachemire,

N° 9, — Musulmane de Bourdour, vilayet de Konich.

Sa coiffure a les proportions d’un /ez ordinaire; de forme droite et basse, elle est ornée d’un tépélik placé, comme son nom le veut, sur le sommet de la tête. Ce tépélik est en argent, à peu près grand comme une assiette, et d’un travail assez soigné ; le puskul, bien fourni, demoyenne longueur, s’y rattache par un gland én passementerie de fils d'argent, autour duquel s’entrechoquent des ‘piécettes d’or et un armoudiè de même métal, ornement plat et mince, allongé en forme de poire, Le suléimaniè, le sceau de Salomon, prince des génies, qui est gravé d’ordinaire sur l’armoudiè, préserve non seulement du mauvais œil, mais encore assure à celui qui le porte la réussite daïs toutes ses entreprises. On roule en turban autour du /ez une pièce de coton rayé, jaune et rouge. Le surplus du costume est simple, sans complications, de coupe franche, L’entari long, en étoffe de fil, descend tout droit sur les paboudj. La ceinture est une pièce carrée de châle mélangé de soie, à l'usage des classes

moyennes, dans toute l'Asie, Le mouchoir, dont on fait parure là aussi, pend le long de la jupe ; c’est un yèmèni de couleur foncée, à grandes fleurs, souvent peintes de tons violents. Le salta est de drap foncé et s'arrête à mi-chemin, entre le coude et le poignet, d'ou pend la manche évasée de l’entari.

Le vilayet d'Angora, qui est un composé de l’ancienne Gtalatie et d’une partie de la Cappadoce, offre des exemples de costume des classes rustiques d'un cachet tout particulier.

N° 4. — Paysan musulman des environs d'Angora, l'ancienne Ancyre.

La singulière enveloppe que porte ce paysan est le 4èpènek. C'est un pardessus de feutre blanc, orné de dessins fantastiques, qui ne laisse passer que la tête et les pieds ; ce n’est qu’une amplification du diphtère des anciens bergers galates, ou du sagum, porté encore aujourd’hui, sous le nom de bique, en Bretagne et dans les Landes.

Le kèpènek est une véritable maison, portative comme la coquille de l’escargot,et parfaitement close ; non seulement on se couche soi-même sous le kèpènek, mais encore on y met à l'abri de la pluie, du serein, de l'humidité du matin et du soir, les armes, les ustensiles de ménage, les objets usuels petits et grands. Cette enveloppe, qui garantit du froid mieux que tout autre vêtement, a donné lieu à un proverbe turc : Képènek altenda her yateur, signifiant littéralement : Tout couche sous le kèpènek. Cette assertion proverbiale donne lieu à plusieurs interprétations, entre autres que, s’il faut entendre par ce proverbe que toutes sortes de gens couchentsous le kèpènek, cela veut dire qu’on y peut trouver aussi bien un prince qu'un simple gardeur de chèvres. Tout ce qu’on voit du paysan musulman des environs d'Angora, en dehors de son kèpènek, se réduit à la tête et au bas des jambes. La coiffure est le fez rouge, entouré du saryk blanc dont la mousseline est rayée légèrement de vertet de rouge. Le caleçon, sortant d’un chalvar assez étroit, est assujetti par les cordelettes des tcharyk, qui sont en peau de chèvre garnie de son poil.

Lorsque le paysan galate possède quelque objet dont il’ puisse tirer vanité, il se sert de son képènek pour en faire l’exhibition. Les deux côtés de ce vêtement sont garnis d'appendices pour cet usage : on y attache purement et simplement l’objet en question : c’est ainsi que l’on voit figurer ici un de ces jolis échibouk à fourreau plissé, de soie et d’or, avec houppes floconneuses , que les bergers asiatiques se plaisent à

confectionner ; ce petit étalage est tant soit pen mercantile, car ces tchibouk se vendent facilement aux étrangers,

N° 8. — Paysanne musulmane des environs d’Angora,

L’habillement proprement dit est simple; toute la recherche est dans le luxe des bijoux. Le tépélik est large, en argent repoussé, gravé, couvrant le haut du fez ; des chaînettes de métal y suspendent circulairement un double étage de sequins, que la marche fait bruire doucement. L’armoudiïé et son sceau magique, divers ornements en or, se balancent encore autour de la tête. De légères boucles en filigrane sont pendues au lobe des oreilles ; un large collier, guerdanlik, en monnaies d'or et d'argent entremêlées, couvre les épaules et tombe jusque sur la ceinture de soie tunisienne,

N° 8. — Artisan musulman d'Angora,

Les principales industries de cette ville sont : la tisseranderie, la teinture des toisons et des maroquins , le tannage, la fabrication des tapis. Comme danstoutes les villes de la Turquie, les ouvriers d’Angora sont organisés en esnaf (corporation) et le costume de chaque corporation, sans avoir rien d'absolument uniforme, a cependant toujours quelque chose de particulier : choix d’étoffe, couleur, arrangement de quelque pièce, qui permet de distinguer facilement les divers métiers les uns des autres. L’artisan représenté est, selon toute apparence, un tisserand de chäli (étoffe lustrée de poil de chèvre d’Angora). Il paraît dans l’aisance ; c'est d’ailleurs le fait de presque tous les ouvriers ottomans qui dissimulent également leur richesse ou leur misère. Le costume de celui-ci n’a pas besoin de description ; la ceinture de chäli blanc en est le seul luxe, et il dépasserait les ressources de celui qui la porte, s’il ne l’avait fabriquée lui-même. Le djubbé de drap de couleur foncée, que cet artisan relève derrière son dos en prenant une attitude qui convient à un homme pénétré de son importance relative, découvre un élégant salta, qui est invariablement, soit d’un beau bleu-ciel, soit d’un vert frais et gai, couleur de perruche. La chaussure consiste en mest noirs, plongés dans des paboudj rouges à bouts recourbés,

N° 5.— Artisan chrétien d'Angora.

On présume, d’après l'entente et l'harmonie des tons de son costume, que cet artisan est un teinturier, Suivant l'usage le plus commun chez les chrétiens de l'empire ottoman, sa coiffure est le fez de forme

séiin

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Nordmann

smyrniote, de couleur sombre, à puskul moyen, ni trop fourni ni trop maigre, et dépourvu de tout luxe d’étoffe roulée en turban. L’entari est de soie, de couleur unie, et bien croisé sur Ja poitrine. Les pieds sont chaussés de bottines lacées, les laptchin en chevreau mou, et de goundoura, souliers communément noirs, de forme ordinaire, sans bouts recourbés. La ceinture est de cachemire gris, et l’ample dubbé est à manches pagodes,

N° 6. — Kurde des environs de Yuzgat,

Yuzgat, dans le vilayet d’'Angora, est une ville toute moderne fondée vers la fin du siècle dernier. Les tribus Kurdes des Afchar viennent faire paître leurs troupeaux dans les steppes environnantes. Les Kurdes, qui s’y établissent pendant l'été, sont vétus à la lègère. Leur armes, inutiles pour le moment, sont déposées sous la tente. Fez droit, en feutre épais et dur, recouvert d’un mouchoir ; yèmèni à fleurs ; puskul volumineux ; entari de cotonnade rayée de rouge, de noir, de blanc et de jaune, suivant la mode locale, boutonné au cou, par un seul bouton en forme de fleur de camomille ; il est fermé dans toute sa longueur au moyen d’une ceinture de soie tunisienne, à raies jaunes sur un fond rouge. Le tchepken d’un gris blanchâtre est en feutre, et brodé en laine noire sur les côtés ainsi qu'au bas des manches ; il laisse à découvert les deux bras. On se préserve de la fraîcheur, en boutonnant tout du long les manches de ce tchepken ainsi que son corsage. Les bottes rouges sont en fort maroquin doublé de plusieurs épaisseurs de cuir; leurs pointes sont relevées en croissant. Les deux semelles de ces bottes sont si fortes que, frappées l’une contre l’autre, elles rendent un son analogue à celui d’une porte de chêne sous le heurtoir.

N° 7, — Femme kurde des environs de Yuzgat,

Le Aotoz de la femme de la tribu des Afchar est un échafaudage extraordinaire composé d’un grand nombre de pièces, Le /ezest entièrement enveloppé deserviettes de coton blanc qui sont, à leur tour, recouvertes jus-

qu'aux trois quarts de la hauteur de l'édifice principal, de plusieurs mouchoirs yémèni croisant leurs feuillages peints sur une écharpe de soie à raies rouges et jaunes. D’autres serviettes de coton blanc pelucheux, à franges et pompons placés en bordure, sont cousus par leur bord supérieur au bonnet, qui les dépasse d’un tiers environ de toute la hauteur de l’ensemble; au besoin, on ramène ces serviettes sur le visage, pour le cacher aux yeux indiscrets des profanes d’un autre sexe, L'accompagnement, en quelque sorte obligé, de ce monument grandiose, ce sont les énormes boucles d'oreille, cercles d'argent d’où pendent des chaînettes supportant des pièces de monnaies traînant avec bruit sur les épaules. D’autres chaînettes, plus grosses, sont fixées par des épingles, à têtes épanouies en étoiles, sur les deux côtés de la poitrine ; elles s’y arrondissent en demi-cercles au dessous du cou. Une épaisse plaque d'argent repoussé, où se voient des soleils entremêlés de lunes, s'étale fastueusement sur la ceinture de soie tunisienne, d’où pendent encore deux autres chaînes à plusieurs rangs de piastres. En fait de bijouterie, la femme kurde de la tribu des Afchar porte encore de grosses bagues d'argent à presque tous les doigts de ses deux mains,

Ces femmes ont un tablier étrange ; il est de feutre noir et, tailladé comme les pans d’une dalmatique ; il s’élargit sur tout le devant de la jupe de l'entari; sur la poitrine, ce tablier se rétrécit considérablement : il n’y est plus qu’une bavette, puis, tout à coup, poussant une pointe sur chaque épaule en s’arrondissant autour du cou, le tablier passe sur le dos qu’il couvre en entier, On appelle chez les Kurdes cette pièce du vêtement yelek, gilet, mais son vrai nom devrait être eunluk, tablier. La chaussure, ce sontles mest dans les paboudj jaunes.

L'origine semi-persane, semi-chaldéenne, des hordes kurdes, se décèle par le hotoz de la femme de la tribu des Afchar. C’est une alliance de Ia tiare cylindrique des populations orientales de l’antiquité avec le voile des musulmanes, dont la disposition dans sa partie inférieure est d’une lointaine ressemblance avec le pschent des Égyptiens,

Le dessin des personnages est emprunté aux photographies des Costumes populaires de la Turquie, ouvrage publié

en 1873 à Constantinople par P. Sebah (texte par Hamdy-bey et M. de Launay) sous le patronage de la Commis-

sion impériale de l Exposition de Vienne. Les détails du costume, ainsi que la coloration, sont pris d'après les modèles

en nature exposés par l'Union Centrale des Beaux-Arts appliqués à l'Industrie, Musée du costume, 1874,

TURQUIE

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