‹ Le costume historique vol. 6 1888Chapitre 110 sur 140 · Laitière de Pessac; arrondissement de Bordeaux · texte numérisé non relu

Laitière de Pessac; arrondissement de Bordeaux

Madras dont les bouts sont noués au-dessus de la tête; châle étroitement enroulé autour d’une brassiére blanche ; longues poches en percale par-dessus une jupe noire; petits escarpins.

Haute coiffe d'organdi à petites brides détachées ; châle gracieusement croisé sur la brassiére dont les côtés sont échancrés pour laisser dépasser la chemise ; tablier bleu ; longues poches ; souliers découverts.

Le département de la Gironde porte le nom que la Dordogne et la Garonne, réunies au bec d'Ambez, prennent à leur confluent. Enclavé autrefois dans l'ancien gouvernement de la Guienne, son territoire embrasse presqu’en botalité la Guienne propre ou Bordelais et cette partie de la basse Gascogne appelée le Pazadais.

Aramien Marcellin raconte que de son temps, au quatrième siècle, les Aquitains, célébres par la magnificence de leur table, l'étaient aussi par l'élégance de leurs vêtements eb que les femmes, même les plus pauvres, aimaient la parure.

Dans cette contrée longtemps bouleversée par les invasions et les dominations étrangères, habitée peudant des siècles par une foule d'hommes de tous pays, le type national, entraîné par les mélanges de races, à pu disparaître; mais les principaux traits sous lesquels l’histoire a peint le caractère eb les mœurs des anciens peuples de l’Aquitaine conviennent encore à leurs descendants : si les formes ont changé, le fond est resté le même.

Les Bordelaises, aux mœurs douces, sont tonjours l'élégance et la recherche personniñées, et on rencontre plus que jamais chez elles bout ce que la mode invente de brillant et de gracieux ; ces avantages, joints à une grâce originale, piquante, ont fait dire « qu’il y a bien des femmes partout, mais que la femme n'existe réellement qu'à Bordeaux. »

La classe populaire laisse aussi percer dans sa mise le même esprit aquitain: cependant le faste lui est moins facile à déployer qu'autrefois, lorsqu'elle avait encore le gai costume qui lui était propre eb non celui de confection moderne.

Rien n'était en effet plus coquet que le vêtement de la grisette de Bordeaux vers 1820 : sa

robe de soie juste assez écourtée pour dégager des petits pieds fiuemeut chaussés d’escarpins ; son fripon, coquet tablier de foulard ; le madras laissant voir deux bandeaux de cheveux partagés sur le front ; le fichu enveloppant un corsage dont la nuance était quelquefois en guerre ouverte avec celles de la rob2 et du tablier, tout enfin contribuait à donner à sa toilette un charme plein de sédnctions.

Puis venait la portanière où femme du peuple, à la mise d’un éclat plus pittoresque, surtout les jours de fête où presque toutes arboraïent la coiffe haute, large, recourbée, plissée en éventail et aux longues barbes de batiste. Le vêtement comprenait un jupon très froncé, aux couleurs éclatantes, toujours recouvert du tablier de rigueur; deux longues poches extérieures en basin blanc, se balançant à la ceinture et ayant toutes les apparences de paniers placés à droite et à gauche de la robe ; une brassière aux manches collautes : par-dessus un fichu entr'ouvert devant et derrière le cou afin de révéler l’existence d’une chemise en batiste de qualité très modeste. La blancheur du linge se certifiait encore au moyen de petites ouvertures pratiquées de chaque côté de la brassière.

La haute coiffure a disparu peu à peu pour faire place à un mouchoir enveloppant la tête et s'élevant au-dessus d'elle en turban au moyen d'un peigne; deux des coins sont noués sur le devant, un autre se détache sur le côté et forme comme une aile plus où moins développée; une boucle de cheveux s'échappe de chaque côté du front,

Les villageoises des environs, celles que l’on voyait les jours de marché portant sur la tête une balastre garnie de fruits où de volailles, avaient un costume à peu près analogue à celni des portanières. Sauf le bonnet nécessañrement plus bas, c'était encore la brassière, la jupe, le tablier et les mêmes grosses poches de percale on de basin accompagnées d'un cvier, longue chaîne d'argent à laquelle se suspendaient des ciseaux, des clefs, des pelotes, etc. Ces femmes se garantissaient du froid ou de la pluie avec une cage qu’elles ramenaient sur leurs bras. La chaussure se composait de gros sabots peints,

À cette époque, l'habillement distinguait encore les rangs : aujourd’hui la mode actuelle a pénétré dans les communes les plus reculées. -

D'après la Sfatistique de lu Gironde (1887), Bordeaux possédait dans un de ses faubourgs une population qui conservait une dénomination spéciale, à l'instar des Transteverins. Elle habitait les Chartrons, et les natifs de ce quartier s’intitulaient Chartronnais plutôt que Bordeluis: Le mot chartronnes fut même trouvé pour signifier une promenade fuite le long du quai des Chartrons.

D'ailleurs les habitants de Bordeaux ont toujours aïmé les distinctions ; anciennement, ils se divisaient eux-mêmes en Bordelais francs, et en Bordelais métis. Les premiers étaient ceux qui comptaient plus de trois générations dans cette ville; parmi les autres on rangeait les étrangers dont les pères seulement s’y étaient établis. D'où venait le vieux dicton : « N'est pas Bordelais qui veut. »

Cet amour-propre local s'explique dans une vieille cité qui a toujours exercé une sorte de

protectorat sur un certain nombre de villes : au quinzième siecle, toutes celles qui lenvironnaient prenaient la désignation expressive de filleules de Bourdeaux.

Les n°% 1, 2, 8, 4, 6, 7, 8, 9, 10, 12, 14 ef 16 sont tirés du Recueil des divers costumes des habitants de Bordeaux et des environs, par de Galard et Géraud; Bordeaux, 1818-19.

Les n% 5,11, 18, 15 ef 17 proviennent des Costumes des femmes de Hambourg, du Tyrol, de la Hollande, efe., par Lanté et la Aésangère, Paris, 1827.

Voir, pour leterte : Saint-Sauveur, Voyage à Bordeaux et dans les Landes, 4x VZ (1798). — Bernadau, Tableau de Bordeaux, 1810. — De Jouy, V'Hermite en province. — Jowannet, Statistique de la Gironde, 1837. — Ducourneau et Monteil, la France nationale, 1844. — La Bordelaise, var André Delrieu (les Français peints par eux-mêmes, tome VIT).

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FRANCE. — XIX® SIÈCLE

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